ET DE L'EGLISE M0SC0 VTÎE
puissant Seigneur, l'ambassade d'vn tel roy te présente humblement vu tel présent , les quels il reçoit auec le visage, que méritera la grandeur de celuy qui luy enuoye. Et de là en auant tous les affaires de la commission de l'estranger sont passez par la conduicte des conseillers , si ce n'est que le Prince en délibère sur les champs, en banquetant comme ils ont de coustume : et pour Tarn* bassadeur est remmené en pareille pompe . qu'il estoit venu au palais, ayant auparauant esté honoré de disner en la table du Prince. Volontiers les presens que Ion faict au Duc, ce sont quelques cheuaux des plus beaux que Ion peult recouurer, souuent enharnachez richement : autrefois tous nuds , à la mode que les roys et prince font au Turc. Ce sont les grands seigneurs Latins qui lui font présent de buffets, de vaisselle d'argent, et autres magnificences, qui méritent estre receués. Le Duc de sa part, quand il enuoye vers lesdicts seigneurs , le plus grand don qu'il sçauroit faire, ce sont peaux de diuers animaux, et des plus rares qui se peuuent trouuer : et
de faict, c'est la plus grande richesse de ce païs là, comme ie vous ay dict ailleurs. Et voila le sommaire des affaires, estât, religion et mœurs des Moscouites , les quels sont si grands et leur païs peuplé, et fort, que s'ils eussent esté ioincts auec les Polonois, comme quelques Palatins taschoient à les ioindre ensemble, l'an mil cinq cens soixante et treize, lors que Ion estoit après à eslire un roy, ces deux puissances ainsi vnies, l'Allemaigne n'eust eu le moyen de se défendre, ne pareillement toute la chrestienté : et quant au Turc, il luy eust faict la barbe et plumé ses moustaches d'vne telle façon qu'en peu d'années se fust faict maistre et de la Grèce, et par auenture du reste de ses terres, qu'il tient tant en Asie qu'en Afrique.
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arce qu'en ma cosmographie i'es^ time auoir assez plantureusement décrit ce qui appartient à la source, mœurs et gouuernement des Moscouites, ie passeray par-dessus îe discours qu'on pourroit requérir de moy sur ce suiet : seulement s'il y a quelque chose digne de remarquer, ie me contenteray d'en toucher icy autant que me le pourra permet-
i Ce chapitre est le seul qui soit extrait des Vrais pour* traicts des hommes illustres de Thevet,
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tre la suite de cette histoire : sans m'arresteiî soit aux anciennetez du gouuernement de ce païs, soit au progrès et diuers succès des affaires de l'Estat moscouite ; non que ie vueille oublier ce qui est à obseruer touchant quelques singularitez , que i'auois coulées en ma cosmographie, qui pourront seruir à l'illustration de cette histoire. Entre autres, i'ay appris en l'année mil cinq cens soixante seize, d'vn seigneur anglois , qui auoit demeuré ambassadeur sept ans entiers au païs deMoscouie, que les habitans naturels de ces contrées , sont les hommes plus cruels enuers leurs ennemis, dont on puisse faire estât. Ce n'est pas qu'ils s'acharnent sur leurs captifs pour les deuorer, mais ils les font passer sous la rigueur de la loy machiaueiique, qui porte que iamais ne mord l'ennemy mort *. Quant
* Ce rapport de l'ambassadeur anglois ne s'accorde pas avec de nombreux et authentiques témoignages. Si les Russes sont cruels dans le combat, M. Thiers ne rapportet-il pas (liv. 45) que des soldats alliés , chargés d'escorter leurs prisonniers, s'en débarrassoient en leur cassant la t^te a coups de fusil? Mais les Russes, en rentrant che&
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aux femmes, filles et ieunes enfans, ils les vendent et échangent à certains marchands Turcs ou Tartares, et en font, quoy qu'ils soient Chrestiens, vn trafic fort commun entr'eux. Quant à l'imprimerie, ils n'en ont eu l'usage que depuis l'an mil cinq cent soixante, qu'elle leur fut découuerte par vn marchand russien, qui fit emplette des caractères, dont ils ont par après mis en lumière de fort beaux liures. ïoiitefois, comme ils sont scrupuleux et font des difficultés où il n'y a aucune apparence, à l'exemple de leurs sectateurs grecs, aucuns d'entr'eux par subtiles ruses et personnes interposées trouùerent moyen de faire brûler leurs caractères, de peur qu'ils auoient que l'impression n'apportast quelque changement ou brouillis en leur opinion et religion, et si pour cela n'en fut fait aucune
eux , reprennent leur bonhomie et leur simplicité naturelles ; et tous les écrivains, depuis Adam de Brème jusqu'au colonel Atwel Lake (Kars and our captivity in Russia, 1856), ont certifié qu'ils étoient généreux et hospitaliers ; Moribus et hospitalitate ut nulla gens honestior aut be~ nignior potuit inveniri (lib. II, c. 12).
