ÉPILOGUE
C'est affreux!... » Cette causerie si différente de celle qu'ils tenaient quelques semaines auparavant par une claire matinée du début de mai, à l'angle de la rue Borgognona et de la place d'Espagne, avait lieu dans une allée écartée des jardins du Vatican. Montfanon, qui avait reçu le matin la visite de Dorsenne, de nouveau sur le point de retourner à Paris, et définitivement cette lois, avait trouvé l'écrivain si triste qu'il l'avait retenu à déjeuner, puis il l'avait accompagné dans ses courses et conduit enfin dans cet endroit très particulier et très difficile d'accès, avec l'espérance de le relever d'une prostration vraiment effrayante en amusant sa curiosité. Vingt fois durant l'hiver, Julien lui avait demandé la faveur de cette visite, et vingt fois l'ancien zouave, à qui ses relations avec la cour pontificale permettaient pourtant d'entrer dans ces jardins à sa fantaisie, avait décliné la responsabilité d'y introduire un étranger. Il fallait qu'il aimât beaucoup Dorsenne d'une part, et que de l'autre il en fût bien inquiet, pour avoir dérogé à ce scrupule. Cette promenade-ci n'avait d'ailleurs eu d'autre résultat que de lui valoir le tragique récit de la mort d'Alba Sténo avec tous les détails que le romancier était seul à connaître, et quoiqu'ils ne fussent qu'une portion de la réalité, ils suffisaient pour que le très brave et très tendre cœur du vieux gentilhomme fût remué jusqu'au fond. Il aurait voulu trouver des paroles capables de consoler son ami. Mais que lui dire, quand il le jugeait si criminel d'avoir impru-
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demment joué, par épicuréisme sentimental, avec l'âme malade de la pauvre Alba? Puis sa conscience de fervent chrétien ne s'était pas consolée du rôle qu'il avait lui-même accepté dans le duel entre Gorka et Chapron. Il se rendait compte que cette rencontre, en déterminant le départ de Boleslas et de sa femme, avait contribué, par contre-coup, à éclairer la fille de M™^ Sténo, en sorte que lui aussi, Montfanon, pour une part infiniment petite, mais une part tout de même, était mêlé à ce suicide. Et il se taisait. Peut-être aussi l'un et l'autre, le croyant et le sceptique, étaient-ils gagnés par la mélancolique atmosphère de l'endroit où ils venaient d'évoquer en causant le cruel dénouement de la tragédie dont ils avaient été, à un degré divers, deux des acteurs. Les massifs de sombres chênes verts, cerclés de bordures d'énormes buis taillés uniformément, frémissaient autour d'eux. Aucune rumeur autre que celle de ces feuillages, mélangée à la plainte monotone d'une fontame toute proche, ne remplissait cet enclos que cernent les anciens murs de Rome d'un côté, et que surplombe de l'autre l'immobile coupole de Saint-Pierre. Les seuls hôtes du jardin pontifical paraissaient être, avec les deux promeneurs, les Dieux de marbre épars dans ces bosquets, débris de l'art païen placés là comme sous l'ombre de la grande Basilique par la fantaisie des papes de la Renaissance, peut-être sur Tordre de ce Léon X qui tint dans ces jardins sa cour de poètes délicats et de glorieux artistes. Sous l'implacable et déjà torride