AU XV« ST AU XVI- SIÈCLE
KPOQUB DIS DISCOUVERTES DANS L^OGEAN. <— ÉviMKMENTÇ QUI LES OZfT AMENÉES. — OUVERTURE DE l'hÉHIS^UÈRE OGQDENTAL. — COLOMB, SÉBASTIEN CABOT BT GAMA. — L* AMÉRIQUE ET L*OCÉAN PACIFIQUit. -*• GABMLLO^ BÉBAiTIBN ttlCAINO, MINDaHa Vt QmR6ft» — RlCllU HATBRMUX MIS A LA BUTOSlTIini iMkB HATIONS OCGIDBtfTàLBS M
l'europb.
Le KV* siède appartient à ces rares époques dans lesquelles tous les efforts intellectuels offrent le ca^ ractère commun d'une tendance luTariable vers un but déterminé. L'unité des efforts j le sucoèB qui les a couronnés, l'active énergie que manifestèrent des peuples entiers^ donnent à Tàge de Colomb, de Sébae^ tien Cabot et de. Gama un éclat brillant et durable. Placé entre deux phases différentes de la civilisa-* tion, le XV* siècle semble être une époque intermé^
diaire qui achève le moyen âge et commence les temps modernes. Cest Tépoque des plus grandes découvertes accomplies dans l'espace. Toutes les latitudes, toutes les hauteurs de la surface terrestre furent explorées. Le xv* siècle, en doublant, pour les habitants de l'Europe, Tœuvre de la création, fournissait à l'intelligence des stimulants nouveaux et puissants, qui devaient accélérer le progrès des sciences , au point de vue mathématique et physique (21).
Ainsi que cela s'était vu dans l'expédition macédonienne, et avec plus d'autorité encore, le monde extérieur s'imposait à l'esprit soit sous des formes individuelles, soit comme l'assemblage de forces vivantes agissant simultanément. Malgré leur abondance et leiu* diversité, les images qui frappaient isolément les sens se fondirent peu à peu en une grande synthèse, et la nature terrestre fut embrassée dans son universalité. Ce fut le résultat d'observations positives et non pas seulement l'effet de divinations vagues, dont les formes changeantes flottaient devant l'imagination. La voûte du ciel découvrit à l'œil encore désarmé des espaces nouveaux, des étoiles qu'on n'avait jamais vues et des nébuleuses décrivant isolément leur orbite. Dans aucun autre temps, j'en ai déjà fait la remarque, on ne vit ime partie du genre humain en possession d'un plus grand nombre de faits et en état de fonder sur la comparaison de matériaux plus considérables la description physique de la terre. Jamais non plus les découvertes accomplies dans l'espace et dans le monde matériel p'out amené dans Tordre
moral des cbaagemeuts plus exlraordiuaires. L'horizon fut agrandi, les productions se multiplièrent avec les moyens d'échange , on fonda des colonies d'une étendue telle qu'on n'en avait jamais vu de semblable, et par là les mœurs subirent aussi une révolution. Si ces événements eurent d'abord pour résultat de jeter et de maintenir dans l'esclavage une partie de la race humaine, ils ne furent pas non plus sans influence sur son affranchissement ultérieur.
Tous les faits qui , considérés isolément dans la vie des peuples, marquent un progrès considérable de l'intelligence, ont des racines profondes dans la suite des siècles qui les ont précédés. Il n'est pas dans la destinée de l'espèce humaine de subir une éclipse qui l'enveloppe uniformément tout entière. Un principe conservateur entretient sans cesse la force vitale et progressive de la raison. L'époque de Colomb n'eût pas si vite atteint le but auquel elle tendait, si des germes féconds n'avaient pas été semés à l'avance par une succession de grands hommes^ qui traverse comme une traînée lumineuse les siècles ténébreux dn moyen âge. Un seul de ces siècles, le XHi*, nous montre réunis Roger Bacon, Nicolas Scott, Albert le Grand, Vincent de Beauvais. L'activité intellectuelle une fois éveillée porta ses fruits, en agrandissant la physique du globe. Lorsque Diego Ribero revint, en 1525, du congrès géographicoastronomique qui s'était tenu à la Puente de Caya, près d' Yelves, en vue de mettre fin aux différends, et de déterminer les frontières des deux monarchies
espagnole et portugaise, on avait déjà tracé le con** tour du nouveau continent depuis la Terre-de^Feu jusqu^au Labrador. Sur la côte occidentale , située en regard de TAsie, les progrès furent naturellement moins rapides. Cependant , en 1543, RodriguezCabrillo s'était avancé vers le nord au delà de Monterey, et, lorsque ce grand et hardi navigateur eut trouvé la mort dans le canal Santa Barbara, près de la Nouvelle* Californie, le pilote Bartholomée Ferreto poussa la reconnaissance jusqu'au 43* degré de latitude , près du cap Oxford de Vancouver. Telle était alors l'émulation avec laquelle les peuples commerçants, les Espagnols, les Anglais et les Portugais tendaient vers un seul et même but, qu'un deminsiècle suflSt pour déterminer la configuration extérieure des pays compris dans l'hémisphère occidental , c'est-à^ire la direction principale des côtes.
La connaissance acquise, au xv* siècle, par les nations européennes de T hémisphère occidental est l'objet principal de ce chapitre. C'est, en effet, un événement immense dont les féconds résultats ont contribué de mille manières à rectifier et à agrandir les vues sur le monde. Toutefois nous devons d'à* bord établir une distinction tranchée entre Ta première et incontestable découverte, faite par les Normands, de l'Amérique septentrionale, et les expéditions qui plus tard amenèrent la connaissance des régions tropicales, dans le même continent. A une époque où le khalifat des Abassides florissait encore dans Bagdad, où la Perse était encore sous la dooii-
nation des Samanides , si favorable à la culture de la poésie , vers l'an 1 000 environ , T Amérique fut reconnue par Leif, fils d'Éric le Rouge, depuis l'extrémité septentrionale jusqu'à 41' 1 /2 de latitude Nord (22). L'impulsion qui amena cet événement, d'une manière fortuite il est vrai, partit de la Norwége. Dans la seconde moitié du ix* siècle , Naddod , voulant naviguer vers les îles Faeroër, qu'avaient déjà visitées les Irlandais, fut jeté par la tempête sur les côtes d'Islande. Ingolf fonda dans cette tle, en 875, le premier établissement normand. Le Groenland, presqu'île orientale d'une contrée qui paraît être entièrement séparée par les flots de l'Amérique proprement dite, fut signalé de bonne heure (23); mais c'est seulement cent ans après , en 983 , qu'il reçut une colonie de l'Islande, nommée d'abord par Naddod Snjoland ou paj^ de la Neige. Ce fut à la suite de cette colonisation islandaise, que l'on aborda au nouveau continent , en suivant les côtes du Groenland, dans la direction du sud-ouest. Les îles Paeroër et l'Islande doivent donc être considérées comme des stations intermédiaires , et les points de départ des expéditions qui conduisirent les Normands vers la Scandinavie Américaine. C'est ainsi que l'établissement de Carthage avait fourni aux Tyriens les moyens de parvenir jusqu'au détroit de Gadeira et au port de Tartessus , et que de Tartessus , ce peuple entreprenant se rendit de station en station jusqu'à "Cerné, nommée par les Carthaginois Gauléa ou île des Vaisseaux (24).
Malgré la proximité des côtes du Labrador (Hellu* lauditMikla), situées en face du Groenland , 125 ans s'écoulèrent entre le premier établissement des Normands dans l'Islande et la grande découverte de l'Amérique par Lcif , tant étaient insuffisantes pour les besoins de la navigation les ressources qu'offrait à une race noble et vigoureuse, mais pauvre, ce coin de terre isolé et désert. Comparées à l'Islande et au Groenland, les côtes du Yinland, ainsi nommé par im Allemand , Tyrker, à cause des vignes sauvages qui y furent trouvées, pouvaient attirer par leur fécondité et la douceur du climat. Ces côtes, appelées aussi par Leif, le bon pays du vin (Vinland it goda), comprenaient toute l'étendue du littoral situé entre Boston et Newr-York , par conséquent , des parties des trois états modernes de Massachusetts , de Rhode-Island et de Connecticut, placées sous les parallèles de Cività Vecchia et de Terracine , mais dont les températures moyennes varient entre 8 degrés 8/i 0 et 11 degrés 2/10 (25). C'est là qu'était l'établissement principal des Normands. Les colons eurent souvent à combattre contre la race aguerrie des Esquimaux qui, à cette époque, portaient le nom
de Skrœlingues , et s'étendaient beaucoup plus loin
vers le sud. Le premier évêque du Groenland, Erik- Upsi, Islandais de naissance, entreprit, en 1121, d'aller propager le christianisme dans le Vinland, et il est question de cette colonie dans tes vieilles poésies nationales, chantées par les indigènes des îles Fœroër (26).
L'aclîvîté et l'esprit entreprenant des aventuriers islandais et ^oënlandais sont attestés par cette circonstance, qu'après avoir fondé des établissements vers le sud, jusqu'à 41 M /2 de latitude, ils élevèrent trois monuments, trois bornes, sur la côte orientale de la baie de BafBn, à 72"" 55' de latitude, dans l'une des îles des Femmes, au nord-ouest d'Upernavik, aujourd'hui la plus septentrionale des colonies danoises (2? )• La pierre runique découverte dans l'automne de l'année 1 824 par un Groenlandais, nommé Pelinut, porte, d'après Rask et Finn Magnousen, la date de 1 135. De cette côte orientale de la baie de Badin, les colons,*attirés par l'appât de la pèche, visitèrent régulièrement le détroit de Lancastre, ainsi qu'ime partie du détroit de Barrow, et cela plus de six siècles avant les hardies entreprises de Parry et de Ross. Les localités où se faisait la pèche sont très-nettement décrites dans les Sagas, et il est dit que la première expédition fut conduite en 1266 par des prêtres groenlandais de l'évêché de Gardar. On nommait cette station d'été, située au nord-ouest, la lande de Kroksfjardar. Déjà il est fait mention du bois flotté qui venait sûrement de la Sibérie et que l'on recueillait dans ces parages, des cachalots, des morses et des ours marins qui s'y trouvaient en grand nombre (28).
Les renseignements certains , sur les relations qui . existaient entre les pays situés à l'extrémité septentrionale de l'Europe et sur celles que les Groenlandais et les Islandais entretinrent avec l'Amérique proprement dite, s'arrêtent au milieu du xiv* siècle On sait
encore qu'en 1347, un vaisseau fut envoyé dans le Markland (la Nouvelle-Ecosse) pour y chercher des bois de construction et d'autres objets. En revenant, il fut assailli par la tempête et forcé de relâcher à Straumfjœrd, sur la côte occidentale de l'Islande, C'est la dernière mention de l'Amérique normande qui nous ait été conservée dans les vieilles sources historiques de la Scandinavie (29).
Nous nous sommes tenu soigneusement jusqu'ici sur le terrain de l'histoire. Grâce aux recherches critiques publiées par Christian Rafq et par la Société Royale des antiquaires du Nord, à Copenhague, les Sagas et les autres documents relatifs aux voyages des Normands dans l'Hallyland (Neufundland), dans le Markland, qui comprend l'embouchure du fleuve Saint-Laurent et la Nouvelle-Ecosse, et dans le Vin* land (Massachusetts), ont été imprimés séparément et commentés d'une manière satisfaisante (30). La longueur de la route, la. direction suivie par les navigateurs, le moment auquel se lève ou se couche le soleil, sont indiqués avec précision.
Les traces que l'on croit avoir trouvées d'une découverte de l'Amérique faite par les Irlandais, antérieurement à l'an 1000, sont plus incertaines. Les Skraelingues racontèrent aux Normands établis dans le Yinland, qu'au loin vers le sud, par delà la baie de Chesapeak, « habitaient des hommes blancs qui marchaient vêtus de longs habits blancs, portant devant eux des bâtons auxquels étaient suspendus des morceaux d'étoffe et parlant à haute voix. » Les Nor-
mands chrétiens crurent reconnaître à cette descrip* lion des processions qui portaient des bannières et chantaient. Dans les plus anciennes Sagas, dans les récits historiques de Thorfinn Karlsefne et dans le Landnamahok islandais, les côtes méridionales comprises entre la Virginie et la Floride sont appelées le pays des hommes blancs. Elles sont nommées aussi dans les mêmes sources Grande Irlande (Irland it Mikla), et Ton affirme qu'elles ont été peuplées par les Ires. D'après des témoignages remontant à Tan 1064, Ari Marsson, de la puissante famille islandaise d'Ulf le Louche, faisant voile vers le sud, avant même la découverte du Vinland par Leif, vraisemblablement vers Tan 982, fut jeté par la tempête sur la côte du pays des hommes blancs, y fut baptisé , et n'ayant pu obtenir la permission de s'éloigner, fut reconnu plus tard par des habitants des Iles Orkney et par des Islandais (31),
L'opinion de quelques savants, familiers avec les antiquités du nord, est que^ si dans les plus anciens documents de l'Islande, les premiers habitants de cette Ile sont appelés les hommes de fonesl venus par mer^ il en faut conclure que l'Islande n'a pas été peuplée par des colonies venues directement de l'Europe, mais par des Ires transplantés de bonne heure en Amérique, et qui revinrent de la Virginie et de la Caroline, c'est-à-dire par des hommes qui, après avoir habité la Grande Irlande, la partie de l'Amérique appelée h pays des hommes blancs^ vinrent s'établir sur la côte sudest de l'Islande, à Papyli^ et dans la petite Ile Papar^
voisine de cette côte. Mais le précieux ouvrage du inoiue irlandais Dicuil : De mensura orbis ierrœ^ composé vers Tan 825, par conséquent trente-huit ans avant que Naddod eût fait connaître T Islande aux Normands, ne confirme pas cette opiuion.
Dans le nord de l'Europe, des anachorètes chrétiens, et dans l'intérieur de l'Asie, de pieux moines bouddhistes, ont exploré des lieux inabordables, et les ont ouverts à la civilisation. L'ardeur de la propagande religieuse a frayé la voie tantôt à des entreprises militaires, tantôt à des idées pacifiques et à des relations commerciales. La ferveur particulière aux religions de l'Inde, de la Palestine et de l'Arabie, et si étrangère à T indifférence du polythéisme grec et romain, a singulièrement accéléré les progrès de la science géographique, dans la première moitié du moyen âge. Le commentateur de Dicuil, M. Letronne, démontre ingénieusement que les missionnaires irlandais , ayant été chassés des îles Fœroër par les Normands, commencèrent vers 795 à visiter l'Islande. Les Normands, lorsqu'ils vinrent en Islande, y trouvèrent des livres irlandais, des cloches et autres objets que les anciens colons appelés Papar^ y avaient laissés. Or ces Papar (papœ, pères) sont les clerici de Dicuil (32). Si maintenant, comme on peut le conjecturer par le témoignage de cet écrivain, ces objets appartenaient à des moines irlandais, venus des tles Fœroër, on se demande pourquoi les moines (Papar) s'appelaient, selon les traditions du pays, hommes cfe r ouest (Vestmenn), «venus de l'ouest par la mer, »
(koinnîr til vestan um haf)? Quant au voyage fait en 1170 par le prince gallois Madoc, fils d'Owen Guineth, vers un grand pays situé à Touest, et au rapport que ce fait peut offrir avec la Grande Irlande des Sagas islandaises, tout sur ce point est demeuré jusqu'ici très-obscur. Peu à peu aussi s'évanouit la prétendue race des Celto-Américains que des voyageurs trop crédules voulaient avoir trouvée dans plusieurs pays des Etats-Unis. Cette chimère a disparu depuis l'introduction d'une étude comparative des langues, fondée sur leur structure organique et non sur des ressemblances de sons accidentelles (33).
Au reste, si celte première découverte de l'Amérique, faite au xi* siècle ou même plus tôt, n'eut pas la grande et durable influence qu'exerça sur les progrès de la science du monde la même découverte renouvelée, à la fin du Xv* siècle, par Christophe Colomb, cela s'explique par le peu de culture des peuples qui découvrirent les premiers ce continent et par la nature des lieux où se renferma leur exploration. Aucune éducation scientifique n'avait préparé les Scandinaves à étendre leurs recherches , dans les pays qu'ils occupaient, au delà de ce qu'il fallait pour satisfaire aux plus pressants besoins. On peut considérer comme la véritable métropole de ces colonies le Groenland et l'Islande , contrées où l'homme avait à lutter contre les intempéries d'un climat inhospitalier. Grâce cependant à sa merveilleuse organisation, la république islandaise conserva sou indépendance et son caractère propre durant quatre cent cinquante ans, n. «9
jusqu'à la ruine de ses libertés municipales et à la soumission du pays ^u roi de Norwége Hakon YI. L'épanouissement de la littérature islandaise, la rédaction des annalejs du pays, la collection des Sagas et des chants de TEdda datent du xii* et du xiir siècle. Cest un singulier spectacle, dans Thistoire de la culture des peuples, que de voir le trésor des plus anciennes traditions de T Europe septentrionale, com^promis par des luttes intestines sur le sol où elles avaient pris naissance , passer de là en Islande et y èt^ conservé soigneusement pour la postérité. Cette conservation, conséquence éloignée du premier établissement d'Ingolf en Islande (875) , fut un^rave événement dans la sphère de la poésie et ie l'imagination, dans le monde vaporeux ébauché par les mythes et les cosmogonies emblématiques des races Scandinaves. Toutefois la science de la nature n'y gagna rien. Il est vrai que des. voyageurs islandais allaient visiter les écoles d'Allemagne et d'Italie , mais les découvertes des Groenlandais dans le sud, le faible commerce qui s'établit avec le Yinland, dont la végétation n'offrait aucun caractère remarquable, attirèrent si peu les colons et les navigateurs hors du cercle de leurs intérêts tout européens , qu'il ne se répanr dit chez les peuples civilisés de l'Europe méridionale aucune nouvelle de ces récentes colonies. Bien plus , on ne voit pas que , même en Islande, il soit parvenu le moindre renseignement sur. ces contrées aux oreilles du grand navigateur génois. En effet, l'Islande et le Groenland avaient déjà fait
divorce depuis plus de deux siècles; car, en 1261, le Groenland avait perdu sa constitution républicaine et, comme propriété de la couronne de Norwége, s'était vu interdire formellement tout commerce avec les étrangers, mêine avec les Islandais. Christophe Colomb, dans son écrit devenu si rare sur les cinq zones habitables de la terre^ dit qu'au mois de février 1477 il visita l'Islande, « où alors la mer n'était pas couverte de glace et que fréquentpient en grand nombre les commerçants de Bristol (34). » S'il y avait entendu parler de l'ancienne colonisation d'im grand pays situé en face de l'Islande, de YHefluland it mikla^ du Markland et du bon Vinland, s'il avait pu rattacher celte notion d'un continent voisin aux projets qui déjà l'occupaient en 1470 et en 1473, on ne peut douter que dans le célèbre procès sur la réalité de sa découverte, qui fut terminé seulement en 1517^ il eût été question de son voyage à Thulé, c'est-à-dire en Islande, surtout si l'on songe que le soupçonneux fiscal qui instruisit cette affaire mentionne même une carte marine (mappa mundo), que Martin Alonso Pinzon avait vue à Rome et où le nouveau continent aurait été figuré. Si Colomb avait voulu chercher un pays dont il eût entendu parler en Islande , évidemment , dans son premier voyage de découverte, il n'aurait pas marché dans ia direction sud-ouest, en partant des Canaries. Toujours est-il que des relations commerciales existèrent encore entre Bergen et le Groenland jusqu'en 1484, c'est-à-dire six années après le voyage de Colomb en Islande.
Bien différente à cet égard de la première découverte du nouveau continent au xi* siècle, Texpédition dans laquelle Colomb trouva, pour la seconde fois, ce continent et découvrit les régions tropicales de l'Amérique eut de graves conséquences pour l'histoire du monde et agrandit considérablement la contemplation physique de l'univers. Bien que le navigateur qui, à la fin du xv* siècle, dirigeait une si vaste entreprise n'eût aucunement l'intention de découvrir une nouvelle partie du monde, bien qu'il soit certain que Colomb et Amerigo Vespucci sont moï*ts avec la persuasion d'avoir seulement touché à ime partie de l'Asie orientale, cependant l'expédition offre tout à fait le caractère d'un plan scientifiquement conçu et accompli (35). On navigua résolument à l'ouest par les portes que les Tyriens et Colaeus de Samos avaient ouvertes, par la mer immense et ténébreuse {mare tenebrosum) des géographes arabes. On marchait vers un but dont on croyait connaître la distance. Les navigateurs ne furent pas jetés là par le hasard des vents, comme Naddod et Gardar étaient arrivés en Islande, comme Gunnbjœrn, le fils de Ulf Kraka, avait abordé dans le Groenland. Colomb ne fut pas non plus , guidé par des stations intermédiaires. Le grand cosmographe de Nurenberg, Martin Behaim, qui accompagna le Portugais Diego Cam dans son importante expédition sur les côtes occidentales de l'Afrique, passa, il est vrai, quatre ans, de 1486 à 1490, aux îles Açores; mais ce n'est pas en partant de ces îles, situées aux 3/5 de la distance entre
les côtes de l'Espagne et celles delà Pensylvanie, que fut découvert le continent américain. La préméditation de cette grande chose est déjà célébrée, d'une manière poétique, dans les stances du Tasse. Le poëte parle de ce que n'a pas osé la valeur d'Hercule :
Non os6 di tentar Talto Oceano:
SegDÔ le mete, e *n troppo brevi chiostri
L^ardir ristrinse deiringegno uinano
Tempo Terril cbe flan d'Ercole i segni
Fayola Tile ai navigaoti industri
Un uom délia Liguria avrà ardimento Air incognito corso esporsi In prima
Gtrutalemme liberata, XV, 6t. 15, 80 et Si.
Et cependant le grand historien portugais Jean Bai^ ros (36), dont la première décade parut seulement en 1 552, n'a rien à nous dire sur cet auom delta Liguria, n sinon que c'était un frivole et extravagant bavard (homem fallador, e glorioso em mostrar suas habilidades, e mais fantastico, e de imaginaçôes com sua Ilha Cypango). Tant il est vrai que dans tous les siècles et à tous les degrés de civilisation , les haines nationales ont fait effort pour obscurcir l'éclat des noms il* lustres I
La découverte des régions tropicales de l'Amérique par Christophe Colomb, Âlonso de Hojeda et Alvarez Cabrai ne peut être considérée comme un événement isolé dans l'histoire de la contemplation du monde. L'influence de ce fait sur le développement des con- Daissances physiques et en général sur leprogrès des idées ne peut être bien comprise qu'à la condition de passer rapidement en revue les siècles qui sépa-
relit le temps dés graildes entreprises maritimes de celui où florissait la culture scientifique des Arabes. Si répcK^ue de Colomb a le caractère particulier d'une tendance ôôUstante et toujours heureuse à étendre les décdUtertès datis l'espace et à élargir la don-» naissance du globe ^ elle le doit à des causes anciennes et diverses : à un petit nombre d'hommes hardis qui ayaleut développé à la foi^ dans les esprits la liberté générale de penser et le désir de pénétrer les phêUoiiiènes particuliers de la nature; à r influence qu'exercèrent sur les sources les plus profondes de la vie intellectuelle la renaissance de la philologie gi*ë<x{tié èii Italie, et TiltVéntioil de Mt àri qui donnait à la pMséë âeê ailes et liii assutdit une loiigue existence ; enfin à une plus ample connaissance de TAsie orientale, répandue, soit par les moines eiitoyée en ambassade auprès des princes mongols, soit par des marchands voyageurs^ parmi les nations au sud-ouest de T Europe qui étaient en relations de commerce avec le monde entier, et n'avaient pas de plus vif désir que de trouver un chemin plus court, pour parvenir au pays des épices. Outre tant de m€d[>iles puissants^ noua devons mentionner ce qui, vers la fin du xv* siècle, facilita surtout la réalisation de ces vœux, c'est-à-dirtf les progrès de Fart nautique, le perfectionnement des instruments de navigation, magnétiques ou astronomiques, Tapplication de méthodes certaines pour déterminer le lieu d'un navire en mer, et l'usage plus général des éphémérides solaires et lunaires de Régiomontanus.