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recherche ou poursuyte par le prince et ses suiets1. Faut bien qu'ils honorent et reuerent
i Bien avant qu'Aide Manuce n'ait fondu des caractères grecs et hébreux (1495), Sviatopolk Fiol en avoit inventé des slavons à Cracovie et s'en étoit servi (1491) pour plusieurs livres d'église. 11 existe des Heures slavonnes imprimées à Venise en 1493; un grand nombre de livres en cette langue , dans laquelle est écrit le célèbre livre du sacre de Rheims , ont paru à Prague et à Vilna dès l'aurore du xvie siècle; mais retardée, moins par la guerre que par Timpéritie d'un clergé qui ne recevoit de Byzance qu'un débile souffle de vie évangélique, ce n'est, en effet, que dans la seconde moitié de ce siècle que la Russie songea à profiter de la plus merveilleuse comme de la plus essentielle des inventions humaines. C'est à un diacre de Moscou, Ivan Fédorof, que revient la gloire, immense selon nous , d'avoir imprimé le premier livre qui ait paru en Russie. Ce livre , intitulé Apostol , contenant les actes des apôtres avec les épîtres de saint Paul , a été commencé le 19 avril 1563 et amené à bonne fin seulement le 1er mars 1564, ainsi que le témoigne sa préface placée à son dernier feuillet. Ameuté par les copistes > excité par des prêtres indignes de l'être , le peuple de Moscou accusa cet illustre typographe d'hérésie et de sortilège; Ivan le Menaçant, trop sanguinaire pour aimer les livres , ne se donna pas la peine de le protéger, et notre pauvre diacre , pour éviter le bûcher, fut forcé de s'enfuir en Pologne, Il réimprima à Lemberg en 1573 son Apostol ,
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grandement leur religion, d'auoir tout en vn coup laissé perdre vn si précieux et excellent ioyau, seulement pour la conception dont ils s'embeguinerent, que cette clarté pourroit découurir quelque chose qui, auec le temps, terniroit et éblouïroit le lustre de cette religion monachale basilienne : car des quatre mendians et autres, qui ont cours parmy la chrestienté latine, et il n'y en a aucune nouuelle entre les Moscouites non plus que parmy les Grecs, Arméniens, Nestoriens, Abyssins, Géorgiens, Iacobistes, Mingrelyens, Syriens, et autres chrestiens Leuantins. Quant à l'Oraison Dominicale en leur idiome, elle n'est aucunement différente d'auec celle qui est approuuée par tous les chrestiens latins.
édition encore plus curieuse que l'originale , parce qu'il y a intercalé le récit de ses infortunes. Appelé par le prince Constantin d'Ostrog à diriger l'imprimerie slave qu'il venoit d'y fonder, il y imprima en 1580 un nouveau Testa^ ment , l'année suivante une Bible complète , bien connue des slavistes sous le nom de Bible d'Ostrog, et mourut à Lemberg, le 5 décembre 1583. Inutile d'observer que les quatre livres que l'on doit à ce diacre méritant, sont d'une valeur infinie et d'une fabuleuse rareté.
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Ayant recouuert la teneur d'icelle en Moscouie, i'aybien voulu icy l'insérer pour contenter ceux qui prennent plaisir à apprendre choses qu'ils n'ont pas entendu. le l'eusse mis selon et à la forme de leurs caractères, si ^i'eusse présumé que cela eust pû seruir à l'e- ^dification du commun, qui eust eu bien affaire à discerner la force, vertu, propriété et signification de chaque caractère.
Oraison dominicale en langage des moscovites.
Ochenass ije esti nane besech , da suatitsa ima tuoa, da piriidet tzerture tuœ, da boudet vola tuoa iacco, nane besech ina Zemli. Chleb nach nasouhnii daiede nam due : i ostavi nam dolgi nassa9 iacco i mui ostolaem dolgnicom nassim , i nevedi nos vo?ia past , no isbavinas ot loncavago, iacco tuoe est tzerture i sila, i slava vovechi, Amin.
