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de sang, si ce n'est au cinquième degré et estiment hérésie que deux frères espousent deux filles qui soient soeurs : et ne pensent point que les secondes nopces soient vray mariage, ne permettans la troisième couche sans grande nécessité : mais de paruenir au quatrième nopçage , ils ne le permettent à aucun, et disent que cela n'est à faire nj permis au chrestien. Ils donnent le libelle de répudie, mais en secret, à cause qu'ils sçauent bien que c'est contre la religion et statuts de l'Eglise de tout temps» Or n'ap-
femme et la garde tant qu'elle luy agrée : mais dès qu'elle luy déplaist , il la répudie pour le moindre sujet du monde. Ils peuvent aussi se défaire des femmes stériles , et le mari qui s'en est défait, en peut épouser une autre six semaines après. Il est permis aux veuves de se remarier une seconde fois , mais à la troisième elles sont tenues pour lubriques. » Cérémonies nuptiales de toutes les nations , par le sieur de Gaya. Paris, 1680. — Quoique ces détails ne soient ni flatteurs , ni entièrement véridiques , je les extrais d'un livre curieux , parce qu'en effet, le mariage parmi le peuple manque de dignité, ce qui ne tient pas au peuple excellent , mais au clergé au-dessous de sa position , incapable même de protéger l'inviolabilité du sacrement.
pellent ils point adultère sinon celuy qui entretient chez soy la femme d'autruy. Les femmes y sont plus closes qu'en Turquie : car nulle n'est estimée chaste que celles qui ne sortent onc de leurs maisons : sçauoir les plus grandes dames, si elles ne sont conduites par quelques vns de leurs alliez et fauorits. Et fort peu de chose,' qui soit touché de la main des femmes, ce peuple n'en mange point, à cause qu'ils estiment que cest attouchement rend les choses souillées et impures et principalement en certaines occurences. Tous Moscouites, tant grand soient-ils, se disent cZops, c'est à dire es» claues du duc. Ils ont des esclaues qu'ils affranchissent souuent, estant à l'article de la mort : mais ces poltronz sont si naiz à la seruitude qu'ils se vendent eux mesmes , et prennent le pris de leur liberté. Il n'y a guère que le pere qui pouuoit vendre son fils iusques à la troisième fois : et de là auant il perdoit toute iurisdiction paternelle, et estoit le fils libre et émancipé. Le prince enuoye de deux ans en deux ans par
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toutes ses prouinces pour sçauoir le nombre des enfans des nobles , à fin qu'il soit aduerty de leur nombre, et combien de cheuaux et seruiteurs ils ont, pour luy faire seruice : et les paye assez maigrement, iaçoit que peu ou iamais il les laisse en repos, veu que continuellement il est en guerre contre les Liuoniens et les Prussiens, ou contre les Polonois en Lituanie, ou contre le Tartare du costé de Cazan , ou bien contre le roy de Suece du costé de Finlandie : la guerre et façon desquels se passe en ceste manière. Us vont tous à cheual, la plus grand part chastrez, mais légers sur tous autres : et me suis laissé dire, non seulement à ceux du païs , ains que Polonois , Polaques et autres, qu'ils peuuent faire en guerre deux cens mille cheuaux et dauantage. Lorsqu'ils veulent attaquer les Finlandois, qui sont suiets du roy de Suece, ils se vont mettre sur les destroicts et près les embouchures des estangs dans la mer, et ce durant l'hyuer, que tout est caillé de glace, et là ils dressent leurs gabions et défenses sur