Sans raconter en détail Tbistoire des sciétiees, ce qtii nous détournerait trop de tiotre sujet, nous nous oontentérons de choisir partni les hommes qui ont préparé Tépoque de Colomb et de Gama, trois grands noms : Albert le Gfand, Roger Bacon et Vincent de Beauvais. Nous les rangeons dans l*ordre chronologique, carie plus considérable, celui qui ôtfte léê facultés les plus hautes et ^intelligence la plus vaste, est le franciscain Roger Bacon, natif d'Uchéster, qui fit son apprentissage scientifique à Oxford et à Paris. Tow trois d'ailleurs ont devancé leur siècle et ont agi puissamment sur leurs contemporains» Dans les longues luttes de la dialectique, luttes trop souvent dtériles, cpii remplirent le régne de cette philosophie désignée sous le nom complexe et mal défini de sco-> lastique, on ne peut méconnaître T action bienfait» santé, je pourrais dire Tinfluence posthume des Ara*^ bes* Les particularités de leur caractère national que nous avons retracées dans le précédent chapitre, leur disposition à se mettre eii commerce avec la nature, avaient préparé la voie aux livres récemment traduita d'Aristote^ L'établissement des sciences expérimen-^ taies et la faveur dont elles jouissaient devaient con^^ tribUer encore à propager ces écrits. Jusqu'à la fia du xir siècle et au commencement du xur, les prin-» dpeë mal compris de la philosophie platonicienne dominaient dans lés écoles. Dë|jà les Pères de l'Eglise avaient cru y trouver le germe de leurs dogmes reli** gieux (37) . Un grand nombre des rêveries symboliques du Timée furent adoptées avec enthousiasme, et l'au-*
torité chrétienne fit revivre des idées erronées sur le monde, dont Yécoie mathématique des Alexandrins avait longtemps auparavant établi la fausseté. Ainsi, depuis saint Augustinjusqu'à Alcuin, Jean Scott et Bernard de Chartres, le platonisme ou plutôt le néoplatonisme, revêtant des formes nouvelles, poussa dans le moyen âge des racines de plus en plus profondes (38). Lorsque plus tard la philosophie aristotélique détrôna le néoplatonisme, et décida souverainement du mouvement des esprits, son influence s'exerça dans deux directions diflférentes; elle s'appliqua en même temps aux recherches de la philosophie spéculative et à la mise en œuvre de la science expérimentale. Les méditations spéculatives, bien qu'elles paraissent s'éloigner d'avantage de l'objet que je me propose dans ce livre, ne peuvent être complètement passées sous silence, parce que, au milieu même de la scolastique, elles ont porté quelques hommes d'une grande et noble intelligence à faire triompher, dans toutes les branches de la science, l'indépendance de la pensée. La contemplation du monde et la généralisation des idées n'ont pas besoin seulement de reposer sur nue grande masse d'observations ; il leur faut des esprits assez fortifiés à l'avance, pour ne pas reculer, dans Tétemelle lutte de la science et de la foi , devant ces images menaçantes qui peuplent certaines régions de la science expérimentale et voudraient nous en fermer les avenues. On ne peut séparer deux choses qui ont aidé puissamment au développement de l'humanité : la conscience de la liberté intellectuelle et les eflbrts
accomplis sans relâche pour arriver à des découvertes nouveUes dans les espaces éloignés. Les libres penseurs ont formé une série qui s'ouvre au moyen âge avec Dims Scott, Guillaume d'Occam et Nicolas de Gusa, et se prolonge par Ramus/ Gampanella et Giordano Bruno, juscpi'à Descartes (39).
Cet intervalle infranchissable entre la pensée et l'être, les rapports entre l'âme qui connaît et l'objet connu, divisèrent les dialecticiens en deux écoles célèbres, les réalistes et les nominalistes. Les luttes qui s'ensuivirent sont presque oubliées aujourd'hui; je ne puis cependant les passer sous silence, parce qu'elles ont eu une influence incontestable sur l'établissement définitif des sciences expérimentales. Les nominalistes qui ne reconnaissent aux idées générales qu'une existence subjective, sans réalité hors de r intelligence humaine, finirent par l'emporter au xiV et au XV siècle, après beaucoup d'alternatives. Dans leur antipathie pour le vague de l'abstraction, ils insistèrent avant tout sur la nécessité de faire appel à l'expérience et de multiplier les fondements sensibles de la connaissance. Une telle disposition dut agir, indirectement du moins, sm^ la <^ulture de la science expérimentale ; mais dans le temps même où les principes réalistes régnaient encore seuls, la littérature arabe, en se répandant chez les peuplés occidentaux, avait fait naître un goût vif pour l'étude de la nature, et l'avait heureusement posée comme antagoniste à la théologie qui menaçait de tout envahir. Ainsi nous voyons dans les diverses périodes
du moyen âge, auquel on attribue peut-être d'ordinaire un trop grand caractère d'unité, se prépare^ peu à peu, par les voies contraires de Tidéalisme pur et de l'expérimentation, le grand œuvre des décou* vertes dans Tespacé et leiir application à l'élargissement des vues sur le monde.
Chez les Arabes , la science de la nature était liée étroitement à la pharmacologie et à la philosophie; dans le moyen fige chrétien , elle se rattachait , aussi bien que la philosophie elle-même, au dogmatisme théotogique. La théologie^ visant par la loi de sa natitfëft une domination exclusive, resserrait les recherchés expérimentales dans le domaine de la physique, de la morphologie organique et de l'astronomie, qui Vivait avec l'astrologie dans des rapports frater^ nels. L'étude des livres encyclopédiques d'Aristote, importée par les Arabes et par les rabbins juifs, disposa les esprits à une alliance philosophique de toutes les sciences (40). C'est ainsi que Ibn Sina ( Avicenna) et Ibn Roschd ( Averroès), Albert le Grand et Roger Bacon purent être considérés comme les représentants de toute la science contemporaine. De cette croyance généralement répandue est née la gloire qui au moyen âge entoura leur nom d'une auréole.
Albert le Gratid , de la Tamille des comtes de Bollstaèdt^ mérite d'être cité aussi pour ses observaticHis personnelles dans le domaine de la chimie analytique. Ses espérances étaient , il est vrai y dirigées vers la transformation des métaux; mais pour les réaliser, il ne se livrait pas seulement à des manipulations sur
les substances métalliques , il approfondissait aussi les procédés généraux par lesquels s'exercent les forces chimiques de la nature. Ses écrits contiennent quelques remarques d'une pénétration extrême, sur la structure organique et sur la physiologie des végétaux. Il connaissait le sommeil des plantes, la régularité avec laquelle elles s^ ouvrent et se referment, la diminution dé la sève pat* les émanations qui s'é^ châppent de la surface des feuilles , et le rapport qui existe entre les ramifications des nervures et les découpiu*es du limbe. H commentait tous les ouvrages physiques du philosophe de Stagire, et toutefois, pour l'Histoire des Abirtiaux , il était réduit à une traduction latine, faite sur l'arabe par Michel Scott (41)4 Un écrit d'Albert le Grand qui a pour titre : Liber cos^ mogtaphitus de nahird locorum , est une sorte de géo* graphie physique. J'y ai trouvé des considérations sur la double dépendance où sont les climats par rapport à la latitude et % la hauteur du sol , et siur les conséquences qu'ont pour réchauffement de la terre les divers angles d'incidence fbrmés par les rayons lumi^ lieux. Néanmoins, si Albert le Grand a été célébré par Dante, il doit peut-être moins cet honneur à lui-« même qu'à son disciple chéri saint Thomas d'Aquin , qu'il conduisit, en 1245, de Cologne à Paris, et ra-* mena en Allemagne eu 1248 :
Questi» che ni*è a destra più Yiclno, Fraie e maestro fùmmi ; ed esso Alberto È di Cologna, ed io Thomas d*Aquino.
Roger Bacon, contemporain d'Albert le Grand, peut être considéré comme l'apparition la plus importante du moyen âge , en ce sens que , plus que personne , il a directement contribué à agrandir les sciences naturelles , à les établir siu* la base des mathématiques et à provoquer les phénomènes par les procédés de l'expérimentation. Ces deux hommes remplissent presque tout le xuV siècle ; mais Roger Bacon oflfre cela de particulier, d'avoir exercé, par la méthode qu'il a appliquée à l'étude de la nature, une influence plus utile et plus durable que ceUe même qu'on a, avec plus ou moins de raison, attribuée à ses découvertes. Apôtre de la liberté de penser, il attaqua la foi aveugle à l'autorité de Técole; mais , fort éloigné aussi de dédaigner les questions qui avaient occupé l'antiquité grecque , il professait une égale estime poiu* l'étude approfondie des langues (/i2), pour l'application des mathématiques et la scientia eœperimentalis^ à laquelle il consacra un chapitre spécial dans son Opus majus (43). Protégé et favorisé par le pape Clément lY, puis, accusé de magie et incarcéré par Nicolas III et Nicolas IV, il éprouva les vicissitudes auxquelles furent en butte les grands esprits de tous les temps. Il connaissait l'Optique de Ptolémée et l'Almageste (44). Comme il désigne toujours Hipparque sous son nom arabe Abraxts, on peut en conclure qu'il ne se servit que d'une traduction latine faite d'après l'arabe. Les travaux de Bacon sur la théorie de l'optique, sur la perspective et sur la position du foyer dans les miroirs concaves, sont, avec ses
expériences chimiques sur les mélanges inflaminables et explosibles, ce qu'il a fait de plus important. Son Opus majus est un livre riche de pensées; il contient des propositions et des projets susceptibles d'être réalisés, mais non la trace manifeste de découvertes définitives en optique. Bacon parait avoir manqué de connaissances profondes en mathématiques. Ce qui le caractérise, c'est une certaine vivacité d'imagination dont les écarts sont communs à tous les moines du moyen âge, engagés dans les questions de la philosophie naturelle. Leur fantaisie était surexcitée , d'une manière maladive, par l'impression de tant de grands phénomènes non expliqués et par l'impatience inquiète avec laquelle ils tendaient à la solution de problèmes mystérieux.
L'obstacle, qu'opposait la cherté de la transcription au désir de réunir en grand nombre, avant l'invention de l'imprimerie, des manuscrits d'ouvrages détachés, fit naître au moyen âge , lorsque le cercle des idées commença à s'élargir, c'est^-à-dire vers le commencement du xnr siècle, le goût des ouvrages encyclopédiques. Ces ouvrages méritent ici une mention particulière, parce qu'ils ont contribué à la généralisation des idées. Ainsi parurent successivement, en se fondant le plus souvent les uns sur les autres, les vingt livres De rerum Naiura de Thomas de Cambridge, professeur à Louvain (1230); le Miroir de la Nature (Spéculum naturale), que Vincent de Beauvais écrivit pour saint Louis et sa femme Marguerite de Provence en 1 250 ; le Livre de la Nature de Conrad de
Meygenbergy prêtre à Ratisbonne, et Y Image du Monde (Imago Mundi), par le cardinal Pierre d'Ailly (Petrus de Alliaco), évèciue de Cambray (1410). Ces encyclopédies n'étaient encore que les avantp^^oureurs de la grande Margarita philosophica du Père Reisch, qui parut pour la première fois en 1486 et, pendant un demi-siècle, servit merveilleusement à la propagation de la science. Il est nécessaire de nous arrêter sur la description du monde de Pierre d'Ailly. J'ai montré ailleurs que le livre de l'Imago Mundi a eu plus d'influence sur la découverte de l'Amérique que la correspondance de Colomb avec le savant florentin Toscanelli (45). Tout ce que Colomb 3avait de l'antiquité grecque et latine ^ tous les passages d'Arislote, de Strabon et de Sénèque sur la proximité de l'Asie orientale et des colonnes d'Hercule, qui plus que toute autre chose, selon le rapport de don Fernando, éveillèrent chez son père le désir d'aller à la recherche des Indes (autoridad de los escritorei para mover al Almirante 4 descubrir l^s Indias), l'amiral les avait puisés dans les écrite de d'Ailly. D portait ces écrits avec lui dans ses voyages ; car dani; une lettre adressée de l'île d'Haïti au roi d'Espagne, en date du mois d'octobre 1498, il traduit littéralement un passage du traité De quaniiiale terrœ habiiabilU^ qui avait fait sur lui la plus profonde impression. Vraisemblablement il ne savait pas que d'Ailly avait transcrit lui-même mot à mot un livre antérieur en date, VOpiis majus de Roger Bacon (46). Singulier temps où des témoignages empruntés pêle-mêle à
Aristote et à Averroès (Avenryz) , à Esra et à Séuèque, sur rinfériorité de la surface de la mer comparée à retendue de la masse coQtiûentale, pouvaient convaincre les rois que des entreprises dispendieuses auraient un résultat assuré I
Nous avons rappelé comment , avec la fin du xnr siècle, se manifestèrent une prédilection décidée pour Tétude des forces de la nature et une manière plus philosophique de concevoir cette étude, constituée désormais, suivent une méthode scientifique sur la base de l'expérimentation. Il reste à esquisser en quel- (jues traits l'influence que la renaissance de la litté^ rature classique exerça, depuis la fin du xiv* siècle, sur les sources les plus profondes de la vie intellectuelle des peuples et partant sur la contemplation générale du monde. Quelques hommes de génie avaient ajouté aussi par leurs efforts individuels à la richesse du monde des idées. Tout était prêt pour un développement plus libre de l'esprit, lorsque, à la faveur de circonstances qui paraissent fortuites , la littérature grecque, étouffée dans les contrées où elle avait fleuri autrefois, trouva en occident un asile plus sûr. Les Arabes, en étudiant l'antiquité, étaient toujours restés en dehors de tout ce qui tient aux effets brillants du langage. Ils n'étaient familiarisés qu'avec un trèspetit nombre d'écrivains anciens, et avaient dû choisir, d'après leur prédilection décidée pour l'étude de la nature, les écrits physiques d' Aristote, l'Almageste de Ptolémée, la Botanique et la Chimie de Dioscoride, les rêveries cosmologiques de Platon. La dialectique
aristotélicienne s'unit fraternellement à la physique, chez les Arabes, comme auparavant dans le moyen âge chrétien, elle s'était associée avec la théologie. On empruntait aux anciens tout ce qui pouvait se prêter à des applications particulières, mais on était bien loin d'embrasser dans son ensemble Thellénisme, de pénétrer dans la structure organique de la langue grecque, de sentir les créations poétiques, de jouir des trésors merveilleux éclos dans le champ de l'éloquence et de l'histoire.
Près de deux siècles avant Pétrarque et Boccace, Jean de Salisbury et le platonicien Abélard avaient, il est vrai , facilité la connaissance de quelques ouvrages de l'antiquité. Tous deux appréciaient le mérite d'écrits dans lesquels s'unissaient harmonieusement la liberté et la mesure, la nature et l'art; mais ce sentiment esthétique s'éteignit avec eux, sans laisser de trace. C'est à deux poètes unis par une amitié profonde, à Boccace et à Pétrarque, qu'appartient proprement la gloire d'avoir préparé en Italie un refuge assuré aux muses exilées de la Grèce, et d'avoir hâté la renaissance de la littérature classique. Un moine de Calabre^ Barlaam, qui avait vécu longtemps en Grèce dans la faveur de l'empereur Andronicus, fut leur maître à tous deux (47). Ils donnèrent l'exemple de recueillir soigneusement les manuscrits grecs et latins. Pétrarque avait même le sentiment de la science historique et comparative des langues (/i8) et se servit de sa pénétration philologique pour agrandir à sa façon la contempla-
lion du monde. Parmi les promoteurs des études grecques, on doit citer aussi Emmanuel Chrysoloras, qui fut envoyé en 1 391 , comme ambassadeur de Grèce, en Italie et en Angleterre ; le cardinal Bessarion, de Trébizonde : Gémiste Pléthon et l'Athénien Démétrius Chalcondyle auquel on doit la première édition imprimée d'Homère (49). Toutes ces émigrations eurent lieu avant la prise fatale de Constantinople ( 29 mai 1453). Seul, Constantin Lascaris, dont les ancêtres avaient occupé le trône, attendit la catastrophe, et ne vint en Italie que plus tard, apportant avec lui une précieuse collection de manuscrits qui reste entassée inutilement dans la bibliothèque de TEscurial (50). Le premier livre grec fut imprimé quatorze ans seulement avant la découverte de l'Amérique, bien que la découverte de l'imprimerie, qui fut, selon toute vraisemblance, inventée deux fois simultanément, et sans aucune communication entre les inventeurs , par Guttemberg , à Strasbourg et à Mayence , et par Lorenz Jansson Koster, à Harlem, tombe entre 1436 et 1439, par conséquent à l'époque heureuse où les premiers savants grecs abordèrent en Italie (51).
Deux siècles avant le moment où les nations de l'occident purent puiser à toutes les sources de la littérature grecque , 25 ans avant la naissance de Dante, qui signale une des périodes les plus considérables dans l'histoire littéraire de l'Europe méridionale, s'accomplirent, au centre de l'Asie et dans la partie orientale de l'Afrique, des événements qui, en agrandissant les relations de commerce, bâtèrent
la circumnavigation de FAfrique et Texpédition de Colomb. Dans Tespace de ying^-six ans, les hordes des Mongols, parties de Pékin et de la muraille de la Chine, s'avancèrent jusqu'à Cracovie et Liegnitz, et firent trembler la chrétienté. Des moines entreprenants leur furent envoyés comme missionnaires et comme diplomates : Jean de Piano Carpini et Nicolas Ascelin vers Batou Khan, Rubruquis (Ruysbroeck) vers Mangou Khan, à Karakorum^ Rubruquis a laissé d'ingénieuses et importantes observations sur la distribution géographique des langues et des races au milieu du xm"* siècle* Le premier il reconnut que les Huns, les Baschkires ( les habitants de la ville de Paskatir, nommée Baschgird par IbnrFozlan) et les Hon« grois, sont des races finnoises, originaires des monts Oural. Il trouva encore dans les châteaux forts de la Crimée des hommes de race gothique , qui avaient conservé leur langage originaire (52). Rubruquis éveilla dans le cœur des deux grandes puissances maritimes deTItalie, les Vénitiens et les Génois, le désir de s'approprier les anciennes richesses de l'Asie orientale. Bien qu'il ne nomme pas le riche entrepôt commercial de Quinsay(Hangtscheoufou), rendu si célèbre 25 ans plus tard, par les récits du plus illustre de tous les voyageurs par terre, de Marco Polo (53), il connaît cependant les murs d'argent et les tours d'or qui étaient une des décorations de cette ville. Des observations vraies et de naïves méprises sont mêlées, d'une manière singulière, dans les relations de Rubruquis que Roger Bacon nous a conservées. Près du Khatai,
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borné ^ dit^il, par la mer orientale , ii décrit un pays fortuné « dans lequel les étrangers^ hotnmes et femmes^ se conservent à TAge qu'ils avaient en y entrant (54). » Plus crédule encore que le moine brabançon^ l'Anglais Jean Mandeville trouva^ pour cette raison mème^ beaucoup plus de lecteurs. Il dé^ crivit rinde et la Chine, les tles de Ceylan et de Sumatra. L'étendue et la forme originale de ses récits n'ont pas peu contribué, de même que les itinéràii^es de Balducci Pegoletti et les voyages de Ruy Gonzalez de Clavijo, à accroître diea les peuples le goût du commerce et des grandes expéditions.
On a souvent affirmé, et avec Une singulière âssu^ rance, que l' excellent ouvrage du véridique Marco Polo, particulièrement les notions qu'il répandit sur les ports de l'Inde et sur l'archipel indien^ avaient laissé une vive impression dans l'esprit de Colomb, et que Colomb avait emporté un exemplanre de Marco Polo, en partant pour son premier voyage de découverte (55). J'ai fait voir que le grand navigateur et son fils, don Fernando, citent la géographie de l'Asie d'iËaeas Sylvius (le pape Pie JI), mais jamais Marco Polo ni Mandeville. Ce qu'ils savaient des contrées de Qulnsay, de Zaitoun, de Mango et de fflpangou, ils pouvaient, sans avoir eu directement connaissance des chapitres 68 et 77 du H* livre de Marco Polo, l'avoir appris dans la célèbre lettre de Toscanelli, écrite l'an 1474, sur la facilité d'atteindre l'Asie orientale, en partant de l'Espagne, ou dans les récits de Nicole de' Gonti qvài pendant vingt-cinq années, parcourut les
Indes et le midi de la Chine. La plus ancienne édition imprimée de la relation de Polo est une traduction allemande de 1 477, également inintelligible pour Colomb et pour Toscanelli. Que Colomb, entre les années 1471 et 1492, lorsqu'il s'occupait de son projet de chercher l'Est par l'Ouest ( buscar et levante por elponiente, pasaràdonde nacen las especeriâs, navegando al occidente), ait vu un manuscrit du voyageur vénitien, sans doute il n'y a rien là d'impossible (56); mais poiu*quoi dans la lettre qu'il adresse de la Jamaïque aux souverains espagnols, le 7 juin 1 503, lorsqu'il représente la côte de Yeragua comme faisant partie de la Ciguare d'Asie, dans le voisinage du Gange, et témoigne Tespoir d'y rencontrer des chevaux avec des harnais d'or, ne le réfère-t-il pas au Zipangou de Marco Polo plutôt qu'à celui du pape Pie II?
Dans un temps où la domination des Mongols, s'étendant depuis l'océan Pacifique jusqu'au Volga, rendait accessible le centre de l'Asie, les missions diplomatiques des moines et des expéditions commeiv ciales habilement dirigées avaient fait connaître aux grandes nations maritimes les empires de Kathai et de Zipangou ( la Chine et le Japon ) ; de même ce fut l'ambassade de Pedro de Covilham et d'Alonzo de Payva, envoyée en 1487 par le roi Jean II, pour chercher le prêtre Jean d'Afrique, qui montra le chemin ^inon à Bartholomée Diaz, du moins à Vasco de Gama. Se fiant aux récits qu'il avait recueillis de la bouche des pilotes indiens et arabes à Calicut, à Goa et à Adeu, aussi bien que dans le pays de Sofala, sur la côte
orientale de TAfrique, Covilham envoya deux juifs du Caire au roi Jean II, pour lui faire savoir que, si les Portugais s'avançaient plus loin vers le midi, sur la côte occidentale, ils parviendraient jusqu'à la pointe extrême de l'Afrique, d'où il leur serait facile de faire voile vers l'île de la Lune ( la Magastar de Polo), rtle de Zanzibar et la côte de sofala qui produit de l'or. Au reste, avant que cet avis fût parvenu à Lisbonne, on savait depuis longtemps que Bartholomée Diaz avait non-seulement découvert mais doublé le cap de Bonne-Espérance (cabo Tormentoso), bien qu'il l'eût de fort peu dépassé (57). Les Vénitiens purent recevoir de très-bonne heure à travers l'Egypte, l'Abyssinie et l'Arabie, des renseignements sur les comptoirs de commerce établis par les Hindous et les Arabes le long de la côte orientale de l'Afrique, et sur la forme de l'extrémité méridionale du continent. En réalité, la configuration triangulaire de l'Afrique est clairement indiquée sur le planisphère de Sanuto , publié en \ 306 (58), dans le Portulano délia Mediceo-Laurenr ziana, qui date de 1 351 et a été retrouvé par le comte Baldelli, ainsi que sur la mappemonde de Fra Mauro. L'histoire de la contemplation de l'univers ne peut qu'indiquer rapidement, sans y insister, les époques où l'on commença à se faire une idée approximative de la configuration des grandes masses continentales.