Après auoir aioûté cecy de leurs mœurs, gestes et singularitez que ie n'auois remarqué en ma cosmographie , c'est maintenant le
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temps de nous tourner vers nostre Basile, auquel le présent éloge est particulièrement voué, remply de plusieurs misères et infortunes qui ont accompagné le commandement qu'il a eu en Moscouie 1. De fait, par les histoires nous trouuons qu'il estoit si malheureux en guerre, qu'à peine a-il pû se mettre en campagne qu'il n'ait esté battu. Aucuns ont voulu fantasier sur son horoscope, attachans ie ne sçay quelle nécessité à l'inclination heureuse ou sinistre des constellations
î Né en 1480, Basile monta sur le trône en 1505 (contre toute justice , le légitime successeur d'Ivan III étant son petit-fils , dont nous avons lu le couronnement), et mourut en 1533. Heureux contre les Tatars , il le fut moins contre les braves Luthuaniens , et Thevet en indique fort judicieusement la cause : le despotisme affaiblit ceux qui le subissent autant que celui qui l'exerce. C'est vers ce prince que l'empereur Maximilien envoya Herberstein avec une lettre dans laquelle le monarque allemand, après lui avoir donné le titre d'empereur et dominateur de toutes les Russies , lui jure pour l'éternité que tout ennemi de la Russie sera considéré par l'Autriche comme son propre ennemi; serment dont celle-là seule a bien voulu se souvenir en 1849. Basile a entretenu aussi des relations avec Clément VII , qui nous sont rapportées par Paul Jove.
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qu'ils font dominer à l'heure de la naissance, qui après s'estre longtemps embrouillasé dans telles niaiseries, n'ont enfin rien gagné autre qu'vn titre et qualité de folastres et pauures insensez, lesquels voulans grimper plus haut que leur portée ne leur permettoit, se sont tout d'vn coup trouuez enueloppez en plusieurs lourdes et ridicules absurditez. De ma part, sans entrer trop auant au cabinet des secrets de Dieu, i'estime que sa méchante et exécrable vie l'a rendu malheureux de telle façon. De fait, Paul Jove écrit qu'il s'estoit prostitué au vice contre nature, lequel est plus séant de taire que d'en parler, encore qu'il soûtienne qu'entre les Moscouites telle impieté soit indifférente et autant plus familière qu'aux peuples ensouphrez de Sodome et Gomorrhe1. Et comment est-ce qu'ils eus-
1 Loin d'avancer pareille chose , P. Jove n'en fait qu'une trop flatteuse mention. Basilius, dit-il, specie corporïs eximia , animi virtute singulari , suorumque studio ac benevoleniia , et rébus gestis progenitoribus suis anteferendus. P. Jovii , de legatione Basilii Magni Principis Moscoviœ ad Clementem VII. Pontificem maximum liber, p. 12, de l'éd. de Starczewski.
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sent eu le courage d'exposer leurs vies pour luy, veu qu'il se montroit enuers eux cruel et intolérable : de sorte qu'il ne vouloit que ses propres frères ny autres princes tinssent des chasteaux et places de forteresses. Et falloit nécessairement qu'a leurs propres cousts et dépens ils seruissent leur seigneur, fut à la cour ou en guerre, ou en ambassade : et le plus de grâce et amitié qu'il faisoit, c'estoit de donner à ceux qui estoient les plus chargez quelques places ou mestairies, et ce encore pour vn an et demy, en payant certaines rentes au prince : et ce terme passé, ils estoient contraints de seruir six ans entiers à leur propre bourse ; et ne falloit pas faire du rétif, autrement la perte des biens et de la vie s'en ensuiuoit : comme il aduint à vn de ses plus fauoris secrétaires, lequel il voulut enuoyer en ambassade vers l'empereur Maximilien, et comme il répondit qu'il n'auoit pas le moyen pour faire le voyage, il fut mis dans vne prison , où il mourut ; furent ses biens confisquez au prince, sans que ses frères en pûssent retirer la valeur d'vn tournois. Si ses