la glace , y conduisans leur artillerie , le peu qu'ils en portent, d'autant qu'ils n'en vsent guère, pour ce que iamais ils ne combattent longuement, ains si l'on les rompt au premier rencontre, on en a assez bon marché; car ils se sauuent à course de cheual. Mais le Suece et Finlandois, les voyant sur la glace, ont des chariots de fer fort longs, menez par des cheuaux sauuages : et sont ces chariots chargez de bois et matières combustibles , la fumée desquelles toutefois est nuisible au cerueau : et lors qu'ils voyent leurs ennemis , ils mettent le feu après , et lors ces cheuaux se voyans le feu à la queue, courent tout à trauers les Moscouites, lesquels se desroutans, sont assaillis de tous costez par les Sueces : lesquels onc ne furent guère battus du Moscouite , encor qu'ils ne soient pas si puissans que luy , mais ils sont plus fins et rusez : et qu'aussi ils ont des chiens furieux à merueilles, qui courent sus aux cheuaux et les mettent en desordre. Le Moscouite a pour armes arc et flesche , la hache et vn espieu , qu'ils nomment kesteni,
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et les Polonois qui les auoisinent bassalick. Les gentilshommes et grands seigneurs vsent de l'espee, faicte comme un simeterre turquesque , et ont des dagues presque toutes absconcees dans leurs fourreaux : mais ils sont si adroicts , qu'ayans tous ces empeschemens à cheual, si est ce que rien ne demeure en arrière. Quelques vns ont des corselets et corps de cuirasse faict en escaille : mais bien en y a il qui ont habillement de teste, soit salade, bourguignote1, ou morion, à la façon des saunages d'Escoce. D'autres ont leurs habillemens bien cottonnez , à fin de parer aux coups, et portent des lances fort longues. Ils n'ont point de fanterie, et
1 La salade ou bourguignote étoit un casque sans crête qui n'étoit porté que par les cavaliers , et le morion à bords relevés , ne rétoit que par les gens de pied. Les anciens costumes russes seroient dignes d'être représentés par un pinceau habile. M. Steyert a récemment prouvé par son charmant Aperçu sur les variations du costume militaire dans l'antiquité et au moyen âge (Lyon, 1S56) , ce que ce genre d'étude offre d'intérêt et à quelle perfection typographique peut atteindre le plus léger fascicule, quand il est publié aux frais de M, N. Yeméniz.
depuis qu'il sont en fuy te , ils n'entendent aucun salut : car si vous les suyuez et les prenez , ils ne vous disent mot, ny ne se défendent, nyne vous prient d'aucune honeste composition : là où le Tartare se voyant à terre et despouillé de toute arme , encor ne cesse il de se défendre iusques au dernier soupir de sa vie. Ils ont assez de bonnes munitions de guerre, comme pouldre, artillerie, charettes, cables pour passer les riuieres et autres pour l'attelage. Ils ne sont pas bien apprins pour faire marcher vn camp en bataille. Souuentefois font marcher l'artillerie tantostdeuant, tantost après le camp, sansaucun ordre, à la manière des Arabes et des Mores, comme i'ay veu faire en leur païs, passant les déserts. De pionniers, ils en ont bien peu, et sont quasi tous à cheual. Ils ne sont si fins ny si rusez que les François ou Espaignols pour faire batterie , forteresse , approche ou faire rendre vne ville, ou chasteau par feu, quand on ne la peult prendre par assault , et vsent bien peu d'artifice de feu, par lequel on peult greuer ses ennemis. Quant au salpestre, ils
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ne le préparent si bien que nous faisons pour faire traicts , flesches ou fusées qui portent feu à vn camp ou nauire , ou là où on voudra tirer. Quant à faire pots à feu pour ietter à vn fossé contre ses ennemis , lances à feu, piques, fagotz, cercles, oranges , plotes de feu pour fêter auxdicts ennemis, plotes à feu pour esclairer en vn fossé ou autre lieu, faire huile de soulfre incombustible , huile d'oeufs , et autres munitions requises à l'art de cannonier, pour repousser et vaincre les assaillans , ils n'en ont point l'vsage certain , et ce peu qu'ils en sçauent , n'est que depuis la prinse du païs Liuonien, le temps que i'estois en Turquie, ou que quelques Polonois ou Turcs esclaues leur ayent apprins. Et ce que ie dis d'eux, autant i'en dis de tous les païs bas de Carelie, Bearmie et Scricfinie. Ce peuple se fie plus en la multitude qu'au bon ordre, et ba^ taillent de loin, ne taschans qu'à enuironner et enclore ceux à qui ils ont affaire , et ont grand nombre de trompettes, pour les inciter au combat : et sont les plus sobres gens