A mesure qu'on connut mieux la situation relative des différentes parties de l'espace, et que par là on fut induit à chercher les moyens d'abréger les voyages
ritimes, l'art de la navigation se perfectionna aussi
rapideipent, par T application des mathématiqueB et de Tastroiioiiiie, par la découverte de nouveaux instruments de mesure et par une mise en œuvre plus habile des forces magnétiques. L'Europe doit trè»vraisemblablement l'usage de la boussole aux Arabes, qui eux-mêmes l'avaient empruntée aux Chinois^ Dans un livre chinois qui date de la première moitié du second siècle avant notre ère, dans le Sxouki de Szoumathsian, il est question du char magnétique que l'empereur Tschingwang, de l'ancienne dynastie des Tscheu , avait donné , 900 ans plus tôt, aux ambassadeurs duTounkin et de laCochinchine, pour qu'ils ne pussent pas s'égarer en retournant dans leur pays. Au lu' siècle de notre ère, dans le dictionnaire Schuetoen^ de Hioutschin^ est indiqué le procédé au moyeu duquel on peut communiquer à une lame de fer, par un frotte* ment régulier, la propriété de diriger Tune de ses extrémités vers le sud. On cite toujoiu^s de préféirence la direction vers le sud, parce que c'était celle que prenait le plus ordinairement la navigation. Cent ans plu6 tard, sous la dynastie des Tsin, les vaisseaux chinois ^e servirent de l'aiguille aimantée, pour s'avancer avec sécurité dans la haute mer. Ce furent ces vaisseaux qui répandirent la connaissance de la boussole chez les Hindous et de là sur la côte orientale de l'Afrique. Les noms arabes Zohron et Aphron (le nord et le sud) que Vincent de Beauvais donne, dans son Miroir de la Nature, aux deux extrémités de l'aiguille aimantée (59), montrent, ainsi qu'un grand nombre de mots empruntés à la môme langue et sous lesquels
nous désignons encore les étoiles, de quel côté et par quelle route la lumière est venue éclairer T occident. En Europe, chez les peuples chrétiens, on ne trouve pas d'ouvrage où il soit fait mention de Taiguille ai*mantée, comme d'une chose bien connue, avant laBible satirique de Guyot de Provins (1190), et la descrip^ tion de la Palestine par Tévêque de PtolémaYs, Jacques de Yitry (de 1204 à 1215). Dante, au xn* livre du Paradiiy a fait entrer aussi dans une comparaison l'aiguille (ago) « qui se dirige vers le pôle. »
Flavio Gioja, né àPositano, près d'Amalfi, ville célèbre par sa situation et par ses règlements maritimes qui se répandirent au loin^ a longtemps passé pour l'inventeur de la boussole. Peut^tre ap^ porta*t41 quelque perfectionnement dans la disposi^ tion de cet instrument, vers Tan 1302; mais que la boussole ait été en usage dans les mers d'Europe, longtemps avant le commencement du xiv* siècle ^ c'est ce que prouve un écrit sur la navigation par Raymond Lulle , de Majorque , homme trèsHSpirituel et fort excentrique, dont les doctrines enthousiaflk maient Giordano Bruno dès son jeune âge (60), et qui était à la fois un philosophe à système , un chimiste, un missionnaire chrétien et un navigateur habile. Dans son livre intitulé Fenix de las Maravillas del orbe, qui fut écrit en 1 286, Lulle dit que les navigateurs de son temps se servaient « d'instruments de mesure, de cartes marines et de l'aiguille aimantée (61 ). » Les premiers voyages des Catalans vers les QÔtes septentrionales de l'Ecosse et vers les côtes oo-
cidentales de TÂfrique tropicale, entre autres celui de don Jayme Ferrer, qui aborda en août i 346 au Rio de Ouro, et la découverte par les Normands des Açores, nommées îles Bracir sur la mappemonde de Picigano qui date de 1367, ne permettent pas d'oublier que longtemps avant Colomb, on naviguait librement dans l'océan occidental. Les traversées qui se faisaient, au temps de la domination romaine, entre Ocelis et la côte de Malabar, sur la foi des vents qui soufflent régulièrement dans ces parages , s'accomplissaient maintenant sous la conduite de Taiguille aimantée (62). L'application de l'astronomie à la navigation avait été préparée par l'influence qu'exercèrent du xiir au XV siècle, en Italie, Andalone del Nero et le correcteur des tables Alphonsines y Jean Bianchini : en Allemagne, Nicolas de Cusa (63), George de Peuerbach et Regiomontanus. Les astrolabes, destinés à marquer, sur un élément toujours mobile, la mesure du temps et la latitude géo^aphique, à l'aide des hauteurs méridiennes, reçurent des perfectionnements successifs, depuis l'astrolabe des pilotes de Majorque que Raymond Lulle décrivait en 1295 dans son Arte de navegar (64), jusqu'à celui que Martin Behaim établit à Lisbonne, en 1484, et qui n'était peut-être que le météoroscope de son ami Regiomontanus, ramené à une composition plus simple. Lorsque l'infant Henri, duc de Viseo, fonda à Sagres une académie de pilotes, maître Jacques de Majorque en fut nommé le directeur. Martin Behaim avait reçu du roi de Portugal, Jean II, l'ordre de calculer une
table des inôliûaisons du soleil et d^ enseigner aux pilotes à se guider <k d'après les hauteurs du soleil et des étoiles. » On ne sait au juste si déjà, à la fin du XY* siècle, la connaissance du loch donnait le moyen de mesurer la vitesse du vaisseau, en même temps que la boussole en déterminait la direction. Cependant il est certain que Pigafetta, le compagnon de Magellan, parle du loch (la catena a poppa), comme d'un moyen connu depuis longtemps, pour mesurer la longueur du chemin parcouru (65).
L'influence de la civilisation arabe et des écoles astronomiques de Cordoue , de Séville , de Grenade , sur le développement de la marine en Espagne et en Portugal, ne doit pas être passée sous silence. On imitait en petit les grands instruments des écoles de Bagdad et du Caire, et l'on empruntait aussi les anciens noms. Celui de l'astrolabe, que Martin Behaim fixait au grand mftt du vaisseau, appartient originairement à Hipparque. Lorsque Vasco de Gama aborda sur la côte orientale de l'Afrique, il rencontra à Melinde des pilotes indiens qui connaissaient l'usage des astrolabes et des balestrilles (66). Ainsi, grâce aux inventions que les peuples se communiquaient par suite de relations plus étendues, et aux découvertes nouvelles, grâce aussi à l'alliance féconde des mathématiques et de l'astronomie, tout était préparé pour amener la découverte de l'Amérique tropicale et mettre les voyageurs en état de déterminer rapidement la configuration de cette contrée, pour faciliter la traversée aux Indes par le cap de Bonne-
Espérance, et le premier voyage de circumnavigalion, c'est-à-dire tout ce qui dans l'espace de trente ans, de 1492 à 1522, s'est accompli de grand et de mémorable pour la connaissance du globe. L'intelligence humaine était devenue aussi plus pénétrante; l'homme était mieux préparé à recevoir au dedaos de lui l'infinie variété des phénomènes nouveaux, à les élaborer et à les faire servir, en les rapprochant, à une contemplation de la nature plus générale et plus haute.
Parmi les causes qui ont concouru à élever les vues sur la nature et ont permis à l'homme de saisir l'ensemble des phénomènes terrestres, les plus considérables peuvent seules trouver place ici. Lorsque l'on étudie sérieusement les ouvrages originaux des premiers historiens de la Conquista^ on s'étonne de trouver tant de vérités importantes, dan» l'ordre physique , en germe chez lès écrivains espagnols du xvr siècle. A l'aspect d'im continent qui apparaissait dans les vastes solitudes de l'océan, isolé du reste de la création , la curiosité impatiente des premiers voyageurs et de ceux qui recueillaient leurs récits, se posa dès lors la plupart des graves questions qui nous occupent^ encore de nos jours. Ils s'interrogèrent sur l'unité de la race humaine et les altérations qu'a subies le type commun et originaire, sur les migrations des peuples et la parenté de langues plus dissemblables souvent dans leurs radicaux que dans les flexions et les formes grammaticales, sur la migration des espèces animales et végétales, sur la cause
des ventB alizés et des courants pélagiques, sur la décroissance progressive de la chaleur , soit que Ton gravisse la pente des Cordillères ou que Ton sonde les couches d'eau superposées dans les profondeurs de l'océan; enfin sur Taction réciproque des chaînes de volcans et leur influence par rapport aux tremblements de terre et à l'étendue des cercles d'ébranlement. Le fondement de ce que Ton nomme aujourd'hui la physique du globe, en laissant à part les considérations mathématiques, est contenu dans l'ouvrage du jésuite Joseph Âcosta , intitulé : Historia nalural y moral de las hidias^ ainsi que dans celui de Gonzalo Hemandez de Oviédo , qui parut seulement vingt ans après la mort de Go* lomb. A aucune autre époque, depuis la fondation des sociétés, le cercle des idées , en ce qui touche le monde extérieur et les relations de l'espace, n'avait été si soudainement élargi et d'une manière si merveilleuse. Jamais on n'avait plus vivement senti le besoin d'observer la nature sous des latitudes différentes et à divers degrés de hauteur au-dessus du niveau de la mer, ni de multiplier les moyens à l'aide desquels on peut la forcer à révéler ses secrets.
On serait tenté peut-être, comme je Tai déjà remarqué ailleurs (67), de supposer que la portée de ces grandes découvertes qui s'appelaient l'une l'autre, de cette double conquête dans le monde physique et le monde intellectuel , n'a été comprise que de nos jours, depuis que l'histoire de la civilisation
humaine a été traitée d'une manière philosophique. Une telle conjecture est démentie par les contemporains de Colomb. Les plus éminents d'entre eux soupçonnaient F influence que devaient exercer sur le développement de l'humanité les faits qui remplirent les dernières années du xv* siècle. « Chaque jour, écrit Pierre Martyr d'Anghiera, dans ses lettres datées des années 1493 et 1 494 (68), nous apporte des merveilles nouvelles d'un nouveau monde, de ces antipodes de l'ouest qu'a découvertes un certain Génois (Christophorus quidam, vir Ligur), envoyé dans ces parages par nos souvoraius , Ferdinand et Isabelle. Il obtint difficilement trois vaisseaux, parce que l'on regardait ses promesses comme des chimères. Notre ami Pomponius Laetus ( l'un des propagateurs les plus- illustres de la littérature classique, persécuté à Rome pour ses opinions religieuses) a eu peine à retenir des larmes de joie, lorsque je lui ai communiqué le premier avis d'un événement si inattendu. » Anghiera était un habile homme d'État qui vécut à la cour de Ferdinand le Catholique et de Charles-Quint, alla comme ambassadeur en Egypte, et fut lié d'amitié avec Colomb, Amerigo Vespucci, Sébastien Cabot et Certes. Sa longue carrière embrasse la découverte de l'île la plus occidentale du groupe des Açores, de Corvo, les expéditions de Diaz, de Colomb, de Game et de Magellan. Le pape Léon X lisait les Oceanica d' Anghiera à sa sœur et à ses cardinaux, et prolongeait la lecture fort avant dans la nuit. Anghiera écrivait encore : «Je ne quitterais plus volontiers l'Espagne
aujourd'hui, parce que je suis ici à la source des nouvelles qui nous arrivent des pays récemment découverts, et que je puis espérer, en me faisant l'historien de si grands événements, de recommander mon nom à la postérité (69). » Telle était l'idée qu'on se faisait déjà , au temps de Colomb , de ces grandes choses qui se conserveront toujours brillantes dans la mémoire des siècles les plus reculés.
Lorsque Colomb partant du méridien des Açores, se dirigea vers l'ouest, et que, muni de l'astrolabe nouvellement perfectionné, il parcourait une mer que nul n'avait explorée jusque-là , ce n'était pas en aventurier qu'il tentait de gagner par l'ouest la côte orientale de l'Asie ; il agissait en vertu d'un plan fermement arrêté. Il avait certainement à bord la carte marine que lui avait laissée, en 1477, le florentin Paolo Toscanelli, à la fois médecin et astronome, et que possédait encore, cinquante-trois ans après sa mort, Bar^ tholoraé de Las Casas. Cette carte n'était autre (je m'en suis assuré sur l'histoire manuscrite de Las Casas) que la Car ta de marear que l'amiral montrait à Martin Alonso Pinzon, le 25 septembre 1492, et sur sur laquelle étaient figurées plusieurs îles en avant de la Terre-Ferme (70). Si cependant Colomb avait suivi uniquement la carte de son conseiller Toscanelli, il se serait dirigé plus au nord et se serait tenu sous le parallèle de Lisbonne, tandis que dans l'espérance d'atteindre plus vite Zipangou (le Japon), il parcourut la moitié de sa route à la hauteur de l'île Gomera, l'une des Açores, et inclinant ensuite vers le sud, se trouva le 7 oo-
tobre 1492 par 2^"" 1 /2 de latitude. luquiet alors de ne pas découvrir les côtes de Zipangou, que^ d'après ses calculs, il eût du trouver plus rapprochées vers Test de 21 6 lieues marines, il céda, après une longue résistance, aux représentations du commandant de la caravelle Pinta, Martin Âlonso, Tun des trois frères Pinzon, hommes riches , d'une haute considération, et qui ne l'aimaient guère, et navigua vers le sudouest. Ce changement de direction amena, le 1 2 octobre, la découverte de Tîle Guanahani.
Ici nous devons nous arrêter à considérer un enchainement merveilleux de petits événements , et l'influence incontestable que ce concours de circonstances exerça sur les destinées du monde. Washington Irving a avancé, avec toute raison , que si Colomb, résistant au conseil de Martin Alonso Pinzon, eut continué à naviguer vers l'ouest, il serait entré dans le courant d'eau chaude ou Gulf&lream, et aurait été porté vers la Floride, d'où il eût été conduit peutrêtre au cap Hatteras et à la Virginie, circonstance dont on ne saurait calculer la portée, puisqu'elle eût pu donner à la contrée, désignée sous le nom d'États-Unis, une population espagnole et catholique à la place de la population anglaise et protestante qui en prit possession beaucoup plus tard. «C'est, disait Pinzon à l'amiral, comme une inspiration qui m'éclaire et me montre la route que nous devons suivre. » Aussi prétendait-'il, dans le procès célèbre contre lequel eurent à se défendre les héritiers de Colomb (1513-1515), que la découverte de l'Amérique lui appartenait à lui
seul. Cette révélation , « cette voix du cœur^ i» Pinson en était redevable à une nuée de perroquets qu'il avait vus voler le soir vers le sud^ouest, poiu» aller, à ce qu'il supposait, passer la nuit dans des buissons sur la côte. Jamais vol d'oiseaux n'avait eu de plus graves conséquences. On peut dire que celui-ci dé* cida des premières colonies qui s'établirent dans le nouveau continent et de la distribution des races romanes et germaniques (71).
La marche des grands événements est , comme la succession des phénomènes naturels^ enchaînée à des lois éternelles , dont quelques-unes seulement nous sont clairement connues. La flotte commandée par Pedro Alvarez Cabrai , que le roi Emmanuel de Por^ tugal envoya aux Indes orientales, par la route qu'avait découverte Gama, fut jeté, le 22 avril 1 600, sur les côtes du Brésil , sans en avoir le soupçon. Si l'on se rappelle le zèle que montraient les Portugais pour doubler le cap de Bonne-Espérance, depuis l'entreprise de Diaz(1487), on comprendra que les accidents analogues à ceux qu'avaient fait éprouver aux vaisseaux de Cabrai les courants de l'Océan ne pouvaient guère manquer de se reproduire, et que par conséquent les découvertes faites en Afrique devaient amener celles des contrées de l'Amérique, situées au sud de l'équateur. Ainsi, comme l'a dit avec raison Robertson, il était dans les destinées de l'humanité que le nouveau continent fût connu des navigateurs européens avant la fin du xv* siècle.
Parmi les traits earactéristiques de ChriiStophe Co-
lomb^ méritent surtout d^étre signalées la pénétration et la sûreté de coup d'œil avec laquelle, bien que dépoiu*vu d'instruction, étranger à la physique et aux sciences naturelles, il embrasse et combine les phénomènes du monde extérieur. A son arrivée « dans un nouveau monde et sous un nouveau ciel (72), » il observe attentivement la configuration des contrées, la physionomie des formes végétales, les mœurs des animaux, la distribution de la chaleur et les variations du magnétisme terrestre. Tout en s'eJDforçant de découvrir les épiceries de l'Inde et la rhubarbe (ruibarba), rendue déjà si célèbre par les médecins arabes et juifs, par Rubruquis et les voyageurs italiens, il observait avec un soin scrupuleux les racines, les fruits et les feuilles des plantes. Amené à rappeler comment la grande époque des expéditions maritimes contribua à élargir les vues sur la nature, nous sommes heureux de pouvoir rattacher notre récit à l'individualité d'un grand homme et lui donner par là plus de vie. Dans le journal maritime de Colomb et dans ses relations de voyage, rendues publiques, pour la première fois; de 1825 à 1829, on trouve déjà soulevées toutes les questions vers lesquelles s'est portée l'activité scientifique , dans la dernière moitié du xV siècle et dans toute la durée du xvi\
Il suffit de rappeler d'une manière générale ce que gagna la géographie de l'hémisphère occidental aux conquêtes accomplies dans F espace, depuis le moment où l'infant Dom Henri le Navigatem*, retiré dans son domaine de Terça naval sur la baie de Sagres,
jetait ses premiers plans de découverte, jusqu'aux expéditions de Gaetano et de Gabrillo dans la mer du Sud. Les entreprises aventureuses des Portugais, des Espagnols et des Anglais témoignent quMl s'était révélé tout à coup comme im sens nouveau, le sens des grandes choses et de T infini. Les progrès de Tart nautique et l'application des méthodes astronomiques à la correction de l'estime marine favorisèrent les tentatives qui marquèrent cette époque d'un caractère particulier, complétèrent l'image de la terre et dévoilèrent à l'homme l'harmonie du monde. La découverte de l'Amérique tropicale ( 1 •* août 1 498 ) fut de dix-sept mois postérieure à l'expédition qui amena Cabot sur les côtes du Labrador , dans l'Amérique septentrionale. Colomb vit pour la première fois la Tierra firme de l'Amérique du Sud, non pas sur la côte montagneuse de Paria , comme on l'a cru jusqu'ici, mais dans le delta de l'Orénoque, à l'est du cano Macareo (73). Dès le 24 juin 1497, Sébastien Cabot abordait aux côtes du Labrador, entre les 56' et 58' degrés de latitude (74). J'ai exposé plus haut comment cette contrée inhospitalière avait été reconnue cinq siècles plus tôt par l'Islandais Leif Ericson.
Colomb, fermement convaincu jusqu'à sa mort, que déjà, en novembre 1492, dans son premier voyage, il avait, en abordant à Cuba, touché une partie du continent asiatique, attachait dans son troisième voyage plus de prix aux perles des lies Margarita et Cubagua qu'à la découverte de la Tierra firme (75). D'après la II. 24
Pfurr^Uon de aou fila don Fernando e( d^ ^m ami k Cur<i rf^ los Hkdosy en quittant l'Me de Gnb«> il ?ùt wnlu, si les upprovisionnements lé lui euss^t permis/continuer sa route vers l'ouest, et retourner en Espagne par mer, en touchant à l'île de Geylan (Ta* probane ) et rodemdQ igda la tierra de les Ne^ros^ ou par terre, en traversant Jérusalem et Jaffa (75), L'amiral nourrissait ces projets dès 1404, quatre ans par conséquent avant Vasco de Gama, et rêvait ub Yoyage autour du monde , vingt-sept ans avant Magellan et Sébastien de Elcano* Les préparatifa du second voyage de Gabot, dans lequel ce navigateur parvint à travers les glaces jusqu'à 67' 1 \2 de latitude oord et chercha un passage pour se rendre au royauroe de Cathai (la Ghine)', dans la direction du nord' ouest, donnèrent ^ Golomb , pour des temps plu9 éloignés, l'idée d'un voyage vers le p61e Nord (a lo del polo arctico ) (77). Quand peu h peu on eut acquis la conviction que tout le territoire découvert depuis le Labrador jusqu'à Paria et la contrée qui s'étend fort au delà de Téquateur dans la Péninsule méridionale tiennent à un même continent , ainisi que k prouve la carte de Juan de la Gosa, restée longtemps inconnue, on sentit d'autant plus ardemment le dé^ir de trouver un passage au nord ou au midi« Aprèi^ la seconde découverte"! de l'Amérique , après la certitude acquise que le nouveau monde se prolonge daos la direction du midi, depuis ta baie d'Budson jus^ qu'au cap Horn, visité pour ta première fois f^v Garcia Jofre de Loaysa, la counaisaance de la mer
du Sud qui baigae les c6te$ ocêidentales du TAroén rique est , dans l'époque que nous retraçons ici^ révéaamrat \t plus important pour Thistoii^ du moade (78).
Dix ans avant que Qalboa aperçût la mer du Sud des hauteurs de la Sierra de Quarequa, daua l'isthma de Panama .(25 septembre 1513), Cplomb avait déjà fi^pris d'une manière positive , an longaant la côte orientale de Yeragua, qu'à Fouast de ce pays il y avait une mer k qui, en moins de neuf jours, pouvait conduire vers la ChenanesuM aureOf de Ptolémée et à Tembouchure du Gange, i^ Dans oatta màme Carte rariisima^ qui contient le récit poétique et attrayani d'un songe, l'amiral dit que , près du rio dç Belan^ les côtes opposées de Yeragua -sont dans la môtne position relative que Tortosa sur la Méditerranée et Fontarabie en Biscaye, ou bien que Venise et Pise. l.e Grand Océan (la mer du Sud), ne semblait être ftlora qu'une continuation du Sinus magnus {i^y^ç kqXtt^) de Ptolémée, qui touchait d'un côté à }a CheriiQn0m aurtOf tandis qu'à V orient il devait baigner CaUi^ gara et le pays des Bines (son Tbines), Ubypotbàsô imaginaire d'Hipparque , d'après laquelle les côtes orientales du Grand Golfe rejoignaient cette partie du continent africain que Ton croyait s'ét^ud^e «u loin YQrs r^at, hypothèse qui faisait ainsi de Focéaft Indien une nier intérieure sans issue , trouva ben^ reusement peu de crédit dans le moyen ftge, mak gré ta faveur qui s'attachait au système d^ Ptoié' mée (79); elle aurait eu assuféœwt une inQnenc*
funeste sur la direction des grandes entreprises maritimes.
Si la découverte et le parcours de la mer du Sud marquent une époque considérable pour la connaissance des rapports qui unirent les différentes parties du monde, ce n'est pas seulement parce que, grâce à ces événements, purent être déterminées les côtes occidentales du nouveau continent et les côtes orientales de Tancien, mais aussi, et c'est là, au point de vue météorologique, un fait beaucoup plus important, parce que la comparaison numérique entre Taire de la terre ferme et celle de l'élément liquide commença pour la première fois , il y a tout au plus 350 ans, à se dégager des plus fausses hypothèses. L'étendue de ces surfaces et la distribution relative de la terre et de l'eau ont une influence déterminante sur l'humidité atmosphérique, sur la densité des diverses couches de l'air, sur la force végétative des plantes, sur Textension plus ou moins grande de certaines espèces d'animaux et sur un grand nombre d'autres phénomènes naturels. La part accordée à l'élément liquide, qui est à la terre dans la proportion de 2 t à 1, diminue sans doute l'espace ouvert aux établissements de la race humaine , le champ où croit la nourriture du plus grand nombre des manmiifères, des oiseaux et des reptiles. C'est cependant d'après les lois qui règlent l'organisme général, une condition nécessaire de conservation, un acte de bienfaisance de la part de la nature, pour tous les êtres animés qui peuplent le continent.
