CHAPITRE XXX
L'OCCULTISME iMODERNE, LES MAGICIENS, LES SORCIERS, LES CHARLATANS
Nous avons dit dans le chapitre précédent que l'homme ne saurait faire une découverte sans que le mal ne s'en empare. La médecine eut ses empoisonneurs; la littérature sert aussi à empoisonner l'esprit, à corrompre le moral ; il est donc évident que \e Diable, comme on nomme l'esprit du mal qui vit en nous ne pouvait laisser les sciences dites occultes sans s'en emparer. La Religion et la Justice ont leurs profanateurs ; combien plus encore devait-il y en avoir pour la science divinatoire.
Mais le Schéma nous a fait connaître que le mal ne peut avoir que la puissance qu'il lui est accordé d'avoir dans la combinaison élémentaire d'un être et que celui qui va au mal est bien celui-là seul qui doit y aller.
Le courant occulte traversa toute la période du Moyen-Age et de nouveau la révélation des mystères du Ciel se vulgarisa. Mais l'ég-oïsme de l'homme en
fil de suite une affaire politique, relig-ieuse, de sociétés secrètes, de mystères mag-iques, de puissances mystérieuses, enfin une affaire de bataille. Puis ce courant s'arrêta à la Révolution et le dernier voile tomba sur les drames et les mystères de cette époque qui nous a laissé des ouvrages qui n'ont pas encore été déchiffrés.
Vint le Spiritisme... et les âmes des morts flottèrent dans l'espace, parlèrent aux vivants, remuèrent les meubles, frappèrent des coups dans les murs et apparurent aux voyants. Toute une doctrine prit naissance sur les vies successives et la réincarnation et les épreuves que nous avons à subir ici-bas ; c'était en somme la Tliéosophie adaptée au Spiritisme. Puis vint aussi l'invasion du Magnétisme. Le Bouddhisme propagé par Jacolliot, avec des histoires de fakirs; Allan Kardec j)ar ses ouvrages sur la doctrine spirite; Eliphas Lévi par ses ouvrages sur la magie; les ])ublications théosophiques, l'éclosion d'un soidisant centre d'études ésotériques, etc. toute une épofjue qui va de 1870 à 1914 fut remuée par ces idées et ces manifestations d'outre-tombe. De nombreux savants tentèrent (|uelques recherches, mais s'éi^arèrent ou subirent des échecs, n'ayant pas le j)i)iiil (l(^ repère pour pouvoir marcher à pas certains dans le dédale du monde des fantômes !
Tontes ces nouvelles doctrines s'opposèrent risibleuient à la Religion, mais ne produisirent que désordre moral et exagérèrent, puisque c'était leur œuvre, la dépravation sociale; la marche du mal est facile à constater, nous le verrons plus loin quand nous traiterons la question religieuse. S'il y avait
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eu vraiment une puissance morale dans les communications spirites, un pouvoir occulte pouvant s'exercer dans le sens indiqué par ces doctrines, il se serait produit des réformes dans les esprits, des changements dans la conduite de l'humain ; mais il y avait dans la plupart des faits plus de mensonges, plus de bluff que de réalité. Quoique nous n'ayons pour notre part, jamais constaté de phénomènes, nous ne les nions nullement et nous savons qu'ils existent, mais non pas pour toutes les natures.
Nous avons rendu le mystère de Pan ou celui du diable parla figure 31 his. Nous aurions pu employer le serpent des Grecs ou le dragon des Chinois ; mais nous avons voulu dans cet ouvrage sortir de ces coutumes charlatanesques qui enflent à plaisir le moindre phénomène et lui donnent de suite une tournure macabre. C'est ainsi que procédèrent nos magistes modernes qui nous ont donné à part quelques exceptions, plus de vent que de réalité. Ils ont trafiqué sur le dos des superstitieux et des ignorants, avec ceux qui pouvaient répondre à leur mentalité ; ils ont été les démons démolisseurs de cerveaux et proclamateurs d'hérésies, en ne répétant que des vérités fondamentales habillées d'oripeaux mensongers.
Le Monde, nous l'avons expliqué existe dans le Temps, et le Temps, c'est le nombre, la mesure qui décrit et limite l'espace. La vie de l'Humanité est déterminée depuis le commencement du Temps et de l'Espace dans la mathématique des faits nécessités par la Volonté contraire à la Volonté divine. C'est là le côté déconcertant de la question ; penser
que la moindre de nos actions, le moindre de nos désirs a été prévu, que la plus infime g-oulte d'eau est à elle seule un océan, et que l'atome ne se meut que par la loi de cette mathématique, penser à tous ces détails, et sentir que nous ne sommes rien en face d'eux, sentir notre cerveau impuissant à en saisir l'ensemble, n'est-ce pas pour l'homme son principal sujet de révolte? Penser que malgré cette fatalité engendrée par nous, l'ordre, la justice, le conseil, la raison, veulent et ont inscrit par l'ordre de Dieu dans les lois morales qu'il faut lutter contre soimême, se battre, être déchiré et vaincu s'il le faut, mais arracher notre ame aux grilfes des mauvaises influences.
