SCÈNE V ORDONIO, COSIMA
ORDONIO.
Vous n'êtes pas partie?
COSIMA
Je ne partirai pas que vous ne m'ayez promis... juré de renoncer à vous battre.,.
ORDONIO.
Votre mari est là, il peut vous entendre...
COSIMA
11 est là! il vous attend 1... Vous allez vous battre à l'instant même !...
ORDONIO.
Non, pas encore ! le jour n'est même pas fixé.
COSIMA
Où allez-vous donc ensemble? Vous prenez votre manteau... Vous sortez ?
ORDONIO.
Nous allons fixer seulement le lieu du rendez-vous. Il nous faut chercher un endroit si retiré, que l'espionnage ne puisse nous y devancer...
COSIMA, se mettant entre lui et la porte.
Vous n'irez pas.
ORDONIO.
Madame, votre mari vous entend.
COSIMA
Il m'entendra ; je le fléchirai, luil
ORDONIO.
Et que pensera-t-il de votre présence ici ? Il croit tellement à votre innocence ! Voulez-vous, à la veille de le quitter pour toujours peut-être, lui ôter la seule joie qni lui reste ?
COSIMA
Oh 1 toutes vos paroles sont atroces !
ORDONIO., voulant l'attirer vers le passage secret. Fuyez donc ! et, si vous voulez absolument lui parler, vous le ferez ce soir, chez vous.
COSIMA, avec angoisse.
Il n'y sera pas ! il n'y sera plus jamais ! Vous allez vous battre avec lui !
ORDONIO.
Voulez-vous que je vous donne une preuve du contraire ? Vous pouvez encore empêcher ce combat. Oui, pour toi, je puis accepter le déshonneur. Fuir avec toi et même sans toi, pourvu qu'il soit un jour, une heure où tu ne me repousseras pas !
COSIMA, avec force.
Est-ce à moi que vous dites cela ?
ORDONIO.
Vous refusez !...
COSIMA, voulant courir vers la porte du fond. Alvise ! (Sa voix est étouffée.) Alvise !
Elle lutte contre OrJonio qui la retient, et tombe évanouie. ORDONIO.
Cosima ! Revenez à vous, Cosima ! Ah ! que faire ? (il la dépose sur le sofa.) Elle ne m'entend pas. (un frappe à la porte du fond.) Cosima!... Votre mari!... (Très-haut et s'approchant de la porte du fond.) Ayez patience, de grâce ! (Se rapprochant de Cosima.) Comment la laisser ainsi? (On frappe encore.) Ah! (Arrangeant Cosima sur le sofa pour qu'elle ne tombe pas.) Je ne puis pourtant pas laisser enfoncer la porte ! (Il marche vers la porte en élevant la voix.) Je suis à vous, messire.
11 sort et on l'entend refermer la porte en dehors.