Lorsqu'à la fin du xv siècle, on s'appliquait ardem^ ment à découvrir le plus court chemin vers le pays des épices; lorsque, presque en même temps, germait dans Fesprit de deux hommes éminents de Tltalie, Christophe Colomb et Paul ToscanelU, la pensée de gagner l'orient en naviguant vers l'ouest (80), l'opinion dominante était celle de Plolémée, dans VAlmor geste, à savoir que l'ancien continent, depuis la côte occidentale de la péninsule Ibérique , jusqu'au méridien des Sines , situés à l'extrémité orientale du monde, comprenait un espace de 1 80 degrés équatoriaux, c'est-à-dire la moitié de la sphère terrestre. Colomb, trompé par une longue série de conclusions eiTonées, agrandit cet espace jusqu'à 240*. La côté orientale de l'Asie, après laquelle il soupirait, lui paraissait s'avancer jusque dans la Nouvelle-Californie, sous le méridien de San Diego. Il espérait, d'après celaj n'avoir plus à parcourir que 120 degrés de longitude, au lieu de 231 qui séparent réellement lé riche entrepôt chinois de Quinsay, par exemple, et l'extrémité de la péninsule Ibérique. Toscanelli, dans sa correspondance avec Colomb, restreignait l'étendue de l'élément liquide d'ime manière plus surprenante encore, et mettait ainsi les choses d'accord avec ses projets. Selon lui , l'océan , depuis le Portugal jusqu'à la Chine, ne remplissait pas un intervalle de plus de 52 degrés de longitude ; de telle sorte que, conformément aux paroles du prophète Esdras, les ^ de la terre étaient à sec. Une lettre que Colomb écrivait de HaYti à la reine Isabelle , au re-
toui* de son troisième voyage, témoigné que dans les années qui suivirent, il inclina vers cette opinion. Il y était d'autant plus porté, qu'elle était partagée aussi par l'homme qui à ses yeux était la plus haute autorité, par le cardinal d' Ailly, dans son Tableau du Monde (imago mundi) (81).
Six ans après que Balboa, Tépée à la main^ et s'avançant jusqu'aux genoux dans les flots, croyait prendre possession pour la Gasiille de la mer du Sudj deux ans après que sa tète fut tombée sous les coups du bourreau, lors du soulèvement contre le desp(H tique Pedrarias Davila (B2), Magellan parut dans la même mer (27 novembre 1520), traversa le Grand Océan du sud-est au nord-ouest, dans un espace dé 1850 myriamètres et^ par un singulier hasard, avant de découvrir les lies Mariannes , nommées par lui Isias de los Ladrones de laà Vêlas Laiinas^ et les Phi<* lippines, ne vit autre chose que deux tles désertes et de peu d'étendue, les îles Malheureuses (Desventura^ das), dont l'une est située, si Ton pouvait en croire son journal de bord, à l'est des tles basses (Low Islands) et l'autre à quelque distance vers le sud* ouest de l'archipel de Mendafla (83). Après le meurtre de Magellan dans Ttle Zebou, Sébastien de Elcano accomplit le premier voyage autour du monde sur le Vaisseau la Victoria , et prit pour emblème m globe terrestre, avec cette magnifique légende : Primus circumdedisti me. Ce fut seulement en septembre 1522 qu'il aborda au port de San Lucar^ et moins d'un an après, Charles-Quint , instruit pdP
les leçons dfBB cosmogf aphes ^ insistait^ dans \\m lettre à Fernand Cortès, sur la possibilité de décou-^ vrir un passage * qui abrégeât des deux tiet^s le voyage aux pays des épices, » L'expédition d'AlVaM de Saayedra part d'un port dé la province Kacatdtilài sur la o6te occidentale du Mexique, et Se dirige vers les Moluques* Enfin, en 1B27, Fernànd Cortè8 correspond de Tenochtitlan:, la capitale récêrdinënt conquise du Mexique, avec les rois de ZeboU et de Tidor, dans l'archipel Asiatique. Telles étaient îâ rapidité avec laquelle s'était agrandi l'horizon du monde , et l'activité des relations qui en rapprochaient les parties*
Plut tard, Fernand Cortès prit la Nouveilé-Ëspâgnè elle-même comme point de départ, pour fAlre d'au^tres découvertes dans là mér du Sud et , à travers cette mer, chercher un passage au nordnest. On né pouvait s'accoutumer là l'idée que le continetit s'étendait Sans interruption , depuis des lâtitudéS si rapprochées du pôle sud, jusqu'à l'extrémité de Thémisphère septentrional. Lorsqu' arriva des côtes de la Californie la nouvelle que l'expéditon dé CortêS avait péri, sa femme, la belle Juana de Zufliga, fille du comte d'Aguilar, fit équiper deux vaisseaux pour aller chercher des renseignements plus certains (84) ^ Dès l'an 1541, la Californie était déjà signalée, bien qu'on ait oublié ce fait au xvn* siècle, comme une presqu'île aride et dépourvue d'arbres. Au reste les relations de voyage, aujourd'hui connues, de Balboa, de Pedrarias Davila et de Fernand Cortès , témoignent
que Ton considérait la mer du Sud comme une partie de r océan indien^ et que Ton espérait y trouver aussi des groupes d'îles riches en or, en pierres précieuses, en perles et en épiceries. L'imagination surexcitée poussait aux grandes entreprises, et d'autre part, la hardiesse que l'on déployait, soit dans le bon, soit dans le mauvais succès, agissait elle-même sur l'imagination et l'enflammait plus vivement. Ainsi, dans ce temps merveilleux de la canquista , temps d'efforts et de violence, où tous les esprits étaient possédés du vertige des découvertes sur terre et sur mer, beaucoup de circonstances se réunissaient qui, malgré l'absence de toute liberté politique, favorisaient le développement des caractères individuels, et aidaient, chez quelques hommes supérieurs, à l'accomplissement de ces grandes pensées dont la source est dans les profondeurs de l'âme. On se trompe si l'on croit que les conquistadores ont été guidés uniquement par l'amour de l'or ou par le fanatime religieux. Les dangers élèvent toujours la poésie de la vie, et de plus l'époque vigoureuse, dont nous cherchons en ce moment l'influence sur le développement de l'idée du monde, donnait à toutes les entreprises et aux impressions de la nature que procurent les voyages lointains un charme qui commence à s'épuiser dans notre époque savante, au milieu des facilités sans nombre qui ouvrent l'accès de toutes les contrées : je veux dire le charme de la nouveauté et de la surprise. Il ne s'agissait pas seulement d'un hémisphère; près des deux tiers du globe
formaient encore un monde nouveau et inexploré, un monde qui jusque-là avait échappé aux regards, comme cette face de la lune dérobée éternellement aux yeux des habitants de la terre, en vertu des lois de la gravitation. Notre siècle, plus investigateur et maître d'un plus riche fonds d'idées, a trouvé une compensation à la perte des jouissances que faisait éprouver autrefois aux spectateiœs surpris la masse imposante des phénomènes de la nature ; compensation vaine, il est vrai , pour la foule, et dont longtemps encore pourra seul profiter le petit nombre d'hommes qui se tient à la hauteur des découvertes récentes en physique. Cette conquête des temps modernes a poiu* garant l'observation de plus en plus pénétrante qui s'applique au jeu régulier des forces de la nature, soit qu'il s'agisse de l' électro-magnétisme, de la polarisation de la lumière, des effets produits par les substances diathermanes, ou des phénomènes physiologiques que présentent les organismes vivants. Vaste ensemble de merveilles qui se déroulent à nos regards comme un monde nouveau dont nous touchons à peine le seuil !
C'est encore à la première moitié du xvi' siècle qu'appartient la découverte des Iles Sandwich, du pays des Papouas, et de quelques parties de la Nouvelle- Hollande (85). Ces découvertes préparèrent à celles de Cabrillo, de Sébastien Vizcaino, de Mendana (86), et enfin de Quiros dont l'Ile Sagittaria n'est autre que Tahiti, dont l'archipelago del Espîritu Santo est le même que les nouvelles Hébrides du capitaine Cook.
Quiros était accompagné du hardi navigateur qui plus tard donna son nom au détroit de Torres. La mer du Sud n'était plus alors ce désert qu'avait cm contempler Magellan; elle apparaissait animée par des îles qui à la vérité, faute de précision dans les déterminations astronomiques, semblaient mal enracinées et flottaient çà et là sur les cartes. La mer du Sud resta longtemps le seul théâtre des expé* ditions entreprises par les Portugais et les Espa^ gnols. Le grand archipel de la Malaisie, situé au sud de rinde et confusément décrit par Plolémée,par Cosmas' et par Polo, se présentait avec des contours plus arrêtés, depuis rétablissement d^Âlbnquerque à Malaca (1511) et la traversée d'Antonio Abreu* Côtt le mérite particulier de Thistorien Portugais Barros^ contemporain de Magellan et de Camoens, d'avoir si nettement distingué le caractère physique et ethnologique particulier aux îles, que, le premier, il proposa de mettre à part la Polynésie australe, comme une cinquième partie du monde. Ce fut seulement lorsque la puissance hollandaise devint dominante dans les Moluques , que T Australie sortit pour la première fois des ténèbres et prit une forme distincte aux yeux des géographes (87). Alors commença la grande époque, illustrée par Abel Tasman. Notre intention n'est pafl de faire en particulier l'histoire de toutes les découvertes géographiques; nous nous bornons à rappeler les faits principaux, résultats d'une aspiration soudaine vers tout ce qui est vaste, inconnu et lointain^ et dont r enchaînement étroit a amené, en un court
espace de temps, la révélation des deux tiers de Id nurface terrestre.
A cette coimaissance agrandie des espaces dé lA terre et de la mer, répondirent aussi des vues pluiS larges sur l'existence et les lois des forces de la nature^ sur la distribution de la chaleur à la surface de la terre, sur la variété des organismes et les limitéd de leur propagation. Les progrès qu'avait faits chaque science en particulier, à la fin de ce moyen ftge^ trop sévèrement jugé sous le rapport scientifique^ hâtèrent le moment où les sens purent comparer , où l'esprit put embrasser dans leur ensemble une quan-^ tité infinie de phénomènes physiques qui se trouvaient tout d'un coup offerts à l'observation. Les impressions furent d'autant plus profondes, elles provoquèrent d'autant mieux à la recherche dés lois de l'univers, que déjà avant le milieu du xvr siècle, les peuples occidentaux de l'Europe avaient exploré le nouveau continent, du moins dans les parties voisines des côteS, sous les latitudes les plus diverses des deux hémisphères, et que dès leur arrivée, ils avaient pris possession de la région équatoriale proprement dite, où grâce à la configuration particulière des montagnes qui caraôtérisent ces contrées, les oppositions lesplus saisissant tés de climats et de formes végétales s'étaient déployées à leurs regards, dans des espaces très-restreinls.Si je me trouve ramené de nouveau à faire ressortir l'attrait que présentent pour l'imagination les pays de montagnes, sous la zone équinoxiale, j'ai pour excuse cette remarque souvent exprimée déjà, que les habitants de
ces contrées sont les seuls auxquels ils soit donné de contempler tous les astres du firmament et presque toutes les familles du monde végétal; mais contempler n'est pas observer, c'est-^-dire comparer et combiner. Si chez Colomb, malgré le manque absolu de connaissances en histoire naturelle , le sens observateur se développa dans des directions diverses, comme je crois l'avoir démontré ailleurs, par le seul effet du contact avec les grands phénomènes de la nature , il faut bien se garder de supposer un développement analogue dans la foule guerrière et peu civilisée des conquistadores. Ce n'est pas à eux que l'on doit faire honneur des progrès scientifiques qui ont incontestablement leur principe dans la découverte du nouveau continent et sont venus agrandir les connaissances des Européens, sur la composition de l'atmosphère et ses rapports avec l'organisation humaine; sur la distribution des climats au penchant des Cordillères ; sur les neiges éternelles dont la hauteur varie dans les deux hémisphères, suivant les différents degrés de latitude; siur la liaison des volcans ; sur la circonscription des zones d'ébranlement dans les tremblements de terre ; sur les lois du magnétisme, la direction des courants pélagiques et la gradation de formes nouvelles, animales et végétales. Ces progrès sont l'œuvre de voyageurs plus pacifiques; ils sont dus à un petit nombre d'hommes distingués, fonctionnaires municipaux, ecclésiastiques et médecins. Habitant d'anciennes villes indiennes, dont quelques-unes étaient situées à 12000 pieds au dessus de la mer, ces
hommes pouvaient observer de leurs propres yeux la nature qui les entourait^ vérifier et combiner, pendant un long séjour, ce que d'autres avaient vu ou recueilli des productions de la nature, les décrire et les envoyer à lem^ amis d'Europe. Il suffit de nommer ici Gomara, Oviedo, Acosta et Hernandez. Déjà Colomb avait rapporté de son premier voyage de découverte quelques objets naturels, tels que des fruits et des peaux de bêtes. Dans une lettre écrite de Ségovie, au mois d'août 1494, la reine Isabelle prie l'amiral de continuer ses collections ; elle lui demande surtout «les oiseaux qui peuplent les forêts et les rivages, dans ces pays où régnent un autre climat et d'autres saisons.» On a fait jusqu'ici peu d'attention à ce fait que de la même côte occidentale de l'Afrique, d'où, deux mille ans plus tôt, Hannon rapportait, pour les suspendre dans un temple, « des peaux tannées de femmes sauvages » , qui ne sont autres que les grands singes Gorilles, un ami de Martin Behaim, Cadamosto, avait recueilli, pour l'infant Dom Henri le Navigateur, des poils d'éléphant longs d'une palme et demie. Hernandez, médecin de Philippe II, envoyé par ce monarque à Mexico, pour faire reproduire dans de magnifiques dessins toutes les curiosités végétales et zoologiques du pays, put enrichbr ses collections, en prenant copie de plusieurs peintures qui représentaient des objets d'histoire naturelle, et avaient été exécutées avec beaucoup de soin par les ordres d'un roi de Tezcouco , Nezahoualcoyotl , un demi-siècle avant l'arrivée des Es-
pagQols (88). Hovnaudea mit aussi à profit uiie collection (le plaptes médicinales qu'il avait trouvées encore vivantes dans Tancien jardin mexicain de Bouaxtepec, tes conquistadores n'avaient pas ravagé ce jardin, par respect pour un hôpital espagnol qu'op venait d'établir auprès (89), En mèipe temps ou peu g' en faut^ on rassemblait et on décrivait ces ossements fossiles des mastodontes trouvés sur les plateaux de Mexico, de la Nouvelle-Grenade et du Pérou, qui plus tard acquirent une si grande importance pour la théorie du soulèvement successif des çhatnes de montagnes. Les dénominations d'ossements des géants et de champs des géants (Campos de Gigantes), montrent i^ part de rimagin9tion dans les premières interppétih tions que Ton hasarda sur ce sujet.
Une chose qui, d^ns cette époque agitée, contribua aussi d'une manière notable au progrès des vues sur Je monde, fut le contact immédiat d'une masse nom^ breuse d'Exuropéens avec la nature exotique qui déployait librement ses magnificences dans les deux hémisphères. Le spectacle qu'offraient les plaines et les contrées montagneuses de l'Amérique, on put, à la suite de l'expédition de Yasco de Gama, le contempler sur les côtes orientales de l'Afrique et dans l'Inde méridionale. Dès le commencement du xvi' siècle, un médecin portugais, Garcia de Orta, avait, avec Fappui du noble Martin Âlfonso de Souza, établi dans cette contrée, sur l'emplacement occupé aujourd'hui par la ville de Bombay, un jardin botanique où il cultivait les plantes médicinales des environs. La muse de
CinDoeus lui « payé le tribut d'uu élog^ palriuUque^ L'iiopulsioii était donnée; chacun dès lors ^ent )^ désir d'obsej:*ver par hii^même, tandis que les ouvrages CQsmographiques du moyen âge étaient moins le pro^ duit d'una contemplation immédiate que d^s compi*^ lations où reparaissent uniformément les opinions des écrivains classiques de l'antiquité. Deux des plus ^and^ hommes du xvr siècle , Conrad Gesner et Andréas Casalpinus ont glorieusement frayé une route nouvelle en zoologie et en botanique.
Afin de retracer d une manière plus saisissante les progrès soit physiques, soit astronomiques, qui, à la suite des découvertes faites dans l'océan, agrandirent la science de la navigation » je dois , à la fin de ce tableau, appeler Tattention sur quelques points lu^ inineux qui commencent déjà à briller dans les relations de Colomb. Ces lueurs, faibles encore, méritant d'autant mieux d'être remarquées, qu'elles contiennent le germe de vues générales sur la nature. J'omets les preuves des résultats que j'indique ici, paroQ que je les ai fournies abondamment dans un autre ouvrage, dans YEcoQmen critique de mis* taire de la Géographie du nouveau continent et de$ proffrH de l'Astronomie nautique aua> xv^ et xvi* siècles. Pour échapper cependant au soupçon de changer l'ordre des temps et d'appuyer les observations dç Colomb sur les principes de la physique moderne , je traduirai littéralement quelques lignes d'une lettre que l'amiral écrivait d'Haïti, au mois d'octobre 1498 ; « Chaque fois qne , quittant les côtes d'Espagne , je
me dirige vers Tlnde^ je sens, dès que j'ai fait cent mille marins à T ouest des Açores, un changement extraordinaire dans le mouvement des corpâ célestes, dans la température de Tair et dans Tétat de la mer. En observant ces changements avec une attention scrupuleuse, j'ai reconnu que T aiguille aimantée (agujas de marear), dont la déclinaison avait lieu jusque-là dans la direction du nord-est, passait au nord-ouest ; et après avoir franchi cette ligne (raya), comme on gravit le dos d'une colline (como quien traspone una cuesta), j'ai trouvé la mer couverte d'une telle quantité d'herbes marines, semblables à de petites branches de pins et portant pour fruits des pistaches, que les vaisseaux semblaient devoir manquer d'eau et échouer sur un bas-fond. Avant la limite dont je viens de parler, nous n'avions trouvé aucune trace de ces herbes marines. Je remarquai aussi en arrivant à cette ligne de démarcation , placée , je le répète, à cent milles vers l'ouest des Açores, que la mer s'apaise subitement , et que presque aucun vent ne l'agite plus. Lorsque nous descendîmes des îles Canaries jusqu'au parallèle de Sierra Leone, il nous fallut souffrir une chaleur horrible ; mais dès que nous eûmes franchi la limite que j'ai indiquée , le climat changea, l'air s'adoucit, et la fraîcheur augmenta à mesure que nous avancions vers l'ouest. »
Cette lettre, éclaircie par plusieiurs autres passages des écrits de Colomb, contient des aperçus sur la connaissance physique de la terre , des remarques sur
la déclinaisou de Taiguille aimantée subordonnée à la longitude géographique, sur la flexion des bandes isothermes , depuis les côtes occidentales de Tancien continent jusqu'aux côtes orientales du nouveau , sur la situation du grand banc de Sargasso dans le bassin de la mer Atlantique , enfin sur les rapports existant entre cette zone maritime et la partie correspondante de l'atmosphère. Colomb, peu familier avec les mathématiques , fut , dès son premier voyage , amené par de fausses observations , faites dans le voisinage des Açores sur le mouvement de Tétoile polaire (90) , à croire que la sphère tert*estre était irrégulière. Selon lui , «c le globe est plus renflé dans Thémisphère occidental , et les vaisseaux, en approchant de la ligne maritime, où l'aiguille aimantée se dirige exactement vers le nord, se trouvent insensiblement portés à une moindre distance du ciel. C'est cette élévation (cuesta) qui cause le rafraîchissement de la température. » La réception solennelle de l'amiral à Barcelone date du mois d'avril 1493, et dès le mois de mai de la même année , fut signée par le pape Alexandre YI la bulle célèbre qui fixe , pour toute la durée des temps , la ligne de démarcation entre les possessions espagnoles et portugaises, à la distance de cent milles à l'ouest des Açores (91). Si l'on considère en outre que Co-^ lomb , revenant de son premier voyage , avait déjà le projet d'aller à Rome , afin de présenter au pape comme il le dit lui-même , un état de ses découvertes ; si l'on songe à l'importance que les contemporains de Colomb attachaient à la découverte de la II. 22
ligne magnétique iam déolinaieôn, on paumi fiPûûw justifiée r assertion hisIcH^ique que j'ai h^sarà&e ailleurs^ à savoir, que l'amiral , à Tfipogéâ de sa foveur 9 s'efforça de faire changer une division naltkrelie en une division po/t/t^u^.
Le meillei^^ moyen de comprei^dre l'influence que la découverte de l'Amérique et les expéditions qui s'y rattachent exercèrent si vite sur l'ensemble des eon- B^issances physiques et astronomiques , ç^est de se rappeler les premiàres impressions des contemporains et pe vaste ensemble d'efforts scientifiques , dont la plus grande partie tombe dans la première moitié du nyi^ siècle. Christophe Colomb n'a pas seulement le mérite incontestable d'avoir le premier découvert une ligne magnétique ian$ déelinniiony mais aussi d'avoir propagé en Europe l'étude du magnétisme terrastf e , par ses considérations sur l' accroissement progressif de la déclinaison vers F ouest, à mesure qu'il s'éloignait de cette ligne. Le fait généra] que prescpie partout les extrémités d^une aiguille aimantée mobile ne se dirigent pas exactement vers les p6le8 géographiques eût pu, malgré l'iiuperfection des inatrumeqts, être facilement constaté dans la m» Méditerranée et dans tous les lieux où , au xii" siècle , la déclinaison n'allait pas à moins de ^ ou 4 0 flegrés. Mais il n'est pas invraisemblable que les Arabes ou Içs Croisés qui furent en eontaet avec l'orient, de Yen 1096 à l'an 1270, en répandant Tusage de la boussole chinoise et indienne , aient signalé la dédiuaisoo que subit l'aiguille aimantée vers le nord<-est ou le
Eord-ouest , suivant Jes diffiépents pays , eomine un phénomène oopnu depuis longtemps. Le Peniksaayan ehinois, composé sous la dynastie des Song, entre 1111 et 1117, nous apprend ei^ eflSet d'une manière positive qu^à cette époque on levait depuis longtemps mesurer la dédinilison occidentale (9d). Ce qui appartient à Colomb, ce n'est pas d* avoir ob« gfervé le premier Fexist^nee de cette déclinaison, qui se trouve déjà indiquée , par exemple , sur la carte d^ Andréa Bianco, tracée en 143Q; c'est d'avoir fait, le 13 septembre 1492, la reiparque, que, |i 3H/d verq Test de Tile Corvo , la déclinaison magnétique change et passe du nordaest au nord^KHiest.
Cette découverte d'une ligne magnétique $anê déelim naiê&n marque un point mémorable dans l'histoire de l'astronomie nautique. Elle a été justement célébrée par Oviedo , Las Casa^ et Herrera. Ceux qui , avec Livio Sanuto , attribuent cette découvert^ à §é» basiien Cabot, oublient que le premier voyage de ce célèbre navigateur, entrepris aux frais des commwçants de Bristol , et qui fut couronné par la prise de possession du coptii^ent américain , est de cinq ans postérieur à la première expédition de Colomb. Colomb n^a pas seulement découvert dans Tocéan Atlan» tique une contrée où le méridien magnétique coïncide avec le méridien géographique , il a fait de plus cette ingénieuse remarque, que la déclinaison magnétique peut servir à déterminer le lieu d'un vaisseau relativement à la longitude. Dans le journal de son second voyage ( avril 1 496 ) , nous voyons l'amiral
s'orienter réellement d'après la déclinaison de Taiguille aimantée. On ne soupçonnait pas encore, à la vérité , les difficultés que rencontre la détermination de la longitude par cette méthode , surtout dans les parages où les lignes magnétiques de déclinaison fléchissent à tel point que, pendant des espaces considérables^ elles ne suivent plus, la direction du méridien, mais bien celle des parallèles. On chercha, avec une ardeur inquiète , des méthodes magnétiques et astronomiques , pour déterminer sur terre et sur mer les points par lesquels passait la ligne de démar* cation imaginaire. L'état de la science , et l'imper* fection de tous les instruments qui servaient sur mer à mesurer le temps ou l'espace , ne permettaient pas encore , en 1 493 , la solution pratique d'un problème aussi compliqué. Dans cet état de choses , le pape Alexandre YI, en s' arrogeant le droit de partager un hémisphère entre deux puissants empires, rendit sans le savoir des services signalés à l'astronomie nautique et à la théorie physique du magnétisme terrestre. De ce moment aussi, les puissances maritimes furent assaillies d'une foule de projets inexécutables. Sébastien Cabot, au rapport de son ami Richard Eden, se vantait encore, sur son lit de mort, d'une méthode infaillible pour déterminer la longitude géographique, et qui lui avait été inspirée par une révélation du ciel. La méthode de Cabot reposait sur la conviction arrêtée que la déclinaison magnétique changeait régulièrement et rapidement avec les méridiens. Le cosmographe Âlonso de Santa Cruz, Tuu des maîtres de
Charles-Quint, entreprit dès l'an 1630, un siècle et demi par conséquent avant Halley, de dresser la première carte générale des variations magnétiques (93). Il est vrai de dire qu'il ne s'appuyait encore que sur des observations très-incomplètes.
