‹ Cosima, ou, La haine dans l'amourChapitre 55 sur 55 · ORDONIO, COSIMA, LE DUC, ALVISE, NÉRI, LE CHANOINE, LE BARIGEL · texte numérisé non relu

ORDONIO, COSIMA, LE DUC, ALVISE, NÉRI, LE CHANOINE, LE BARIGEL

Au moment où Ordonio va franchir la porte de droite qui conduit au boudoir, le duc en sort, ayant Alvise à sa gauche et Néri à sa droite. Derrière eux viennent le chanoine et le barigel. Ordonio abandonne Cosima.

ALVISE, s'élançant vers Ordonio l'épée à la main.

Infâme! c'est ta dernière heure qui sonne !

Ordonio veut se défendre. A l'instant même, Néri et les autres personnages se jettent entre eux. Le duc abaisse la pointe de l'épée d' Alvise avec la sienne. Cosima se précipite au cou de son mari. LE DUC.

Vous êtes bien hardis, messieurs, de tirer l'épée en ma présence! Est-ce ainsi, messire Alvise, que vous reconnaissez ma protection et que vous respectez mon droit de grâce?

COSIMA 113

Vous vouliez une satisfaction? Je vous l'ai donnée terrible pour votre adversaire, car il vient de se déshonorer sous vos yeux; et, quelque mensonge qu'il ait à son service pour l'avenir, nous sommes ici quelques témoins honorables qui saurons proclamer la vérité si l'on nous y contraint! Tenez-vous donc tranquille! Il voulait vous ôter l'honneur... Laissez-lui la vie...

ORDONio, pâle de fureur.

Monseigneur si votre rang ne vous mettait à l'abri de tout; si, oubliant que vous êtes prince, vous vouliez vous rappeler que vous êtes chevalier, je vous demanderais raison de cette trahison.

LE DUC

Messire Ordonio, si votre qualité d'étranger ne vous mettait à l'abri de ma justice, je pourrais me souvenir que je suis chevalier et vous châtier comme vous le méritez. Mais la foi des traités me force à vous épargner. Vous sortirez de mes États, sous bonne escorte, à l'instant même !

ORDONIO.

Et quel est mon crime? Ai-je fait violence à cette femme?

LE DUC

Vous l'avez violée dans sa conscience, et c'est la pire violence qui se puisse commettre ! (a Cosima.) Madame, pardonnez-moi les angoisses que je vous ai causées, et l'oubli où j'ai paru vous laisser. Je n'ai pas cessé un instant de veiller sur vous, mais je devais m'assurer de la vérité, et l'équité a passé avant la courtoisie.

COSIMA

Oh ! monseigneur ! votre protection a été ingénieuse et je vous en remercie... Mais ce que le sort avait décidé... est accompli... et il est trop tard pour le réparer... Oh! Alvise...

Ma fille, tout est réparé ; que tout soit effacé. Alvise a le cœur assez grand pour que la tendresse y efface la souffrance, (s'interrompant.) Ah! voyez comme elle pâlit! Ses lèvres sont bleues... Cosima, qu'avez-vous?

COSIMA, se laissant tomber des bras d'Alvise aux genoux du chanoine. Mon père, absolvez-moi, priez pour moi 1 J'ai manqué de confiance en Dieu!...

LE CHANOINE

Malheureuse enfant!... Achève!

COSIMA

Je me suis empoisonnée...

Elle tombe inanimée. Cri général. Alvise se jette ?ur elle avec désespoir. Dans la confusion et la consternation générale, Néri se jette sur. Ordonio, le prend à la gorge et l'amène auprès de Cosima.

NÉRI, à Ordonio.

Tiens, bourreau! voilà ton ouvrage! La voilà, cette femme qui aspirait à l'honneur d'être flétrie par toi ! Tu avais deviné juste. Je l'aimais comme un insensé; mais je n'étais pas comme toi un parjure et un infâme, et je serais mort mille fois plutôt que de le lui faire savoir. Maintenant que tu le sais, toi,... et que tous le savent,... on saura bien aussi pourquoi je délivre la terre d'un monstre !

Il lui plonge un poignard dans la gorge. LE DUC.

Que faites-vous, malheureux? C'est un assassinat. Vous vous livrez vous-même à la mort !

NÉRI

Ce que je viens de faire, Alvise l'eût fait. Il était dans la destinée de cet homme de périr de ma main. Déjà une fois je m'en étais accusé pour sauver Alvise; je n'avais fait que la moitié de mon devoir.

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