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ambassadeurs rapportaient quelques prësenë qu'on leur auoit fait, il les en desarçonnoit, tenant que par droit de principauté tout ce qui estoit donné à ses ambassadeurs luy estoit acquis, puisqu'à son adueu les princes les honoroient de tels presens. Ce qu'il apprit fort bien aux ambassadeurs qu'il auoit enuoyé à l'empereur Charles-Quint, lequel leur fit présent de belles chaisnes d'or, et de quelques pièces d'or d'Espagne, et quant Ferdinand, frère de l'empereur, leur donna quelques vases d'argent et des draps fort précieux, ensemble plusieurs espèces d'or d'Allemagne, cet auare glouton ne les sentit pas plutost arriuez, qu'il ne s'empara du plus beau et du meilleur de leurs presens, comme si c'eust esté quelque butin qu'ils eussent gagné sur l'ennemy, dont il n'eut pas seulement voulu auoîr sa lipée, mais outre sa légitime prendre ce qui ne pouuoit estre refusé à vn soldat par son capitaine. le laisse les oppressions qu'il faisoit au reste de son peuple, sous prétexte du déréglé pouuoir de la puissance absolue, d'autant qu'il semble que ceux qui ont crédit
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sur le reste du peuple, ayent liberté de faire surhausser les flots de leur pouuoir sur la pauure populace. Il vaut mieux que ie retourne vers nostre Basile, qui fut en ses entreprises accompagné d'vn malheur presque touiours continuel. En la bataille d'Orse1, sous la conduite de Constantin Ostroge et Iean Suizzone, les Polonois de 80,000 Moscouites, qui faisoient estât de marcher le pied sur le ventre des Polaques, en défirent sur le champ près de 40,000 sur la place, prirent tous les chefs de l'armée, les seigneurs de marque, tout le sénat de la nation et d'autre quatre mil prisonniers. A peine se put sauuer Basile en sa ville royale de Mosque , encor qu'il fut éloigné de soixante lieues, il estoit en crainte que le roy Sigismond, enflé du gain delà victoire qu'il auoit obtenu, n'essaya, poursuiuant sa
i Orcha, ville jadis importante et remplie de couvents, aujourd'hui ruinée. — Je n'ai cherché dans mon léger travail d'annotation qu'à relever les fautes historiques dans lesquelles tomboit Thevet, sans me préoccuper de son orthographe , présumant que ceux qui le liront connoissent la géographie russe ou prendront certainement un autre £ivre pour l'apprendre.
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pointe, de donner derechef sur luy. Voila la monnoye de laquelle sont payez ceux qui tyranniquement se veulent faire obeyr, sans considérer les torts, vexations et indignitez qu'ils font à leurs suiets : vous voyez ce duc qui auoit accoustumé de dompter ses ennemis, toutefois, parce qu'il matina trop son peuple, il exténua tellement ses forces, qu'vne petite poignée de Polonois défit cette grande multitude de Moscouites, qui pouuoient engloutir tout à vn coup l'armée de Sigismond. Aussi la charge qu'il receut des deux frères Girées, Mahomet et Abasa, luy rompit tellement les aisles, qu'il fut contraint de s'obliger, par vne promesse de sa main , d'estre perpétuellement tributaire de Mehemet, et par le moyen d'icelle renuoya les Tartares chargez de grandes dépouilles, ayans brûlé quasi tout le pays, et triomphans d'vne infime multitude de Moscouites, qu'ils auoient pris prisonniers et qu'ils rendirent en la Taurica aux Turcs et à Citraca à diuers peuples qui habitent sur la mer Caspie. Si Basile eut esté chery, aimé et honoré des siens, il auoit
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assez de vaillans capitaines qui eussent pû donner beaucoup d'affaires à ces deux rois tartares, mais il les au oit tellement foulez tous, qu'ils ne pouuoient (comme l'on dit), mettre vn pied auant l'autre, et encore auoient moins d'enuie d'hazarder leurs corps et biens pour affermir l'Estat de celuy qui les tyran nisoit si cruellement. Au reste, c'estoit le prince du meilleur auis ès hautes entreprises, fin et accort qu'il est possible de penser, et qui (ainsi que i'ay dit) a obtenu de très-belles victoires sur les Tartares, et prit sur les Polonois Smolenzko par secrètes intelligences de Knez Michel Linski, et ne conserua pas seulement ce que son frère auoit laissé, mais encore adjoûta-il plusieurs prouinces à son empire : et réduisit en son obéissance, outre la principauté de Smolenzko, Plescouie. Ce fut luy, qui premier, vsurpa le nom et titre de roy, dautant que tous ses deuanciers s'estoient contentez d'estre nommez grands ducs, bien que son pere voulut estre appellé grand seigneur de Russie, qualité qui estoit encor retenue par Basile, Mais ce faisoit-il de plus