Le déplacement des lignes magnétiques , dont on attribue d'ordinaire la découverte à Gassendi , était encore un secret pour William Gilbert lui-même, tandis qu'avant lui Âcosta , instruit par des marins portugais, reconnaissait sur toute la surface de la terre quatre lignes sans déclinaison (94). A peine la boussole d'inclinaison avait^lle été inventée en Angleterre par Robert Norman (1576) , que Gilbert se vantait de pouvoir avec cet instrument déterminer le lieu d'un vaisseau, au milieu d'une nuit sans étoiles (aère caliginoso) (95). Dès mon retour en Europe, j'ai montré , en m'appuyant sur des observations personnelles, faites dans la mer du Sud, comment, en certaines localités particulières , par exemple sur les c6tes du Pérou, pendant la saison des brouillards continuels ( garua ) , on peut , à l'aide de Y inclinai'son, déterminer la latitude , avec ime exactitude suflSsante pour les besoins de la navigation. Je me suis arrêté à dessein sur ces détails, afin de faire voir, en approfondissant un sujet important pour l'histoire du Cosmos, comment, au xvi* siècle, s'agitaient déjà toutes les questions qui occupent encore aujourd'hui les physiciens, si l'on excepte l'intensité de la force magnétique et les variations horaires de la déclinaison que l'on ne songeait pas alors à
memirer. Dans la remarquable carte de rAmérique, jointe à Tédition de la géographie de Ptolémée qui tiii publiée à Rome en 1508, le pôle magnétique eBt figuré par une île volcanique située au nord dn Gruentland (Groenland), que l'on représente comme une dépendance de F Asie» Martin Gortè«| dans le Brève Competidio de la Sphera (1545)9 ^h Après lui , Livio Sanuto , dss^ la Geographia di Tol&meo (1588)^ placent le pôle magnétique plus au sud. Livio Sanuto nourrissait déjà cette pensée que « si l'on était assez heureux pour toucher au pôle magnétique lui-même (il calamitico)^ il fallait s'attendre à quelque effet miraculeux (alcun miracoloso stupendo effetto)i »
En ce qui conc/eme la distribution de la chaleur et la météorologie ) Tattention était déjà éveillée ^ à la fin du xv* siècle et au commencement du xvi% sur l'affaiblissement de la chaleur qui décroît avec la longitude occidentale^ c'est-à-^dire, sur les sinuosités des lignes isothermes (96) ; sur la loi de rotation des vents y généralisée par Bacon de Yerulam (97) \ sur la diminution produite par le déboisement dans l'humidité atmosphérique et dans la quantité de pluie annuelle (98) ; sur la dépression de la température ^ à mesure que l'on s'élève au-dessus du niveau de la mer; enfin sur la limite inférieure des neiges étemelles ^ Pierre Martyr Anghiera remarqua pour la première fois^ en 1510^ que cette limite est une fonction de la latitude géographique* Alonso de Hojeda et Amerigo Vespucci avaient vu, dès l'an 1500^ les montagnes
couvertes de neige de Sauta Maria ( Tierfad nevadas de Gitarma). Rodrigo Bastidas et Juan de la Goea les observèrent de plus près en 1 501 ^ mais oe fut seulelement après les communications faites par le pilote Jeên.yespucci^ neveu d'Amerigo Yespu^cif à soû protecteur et son ami Anghiera^ touchant Texpédition de Qolmenaràs, que la région des neiges tropicales^ sur les côtes montagneuses de la mer des Antilles^ prit une importance qu'on pourrait appeler cosmique^ On rattacha alors la limite inférieure des neiges auHL influences générales de la température et des elimatsv Hérodote cherchant^ dans le 22* chapitre de soil n* livre, à expliquer les débordements du Nil y nie d'une manière absolue qu'il puisse y avoir de la neige sur les montagnes, au sud du tropique du Ganceri L'expédition d'Alexandre conduisit^ il est tràî^ les Grecs jusqu'aux pics couverts de neige de l'Hià^ dou-kho [iff^ eÎYccvvifds); mais ces pics sont situéti entre le 34* et le 36*" degré de latitude nord< Une seule fois, à ma oonnaissance, il a été fait mention dtf neiges dans la zoae équatoriale, avant la découverte de l'Amérique et l'an 1 600 \ ce détail fort négligé des physiciens se trouve dans la célèbre inst^'iption d'A' dulis, que Niebhur croit antérieure aux temps de Juba et d' Auguste • La certitude acquise que la limite inférieure des neiges dépend de la distance aux pôles (99), la première notiop de la loi en vertu de laquelle la chaleur décroît verticalement, d'où l'on peut conclure l'existence d'une couche d'air, à peu près égaleinent froide dans toutes ses parties^ qui
va en s* abaissant de Téquateur vers les pôles, marquent dans rhistdire de nos connaissances physiques une époque qui ne laisse pas d'avoir son importance.
Si r essor de ces connaissances fut favorisé par des expériences dues au hasard, qui n'eurent originairement rien de scientifique, d'autre part, le siècle dont nous traçons le tableau fîit privé, par suite d'accidents particuliers, d'un secours plus légitime et d'une impulsion plus rationnelle. Le plus grand physicien du xv* siècle , un homme qui , avec des connaissances fort rares en mathématiques, unit à un degré surprenant la faculté de plonger ses regards dans les profondeurs de la nature, Léonard de Vinci, était le contemporain de Colomb, et mourut trois ans après lui. Le glorieux artiste s'était livré à l'étude de la météorologie, aussi bien qu'à celle de l'hydraulique et de l'optique. Il exerça de l'influence pendant sa vie par ses grandes créations artistiques et par le prestige de sa parole, mais non par ses écrits. Si les idées de Léonard de Vinci sur la physique ne fussent pas restées ensevelies dans ses manuscrits , le champ de l'observation ouvert par le Nouveau Monde eût été exploré scientifiquement dans im grand nombre de ses parties, avant la grande époque de Galilée, de Pascal et de Huygens. Comme François Bacon, et au moins un siècle plus tôt, Léonard de Vinci tenait l'induction pour la seule méthode légitime dans la science de la nature : <c Dobbiamo cominciare dall' esperienza, e per mezzo di questa scoprirne la ragione (100). »
De même que, sans connaître encore Fusage des instruments de mesure, on chercha souvent, dans les relations des premiers voyages de terre, à évaluer les conditions climatologiques des pays montagneux situés sous la zone tropicale, en se guidant d'après la distribution de la chaleur , les degrés extrêmes de la sécheresse atmosphérique et la fréquence des explo^ sions électriques ; de bonne heure aussi, les navigateurs se formèrent des notions exactes sur la direction et la rapidité des courants qui , comparables à des fleuves d'une largeur très-irrégulière, traversent Tocéan Atlantique. Quant au courant nommé proprement équatorial, c'est-à-dire au mouvement des eaux entre les tropiques, c'est Colomb qui l'a décrit le premier. Il s'explique à ce sujet d'une manière trèspositive à la fois et très-générale, dans la relation de son troisième voyage : « Les eaux se meuvent, dit-il, comme la voûte du ciel (con los cielos), de l'est à l'ouest. » La direction de quelques masses flottantes d'herbes marines venait encore à l'appui de cette croyance ( 1 ) . Colomb, trouvant à la Guadeloupe un pe^ tit vase de tôle entre les mains des habitants, lut amené à supposer que ce vase pouvait bien être d'origine européenne et avoir été recueilli dans les débris d'un navire naufragé, qui aurait été poussé par le courant équatorial des côtes de l'Ibérie sur celles de l'Amérique. Dans ses hypothèses géognostiques, Colomb considérait la rangée transversale des petites Antilles et la forme des grandes Antilles, dont les côtes sont parallèles aux degrés de latitude; comme un effet
du mouvement des flot& qui se meurent de Test à l'ouest sotis les tropiques.
Lorsque ^ dans son quatrième et dernier Toyftge^ Tamiral reconnut la direction des côtes ^ allant droit du nord au sud depuis le promontoire de Oracias i Dios jusqu'à la lagune de Chiriqui, il sentit lés effets d'un courant violent dirigé vers le UQrd et le nord» nord-^ouest, et produit par le choC du fleuve équato« rial qui va de Test à T ouest et se brise contre la côt^ opposée. Ânghiera survécut assez Idngtemps à Go" lomb pour embrasser dans sou ensemble ie m<mve» ment des eaux de F Océan, pour reconnaître le tour^ billonnément du golfe du Mexique, et Tagitation qui se prolonge jusqu'à la Tierra de los Bacallaos (TerTf» Neuve) et à l'embouchure dû fleuve Sàint4iaurentj l'ai exposé ailleurs avec détail combien l'expédition de Ponce de Léon, en 1513, a servi à fixei" et à pré» ciser les idées^ et j'ai dit à cette occAsion que, dans un écrit de sir Humphrey Gilbert^ cdmpdsé dntrë 1667 et 1576^ le mouvement des eaux de la mer AÛêù^ tique depuis le cap de Bonne-^Espérance jusqu'au banc de Terre-Neuve ^ est braité d'après des vuM presque entièrement conformes à celles de mon ex^ oellent ami, feû le major Renneh
Avec la connaissance des courants se répandit aussi celle des grands bancs d'herbes marines (Fucus na^ tans), de ces prairies océaniques qui offrent le mei^ Veilldtix spectacle d'un amas de plantes entremêlées^ près de sept fois égal à la surface de la France. Le gi^nd banc de Fucus^ proprement appelé Mar de Sar*
gasgo, s'étend entre le 19' et le 34' degré de latittadé nord. Son axe principal passe environ sept degrés à r ouest de Tile Conro. Le petit banc de Fuous est pluâ rapproché du continent et situé dans l'espace comprii entre les lies Bermudes et celles de Bahama< LéU vents et les courants partiels influent irrégulière^ ment , suivant les années ^ sur la position et le oon^ tour de ces prairies atlantiques* Aucune autre mef^ dans les deux hémisphères ^ n'offre sur une aussi vaste étendue ces agroupements de plantes étroitement unies les unes aux autres (2).
La période des découvertes dans les ei^aces terrestres^ l'ouverture soudaine d'un continent inconnu n'ont pas ajouté seulement à la connaissance du globe; elles ont agrandi l'horizon du monde ^ ou pour m' exprimer avec plus de précision, elles ont élargi les espaces visibles de la voûte céleste. Puisque l'hommoi en traversant des latitudes différentes, voit changer en même temps a la terre et les astres, » suivant la belle expression du poëte élégiaque Garcilaso de la Yega (3), les voyageurs devaient, en pénétrant vers Téquateur, le long des deux côtes de l'Afrique et jusque par delà la pointe méridionale du Nouveau Monde, contempler avec admiration le magnifique spectacle des constellations méridionales* Il leur était permis de l'observer plus à l'aise et plus fréquemment que cela n'était possible au temps d'Hiram ou des Ptolémées, sous la domination romaine et sous celle des Arabes, quand on était borné à la mer Rouge ou à l'océan Indien , c'est-à-dire à l'espace compris entre
le détroit deBal-el-Mandeb et la presqu'île occidentale de riûde. Au commencemeût du xvr siècle^ Amerigo Vespucci dans ses lettres, Vicente Yanez Pinzon, Pigafetta, compagnon de Magellan et d'Elcano, et Andréa Corsali, lors de son voyage à Cochin dans les Indes orientales, ont décrit les premiers , et sous les couleurs les plus vives, l'aspect du ciel du Midi, au-delà des pieds du Centaure et de la brillante constellation du navire Argo. Amerigo, littérairement plus instruit, mais aussi moins véridique que les autres, célèbre, non sans grâce, la lumière éclatante, la disposition pittoresque et l'aspect étrange des étoiles qui se meuvent autour du pôle sud, lui-même dégarni d'étoiles. Il aflSrme, dans sa lettre à Pierre-François de Médicis, que , dans son troisième voyage , il s'est soigneusement occupé des constellations méridionales, qu'il a mesuré la distance des principales d'entre elles an . pôle et qu'il en a reproduit la disposition. Les détails dans lesquels il entre à ce sujet font peu regretter la perte de ces mesures.
Les taches énigmatiques , vulgairement connues sous le nom de sacs de charbon (coalbags), paraissent avoir été décrites pour la première fois par Anghiera, en 1510. Elles avaient déjà été remarquées par les compagnons de Vicente Yaôes Pinzon, pendant l'expédition qui partit de Palos, et prit possession du cap Saint-Augustin, dans le Brésil (4). Le Canopo fosco (Canopus niger) d' Amerigo Vespucci est vraisemblablement aussi un de ces coalbags. L'ingénieux Acosta les compare avec la partie obscure du
disque de la lune^ dans les éclipses partielles, et semble les attribuer à F absence des étoiles et au vide qu'elles laissent dans la voûte du ciel. Rigaud a fait voir comment ces taches, dont Âcosta dit nette* ment qu'elles sont visibles au Pérou et non en Europe, et qu'elles se meuvent, comme des étoiles, autour du pôle sud, ont été prises par un célèbre astronome pour la première ébauche des taches du soleil (5). La découverte des deux Nuées Magellamques a été faussement attribuée à Pigafetta. Je trouve qu'Ânghiera, se fondant sur les observations de navigateurs portugais, avait déjà fait mention de ces nuages, huit ans avant l'achèvement du voyage de circumnavigation accompli par Magellan. Il compare leur doux éclat à celui de la voie lactée. Il est vraisemblable au reste que le grand nuage ( nubecula major ) n'avait paâ échappé à l'observation pénétrante des Arabes; c'est très-probablement le Bœuf blanc , el Dakar, visible dans la partie méridionale de leur ciel , c'est-à-dire la Tache blanche dont l'astronome Abdourrahman Sofi dit qu*on ne peut l'apercevoir à Bagdad ni dans le nord de l'Arabie, mais qu'elle est visible à Tehama et dans le parallèle du détroit de Bab-el-Mandeb, Les Grecs et les Romains ont parcouru la même route sous lesLagides et plus tard ; ils n'ont rien remarqué, ou du moins il n'est resté dans les ouvrages conservés jusqu'à nous aucune trace de ce nuage lumineux qui pourtant^ placé entre le 11 • et le 1 2" degré de latitude nord, s'élevait, au temps de Ptolémée, à 3 degrés, et en l'an 1000, du temps d' Abdourrahman, à plus de 4 degrés
au^-dassus de l'burizou (6). Aujourd'hui la hauteur méridienne de la nubecula major ^ prise au milieu, peut avoir 5 degrés près d' Aden. Si d'ordinaire les navigateurs ne oommeneent à apercevoir clairement les Quages magellaniques que sous des latitudes trèghrappfoçbée@ du midi, ^ous Téquateur ou même plus loin v^rs le ^ud^ cela s'explique par l'état de l'atmosphère et par les vapeurs qui réfléchissent une lumière blai^ çhe à l'horizon. Dans l'Arabie méridionale ^ en péné^ trant à r intérieur des terres y l'azur profond de la voûte Qéleste et la grande sécheresse de l'air doivent fider k reconnaîtra las nuages magellaniques. l.a ùtf cilité avec laquelle , sous les tropiques et sous les latitudes trèsrméridionales on peut y dans les beaux jours, suivre distinctement le mouvement des comè^ te9^ est un argument en faveur de cette conjecture.
La distribution en constellations nouvelles des étoiles situées près du p61e antarctique appartient au )^YU* siècle. Le résultat des observations faites, avec des instruments imparfaits, par les navigateurs hol^ landais Petrus Theodori de Emden et Frédéric Houl^ inann y qui vécut de 1 596 à 1 599, à Java et à Sumatra, prisonnier du roi de Bantam et d'Atschin, aét^ consigné dans les cartes célestes de Hondius Bleaw ( Jansonius Caesius ) et de Bayer.
La {sone du eiel, située entre 50"^ et 80* de latitude sud» où se pressent en si grand nombre les nébuleuses et las groupes étoiles, emprunte à la répartition inégale des masses lumineuses un caractère particulier , un aspect qu'on peut dire pittoresque,
m Phftrme infini 4tk ou groupement dei étoiles é9 preinièi»e et de seconde grandem», et à leur séparation par dçs régions qui , h Ym\ uu, semblent désertes et sans lumière. Ces eontrastes singuliers, l'éalat plus vif dont brille la voie lactée daas plur iieuFs points de son développement , les nuées luœir pauses et arrondies de Magellan qui décriveni isolément leur orbite, enfin ces (aobes sombres , dont la plus grande est si voisine d'une belle eonstellftr tion, augmentent la variété du tableau de la nature et enchaînent l'attention des observateurs émus awc régions extrêmes qui bornent T hémisphère méridional de la voûte céleste» Depuis le commencement du ivi' sièele. Tune de oes régions, par des motifs qui tiennent à des croyances religieuses, a pris de Timpo^ tanoe aun yeujt des navigateurs chrétiens qui parcoufent les^ mers situées sous les tropiques ou au delà des Impiques, et des missionnaires qui prêchent le christianisme dans les deux presqu'îles de l'Inde; c'est la région de la Croiw du Sud. Les quake étoiles prineipales dont sa compose pette constellation sont confondues dans VAhnageitfj par conséquent à l'époque d'Adrien et d'Antonin le Pieux, avec les pieds postérieurs du Centaure (7). Si l'on considère la forme distincte de la Croix qui s'isole dans son individualité, non moins que le grand et le petit Chariot, le Scorpion, Cassiopée, l'Aigle, le Dauphin , il est presque incroyable que ces quatre étoiles
n'aient pas été plus tôt mises à part de l'ancienne
et puissante constellation du Centaure. Cette coufu-
sion est d'autant plus singulière, que ie Persan Kazwini et d'autres astronomes mahométans, s'étaient composé à grand'peine une Croix particulière avec le Dauphin et le Dragon. On a dit, sans le démontrer, que la flatterie courtisanesque des savants alexandrins qui avaient changé Tétoile de Canopus en un Ptolemœon, avait aussi rattaché, pour faire honneur à Auguste , les étoiles dont se compose la Croix du sud à un Cœsaris Thronorij constamment invisible en Italie (8). Du temps de Claude Ptolémée, la belle étoile placée au pied de la Croix s'élevait encore à Alexandrie, dans son passage au méridien, jusqu'à 6** 1 0' de hauteur, tandis qu'aujourd'hui, dans le môme lieu, son point culminant reste de plusieurs degrés audessous de r horizon. Pour voir actuellement a de la Croix à ô"" 1 0'de hauteur, il faudrait, en tenant compte de la réfraction des rayons, se placer à 10* au sud d'Alexandrie, sous 21'' 43' de latitude nord. Les anachorètes chrétiens du iv* siècle pouvaient voir encore la Croix à 1 0"" de hauteur, dans les déserts de la Thébaïde. Je ne suppose pas cependant que ce soient eux qui aient donné son nom à cette constellation , car Dante ne le cite pas dans le passage célèbre du Ptirgaloire :
lo mi volsi a maD désira, e posi menle Air altro polo, e vidi qualtro stelle Non Tîsle mai fuorch* alla prima gente.
Et de même, Amerigo Vespucciqui, dans son troisième voyage, se reportait à ces vers, en contemplant
le ciel étoile des régions du sud, et se vantait d'avoir vu « les quatre étoiles que le premier couple humain avait pu seul apercevoir, » ne conpalt pas la déoomi^ nation de Croix du sud. Amerigo dit simplement : les quatre étoiles formeùt une figure rhomboMale ( una mandorla ); et cette remarque est de l'an 1504 • Lorsque les voyages maritimes se multiplièrent autour du cap de Bonne-Espérance et dans la mer du Sud, à travers les voies frayées par Gama et Magel^ lan , à mesure que les missionnaires chrétiens purent pénétrer, par suite des découvertes nouvelles, dans les contrées tropicales de l'Amérique, cette constellation devint de plus en plus célèbre. Je la trouve mentionnée, pour la première fois, comme une croix merveilleuse ( croce maravigliosa ), « plus belle que toutes les constellations qui brillent dans la voûte du ciel, » par le florentin Andréa Corsali , en 4517, et un peu phis tard, en 1 520, par Pigafetta. Corsali, qui avait plus de lecture que Pigafetta , admire l'esprit prophétique de Dante sans se douter que ce grand poëte faisait preuve en cela d'érudition autant que d'imagination. Dante avait vu les globes célestes des Arabes, éf s'était trouvé en rapport avec im grand nombre de Pisans qui avaient visité les contrées orientales (9) . Acosta remarque déjà dans son Hùtoria na/tiral y moral de las IndiaSj que les premiers colons espagnols établis dans l'Amérique tropicale se servaient volontiers,comme on le fait encore aujourd'hui , de la Croix du sud en guise d'horloge céleste, suivant sa position verticale ou le degré de son inclinaison (10). ju 23
, PttT suite de Ja rétrogpadatiôa des poîuts équir Boxiaux y l'aspect duciel éloilé change sur chaque poiol de la terre. L'aiipieDoe race humaine a pu voir 96 Lever dans les hautes régions du nord, les magnifique» constellations du midi^ qui-^ longtemps invisibles, r^ viendront après des milliers d'années. Déjà, au temps de Colomb, Ganopus était à l''20' au-dessus de Tho* rizon de Tolède, située par 39** 54' de latitude; aur jourd'hui il s'élève presque autant au-rdessus de Pho* rizon de Cadix. Pour Berlin et en général pour les contrées du nord, les étoiles de la Croix du sud, de même que « et ê du Centaure, s'éloignent de plus ea plus, tandis que les nuages magellaniquesserapr proehent peu à peu de nos latitudes. Canopus a été dans les dix derniers siècles aussi rapproché qu'ail lui est possible du nord , et maintenant il s'éloigne vers lesud,bieu qu'avec une extrême lenteur, à causa du peu de distance qui le sépare du p61e sud de l'écliptique. A 52** 1/2 de latitude nord, la Croix a Commencé à devenir invisible 2900 ans avant jioii^ ère, tandis que, suivant Galle, elle avait pu s'élever auparavant à plus de 10\ au-dessus de l'horizon. Lorsqu'elle disparut pour les observateurs plaiîés aux environs de la mer Baltique, la grande pyramide de Cheops était déjà bâtie en Egypte depuis 500 ans. Ce fut 700 ans plus tard que &' accomplit l'invasion des Hycsos. L'antiquité semble se rapprocher de nous quand nous lui appliquons la mesure des f2;rands événements* En même temps que s'agrandissait la connaissance
plus coQtainpIative que* ftcieiitiiique des espaces cé^ lestes, des progrès s^dccoinplissaiént dans Pastronomie nautique, c'estrànlire que se perfectionnaient les médiodes à Taide desquelles se détermine le lieu d'un Taissaau ou^ eu d'autres termes, sa latitude et sa lon^gitude géographiques. Tout <se qui, dans la suite des temps, a pu favoriser le développement de la naviga«> tion, à savoir: riavention de la boussole et une étude plus sérieuse de la déclinaison magnétique ; l'évalua-* tion de la vitesse,^rft€e à une meilleure disposition du locb, à l'usage de^ chronomètres et à la], mesure des distances lunaires ; les améliorations apportées à ia construction des vaisseaux; la force du vent remplacée par une force nouvelle; mais avant tout l'heu^ reuse application de l'astronomie à l'art nautique; tout cela doit être considéré comme ayant efficacement contribué à l'ouverture des espaces terrestres, à la rapidité des communications entre les peuples, et à la découverte des rapports qui unissent les différentes parti 3S du inonde. Â ce point de vue, nous devons rappeler ce que nous avons dit déjà, que dès le mi^ lieu du xiii'' siècle, les marins de la Catalogne et de l'tle Majorque se servaient d'instruments nautiques, pour mesurer le temps d'après la hauteur des étoiles, et que l'astrolabe décrit par Raymond Lulle, dans son Arte de Nave^^ar^ a précédé de près de deux siècles celui de Behaim. L'importance des méthodes astronomiques fut si bien reconnue en Portugal que, vers l'an i 484, Behaim fut nommé président d'une Jml^(h Malhemalicos qui devait calculer les tables de
la déclinaison du soleil et enseigner aux pilotes, selon les expressions de Barros^ a la maniera de navegar p<Hr altura do sot (1 1).» Ce mode de navigation , dV près la hauteur méridienne du soleil, fut dès lors nettement distingué de la navigation « por la altura del esteK)este, d c'est-à-dire par la détermination des longitudes (1 2).