Pour expliquer les sciences dans leur double polarité, c'est-à-dire la science magique qui s'occupe de l'ame et la science médicale qui s'occupe du corps, il faut pour un instant retournera la Mythologie et à notre CJiiromancie.
Nous savons que la partie basse de la main est formée par le mont de la (C et le mont de Ç ; audessus se trouve la Naturelle formant le Triangle, et le mont de Jupiter et de Mercure formant le quadrangle, ce qui représente nettement l'esprit au centre du (piaternaire.
C'est dans ce centre qu'est pendue la peau du Bélier donné par Jupiter à Phrixus pour le transporter (Ml (^olchide. C'est la Toison d'or, et Jason est le chef des Argonautes (jui partirent à sa conquête.
Au-dessous de ce triangle nous avons la Lune ou Hécate, ou la mère de toutes les Nymjihes, c'est-à-
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dire de toutes les éj3oiises, de toutes les mères, ou encore toutes les semences et toutes les formes qui ont Vénus féconde pour se corporifier. Si nous traçons une croix de Saint-André, nous ferons correspondre la Lune à Jupiter et Vénus à Mercure, et nous aurons les explications déjà fournies au commence-
mentde cet ouvrag-e. Il fciudrait retracer ici toute cette partie de la conquête de cette Toison cV or. Maïs cela nous entraînerait trop loin et il faudrait deux autres volumes pour éclairer les merveilles que cachent les fables mythologiques.
Les Nymphes sont cette matière qui se divise en trois parties : une première qui se transpose en l'être créé, une seconde en la nourriture de l'être, et la troisième qui en est le résidu. Elles fournissent la matière propre à toutes les choses naturelles; elles règ-nent sur les océans, les mers, les fleuves et les rivières, sur les vallées et les montagnes et dans le feu ou les enfers. On pensait que les âmes demeuraient auprès de leurs tombeaux ou dans les jardins et les bois délicieux qu'elles avaient fréquentés pendant leur vie. On leur offrait en sacrifice de l'huile, du lait et du miel, quelquefois on leur immolait des chèvres ; on leur consacra un culte particulier. (Notons ici sous la figure de la chèvre le ^ ou le dieu Pan). Selon Virgile (Egl. 5), on n'accordait pas une immortalité absolue aux Nymphes, mais on croyait qu'elles vivaient très longtemps, Hésiode dit plusieurs milliers d'années; Plutarque en a même déterminé le nombre et la durée de leur vie; aussi les critiques relig-ieux le tournèrent en ridicule. Nous trouvons ici la signification que la vie des
formes est limitée dans la vie matérielle, ce qui serait une preuve que les âmes chacune à leur tour remontent vers leur lieu de béatitude après leur sacrifice accompli. Elles étaient consacrées à Gérés et à Proserpine, c'est-à-dire aux semences et aux productions de la Terre, dans un temple situé dans le bois Pyrée. Les hommes y entraient seuls pour célébrer les fêtes, mais les femmes sacrifiaient près de ce bois dans un petit temple nommé par Pausanias, nymphèe ou chambre des Nymphes. On y voyait les portraits de Bacchus (activité génératrice), de Gérés et de Proserpine, dont on ne pouvait distinguer que les visag-es. Gette réunion des divinités, en l'honneur desquelles on célébrait les mystères, rappelle ici que les nymphées ou les antres des Nymphes étaient ordinairement choisis pour leur célébration.
Les Nymphes sont toujours représentées à moitié nues, tandis que les Muses sont peintes et vêtues très décemment ; c'est leur caractère distinctif. Ici se placent les formes matérielles, moitié dans la terre, moitié dans l'air, et les formes de la j)ensée où l'esprit s'incorpore.
Voilà donc présenté le monde si puissant de la génération : L'Eau, le Feu, puis VAir et la Terre.
Atmosphère de Feu intérieur, atmosphère épaisse de la Terre, atmosphère aqueuse de l'Eau, atmosphère de l'Air, monde des formes : atmosphère supérieure des astres du Ciel dominant la Terre.
Et voici maintenant (juc de cette puissance g'énératrice qui règne sur tout notre être s'élèvent les monstres cpie l'on nomme colère, haine, orgueil, avarice, luxure, cette hydre (jui renaît sans cesse à
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mesure qu'on lui coupe la lete. Alors nous avons la fable de Jason, nom qui signifie médecine ou guérison. C'est lui qui va entreprendre le combat contre ces puissances figurées sous les emblèmes des taureaux fabuleux qui lançaient le feu par leurs naseaux. C'est le travail de transmutation dans la matière chimique ; c'est la lutte de l'âme contre la bête. Et c'est Médée, fdle de la Nymphe Océan, de la Lune ou d'Hécate qui a connu par sa mère le mystère des enchantements, Médée fille du Soleil dont le nom signifie conseil, qui éprise de Jason lui fait avoir la victoire et le rend possesseur de la Toison d'or. Elle connaît la Magie, toutes les recettes que contient la terre et la mer, tous les secrets de la médecine ; elle connaît le bain qui guérit les maladies et possède l'art de rajeunir les vieillards.
