‹ Cosima, ou, La haine dans l'amourChapitre 38 sur 55 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

ORDONIO, seul, devant sa table ; puis UN DOMESTIQUE. ORDONIO.

La faire souffrir!... C'était le seul parti à prendre. Avec de la fermeté, on dompte les natures féminines les plus rebelles. Leur force n'est jamais qu'un essai ; leur menace, un défi. Depuis que j'ai su tirer parti du hasard pour éveiller le soupçon dans son âme, sa force et sa fierté se sont évanouies. C'est elle qui m'implore à présent. Elle a abjuré ses remords, sa prudence, sa dévotion et jusqu'à la crainte d'alarmer son mari. Elle oublie tout, absorbée par une seule crainte, occupée d'un seul soin : la crainte d'avoir une rivale, le soin de s'en assurer... Il est bon qu'elle le croie! Encore quelques jours de cette erreur, et son orgueil est terrassé. Oh ! la femme veut faire souffrir, et elle ne souffre, elle, que quand elle croit ne pas faire souffrir assez... (un domestique entre.) Qu'y a-t-il?

LE DOMESTIQUE, lui remettant une lettre.

Un message de monseigneur le duc.

ORDONIO.

Donnez!... (Le domestique sort.) Quelque nouvelle confidence amoureuse ! Ce brave prince est d'une candeur qui me ferait sourire, n'était le respect que je lui dois. (Lisant). « Je puis dérober une heure aux affaires. Vous savez à qui je veux la consacrer. Écrivez un mot à la comtesse... Envoyez-lui un page, et qu'elle soit chez vous dans une heure. Tous mes gens sont connus de son mari. » C'est cela! Il faut que je m'expose en même temps à la fureur de ce bon M. des Uberti,

C O S I M A ra

qui est jaloux comme un tigre, et à celle de ma belle Cosima, qui est jalouse comme une dévote 1 Ce cher duc est bien de nature princière! Rien ne lui paraît plus simple que de s'emparer de ma maison, de mon repos, de ma vie tout entière, pour satisfaire sa passion ! — Heureusement, il me sert plus qu'il ne pense en attirant sa dame ici tous les jours. Je gagerais que Cosima envoie Néri rôder autour de mon palais... Le simple jeune homme est capable de tout pour lui plaire et je suis bien certain qu'il ne lui ménage pas l'assertion de mon infidélité. — C'est bien ! Tous servent mes intérêts, et, sans sortir de chez moi, je vais à mon but. Allons, il faut que j'écrive à la comtesse ! (il se dispose à écrire. Le domestique reparaît.) Qu'est-ce encore?

LE DOMESTIQUE, à demi-voix,

La personne qui vient souvent ici, cachée sous son voile, s'est présentée à la petite porte. Je lui ai, comme de coutume, ouvert le passage secret. Elle vient. ORDONIO, refermant la porte.

C'est bon. — (Seul.) Déjà! La comtesse n'attend pas qu'on l'avertisse! Elle devine les ordres de son maître. Quand donc ma belle Cosima viendra-t-elle ainsi au-devant de mes pensées?

Il va ouvrir un panneau mobile dans la boiserie, à droite, en le faisant glisser. Le panneau donne issue à un passage secret.

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