en guerre qui soient au monde , et qui endurent mieux toutes les incommoditez du temps, de l'air, et autre telle chose. Et quoy qu'en d'aucuns endroictsil y ayt des voleurs, » si est ce qu'on en faict vne cruelle iustice : car estans prins, ils leur rompent les talons et les laissent tant que la playe soit enflée , et lors de rechef il les tourmentent au mesme lieu, qui est vne espèce de question : que s'il est conuaincu du crime, il est pendu et estranglé sans remission. Les meurtres (si ce n'est de volerie) ne sontiamais guère puniz, voire ny les larcins : mais si vn homme trouue vn autre en larcin, il le peult tuer sans reprehension , auec condition toutefois qu'il fault qu'il porte le corps du mort deuant les officiers du prince, lesquels ils nomment , assauoir les luges Ocolnich et les Sergents Nedelsenik , et là il déclare comme la chose s'est passée, veu qu il en est creu à son seul et simple serment. Mais ceux qui tuent leurs seigneurs , ou trahissent vne ville ou forteresse, les calomniateurs qui portent leur bien en la maison d'autruy et puis se disent auoir
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esté desrobez , et ceste manière de gens qu'ils nomment Potzmetzchetz , sont tous puniz de mort , sans aucune miséricorde. Vn gentilhomme , qu'ils nomment Boyar , vault en tesmoignage plus que beaucoup d'autres. Il y a peu d'Aduocats et Procureurs , et fault qu'on aille déduire son faict et plaider deuant le luge : et quelque seuerité que monstrent les luges , si est ce que la Iustice y est vendue, tout ainsi que la marchandise estalîee en plein marché. Ils ne parlent iamais de nulle affaire en se pourmenant , et s'esbahissent quand ils voyent ceux de par deçà consulter ensemble des choses plus graues et sérieuses en se pourmenant. Il y a des postes et courriers, assis en diuers lieux, aussi bien qu'en France ou ailleurs : mais auec si grand liberté, qu'en despit du maistre, chacun voulant courir choisit le meilleur cheual qui soit en l'escurie, sauf celuy qui est ordinaire pour le courrier du Prince : et quoy que les cheuaux y soient mal pensez, si font ils vne diligence toute autre que ne font en ce païs. Ils ont quatre espèces de monnoye, à sçauoir
celle de Moscouie, qui n'est point ronde , ains faicte en longeur comme vne ouale , et s'appelle Denga, ayant d'vn costé une rose et de l'autre vn homme à cheual. Celle de Tvver, qui n'a que de l'escriture de toutes parts. La troisième est celle de Nouogorod, laquelle a d'vn costé l'effigie du Prince , assis sur son tbrone , et d'vn homme qui s'encline deuant luy, comme luy faisant reuerence, et de l'autre costé y a aussi de l'escriture. Celle de Plescouie a vne teste de bceuf couronnée d'vnepart, et des characteres de l'autre. Et sont toutes ces espèces d'argent : car d'or ils en monnoyent fort peu, et vsent de ceux d'Hongrie , et du Rhin. Et quoy qu'aucuns disent qu'il y a des mines d'argent en Moscouie, si suis ie d'auis qu'ils s'en desdient, veu qu'il n'en y a d'autre que celuy qu'on y porte d'autres prouinces : aussi y est il cher à merueilles. Tout leur trafic, comme i'ay souuent dict n'est que miel, cire et peleterie , comme de Martres , Hermines , Loups ceruiers, Renards noirs, Genettes, et Bières, et d'vn petit animal semblable à vn chat,