La nécessité de trouver la position réelle de la ligne de démarcation indiquée par le pape Alexandre YI, et de marquer dans le Brésil nouvellement découvert et dans les lies voisines des Indes méridionales, la limite légitime entre les possession» des couronnes espagnole et portugaise fit, ainsi que nous T avons remarqué déjà, chercher avec plus d'ardeur des méthodes pratiques pour déterminer la longitude. On sentait combien étaient rares les occasions auxquelles pouvait s'appliquer l'ancienne et imparfaite méthode des éclipses de lune, due à Hipparque. Dès l'an 1514, l'usage des distances lunaires filt recommandé par l'astronome nurenbergeois Jean Werner, et bientôt après par Oronce Finée et Gemma Frisius. Malheureusement cette méthode devait longtemps encore demeurer stérile, jusqu'à ce que, après de nombreuses tentatives faites inutilement avec les instruments de Bienewitz ( Peter Apianus ) et de Alonzo de Santa Cruz, Newton inventa en 1 700 le sextant à réflexion, et que Hadley en répandit Tusage parmi les marins, en 1731.
L'influence des astronomes arabes agissait aussi, du fond de l'Espagne, sur les purogrès de Tastronomie
nautique. On fit , il est vrai ^ pour arriver à la détermination des longitudes j beaucoup d'essais infruo^ tueux , et souvent on aima mieux attribuer le mauvais succès à des fautes dMmpression dans les Éphémérides astronomiques de Regiomontanus , alors en usage , qu'à l'inexactitude des observations. Les Portugais suspectaient les résultats fournis par les Espagnols , et les accusaient d'avoir altéré les tables pour des motifs politiques (1 3). Le besoin subitement éveillé dessecours que promettait , théoriquement du moins, l'astronomie nautique, est exprimé avec une vivacité singulière dans les relations de Colomb , d'Amerigo Vespucci , de-Pigafetta et de André de Sainte-Martin, célèbre pilote qui dirigea l'expédition de Magellan , et possédait les méthodes de longitude de Ruy Falero. Les oppositions des planètes, l'occultation des étoiles, les différences de hauteur entre la lune et Jupiter , les variations de la déclinmson de la lune furent étudiées avec plus ou moins de succès. Nous possédons des observations de conjonctions faites par Colomb, à Haïti , pendant la nuit du 1 3 janvier 1 493. La nécessité d'adjoindre à toutes les grandes expéditions un homme spécialement versé dans l'astronomie était si généralement comprise , que la reine Isabelle écrivait à Colomb , le 5 septembre 1 493 : « bien que vous ayez assez montré dans votre expédition que vous en savez plus qu'aucun autre mortel (que ninguno de los nacidos), je vous conseille cependant de prendre avec vous Fray Antonio de Marchena, savant en astronomie et d'un bon caractère. » Colomb dit
dans la relation de son quatrième voyaga \ % Il tk'y i qu'un mode de calcul infaillible pour la navigation , c'est celui des astronomes ; quiconque en a l'intelligence peut se tenir content. Les résultats quMl garantit équivalent à une vision prophétique (14). Nos pilotes ignorants ne savent phis où ils sont, dès qu'ils restent sans voir les Côtes quelques jours. Ils seraient hors d'état de retrouver les pays que j'ai découverts. U faut pour naviguer compas y nrte ^ 'c'est-^à*-dire la boussole et la scienœ^ qui est T art des aatronoffles. >» ïai mentionné ces détails caractéristiques ^ parce qu'ils foUt voir comment Tastronomie nautique qui , en parant aux dangers de la navigation , a facilité Taccès vers toutes les patries de la terre^ a reçu son premier dévdoppement dans la période dont je trace en ce moment le tableau ; comment, dans le moute^ ment général des esprits^ on sentit de bonne heure la possibilité de méthodes qui ne pouvaient devenir d'une application générale qu'après le perfectionnement dés chronomètres, des instruments propres à mesurer les angles, et des tables solaires et lunaires. S'il est vrai, comme on Ta dit, que ce qui fait lé cara^ctère d'un siècle, c'est le progrès plus ou moins rapide tle l'esprit htunain dans un laps de temps déterminé , le siècle de Colomb et des grandes découvertes maritimes, en augmentant d'une manière inattendue le^ objets de )a science et de la contemplation, a donné une iînpulsion nouvelle et plus puissante aux siècles qui root suivi. C'est là le propre des découvertes considérables, d'agrandir à la foid le cercle des conquêtes et l'horizon
du champ qui reste encore à conquérir. Dans chaque époque , il y a des esprits faibles disposés à croire complaisamment que rhumanlté eût arrirée à T^apogée de son développement inteliectueL Ils oubUent que> par l'effet de la liaison intime qui unit tous les phénomènes de la nature , le champ s' élargi à mesure que J'on avance, et que la limite qui le borde à Tho^ rizon recule incessamment devant ^observateur.
Où l'histoire des peuples peut^eUe nous montrer une époque comparable à celle dans laquelle des événements aussi gros de Conséquences que Ja découverte et la première colonisation de l'Amérique , la traversée aux Indes orientales par le cap de Bontie-" EspéraBce, et le premier voyage de circutiinavigatioa de Magellan , se trouvent réunis aveô T épanouissement de Tart, le triomphe de la liberté intellectuelle et religieuse, et les progrès imprévus de la connais^» sance du ciel et de la terre. Une telle époque n'a pas besoin, pour que «a grandeur nous frappe^ du pres^ Uge dé réibignement dans lequel elle nous apparatt. Si elle se présente à nous à travers des souvenirs historiques, et dégagée de la réalité importune du temps présent , elle doit peu de chose à cette oircoi^ stance* Malheureusement ici, comme dans toutes les affiûres hiunaines^ à l'éclat du succès se troitvent associés de déplorables désastres. Les progrès de lêi science du tnonde ont été achetée âU prix de toutéd les violences et de toutes les cruautés que les conquérants, soi-disant civilisateurSi ont portées d'un bout à l'autre de la terre , mais c'est une prétention
trop téméraire que de vouloir, en suiVaat pas à pas le développement de F humanité , établir d'une manière dogmatique la balance du bien et du mal. 11 ne sied pas à 1^ homme de juger les événements qui intéressent le monde entier, et qui longtemps prépara dans le sein fécond du temps , n'appartiennent que pour une part au siècle dans lequel nous les plaçons arbitrairement.
La première découverte, faite par les Scandinaves, de la partie centrale et méridionale des Etats-Unis, coïncide presque avec l'apparition mystérieuse de Manco Capac sur le plateau du Pérou; elle est de 200 ans postérieure à l'arrivée des Aztèques dans la vallée du Mexique* La capitale de ce royaume, Tenochtitlan, fut fondée 325 ans plus tard. Si les colonisations normandes avaient eu des suites plus durables, si elles avaient été entretenues et protégées par une métropole puissante, jouissant de Funité po* litique, les races germaines, en pénétrant dans ces contrées, auraient encore rencontré des hordes de chasseurs nomades errant çà et là, sur les lieux mêmes où les conquérants espagnols trouvèrent des laboureurs attachés au sol qu'ils cultivaient (15).
Les temps de la conquista^ la fin duxv* siècle et le commencement du xvi' , sont marqués par une réunion prodigieuse de grands événements accomplis dans la vie politique et morale des nations européennes. Le même mois oti Fernand Gortès , après la bataille d'Otumba , se rendait à Mexico pour en faire le siège , Martin Luther brûlait , à Wittemberg , la
buHe du pape, et fomlait cette Réforme qui promettait à l'esprit l'indépeudaDce et un essor nouveau dans des voies presque entièrement inconnues (16). Déjà à ce moment étaient sortis de leurs tombeaux les phis brillants chefs-d'œuvre de l'art grec, le Laocoou, le Torse, l'Apollon du Belvédère et la Vénus de Médicis. En Italie florissaient Michel-Ange, Léonard de Vinci, Titien et Raphaël ; en Allemagne Holbein et Albert Durer. Le système du monde avait été trouvé par Copernic, bien qu'il n'ait été divulgué cpie plus tard, dans l'année même où mourut Christophe Colomb, H ans après la découverte du Nouveau Monde.
L'importance de cette découverte et des premiers établissements fondés par les Européens, ne porte pas seulement sur les questions qui font la matière de ce livre; elle s'étend jusqu'aux influences intellectuelles et morales que l'agrandissement subit de la masse des idées acquises a exercées sur l'amélioration de l'état social. C'est à partir de cette époque critique, que lesprit et le cœur ont vécu d'ime vie nouvelle et plus active, que des vœux hardis et d'opiniâtres espérances ont pénétré peu à peu dans toutes les classes de la société civile. A la suite aussi de cet événement, la rareté de la population répandue sur une moitié de la terre, en particulier sur les côtes placées à l' opposite de l'Europe, a pu faciliter l'établissement de colonies que leur étendue et leur situation ont sollicitées à se transformer en états indépendants et ne subissant aucune entrave dans le libre choix de leur constitution politique. Joignons-y enfin la réforme religieuse,
prélude des graudes révolutions politiques, qui deVail parcourir toutes les phases de son développemenl dans une contrée devenue Tasile de toutes les croyances et des sentiments les plus divers sur les dioses divines. La hardiesse du navigateur génois eBl le premier anneau dans la chaîne sans Sa de ces mystérieux événements', et si T Amérique ne porte point son nom, du moins c'est au hasard, ce n'est point à la fraude ni à T intrigue qu'il faut s'en prendre (17). Rapproché, depuis un demi-siècle, de l'Europe par les relations commerciales et les progrès de la navigation, le Nouveau Monde a exercé une influence considérable sur les institutions politiques, sur les idées et les tendances des peuplés placés à la limite orientale de cette vallée de l'océan Atlantique, qui semble se rétrécir de jour eu jour (1 8).
INFLUErNGE EXERCÉE
»A> u noMls ÉA soemcb
AU XVn* ET AU XVIII* SIÈCLB.
GRANDES DÉCOUVERTES DANS LES ESPACES CELEâTBS A L*A1DE DU TELES- COPE.— EPOQUE fiRlLLANTB DE l' ASTRONOMIE ET DES UATHEMATIQUES, ' Dl^mS OALlLât Et lUSPLER JUSQIi'a KEWTON Et LEIBNITS. — LOIS D0 BOUVIIfllIT DBS PLANATES ET THéoRll Dl LA 6RAVITAT10N IflUVlRSPLLB. -^ PHTSIQUB BT CHIMIE.
Bù Cherchant à étiumérer les phases principales dAns lesquelles se divise Thistoirè de là contempla^ tion du monde, nous avons, en derUier lieu, esquissé
l'époque où les peuples civilisés de Tancien monde ont appris à connaître le nouveau. Au siècle des grandes découvertes accomplies sur la surface de notre planète, succède immédiatement la prise de possession par le télescope d'une partie considérable du domaine céleste. L'application d'un instrument qui a la puissance de pénétrer l'espace, je pourrais dire la création d'un organe nouveau, évoque tout un monde d'idées inconnues. Une ère brillante s'ouvre, à partir de ce moment, pour l'astronomie et les mathématiques. Alors commence cette série de mathématiciens profonds, prolongée jusqu'à Léonsdrd Euler, qui, comme on l'a dit, transforma toutes choses, et dont la naissance arrivée en 1 707 touche de si près à la mort de Jacques Bemouilli.
Un petit nombre de noms peut suffire à rappeler les pas de géant que l'esprit humain, en vertu de sa propre force et sans excitation extérieure, a faits au xvu' siècle, surtout dans le^ développement de la pensée mathématique. Les lois qui président à la chute des corps et au mouvement des planètes sont proclamées. La pression atmosphérique, la propagation, la réfraction et la polarisation de la lumière, deviennent l'objet de recherches approfondies. L*étude mathématique de la nature est fondée sur des bases solides. Enfin l'invention du calcul infinitésimal signale les dernières années du siècle ; et munie de cette force nouvelle, l'intelligence humaine peut s'essayer avec .succès, pendant les cent cinquante années qui suivent, à la solution
des problèmes que présentent les perturbations des corps célestes, la polarisation et l'interférence des ondes lumineuses, la chaleur rayonnante, l'action circulaire des courants électro-magnétiques, la vibration des cordes et des surfaces, l'attraction capillaire dans les tubes étroits, et tant d'autres phénomènes naturels.
Dès ce moment, le travail se continue sans interruption dans le monde de la pensée, et toutes les forces de l'intelligence se prêtent un mutuel secours. Aucun des germes déjà éclos n'est étouffé. L'accroissement des matériaux scientifiques, la rigueur des méthodes et le perfectionnement des instruments, tout marche de concert. Nous nous en tenons ici au xvii* siècle, si harmonieux dans son ensemble, au siècle de Kepler, de Galilée et de Bacon, de Tycho, de Descartes et de Huygens, de Fermât, de Newton et de Leibnitz. Les services de tels hommes sont si généralement connus, qu'il suffit de légères indications pour faire ressortir la part brillante qu'ils ont prise à l'agrandissement des vues sur le monde.
Nous avons déjà démontré (19) comment l'œil, organe de la contemplation physique , avait emprunté à la seconde vue du télescope une puissance dont la limite est loin d^être atteinte, et qui, dès son début, quand l'instrument faible encore pouvait à peine grossir trente-deux fois les objets (20), pénétrait cependant dans l'espace à des profondeurs qai n'avaient pas été sondées jusque-là. La connaissance exacte d'un grand nombre des corps célestes dont
notre syâtème polaire est composé, Tobservation des lois éteraelles d'après lesquelles ils décrivent leurs orbites , tous les secrets de la structure du monde dévoilés, telles sont les pli|s brillantes conquêtes de Tépoque dont nous cherchons à reproduire les traita essentiels. Les découvertes qui datent de cette p^ riode forment ce qu'on peut appeler les contours principaux du grand tableau de la nature; elles ajoutent aux espaces de la terre nouvellement ejcplorés le contenu ignoré jusque-là des espaces célestes, du moins en ce qui concerue l'admirable ordonnance de notre système planétaire. Pour nous, tQujours à la recherche des idées générales, nous nous contentons de marquer les résultats les plqfi importants des observations astronomiques au xvu' siècle, en ayant soin d'indiquer comment ce^ travaux ont aipené à T improviste des découvertes mathématiques d'une haute portée, comment ils ont agrandi et élevé la contemplation du inonde.
Nous avons fait remarquer déjà par quelle heureuse fortune tant de grands événements, tels que le réveil de la liberté religieuse, le développement d'un sentiment plus noble de l'art, et la propagation du sys^ tètpe de Copernic, ont signalé^ concurrennnent avec les grandes entreprises maritimes^ le siècle de Co^ lomb, de Gama et de Magellan. Nicolas Copernic ou Koppernik, comme il se nomme lui-^même dans deux lettres qui existent encore, avajt atteint sa vingt et unième année, et faisait des observations àCracovie avec Tastronome Albert Brudzewski, lorsque Colomb
découvrit rAmérique* Dans ï&anée qui suivit la mort du grand navigateur, uoug le retrouvons à Cra^ covie, occupé à bouleverser toutes ]es idées reçue» en astronomie, après un séjour de six ans dans les villes de Padoue^ de Bologne et de Rome. Nommé en 1510 chanoine à Frauenbourg, par la protection de son oncle, Lucas Waisserolde de Allen, évèque de Er^ meland (21), il y travailla encore trente4rois ans à achever son ouvrage ; de Revolutionif>u$ orbium C(BleMium. Le premier exemplaire imprimé lui fut ap«porté quand déjà, paralysé de corps et d'esprit, il se préparait à mourir. Il vit le volume, il put encore le toucher; mais sa pensée n était plus aux choses tem^ porelles. Il mourut non pas, comme le raconte son biographe Gassendi, quelques heures, mais quelques jours plus tard, le 24 mai 1 543 (22 ]• Deux ans aupa*? ravant, une partie importante de sa doctrine avait été déjà répandue dans le public, par ime lettre imprimée de r un de ses plus ardents disciples, Joachim RhdBticus, à Jean Schoner, professeur de Nurenberg. Ce n'est pourtant ni le succès du système de Copernic, ni la théorie renouvelée du soleil central et du double mouvement que décrit la terre, qui, un pou plus de cinquante ans après, conduisirent aux brillantes dé^ couvertes astronomiques par lesquelles s'oeuvre le ^vuV siècle. Gps découvertes , qui complétèrent et agrandirent le système de Copernic, ont pour cause rinventiou fortuite du télescope. Mais, fortifiés etélar^ gis par les résultats de l'astronomie physique, tels que les observations faites sur le système des satellites de
Jupiter et stip les phases de Véniis, les principes de Copernic ont frayé à l'astronomie théorique des voies qui devaient conduire à un but phis sûr et provoquer la recherche de problèmes, dont la solution exigeait le perfectionnement du calcul analytique. De même que George Peurbach et Jean Muller , qui emprunta de sa ville natale, Kœnigsberg en Franconie, le nom de Regiomontanus , ont eu une heureuse influence sur Copernic et ses disciples Rhaeticus, Reinhold et Mœstlin, ceux-ci à leur tour agirent siu* les travaux de Kepler , de Galilée et de Newton , bien qu'ils en soient séparés par un plus long espace de temps. Ainsi, un lien intellectuel rattache le xvir siècle au xvr*; et l'on ne peut retracer l'agrandissement que la contemplation du monde a dû, dans le xvii* siècle, à l'astronomie, sans rechercher l'impulsion que cette période avait reçue de la précédente.
C'est une opinion erronée et malheureusement très-répandue encore de nos jours, que Copernic, par faiblesse et pour échapper à la persécution des prêtres, présenta le mouvement planétaire de la terre et la position du soleil au centre du système comme une pure hypothèse, ayant pour but de faciliter l'application du calcul au mouvement des corps célestes, mais qui «n'était pas nécessairement vraie, ni même vraisemblable (23). )» On ne peut nier que ces mots étranges se lisent dans la préface anonyme placée en tête de l'ouvrage de Copernic, el qui a pour titre : de Hypofhesibns hujns 0;>em (24); mais cette déclaration est complètement étrangère à Copernic et en opposition directe
avec la dédicace qu'il adressa au pape Paul III. L'auteur de la préface est, ainsi que le dit Gassendi de la manière la plus positive dans la Vie de Copernic, un mathématicien qui vivait alors à Nurenberg, Andréas Osiander, chargé de diriger avec Schoner l'impression du livre : de Rcvolutionibus ^ et qui, sans manifester expressément des scrupules religieux, jugea prudent de présenter les idées nouvelles comme une hypothèse et non, ainsi que l'avait fait Copernic, comme une vérité démontrée.
L'homme que Ton peut appeler le fondateur du nouveau système du monde , car à lui appartiennent incontestablement les parties essentielles de ce système et les traits les plus grandioses du tableau de l'univers, commande moins encore peut-être l'admiration par sa science que par son courage et sa confiance, n méritait bien l'éloge que lui décerne Kepler, quand, dans son introduction aux Tables Rudolphines, il Tappelle un esprit libre, « vir fuit maximo ingenio et quod in hoc exercitio (c'est-à-dire dans la lutte contre les préjugés) magni momenti est, animo liber. » Lorsque Copernic, dans sa dédicace au pape, raconte l'histoire de son ouvrage , il n'hésite pas à traiter de conte absurde la croyance à l'immobilité et à la position centrale de la terre, croyance répandue généralement chez les théologiens. Il attaque sans crainte <c la stupidité de ceux qui s'attachent à des opinions aussi fausses. » Il dit que « si jamais d'insignifiants bavards, étrangers à toute notion mathématique , avaient la prétention de por- II. U
ter uu jugemept snv sou ouvrage, eu tortiiraut 9 (le^sein quelque passage des saintes Ecritures (pror pter aliquem locuip Scriptural inale ad suud) proposituna detortum), il méprisera ces vaiaes attaques. Tout le monde sait, ajoute-t-il encore, que le célèbre Lactance a disserté d'une manière puérile sur la forme de la terre, et s'est raillé de ceux quj la regardaient conique un sphéroïde; mais lorsqu'on traite des sujets mathématiques , c'est pour les mathématiciens qu'il faut écrire. Afin de prou- Ver que, quant à lui, profondément pénétré de la justesse de ses résultats, il ne redoute aucun jugement, du coin de terre où il est relégué, il en appelle 9U chef de l'Eglise et lui demande protection contre Içg ipjures des calomniateurs. Il le fait avec d'autant plus de confiance, que l'Eglise elle-même peut tirer avantage de ses recherches sur la durée de l'année et sur les mouvements de la lune. » L'astrologie et la réforme du calendrier furent longtemps seules à protéger l'astronomie auprès des puissances temporelles et spirituelles, de même que la chimie et 1^ botanique furent, dans le principe, entièrement au service (}e la pharmacologie.
On le voit, le libre et mâle langage de Copernic contredit manifestement cette vieille assertion, qu'il aurait donné le système auquel est attaché son nom immortel, comme une hjT)0thèse propre à faciliter les calculs de l'astronomie mathématique, mais qui pouvait bien être sans fondement. « P^r aucune autre combinaison,
s'écrie-t-il avec euthousiasme, JQ u'ai pu trouver une symétrie auçsi admirable dans Ips diverges partie^ du grand tout , une union aussi bariponieuse eptre l^ mouvements des corps célestes , qu'en plaçant ^ flambeau du monde (luce{*naiQ mundi) ^ce soleil qui gouverne toute la famille des astreg dans leurs évolutions circulaires (circumagentem gubernpng astrorum familiam ] sur un trône royal , au milieu du temple de la uftture (25), » L'idée de la gravitation upiverselle ou de Taltraction (appetentia quapd^m natur^Us, partibug îndita ) qu'exerce le soleij , comm§ centre du monde ( c^ntrum mundi ) > parait aussi p'ètre présenté à T esprit de c§ ^and homme, comme uhq application des effets de l£| pesauteur dans les porp^i spbériques. C'est ce que prpuve un passage remarquable du traité : de RevQluiioHibw , au chapitre Q du livre premier (26).