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appeller empereur, titre qui montroit son ambition, puisqu'il n'osoit, écriuant au roy de Pologne, se qualifier pour roy, mais se contentait du nom de Vuelichi Knasi, qui est à dire grand duc, pour ce que l'vn ny l'autre ne vouloit recevoir les lettres de son compagnon, si elles contenoient nouueau titre. Or voicy les titres qu'il prenoit en ses lettres. Le Grand Seigneur Basile, par la grâce de Dieu, Roy et Prince de Russie , Grand Duc de Volodimerie , Moscouie , Nouogardie , Plescouie , Smolluchie, Tuverie, Ingarie, Permie, Viakie, Bulgarie, etc., Grand Seigneur et Grand Duc de la terre de Nouogardie la Basse, de Czernigouie, Rezanie, Volothie, Riscouie, Beluie, Rosthonie, Iaroslauie, Bielozorie, Udorie, Obdorie, Condiuie. Or, ces deux titres de roy et d'empereur dont il s'attifoit par trop ambitieusement, sont compris sous ce mot de Czar qui, en langue russienne, signifie roy, et par les Esclauons, Polonois, Hongres et Bohémiens est pris pour empereur ou César. En quoy il semble auoir quelque vray-semblance, pour le peu de différence
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qu'il peut y avoir entre ces deux mots Czar et César. Quant est du nom du roy blanc qu'on luy baille, il est fondé sur ce que tout ainsi que le roy de Perse est appelle Kissil passaoxi Casebatz, pour ce que son ornement royal qu'il porte en teste est rouge, aussi le Moscou ite est nommé blanc, parce que le sien est tout blanc. Il eut en premières nopces pour femme Salomea, fille d'vn sien suiet, avec laquelle il habita par l'espace de vingt ans et plus, sans avoir lignée aucune, dont il fut tellement fasché qu'il la répudia, à cause, disent aucuns, de sa stérilité, mais l'effet a bien montré qu'il prétend oit après d'autres, ou estant rassasié de sa compagnie, ou bien en ayant découuert vne plus belle, qui le meut à prendre prétexte de cette incapacité à conceuoir, il la fit renfermer dans vn monastère, où elle accoucha d'vn fils qui, parce qu'il pouuoit succéder à l'héritage de la principauté, rompit de beaucoup les desseins, non pas du mariage entre luy et Hélène, dautant qu'il fut consommé et accomply, mesme mourut elle durant iceluy ; mais entre vne
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autre à laquelle Basile aspiroit, falloit bien qu'il fut fprt édiauffé, veu qu'entre les Moseouites la multitude et diuersité de tant de nopces est fort odieuse *. Peut-estre que le manteau ducal dont il estoit affublé, couuroit tout ce qu'on y eut pû trouuer à redire. Au reste, ie trouue vne difficulté sur ce que ie viens de réciter touchant l'enfant de Salomea, d'autant qu'aucuns voyans que Demetrius, flls du défunt Iean et neueu de Basile auoit esté instaléau duché, ont écrit que cette pauure duchesse l'auoit eu d'illégitime conjonction : autrement n'est pas croyable que Basile Iqy eut cédé la chaire ducale, s'il eut sentv
i Apres vingt ans d'union , Basile relégua dans un couvent Salomonie Sal)ourof, cujvs feminœ, dit P. Jove, singulares virtutes una sterilitas obscurcit, et le cierge', toujours esclave du pouvoir temporel , l'autorisa à épouse? Hélène Glinski. Celle-ci lui donna, pour le malheur de la Russie, ce monstre qu'on appelle le Menaçant : quelques écrivains, dont d'ailleurs plus d'une construction historique demande à être jetée a bas , cherchent vainement à atténuer sa férocité , car il l'avouoit lui-même. — rp03HOÙ
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vn héritier plus proche et habile à succéder. Mais aussi qui considérera que Salomea eut eu ce fils de Basile, pourquoy n'a-il pû aussi bien succéder à son oncle, que Basile a fait à Iean, qui auoit ce fils viuant. Là dessus ie sçay bien qu'on m'alléguera que Basile, pour se rendre maistre et seigneur de l'Estat, prit captif Demetrius après la mort de son pere, et que Ton sçay bien qu'à la sollicitation et du consentement de Basile Demetrius, fut sacré duc de Moscouie ; de manière qu'il n'y a aucun rapport de l'vn auec l'autre, Basile empiéta le duché, et Demetrius le receut par l'élection qu'en fit son oncle.