LA LEGENDE
Au commencement Dieu créa le Ciel et la Terre.
(GENÈSIi).
La lég-ende raconte : « Deux grandes lumières règ-neront au haut du firmament » voilà qui avait été décidé dans la pensée de Dieu. Alors parut le Soleil dans sa magnifique beauté ; sa lumière un océan de feu ; sa chaleur dardant la vie et le bonheur; tout son être g-randiose, majestueux.
A son côté, se trouvait la Lune, égale en beauté. Elle se fâcha contre la splendeur du Soleil; elle voulait être la plus g-rande des lumières ; la g-randeur des autres lui ravit son bonheur et lui causa un chagrin violent. Alors la Divinité s'irrita de la jalousie coupable de la lune. Sa voix de tonnerre se fit entendre dans le vaste espace de l'univers : « Celui qui ne se contente pas de ce qui est haut, et jette un regard de convoitise
Bloch, Méditations Bibliques, Paris, 18G0. Durlacher.
sur ce qui est plus haut encore, doit retourner à ce qui est commun. Que la hauteur de la lune disparaisse donc, que sa g-randeur diminue, que sa lumière paraisse désormais pâle et faihle, comme un stigmate éternel de l'envie. Celle qui ne voulait pas partag-er l'éclat et la magnificence avec autrui doit désormais être subordonnée à d'autres, condamnée à sentir à tout jamais son amoindrissement et sa punition. Dieu dit, et cela "fut.
« Oh! pardon, pardon! gémit la lune en tremblant. — Le pardon, répéta la bouche pleine de grâce de la Divinité, le jaloux ne saurait l'obtenir que par des bienfaits. » Et la lune retint cette parole. Depuis, elle parcourt la nuit l'univers en consolatrice du malheureux, douce compag-ne au voyageur isolé, guide à l'égaré, amie fidèle à tous ceux qui sont affligés, désespérés et méconnus; rayon d'espoir et de divine clémence pénétrant dans les prisons et dans la couche de la douleur.
Ouand tout fut prêt, achevé, accompli, Dieu dit aux anges : « Faisons un être qui nous ressemble. » Alors s'approcha respectueusement de la divine majesté La Justice, (\\\\ supplia: Juge souverain du monde, ne créez pas l'homme, car l'injustice maïque ses pas. Sans pitié pour ses semblables, il chasse la veuve de sa maison, l'orphelin de son asile héréditaire: il ravit à son propre frère, avec une main barbare, ce qui lui appartient: les rois mêmes et les princes les plus fortunés et les plus nobles n'épargnent pas le bien de leurs sujets, acquis par tant de fatigues et de peines.
— Non, ne le créez pas, pria l'aimable et douce Paix. Celui que vous voulez faire naître ne veut point de concorde et d'amour; la haine et la querelle marchent à ses côtés : je vois dos peuples et des empires noyés dans le sang; le père et le fils suivent des voles diverses; l'époux et l'épouse troublent par de funestes débats l'harmonie de leur maison, oubliant chacun, pour de vaines frivolités, les biens les plus précieux de la vie : l'amour et l'union.
— Va le mensonge, ajouta la Vérité, est son caractère: mensonge dans la maison de Dieu, mensonge au foyer domestique, mensonge dans le temple <lc la justice, mensonge dans la vie do rindlvidu, mensonge dans la vie des masses.
.Ainsi elles parlèrent. Alors apparut l'ange le plus gracieux