Si l'on parcourt les phases diverses 4e la cont^n^plation (lu iponde, on voit que r^ttrsiction des ^m-^ dçs masses et la force centrifuge ont été pressenties dès les temps les plus reculés. Japohi» dan^ ses recherches y laissées nialheureusement à Tétat de man uuçcrity siu* les connaissances mathématiques des Grecs, fiait ressortir avec raison « les vues profondes d' Anaxagore, chez lequel nous ne pouvons voir sans étonnement que la lune, si la vitesse acquise venait à cesser, tomberait sur la terre comme une pierre lancée par la fronde (2T). » J'ai déjà mentionné ailleurs, à l'occasion de la chute des aérolitbes, des conjectures analogues de la part du philosophe de Glazomène et ^
Diogène d* ApoUonie sur la cessation bnisque du mouvement circulaire (28). L'attraction exercée par le centre de la terre sur toutes les masses pesantes que l'eu en sépare offrait certainement à l'esprit de Platon une notion plus claire qu'à celui d'Aristote, qui connaissait à la vérité, ainsi qu'Hipparque, la force accélératrice qui règle la chute des corps, mais sans en bien comprendre le principe. Cependant, chez Platon comme chez Démocrite, l'attraction est réduite à l'affinité, c'est-à-dire à l'effort que font, pour se réunir, les substances moléculaires analogues (29). Seul r Alexandrin Jean Philopon, disciple d'Ammonius fils d'Hermeas, qui vraisemblablement n'est pas antérieur au vr siècle, explique le mouvement des sphères célestes par une impulsion primitive, et rattache cette idée à celle de la chute des corps et à l'effort par lequel toutes les substances, ou légères ou pesantes, tendent à se rapprocher de la terre (30). Les vérités que soupçonnait Copernic, que Kepler a exprimées plus clairement dans son admirable ouvrage : de Stella SÊarh's, en les appliquant même au flux et reflux de l'océan, ont reçue» 4666 et 1674 une vie et une fécondité nouvelle, grâce à la pénétration de l'ingénieux Robert Hooke (31). C'est après de tels préliminaires que la grande théorie de Newton sur la gravitation universelle vint fournir le moyen de transformer toute l'astronomie physique en une véritable mécanique du ciel (32). Copernic connaissait assez complètement, comme on le voit non-seulement dans sa dédicace au pape, mais en divers passages de son livre, les images sous
lesquelles les anciens se représentaient la structujre du monde. Cependant , pour les temps antérieurs à Hipparque, il ne cite que Hicetas de Syracuse qu'il nomme toujours Nicetas, Philolaùs le Pythagoricien, Timée (celui que fait parler Platon ), Ecphantus, Héraclide de Pont et le grand géomètre Apollonius de Perge. Des deux mathématiciens qui se rapprochent le plus de son système, Aristarque de Samos et Seleucus de Babylone, il nomme le premier sans le caractériser d'aucune manière, et ne cite pas même le second (33). On a souvent affirmé qu'il n'a pas connu l'opinion d' Aristarque de Samos sur la position centrale du soleil et sur le mouvement de la terre, parce que VArenarius et tous les ouvrages d'Archimède ne parurent qu'une année après sa mort, c'est^ à-dire un siècle entier après l'invention de l'imprimerie; mais on oublie que Copernic, dans sa dédicace au pape Paul III, cite un long passage, extrait du traité de Plutarque de Placitis phitosophorutn (lib. III, cap. 13) sur Philolaùs, Ecphantus et Héraclide de Pont, et que, dans le même ouvrage, au 24' chapitre du n* livre, il avait pu lire comment Aristarque de Samos rangeait le soleil parmi les fixes. De tous les témoignages de l'antiquité, ceux qui paraissent avoir le plus agi sur la direction et le développement pro^ gressif des idées de Copernic sont, d'après Gassendi, un passage de l'encyclopédie à demi barbare de Martianus Mineus Capella, natif de Madaure, et le système du monde d'Apollonius de Perge. D'après le sentiment de Martianus Mineus, que Ton a fait re^
iflôhtér, atec trop d'assurance , tantôt aux Égytiens et tantôt aux Chaldééns, là terre reste immobile au (Centre du monde (34); mais le soleil décrit Son otbite, entouré de deux satellites^ Mercure et Vénus. Un tel aperçu sur la structure du monde semblé, il est vrai, préparer à l'idée de la force centripète du soleil; mais rieti ni dans VAlmagtste et en général dans les écrits des ancien^, ni dans le traité de Copernic de Aemlutionilms , n'autoriiâait Gassendi à alfirmei* si nettement là ressemblance absolue du système de Tycho avec celui que Ton a voulu attribuer à Apollonius de Perge. Quant à la confusion que Ton a essayé d'établir entre le système de Copernic et celui du pythagoricien Philolaûs, dans lequel là terre, privée de son mouvement de rotation (car cia que Philolaûs appelle âvri/ôaiv n'est pas une planète distincte/ mars bien un hémisphère de celte que nous habitons), tourne /ainsi que le soleil^ autour du foyer du monde ou feu central 9 c'estèndire autour de la flammé qui donné la vie à tout notre feyàtètae planétaire, c^est une conjectitre dont il ne peut être question , depuis que M. Bœchk â publié ses concluantes recherches sur ce sujet.
La révolution scientiflcpie dont Nicolas Copernici est l'auteur a eu cette rare fortune que, si l'on excepte la courte suspension produite par l'hypothèse rétrograde de Tycho, elle a tendu constamment au but , c'est-à-dire vers la découverte de la véritable structure du monde. Le riche fonds d'observations précises que fournit lui-même l'ardent adversaire
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de Copernic, Tycho, à servi aussi à faire découvrir ces lois éternelles dii système plailélaire, qui ont répandu plus tard sur le nom de Kepler un éclat impérissable, et qui, interprétées par NeWton, démontrées par lui théoriquement et confine un rè^uitat nécessaire, ont été transportées dans la sphère lutnîneuse de la pensée, et ont fondé la connaissance rationnelle de la nature. On a dit ingénieùseraeilt ^ mais peut-être sans rendre encore assez de Justice au libre génie qui a créé par ses propres forceâ la théorie de la gravitation : n Kepler a écrit im Code et Newton V Esprit des Lois » (35).
Les allégories poétiques dont Pythagore et Plàtoîi ont semé leurs tableaux du monde , allégorie^ changeantes comme la fantaisie qui leur donna naissance (36), se reflètent encore en partie dans leg écrits de Kepler. Elles ont échauffé et rendu plu^ sereine son âme souvent assombrie; mais elles ne l'ont pas détourné du bul sérieux qu'il poursuivait et qu'il atteignit douze ans avant sa mort, dans la nuit mémorable du 15 mai 1618 (37). Copernic avait donné, par la rotation diurne de la terre, une explicatioii satisfaisante du mouvement apparent des étoiles fixes ; par la révolution annuelle de la terre autour du soleil, il avait également résolu le problème des mouvements apparents les plus remarquables des planètes ( stations et rétrogradations ), et ainsi il avait trouvé le véritable fondement de ce que l'on a nommé la seconde inégalité des planètes. Quant à la première inégalité, c'est-à-dire au mouvement non
uniforme par lequel les planètes décrivent leur or^ bite, il laissa ce point sans éclaircissements. Fidèle à l'ancien principe pythagoricien de la perfection inhérente aux mouvements circulaires, Copernic sentait encore le besoin de faire entrer dans la composition du monde des cercles excentriques, dont aucun corps n'occupait le centre, et quelques-uns des épicycles d'Apollonius de Perge. Si hardie que fût la voie où Ton était entré, on ne pouvait se dégager en une fois de tous les anciens errements.
La distance toujours égale à laquelle restent les étoiles , les imes par rapport aux autres, tandis que toute la voûte céleste se meut de l'orient à l'occident, avait conduit à l'hypothèse d'un firmamenl, d'une sphère transparente et solide, à laquelle, suivant Anaximène, qui ne paraît pas avoir été de beaucoup postérieur à Pythagore, les étoiles étaient attachées comme des clous (38). Geminus de Rhodes, contemporain de Cicéron, supposait que les astres sont fixés sur une surface plane, les ims plus haut, les autres plus bas. On étendit aux planètes ce que Ton avait imaginé pour les étoiles fixes, et ainsi prit naissance la théorie des sphères excentriques, engagées les imes dans les autres, théorie défendue par Eudoxe, Ménechme et Aristole, qui inventa les sphères réagissanlcs. La théorie des épicycles, dont le mécanisme s'appliquait plus facilement à la représentation et au calcul des mouvements planétaires, ruina, après un siècle, grâce à la pénétration d'Apollonius, l'hypothèse des sphères solides. Quant à savoir s'il
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est vrai , ainsi que le croyait Ideler, que Ton commeûça seulement depuis la fondation du musée d' Arlexandrie, à admettre comme possible le libre mouvement des planètes dans T espace , ou si déjà avant cette époque, on se représentait en général les sphères transparentes qui se coupent , et qu'Eudoxe admettait au nombre de 27, Aristote au nombre de 55, aussi bien que les épicycles transmis au moyen âge par Hipparque et Ptolémée, non pas comme des sphères solides et matériellement existantes, mais bien comme des conceptions imaginaires, c'est ime question que je n'ose prendre sur moi de décider, bien je que penche vers le parti des conceptions imaginaires. Ce qui est plus certain c!est que, au milieu du xvr siècle, lorsque fut accueillie la théorie des 77 sphères homocentriques, proposée par le savant polygraphe Girolamo Fracastor, et quand plus tard les adversaires de Copernic mirent tout en œuvre pour défendre le système de Ptolémée , la croyance à l'existence des sphères, des cercles et des épicycles solides, que les Pères de l'Eglise avaient particulièrement favorisée, était encore fort répandue. Tycho-Brahé se vante expressément d'avoir le premier, par ses considérations sur les orbites des comètes, démontré l'impossibilité des sphères solides, et d'avoir renversé cet échafaudage ingénieux. Il remplissait d*air les espaces du ciel, et pensait que ce milieu, ébranlé par le mouvement des corps célestes, opposait une résistance d'où naissaient des sons harmonieux. Roth-
man, dont l'OTganisalion était peu poétique, crut nécessaire de réfuter ce raythe de Tharmotiie, renouvelé de Pythagore.
La grande découverte de Kepler j que toutes les planètes décrivent des ellipses autour du soleil et qilé le soleil occupe F un des foyers de ces ellipses, a enfiîi dégagé le système de Copernic des cercles excentriques et de tous les épicycles qui l'encombraient à son origine (39). La structure du monde planétaire apparut alors dans sa réalité objective et dans sa noble simplicité, comme une œuvre d'ilne admirable architecture. Mais il était réservé à Newton de dévoiler le jeu et la connexion des forces intérieures qui animent et conservent le système du monde. Les hommes qui ont suivi le développement progressif de la connaissance humaine, ont eu souvéiit occasion de remarquer que les grandes découvertes, en apparence fortuites, se pressent dans un étroit espace de temps , et que les grands esprits aiment en quelque sorte à se présenter de front. Gë phénomène se reproduit de la manière la plus frap* paûte dans les dix premières années du xvn* siècle. Tycho, le fondateur de l'astronomie mathématique, Kepler, Galilée et Bacon de Verulam sont contemporains. Tous, à l'exception de Tycho, ont pu connaître dans les années de leur maturité, les travaux de Descartes et de Fermât. Les principes de Bacon, consignés dans Yhîstauratio magna^ parurent en anglais dès l'an 1605, quinze ans avant la publication du Novum Organon. L'invention du télescope et les plus grandes
découvertes de raslronomié physique, telles que celles des satellites de Jupiter, des taches du soleil, des phases de Vénus et de la figure singulière dé Saturne , tombent entre les années 1 609 et 1 612. Les spéculations dfe Kepler sur Torbite elliptique de Mars commencent en 1601 et deviennent la matière de YAsIronomia nova seu Physica cœleslis, qui fut achevée huit ans plus tard (40). d C'est, écrit Kepler, en étudiant l'orbite de Mars, que nous devons approfondir les mystères de l'astronomie , ou il faut re^ noncer à les connaître. J'aî pu, enfin, par un travail Opiniâtre , soumettre à une loi naturelle les irrégularitéiS que l'on remarque dans le mouvement dé Cette planète. » C'est en généralisant la même pensée, que cet homme d'une imagination si brillante est parvenu à deviner les grandes vérités exposées par lui, dix ans plus tard, dans les cinq livres de son Harmonie du Monde. « Je crois, dit-il encore très-judicieusement; dans une lettre à l'astronome danois Longomontanus, l'astronomie et là physique si étroitement unies entre elles, que l'une né saurait être parfaite sans l'autre. >* Les résultats de ses travaux sur la structure dé l'œil èt'sur la théorie de la vision parurent aussi , en 1604, dans les Paralipomhnes à Vtlellion; enfin, la Diop* trique elle-même fut publiée en 1611 (41). Aifisi se répandait te connaissance des plus importanis phé* iiomènés des espaces célestes, avec l'art de saisir ceé phénomènes par te création de nouveaux organes } et tout cela se passait dans les dix où douze premières années d'un siècle qui venait de s'ouvrir avec
Galilée et Kepler, pour finir avec Newton etLeibnitz. H est vraisemblable que la découverte accidentelle du télescope fut connue pour la première fois en Hollande vers la fin de l'année 1 608. D'après les dernières recherches que Ton a faites dans les archives de la science (42), les hommes qui peuvent prétendre à la gloire de celte invention sont Hans Lippershey, né à Wesel et fabricant de lunettes à Middlebourg, Jacob Adriaansz , surnommé Metius , qui passe aussi pour avoir tenté de substituer la glace au métal dans la composition des miroirs ardents ; enfin Zacharias Jansen. Le premier est toujours ^ommé Laprey, dans l'intéressante lettre de l'envoyé hollandais Boreel au médecin Borelli, auteur du Mémoire publié en 1655 de vero Telescopii invenlore. Si l'on veut trancher la question de priorité d'après les époques où les présentations furent faites aux Etats-Généraux, Hans Lippershey est le premier en date. C'est le 2 octobre 1608 qu'il soumit aux magistrats trois instruments « avec lesquels on peut voir dans le lointain. » Metius ne fit valoir ses droits que le 1 7 octobre de la même année , mais il dit expressément dans sa supplique que <x ses combinaisons et son travail opiniâtre l'ont amené déjà depuis deux ans à construire des instruments semblables. x> Zacharias Jansen , comme Lippershey fabricant de lunettes à Middlebourg , inventa vraisemblablement vers 1590, en société avec son père Hans Jansen, le microscope composé, qui a pour oculaire un verre divergent ; mais ce fut seulement en 1610, selon le témoignage de Boreel,
qu'il trouva le télescope; encore lui et ses amis dirigeaient- ils cet instrument vers des points de la terre éloignés et non vers le ciel. Le secours que Ton trouva dans le microscope pour approfondir la nature de tous les corps organiques , en étudiant leur forme et le mouvement de leurs parties, l'influence exercée par le télescope sur l'ouverture soudaine des espaces du monde , ont été si fort au delà de tout ce qu'on pourrait croire, que l'histoire de ces inventions méritait sans doute d'être traitée avec quelques détails.
Lorsque l'annonce de la découverte faite en Hollande d'une vue nouvelle par le télescope , se répandit, au mois de mai 1609, dans la ville de Venise, où Galilée se trouvait par hasard , il devina tout ce qu'il y avait d'essentiel dans la composition de cet instrument et en établit un lui-même à Padoue (43). U le dirigea d'abord sur les montagnes de la lune, enseigna le moyen de mesurer la hauteur de leurs sommets, et expliqua, ainsi que l'avaient déjà fait Léonard de Vinci et Mœstlin , la couleur cendrée de la lune par la lumière que le soleil envoie à la terre et que la terre renvoie à son satellite. Il observa, atec des instruments d'une moindre puissance, le groupe des pléiades , l'amas stellaire qui forme la Crèche dans l'Ecrevisse , la voie lactée et le groupe d'étoiles de la tête d'Orion. Alors se succédèrent rapidement les grandes découvertes des quatre satellites de Jupiter, des deux anses de Saturne, ou, en d'autres termes, de cet anneau qu'on n'avait vu encore que
coufusénieDt et sa^s en bieu saisir la i^ature , des taches du soleil et du croissant de Vénus.
Les lunes de Jupiter, les premières de toutes les pla? nètes secondaires qui aient été découvertes à Taide du télescope, furent reconnues presque siinultanément et sans aucune communication entre le^ obseryataurs, le 29 décembre 1 609 , par Simon Marius , à An^bach, et, le 7 janvier IplO, par Galilée, à Padoue, Galilée prit les devants sur le Mundus Jovialis de Sipion Alarius, en publiant le Nuncius Sidereus ( 1 61 0) , dans lequel cette découverte est consignée (44). Marius ay^it proposé pour les satellites de Jupiter le nom de Sidéra Brandenburgica ^ Galilée préféra les noms dQ Sidéra Cosmica ou Medicea^ dont le dernier trouva naturellement plus de faveur à la cour de Florence. Mais ce nom collectif ne parut pas encore upe assez humble flatterie. Au lieu de désigner chacun de$ satellites par des chifires, comme nous le faisQps aujourd'hui, Marius les non^mait lo, Europe, Gapymède, Callisto ; à la place de ces êtres mythologiques, figurèrent dans la nomenclature de Galilée les divers membres de la Camille des Médicis, Cathgrina, Maria, Cosimo Tatné et Gosimo le jeune.
La connaissance des satellites de Jupiter et des phases de Vénus eut la plus grande influence sur Tétablissepient et la propagation du système de Copernic. Le petit Monde de Jupiter {i)tundu$ Joviih lis) offrait à Tintelligence une image complète du grand système planétaire et solaire. On recomiut qUQ les satellites obéissent aux lois découvertes par
Kepler , et d'abord que les carrés des temps néces^ saires à leur révolution sout proportionnels aux cubes des distances moyennes qui séparent les planètes secondaires de la planète principale. Aussi Kepler 6-écrie-t-il dans le livre de V Harmonie du nwmie, ave€ cette ferme confiance et cette sécurité qu'inspirent ^ pu Allen^and les libres spéculations de la philosophie ; «Quatre-vingts ans se sont écoulés depuis qu'on peut lire sans obstacle la doctrine de Copernic sur la mouvement de la terre et l'immobilité du soleil (45), parce qu'on a cru enfin pouvoir se permettre de disputer des choses naturelles et d'éclairer les œuvres de Dieu^ et maintenant que de nouveauco document ^ inconnus aux. juges ecclésiastiques, ont été décou-» verts (î i^appui de celle doctrine y il est interdit ches) yous de propager le véritable systèpie du monde! ^ Même dans les contrées protestantes de l'Alleniague, Kepler avait pu fau^e dQ bonne heure l'épreyye dci cette interdiction, suite de la vieille lutte eag^gée entre l'Eglise et la science de la nature (46).
La découverte des satellites 46 Jupitipr marque pour l'histoire et les vicissitudes de l' astronomie une époque à jamais méinorable (47), Les éclipse&i des satellites , leur immersion dans l'ombre de Jupiter put conduit à mesurer la vitesse de la lumière (i6T5) et par suite à expliquer l'ellipse d'aberration des étojles fixes ( 1727) , par laquelle se reflète pour ainsi dire dai^s la voûte du ciel le n^ouye* içent annuel dç la terre autour du soleiL Ces décour vertes de Rœu^er et de Qradiey qpl été Qoinii^ées avec
raison la clef de voûte du système de Copernic , k démonstration matérielle du mouvement de translation qui emporte la terre.
Galilée reconnut aussi de bonne heure , dès le mois de septembre 1612, de quelle importance peuvent être les éclipses des satellites de Jupiter pour déterminer les longitudes sur la terre ferme. Il présenta d'abord cette méthode à la cour d'Espagne 9 en 1616, et plus tard aux Etats-Généraux de Hollande , en l'appliquant cette fois à la navigation (48), mais sans se préoccuper assez des difficultés insurmontables que rencontre la pratique d'une telle méthode sur un élément si mobile. Il se proposait de construire lui-même cent télescopes et de les porter en Espagne, ou d'y envoyer son fils Vicenzio; il demanda pour récompense « una croce di S. Jago, » avec un traitement de 4000 scudi , somme modique, dit-il, si l'on songe qu'on lui avait fait espérer d'abord, dans la maison du cardinal Borgia, une rente de 6000 ducats.
Après la découverte des lunes de Jupiter, on observa bientôt la prétendue triplicité de Saturne ( planeta tergeminus ). Dès le mois de novembre 1610, Galilée faisait savoir à Kepler que « Saturne se compose de trois étoiles qui se touchent respectivement. » Dans cette observation était contenue en germe la découverte de l'anneau de Saturne. Hevelius décrivit, en 1656, les variations que subit la forme de cette planète, l'inégale ouverture des anses et leur disparition complète
à certaines époques. Toutefois le mérite d'avoir expliqué scientifiquement toutes les apparences de l'anneau de Saturne, appartient à Huygens (1655), qui , partageant la méfiance en usage de son temps , voila sa découverte sous un anagramme composé de 88 lettres. Le premier, Dominique Cassini vit la ligne noire qui divise Tanneau , et reconnut qu'il se partage au moins en deux anneaux concentriques (1684]. Je réunis ici toutes les observations auxquelles a fourni matière, pendant la durée d'un siècle, celui des corps célestes qui ofire la forme la plus singulière et la plus inattendue, et dont la connaissance a pu conduire à d'ingénieuses c(mjectures sur la formation originaire des planètes et de leurs satellites. Les tadies du soleil furent observées, pour la première fois, à l'aide du télescope, par Jean Fabricius , habitant de la Frise orientale, et par Galilée, à Padoue ou à Venise, suivant le récit le plus accrédité. Fabricius prit acte de sa découverte au mois de juin 1611 et devança certainement d'un an Galilée, qui fit seulement connaître la sienne le 4 mai 1612, dans une lettre adressée au bourgmestre Marcus Welser. Les premières observations de Ffidn'icius datent , suivant un minutieux examen de M. Arago , du mois de mars 1611 (49) ; elles commencèrent à la fin de 1610, si l'on en croit sir David Brewster. Christophe Scheiner n^ fait pas remonter les siennes au delà du mois d'avril 1611 ^ et selon toute vraisemblance ne se livra d'une manière sérieuse à cette recherche qu'au mois d'octobre de la même année. Au sujet de Galilée n. 25
OQus jx^ po£ii9^ns (pa d^3 r^i^igaçm9nf<i fort Qt)scws et p^u poncor/d^pts. Il ft9i probable (|i^' il reconnut le3 tachois du soleil lau i^oii; d'avril 1611, cai* il les fit voir publiquement , sur le fpoat Quirinal» dan^ le jardin du cardinal ^andini^ au ipais d'avril ef de mai ^& la même année. Par^riot qpi, si l'on ep croyait le baron de Zach^ aurait découvert leç taches du soleil le 1 6 janvier de Tannée préc4§dente , reptiarqua, il est vrai , trois de ces taches le 23 décembre 1610^ et en indiqiiia la place dansim registre d'observation^, mais sans se douter qu'il avait vu les tacher du soleil, pas plus que Flamstead et Tobie Mayer ne se doutèrenty Tun le 23 décembre 169Q, l'autre le 25 sep^ tembre 175^ , qu'ils avaient yuune plan^^ lorsque Uranus passa daos le champ de leurs lunettç^. C'est le 1" décembre 1611 que^ panr la première fois, Harriot reconnut réellement les tacjies du soleil, ciani mois par conséquent après que Fabricius eut rendu publique sa découverte. Galilée remarque déjà que les taches du soleil, a dopt plusieurs dépassent en étendue la iper Méditerrapée et même l'Afrique et T^^sie, « se moutrent sur une z(me détermiuéo du disque du sq}ei), Il voit quelquefois revenir les uiêmes tadKes} il est convaincu qu'elles. appartiennent au corps mèuM flu soleil. La dUTérence de leurs dimensions au centra de cet aMre et près du bord où elles vont disparaître, fixe particulièreipent son attention. Cependant je ud trouve rien, dans la remarquable lettre qu'il écrivit à Marcus Welsar , le 1 4 août 1612, d'apr^ quoi Top pui^e supposer qu'il ait obseryé rin^ali^ ^e b
péPomlH^y 9mn^ dwK eôté« fiu npy^u «oip. Cett^ belle remarque était réservée à Alexandre Wilsoq , çt liatQ peulement de Y année ^773- Le c^^oiae Tarde €^ 1 620 et jMaupertuis ep i 633 ^ttribuai^at t(mt^ las taiebes du soleil à 4e p^^ts corp§ céles^ qui, m ^ mouvait autour dp lui, en interceptaient la lumière et qu'ils Diommeut leis 9js(res dp Bourbon et d'Autiridip (Borboni^ e| Aiistriac^ sidéra) (5Q)t Fabricius admettait^ Pompip Galilée , que les taches appartjpnneat au eorps même du soleil (51). II avait remarqué au^i que celles qu'on avait vues d'abord disparaii^eut et qu elles revenaient plus tard. Ces alleimatives T amenèrent à oonnattre la rotation du soleU, soupçonnée d^'à par Kepler, avant la dépouverte des taches. Cependant Ie9 déterminations les plus précises sur la durée de la rotation appartien-^ neat à Scheiaer. Depuis que l'on a reconnu que la substance, dans Fétat de l'ignition la plus intense que les hommes aient pu produire jusqu'ici, la chaux vive en ignitioa dans la lampe de Drummpnd, apparaît noire comme une tache d'encre, lorsqu'elle est projetée sur Je disque du soleil, on ne peut plus s'étonner que Galilée cpii, sans aucun doute a décrit le premier lefl grandes facules du Soleil , ait tenu la lumière du noyau formé au centre des taches solaires pour plus intease que celle de la pleine lune ou dp l'atmosphère qui entoure le disque du soleil (52), On trouve déjà daas les écrits du cardinal Nicolas de Gusa » au milieu du xv^ siècle, des hypothèses sur les atmosphères successives d'air, de nuages et de lumière qui entou-
rent le noyau solide et pour ainsi dire terrestre du soleil (53).
