‹ Cosima, ou, La haine dans l'amourChapitre 31 sur 55 · SCENE VI COSIMA, LE CHANOINE · texte numérisé non relu

SCENE VI COSIMA, LE CHANOINE

LE CHANOINE

Eh bien, mon enfant, as-tu lu la lettre d'Alvise ? Quand nous revient-il ?

COSIMA 57

COSIMA, cherchant la lettre.

Je ne sais pas encore... Je ne l'ai pas finie, mon oncle.

LE CHANOINE

Tu ne la lisais donc pas?

Il ramasse la lettre.

COSIMA, la parcourant.

Ah! dans quatre ou cinq jours, grâce au ciel !...

LE CHANOINE

« Grâce au ciel ! » comme tu me dis cela!... Auras-tu donc moins de joie au retour d'Alvise que tu n'as eu de douleur à son départ? Il va revenir le cœur plein de confiance et de tendresse, et rien n'empoisonnera la douceur de votre réunion, n'est-ce pas? Tu pourras présenter un front serein à son premier regard ; car, s'il te trouvait pâle et tremblante comme te voici, il en serait effrayé et voudrait en savoir la cause. Certainement, tu pourrais la lui dire.

COSIMA, hors d'elle-même.

Ah! la feinte est un trop grand supplice; et, plutôt que de mentir, je me jetterais à ses pieds, et je lui dirais tout.

LE CHANOINE

Tout! et vous ne m'avez rien dit à moi !

COSIMA

Je vous ai trompé, j'ai trompé Alvise. Je vous ai menti à tous, j'ai menti à Dieu !

LE CHANOINE

Et maintenant, vous allez me dire la vérité, je le veux, Cosima! Au nom du Dieu qui vous voit et vous juge!... au nom de l'autorité paternelle que le ciel m'a donnée sur toi!... je l'exige... Parlez 1

COSIMA

J'ai revu Ordonio... Alvise m'en avait priée,... je le lui avais promis ..

Vous m'aviez promis, à moi, de ne jamais le voir en l'absence d'Alvise... Et vous l'avez vu souvent?

COSIMA

Assez souvent pour m'égarer, pour me perdre...

LE CHANOINE

Pour te perdre?... Oh ! non! non! c'est impossible... Vous ne sentez pas la portée de vos paroles. L'effroi vous égare... Dites.-moi, dites-moi maintenant que ce n'est pas vrai !...'

COSIMA

Mon âme est criminelle !

LE CHANOINE

Si le remords est en vous aussi profond, aussi sincère que vos larmes et vos paroles l'attestent, vous êtes déjà sauvée, ma fille... Vous détestez le mal, vous le fuirez. Vous fuirez Ordonio, vous ne le reverrez jamais !

COSIMA

Il ne le faut plus, mon oncle, n'est-ce pas ? il ne le faut plus !

Elle fond en larmes.

LE CHANOINE

Mon enfant, Dieu t'aidera. Notre vie à tous est une longue douleur, et cette terre est un lieu d'épreuve, où nos larmes nous frayent la voie vers le ciel... Mon cœur est brisé aussi, Cosima, brisé de la souffrance, et peut-être du repentir de l'avoir causée. Car j'ai été imprudent, je n'ai pas su te préserver. J'ai été un mauvais pasteur; j'ai laissé errer loin de mes regards l'ouaille qui m'était confiée, et maintenant il faut que je la rapporte au bercail, sanglante et déchirée aux ronces du chemin. Ah! je n'ai pas pu me méfier de toi, Cosima; je t'aimais trop pour te soupçonner !

COSIMA, pleurant.

Vous m'avez trop estimée, mon oncle !

LE CHANOINE

Et je t'estime toujours. Mais je te vois brisée et je t'aiderai. Je ne te quitterai plus. Je le sauverai, ma chère fille, malgré ton ennemi, malgré toi-même, s'il le faut. Allons, du courage! essuie tes pleurs. Un amour véritable, sacré., veille sur toi, et il faudra bien que l'amour coupable lui cède la place.

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