Nous voilà bien en pleine magie dont Médée est ici l'emblème; elle fut nous l'avons dit, considérée aussi merveilleusement pure et bonne, comme aussi la plus mauvaise et la plus détestable des créatures. En effet ses conseils étaient de châtier le mal, de déchirer les vices et les défauts qui nous poursuivent et qui sont, en effet, nos plus proches parents. Celui qui applique la justice, qui vit pour le bien s'en remettant au créateur pour le reste de sa vie, passe aux yeux des mauvais pour le plus cruel et le plus barbare des hommes.
Médée est fille du Soleil et on la prend pour l'air, c'est-à-dire pour l'intelligence, pour l'art et l'industrie de l'esprit qui ne ferait rien de bien si la vertu de notre âme ne nous était donnée par la miséricorde de Dieu.
Dans le bas de la main, la Lune et Vénus donnent naissance à toutes les puissances de l'instinct et de l'imagination; en haut Jupiter et Mercure envoient au triangle la Sagesse et la Science au centre, le lieu du combat et du sacrifice, au milieu la marche du temps : Saturne et la lumière : le Soleil.
Jason ne pratiqua jamais la médecine, quoique le Centaure Chiron lui apprit cet art; c'est qu'ici il ne s'agit plus de la médecine du corps, mais de celle de l'esprit, celle qui mène à la conquête de cet or qui est l'àme, la vie intérieure et l'esprit de sacrifice.
Ainsi dans la masse Universelle formée par le Ciel et tous ses astres et la Terre, il n'y a pas d'espace ; contenu et contenant se tiennent et le terme de cette pahiritmi et de cette gestation, le terme qui doit amener la délivrance n'est point encore là. De la vie à la mort, de la mort à la vie, il n'v a ni temps ni espace; elles s'unissent toutes deux. 11 y a deux vies puisqu'il y a le jour et la nuit, et que nous passons de l'état de veille à celui de sommeil, comme une partie de la terre passe de l'ombre à la lumière du Soleil.
(Jiioi d'étonnant que nous puissions avoir connaissance du monde des formes, si bien appelé celui des illusions ? Ouoi d'étonnant à ce que les prophètes nous aient annoncé des siècles à l'avance les événements fjue l'histoire a enregistrés et qu'elle enregistrera encore ? Quoi d'étonnant enfin que la puissance magique existe puisqu'elle se manifeste continuellement dans la nature? Cette puissance est en nous comme elle est dans la terre ; elle est tour-
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née vers le bien ou vers le mal, de même que la terre nourrit aussi bien la vipère que l'oiseau, le loup aussi bien que l'agneau et fait pousser les plantes empoisonnées aussi bien que le blé et la violette. Mais chaque parcelle de cette puissance est elle-même emprisonnée dans un cercle d'action restreint et rien ne peut rompre cette barrière.
Le magiste noir qui fait les œuvres inverses du mage blanc a déjà son champ d'action limité, tandis que le mage blanc a son champ d'action illimité car il ne s'adresse pas au démon. Qu'importe qu'il ne soit pas entendu par ce dernier, l'âme l'écoute toujours et entend son appel. C'est la même situation que celle du voleur par rapport au magistrat qui lui applique la justice : l'objet de la justice persistera sans cesse, mais le voleur passera.
La communication avec les morts, c'est la communication avec les puissances de la terre, l'enfer de Pluton et les Nymphes conservatrices des formes. Ce sont les appétits de la vie, tous les soucis de la bête, toutes les monstruosités que nous ignorons, qui, sous la forme de révélations, de prophéties même s'opposent sans cesse à l'esprit de Vérité qui suit l'humanité jusqu'à la fin de son règne. La Bête à l'œil louche et mauvais, puissante et brutale, la bête enjôleuse et câline, la bête pieuse et poétique est partout, chez tous ; c'est avec elle sans cesse que nous luttons dans notre esprit, dans notre cœur et dans nos sens. Tous nous avons sa marque; elle parle de souffrances, de douleurs, de sacrifices ; elle ment, elle pleure, elle trompe; il n'y a qu'elle qui a du malheur en ce monde.... la bête, c'est l'égoïsme,
le monstre infernal qui sous des apparences généreuses vous déclare la guerre et vous extermine.
Laissons les mages à leur magie, les envoûteurs à leur volt, passons notre chemin, en gardant dans notre cœur l'amour de Dieu et notre pensée sans cesse vers Lui ; nous ne craindrons ni leurs charmes ni leurs menaces. Vivons pour le monde qui n'est pas celui des tombeaux, gardons le souvenir de nos morts, mais mettons-le au-dessus des étoiles que nous voyons dans les cieux. Vivons pour cette éternité dont nous sommes tous les enfants, et ne maudissons pas