Pour fermer le cycle de ces admirables découvertes, cycle qui embrasse à peine deux annés et au milieu duquel brille le nom immortel du grand Florentin , je dois mentionner encore les phases de Vénus. Dès le mois de février 1610 , Galilée vit cette planète sous la forme d'un croissant et, selon la mode que nous avons signalée plus haut, il cacha, le 11 décembre 1610, cette importante découverte dans un anagramme dont Kepler a parlé en tête de sa Dioptrique. Il croit aussi, malgré T insuffisance de sa limette, avoir entrevu quelque chose des phases de Mars, ainsi qu'il Fécrit à Benedetto Castelli, le 30 décembre 1610. Ce phénomène de Vénus apparaissant, comme la lune, sous la forme d'un croissant, assura le triomphe du système de Copernic. La nécessité des phases ne pouvait certainement pas échapper à ce grand astronome; il discute en détail, dans le 10' chapitre de son premier livre, les doutes que les mode^ nés adhérents des opinions platoniciennes soulevèrent , au sujet des phases , contre les principes de Ptolémée sur la structure du monde; mais, dans le développement de son propre système , Copernic ne s'explique pas en particulier sur les phases de Vénus, quoiqu'en dise Thomas Smith, dans son Optique.
Les accroissements apportés à la science du monde, dont le tableau par malheur ne peut être dégagé tout à fait de querelles fâcheuses siu* la propriété des iécouvertes , et en particulier les conquêtes de Tas-
troDomie physique, rencontrèrent d'autant plus de faveur y que, avant F invention du télescope (1608) de graves événements venaient de s'accomplir dans le ciel. 36 ans, 8 ans et 4 ans auparavant, l'apparition et l'extinction subite de trois astres nouveaux dans Cassiopée (1&72), dans le Cygne (1600), et au pied du Serpentaire (1604), avaient excité l'étonnément et l'attente deë peuples. Tous ces astres étaient plus brillants que les étoiles de première grandeur, et celui que Kepler observa dans le Cygne resplendit iringt et un ans à la voûte du, ciel, pendant toute la période des découvertes de Galilée. Près de trois 3ent cinquante ans se sont écoulés depuis, et il n'a [)aru aucune étoile nouvelle de première ou de sexmde grandeur ; car le remarquable phénomène, dont sir John Herschel a été témoin, en 1 837, dans l'hémisphère du sud, n'est qu'un développement excessif ians l'intensité lumineuse d'une étoile de seconde grandeur, n d' Argo, que Ton connaissait depuis long^ émps, sans avoir observé qu'elle fût changeante (54). Wec quelle puissance l'aspect des astres nouveaux pii apparurent de 1 572 à 1 604 sollicitèrent la curionté, accrurent l'intérêt des découvertes astronomi- {ues, et provoquèrent même des combinaisons dont 'imagiiiation faisait les frais, c'est ce qu'on peut voir ians les écrits de Kepler, et ce dont il est permis de uger d'ailleurs par tous les bruits auxquels donnent ieu les comètes visibles à l'œil nu« Il en est de même les phénomènes qui se produisent à la surface du {lobe^ comme les treniblements de terre dans les
^tréés où roii en sêtit ti^rireflfmt IcM elÉéi»j Té* tuption de tolcâns qui reposaient depuiis de longuet âHiiées ^ le brait des aérolilhes qui sillonnent notre atifiosphère et y prennent {en. Tous ces accidente viennent renouteler de temps à autre Tintérét qu'iiH spirent des problèmes encore im peu plus inexplicables pour là foule que pour les physicieniâ à systèmes;
ai dans des considérations sur les eflétjï de la contemplation physique 9 j'ai nommé dé préférence Kepler, c'est afin de rappeler combien ehes ce grmid bomme^ doué de facultés merveilleuses^ la téndancs yfètB les combinaisons de la fantaisie se trouva unie avec un remarquable talent d'observation^ une mé^ thodë d'induMion sévère, une puissance de calcal presque sans exemple ^ enfin avec une profondeur mathématique qui, manifestée dans la Siereometria doliorufny influa heureusement sur Fermât, et par lai sur la découverte du calcul infinitésimal (55); Par la richesse et la rapidité de ses idées, par la hardiesse de ses divinations cosmologiques^ un tel «prit était ftiit surtout pour répandre la vie autour de lui, et aocélérer le mouvement qui emportait sans relèche le xvu* siècle vers le noble but de la coùtemplation et de F agrandissement du monde (S6)é
Les huit comètes qui devinrent visibles, à partir de ^577, jusqu'à celle de Halley, en 4607, ainsi que l'apparition subite et l'extiilction de trois étoiles nouvelles, survenue presque dans la même période^ attirèrent l'attention des savants sur l'origine de tes corps ^ composés d'Une matière vaporeuse et de la
oétmlOfidté cosmique tmiTérsélleibént t^tiaiidiie danâ l'espace* Képt^ (aro^dit^ cotiittiè Tychd, que \eë tm- Yeltes étoileg aTâieiit été {oiiùéeS par là eondensdtidn de Cette oébttloditéy et qu'elles ëe résoildruient un joui* en la même substance (57). Dans soti Discours écrit ett allemand sur la nature, le mouvement et la signification des comètes (1608)^ ces corps qu'il se représetitaity arant d'aroir démontré le mouvement elliptique des planètes^ comme se mouvant en ligne droite, au lieu de revenir sur elleft-mèmès et de décrire une orbite fermée, sont engendrées par Tair céleste. Il ajoutait^ en rèmonf«it aux vieilles hypothèses sur la produc* tion mns mère, qlie les comètes naissent «t comme sur chaque motte de terre l'herbe crott sans semence, conmae datisTeau salée les poissons sont produits en veHu d'une génération spontanée: »
Plus heureux dans d'autres conjecturés, Kepler se hasardait à poser les principes suivants : toutes les étoiles fixes sont des soleils comme le nôtre et sont entourées de systèmes planétaires ^ notre ciel est enveloppé d'une atmosphère cjui se manifeste, dans les éclipses totales de «oleil, par une blanche couronne de lumière; notre soleil est jeté comme une lie dans l'océan des mondes, de manière à former le centre de cette zone d'étoiles pressées que l'on appelle la voie lactée (58). Kepler avait conjecturé aussi que le soleil dont on n'avait pas micore reconnu les tiK^ies, que les planètes et toutes les étoiles fixes accomplissent un mouvement de rotation autour de leur axe. On découvrira^ disait^il^ autour de Saturaq (à quoi tientHl qti'il
n'ait pas ajouté et autour de Mars?) des satellites conune ceux que Galilée a découverts autour de Jupiter. Dans r intervalle, beaucoup trop considérable, qui sépare Mars de Jupiter, et dans lequel nous connaissons aujourd'hui sept astéroïdes (59), Kepler avait pressenti qu'il devait se mouvoir des planètes que leur petitesse dérobait aux regards. U est vrai qu'il a dit la même chose pour la distance comprise entre Vénus et Mercure. Ces divinations, confirmées plus tard en grande partie, éveillèrent un intérêt universel, tandis qu'au contraire la découverte des trois lois qui , depuis Newton et la théorie de la ^vitation, ont rendu le nom de Kepler ûnmortel, n'est mentionné par aucim des contemporains, sans en excepter même Galilée, avec le tribut d'éloges qu'elle mérite (60). Souvent alors, comme cela arrive encore aujourd'hui, des aperçus sur le monde, fondés, non pas même sur l'observation , mais sur des^ analogies hasardeuses, s'emparaient plus vivement de l'attention que les résultats les plus considérables de l'astronomie mathématique. Après avoir tracé le tableau des importantes découvertes qui, en un si petit nombre d'années, ont agrandi la connaissance des espaces célestes, je ne puis oublier non phis les progrès accomplis dans l'astronomie physique, qui ont illustré la seconde moitié du grand siècle. Le perfectionnement du télescope amena la découverte des satellites de Saturne. Huygens, à l'aide d'un objectif qu'il avait taillé lui-même, signala pour la première fois, le 25 mars 1655, quarante-cinq ans après que l'on eut reconnu
rexistenoe des satellites de Jupiter, le sixième satellite de Saturne. Partageant avec plusieurs astronomes de son temps ce préjugé; que les satellites ne peuvent surpasser en nombre les planètes, il ne tenta pas de pousser plus loin ses recherches (61). Les quatre lunes de Saturne, qui reçurent le nom de Sidéra Lodovicea, furent découvertes par Dominique Cassini dans Tordre suivant ; en 1671 la 7% c'eslr^dire la plus reculée, qui offre de grandes variations dans rintensité de sa lumière ; en 1 672 la 5' ; la 4* et la 3* en 1 684, avec des objectifs de Campani qui n'avaient pas moins de 100 à 136 pieds de foyer. William Herschel trouva, à F aide de son gigantesque télescope, les deux plus intérieures, c'est^^-dire la l"* et la 2% plus d'un siècle après, enl788eten 1789. Parmi les satellites de Saturne, le dernier que nous venons de nommer offre ce phénomène remarquable, qu'il décrit sa révolution autour de la planète ffriur cipale en moins d'un jour.
Peu de temps après qu'Huygens eut découvert l'un des satellites de Saturne, Childrey observa, de 1658 à 1661, la lumière zodiacale; mais ce fut Dominique Cassini qui le premier en détermina le lieu et l'étendue. Cassini ne croyait pas que cette lumière fit partie de l'atmosphère solaire. Ainsi que l'ont pensé depuis Schubert, Laplàce et Poisson, il la regardait comme un anneau nébuleux tournant isolément autour du soleil (62). Après la découverte des planètes secondaires et de l'anneau divisé concentriquement qui entoure Saturne sans le toucher, les conjectures
sur l'eiistéiïcé probable dé rannetttl hébtilëtiit du zodiaque méritent d'être comptées parmi les causes qui ont le plus contribué S agrandir les Tues sur le système planétaire, si simple en apparence jusquen. De nos jours, leâ orbites entrelacées des petites planètes comprises entre Mars et Jupiter, les côtnètes intérieures, dont la propriété caractéristique â été signalée pour la première fois par EUcke, et le^pîuied d'étoiles filantes qui tombent à des jourë détenninéS (si Ton veut toutefois les considérer comme de petits 6oi»ps célestes se mouvant avec uûè Vitesse planétaire), ont ajouté de nouveaux objets d' observations, et jeté sUr ces vues cosmôlogiques le charmé d'tine merveilleuse diversité.
Les idées sur la nature dés espacés dû Inonde, par delà le cerclé extrême dés planètes et les orbites dei^ comètes les plus reculées, et sur là distribution de te matière, de la Création^ comme on a coutume de nommer tout ce qui est et se développe, furent aussi Considérablement agrandies au siècle de Kepler et de Galilée. Dftns la période qui s'étend de 1572 k 1604^ durant laquelle apparurent subitement trois étoiles nouvelles de première grandeur^ dans Cassio^ pée^ dans le Cygne et dans le Serpentaire, David Fa^ bricius, pasteur à Ostéll dans la Frise orientale et père de celui qui découvrit les taches du soleil ^ et Jean Bayer d' Augsbourg observèrent^ au col de la Baleine, le premier en 1 596, le second en 1 603, une étoilct qui disparut plus tard et dont les variations ont été reconnues, pour la preniière iois^ en 4638 et 4639,
fntr Ibiq Phoeylidss H6I Tarda, prafesseui' à Franeker^ Mmique l'a mdntré Mi Arago^ dans nn Mémoire fort important pour Phistoire des déeouverteis itistronomt^ qnes (68). Ce phénomène ne se produisit ptts i^lé^ ment ; on découvrit endoré, durant la seconde moitiS du xnv siècle^ des étoiles soumises à des changements périodiques dans la tète de Méduse^ dans le Sërpen-' taire et dans le Cygne. M. Aràgo a fait voir aussi d'une manière trè&-ingénieuse, eomment des ôbser^ tattons précises sur les phases d' Algol pourraient conduire à détermiher direétement la vitesse avec laquelle se ifieut la Itintière de cette étoile.
L'usage du télescope engagea encore les astronomes à obserrér plus attentivement une classe de phéno** mènes dont quelques-^ uns ne pouvaient échapper tdtoie à To^l nu. Simon Marins décrivit en 1612 la nébuleuse d'Andromède; Hilygens, en 1656, traça l'image dé celle qui se remarque à Tépée d'Orion. CeÉ deun nuages pouvaient être regardés comme d^ eitë^ples d'une condensation plus ou moinâ avancée de la matière vaporeuse et de la nébulosité cosmique. Marins, en domparani la nébuleuse d'Andromède à la lumière d'une chandelle que l'on aper^ çoit à travers un co^ps à demi transparent, indique très4>ien par là la dilKréncé qui existe entre les nébuieusés pro^preibent dites et les amas d'étoiles pluâ ou moins distinctes qu'observa Galilée, telles que les pléiades et la crèche dans le Cancer. D^, au commencement du xvi* siècle^ des navigateurs espagnols et portugais avaient admbé, sans le secoùl^ dii
télescope, les nuages Magellaniques qui tournent autour du pôle Sud, et dont Tun n'est autre, comme je l'ai déjà dit ailleurs, que la Tache blanche ou le Bceuf de r astronome Abdourrhaman Soufi qui yivait ea Perse au milieu du x* siècle. Galilée, dans le Nuncius sidereuSj applique en particulier les dénominations de Stellœ nebulosae et de Nebulosaeaux amas d'étoiles qui, selon ses expressions, ul areolœ sparsimperaethera subfulgent. Ne jugeant pas que la nébuleuse d'Andromède, visible, il est vrai à îœil nu, mais dans laquelle on n'a pu jusqu'ici découvrir d'étoiles avec les instruments les plus puissants, mérite une attention particulière, il tient tout ce qui a l'apparence de nuage, toutes ses Nebulosœ et la voix lactée ellemême, pour des amas lumineux d'étoiles pressées les unes contre les autres. Il ne distingue pas ce qui est nuage de ce qui est étoiles, comme a fait Huygens dans la nébuleuse d'Orion. Tels sont les faibles commencements des grands travaux sur les nébuleuses, qui ont glorieusement occupé, dans les deux hémisphères, les premiers astronomes de notre temps. Bien que le xvir siècle ait dû la plus grande partie de sa gloire, d* abord à l'agrandissement soudain que reçut de Galilée et de Kepler la connaissance des espaces célestes, et plus tard aui^ progrès accomplis dans les mathématiques pures par Newton et Leibnitz, on ne négligea pas cependant de traiter et de féconder, pour ainsi dire, par une culture salutaire, la pliif>art des problèmes de physique qui nous occupent aujourd'hui. Pour ne pas enlever à l'histoire de la con-
templâtion du monde le caractère qui lui appartient, je me borne ici à mentionner les travaux qui ont eu sur ridée du Cosmos une influence directe et générale. Les théories de la chaleur , de la lumière et du magnétisme rappellent tout d'abord les noms de Huygens, de Galilée et de Gilbert. Huygens , en étudiant dans un cristal d'Islande la double réfraction, c'est-à-dire la bifurcation des rayons lumineux , découvrit aussi, en 1678, le mode de polarisation de la lumière , qui a reçu son nom. Cette découverte, qui ne portait encore que sur im phénomène isolé, fut rendue publique en 1 690, cinq années seulement avant la mort de l'auteur, et plus d'un siècle se passa avant qu'elle fût suivie des grandes découvertes de Malus, de MM. Ârago et Fresnel, Brewster et Biot. Malus trouva, en 1808, la polarisation par réflexion, M. Arago la polarisation chromatique en 1 81 1 . Dès lors la théorie des ondes lumineuses, modifiées de mille manières et enrichies de propriétés inconnues, découvrit aux regards tout un monde de merveilles. Un rayon de lumière qui , partant des régions les plus reculées du ciel , vient frapper notre œil, après un trajet de plusieurs milliers de lieues , annonce comme de lui-même , dans le polariscope de M. Arago, s'il est réfléchi ou réfracté, s'il émane d'un corps solide, liquide ou gazeux, et quel est le degré de son intensité (65). En suivant cette voie frayée dès le xvn' siècle par Huygens, nous apprenons à connaître la constitution du soleil et de son enveloppe, à distinguer dans les queues des comè-
tes et dans k luiiiière zodiacale ia lumtk*e réfléchie et la luiqière propre, à déterminer les propriété^ optiques de notre atmosphère , et les quatre points neutres de polarisation, découverts par MM. Arago, Bd)inet et Brewster (66). Ainsi l'homme se crée à lui-même des organes qui, appliqués avec intelligence et pénétration, lui ouvrent de nouveaux horizons sur l'univers.
A côté de la polarisation de la lumière, il est né-^ cessaire encore de mentionner le plus surprenant de tous les phénomènes que préjsente l'optique , les tn^ terférenceg dont déjà, au xvii* siècle, Grimaldi et Hooke avaient signalé quelques feibles traces, mais sans comprendre dans quelles conditions elles se produisaient (67). La découverte de ces conditions, l'intelligence claire des lois d'après lesquelles des rayons de lumière non polarisée se détruisent et produisent l'obscurité, lorsque, émanés d'une même source, ils parcourent des distances inégales, est une conquête des temps modernes , due à la pénétration de Thomas Young. Les lois de l'interférence, appliquées à la lumière polarisée , ont été reconnues en 1816 par Arago et Fresnel. Grâce à ces découvertes, la théorie des ondulations, émise par Huygens et Hooke, et défendue par Euler , reposa enfin sur un fondement stable.
Si la seconde moitié du xvii* siècle, en dévoilant le secret de la double réfraction de la lumii^e, eut de l'importance pour les progrès de l'optique, ellea emprunté un éclat bien plus vif encore aux recherches expériipen*
talf^ 4^ ?î§wtQp at è la d^éco^yerte d'Olaîis Rœipe^ sur 1^ vitesse ipesiifable de la lumière (1675). U» deipir sijècie plus J4rd(1 728)^ cette dépouyerte permit à Bradr ley de considér^F les vari^tioiis qu'il ayait cpustatées )iaq§ Ie§ posifiong apparentes des étoile?, pompe ui^ effet du luouyeipeat de la tQrre po^bjué avec la pro^ pagatiou successive de la lumière. L'ouvragée c^pita} de Newton, ^pn Opfique, ne parut , en anglais, pour des causes particulières, qu'en 1704, deux ans aprè^ la mort de Hooke ; mais pn assure que , d^ les années 1666^t iè&Ji <^ grand homme était en posspsr sion du plus important de ses principes d'pptique^ de la théoriç de la gravitation et du calcul diflérentipl lUethod of fltiœiom) [69)*
Pour ne pas rompre le lien commun qui rattache pntre elles toutes les manifestations générales et primitives de la matière , nous ferons suivre la mention succincte des décpuvertes de Huygens , de Grimaldj et 4^ Newton en optique, par des considérations sur le magnétisme t^rre^tre et la chale|u* dp l'atmosphère. Ces deux parties 4^ la science, en effet, ppt été four dée^ dans le courant du siècle dont nous tji^agons le tableau. L'ingénieux et important ouvrage de William Gilbert sur les forces magnétiques et électriques : Physiofogianova d^ magncte, parut en 1 600. J'ai eu souvent déjà Toccasion d'ei^ parler (69). Vautour, dont la pénétration émerveillait Galilée, devine un grand nombre des choses que nous savons aujoiird'hui (70). Il tiei|t le magnétisme et Télectricité pour deux manifpstatlpns d'upp force unique, inhérente à toute
matière. Aussi traite-tr-il de ces deux propriétés à la fois. Ces pressentiments confus des effets que produit Faimant sur le fer et de Tattraction qu'exercesur des pailles sèches Tarobre, animée y comme dit Pline, par la chaleur et le frottement, appartiennent, nous devons le dire, à tous les temps et à toutes les races. Les philosophes de Técole ionienne y avaient été conduits par Tanalogie, aussi bien que les physiciens chinois (71). Ce qui est propre à Gilbert, c'est qu'il regarde la terre ellemême comme un aimant , et explique les courbures des lignes d'égale inclinaison et d'égale déclinaison, par la distribution, la forme et l'étendue des continents et des mers qui séparent ces masses solides. Les changements périodiques qui affectent les trois systèmes de lignes par lesquelles peuvent se représenter graphiquement les effets magnétiques^ c'est-à-dire les lignes isocliniques y les lignes isogoniques et les lignes isodynamiques y se concilient difficilement avec une théorie qui établit un rapport rigoureux entre la distribution de la force magnétique et celle des masses de terre et d'eau, si Tonne se représente pas l'attraction de la matière comme modifiée aussi par des changements également périodiques dans la temp^ture du globe terrestre.
Dans la théorie de Gilbert, aussi bien que pour la loi de la gravitation, il est tenu compte uniquement de îa quantité des parties matérielles, sans avoir égard à l'hétérogénéité spécifique des substances. Grâce à cette particularité, son ouvrage a pris, au temos même de Galilée et de Kepler, un caractère
de grandeur qui en a fait un érénement dans Thistoire du (Cosmos. La découverte inattendue du magnétisme de rotation, par M. Arago ( 1825), a démontré en fait que toute matière indistinctement est capable de force magnétique, et les derniers travaux de M. Faraday sur les substances diamagnétiques ont confirmé encore cet important résultat, en le subordonnant toutefois à certaines conditions , soit dans la direction méridienne ou équatoriaîe, soit dans Tétat solide, liquide ou gazeux des corps. Gilbert avait une idée si nette de la distributicm du magnétisme terrestre, que déjà il attribuait à cetie influence Tétat magnétique des barres de fer placées en croix sur les vieilles tours des églises(72). Malgré l'activité croissante de la navigation jusque sous les latitudes les plus lointaines, malgré le perfectionnement des instruments magnétiques, auxquels s'ajoutait, dès Tan 1576, Taiguille d'inclinaison ( inclinatorium ) construite par Robert Norman de Ratdiffe, ce ne fut que dans le cours du xv!!"" siècle qu'on commença à connaître génâcalement le déplacement régulier d'une partie des courbes magnétiques, c'est^-dire des lignes sans déclinaison. La situation de l'équateur magnétique, longtemps réputé lé même que l'équateur géographique , ne fut l'objet d'aucune recherche. Dans quelques villes seulement de l'ouest et du midi de l'Europe, on fit des observations sur l'inclinaison. Quant à l'intensité du magnétisme terrestre, également variable suivant les lieux et les temps, Graham tenta, il