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qu'ils appellent Pessetz1, du quel ils vsent en leurs fourrures, à cause que sa peau est fort chaude et saine, quoy que non guère belle. Et quoy qu'il y ayt plusieurs seigneurs, si n'en y a il pas vn, qui leue péage, que le Duc jsi ce ne sont quelques vns des plus grands) le quel en prend sur toute espèce de denrée, et mesmement sur la cire, dont les imposts sont deux fois plus grands que sur l'autre marchandise. Quand quelque ambassadeur va vers le grand Duc, auant qu'entrer ès terres de Moscouie fault que signifie à la première ville de jurisdiction, qu'il est le messager d'vn tel prince, qui a affaire auec le grand Duc. Et lors le gouuerneur de la ville s'enquiert qui est ce prince , quelle est sa grandeur, et aussi qui, quel, et de quel estât, et auec quelle compagnie est celui qui faict l'office d'ambassade, et aduerty qu'il est deuëment de tout cecy, il enuoie compagnie honneste pour receuoir le dict ambassadeur : et cependant il addresse paquet au Duc, l'ad-
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uertissant de telle venue : et le Duc lui enuoye quelque seigneur de son Conseil , pour le mener en cour. Ce seroit superfluité de vous reciter icy les cérémonies et arrogances de ces Moscouites qui iamais ne descendront les premiers de cheual, ou ne s'osteront le chapeau de la teste, que vous ne f aie tes semblant le faire le premier. Mais voyons comme l'estranger est receu en la cour de ce prince, à fin de n'employer le temps en vains discours. Comme l'ambassadeur approche du lieu ou est le Duc, il trouue vne grande troupe de caualerie : qui voyans l'estranger, mettent pied à terre, ce que aussi il fault que fasse l'autre pareillement. Et là quelques conseillers du Duc le reçoiuent , et le meinent en son logis , reïterans souuent les tiltres et seigneuries de leur Prince, et le fournissent de toute chose nécessaire, soit pour les hommes ou cheuaux, selon le nombre des
i V. au sujet de ces cérémonies et arrogance , la Rela tion de trois ambassadeurs de monseigneur le comte de Carlisle.
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personnes. Or quand l'ambassade de quelque grand prince doit parler au duc Russien , les principaux de la cour y assistent : voire ce iour toutes les boutiques sont closes, sans que aucun s'arreste au marché, pour acheter ne vendre. Et cecy est faict, à fin que les estrangers congnoissent la puissance du Duc , et que les subiets voyent comme il est visité par les messagers des plus grands monarques de la terre. Passé que l'estranger a vne telle noblesse et populace , il vient aux degrez du palais, où il est receu d'aucuns conseillers du prince : les quels l'ayans mené outre au plus hault des degrez, viennent d'autres qui le saluent, et présentent la main en signe d'amitié : puis il entre dans le palais, où sont les principaux du conseil, qui aussi le saluent : et après est mené en vne sale, où nul ne le salue, encor que vous eussiez à luy congnoissance : Et puis est introduit en la sale du Prince, où tout le monde se leue , sinon luy, et ses plus proches parens , s'il en a, les quels neantmoins se descouurent la teste. Lors vn conseiller parle pour
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luy au Prince, auec mille inclinations iusques à terre. Et cependant le Duc est assis en vn lieu hault, près quelque image de Sainct, et a sur vn banc le chapeau ducal , et en sa main le baston Possoch , et vn bassin à lauer, auec deux esguieres, et la seruiette dessus : et ce, s'il parle à quelcun qui soit de contraire opinion à la sienne , à cause qu'il les estime souillez et polluz. Après que l'ambassadeur l'approche, se met à genoux, et estreleué, et luy déclare le truchemant ce que luy veult dire, luy ayant faict plusieurs interrogatoires aux quels il respond en toute humilité et reuerence. Il donne la main si l'ambassadeur est à quelque grand prince, et puis luy commande de s'asseoir : et l'estranger se retirant, faict encor la reuerence au Duc, et aux kuez et conseillers , fléchissant la teste ores d'vn costé , tantost d'vn autre , le remerciant de sa courtoisie. Puis on porte les presens addressez à son Excellence , qu'ils appellent Pominki , c'est a dire Mémoires : et vn conseiller, celuy qui aura introduict l'ambassade, dict tout hault, Très grand et Tree