‹ Cosmos (volume 4)Chapitre 28 sur 41 · US · texte numérisé non relu

US

et le développement intellectuel de la race humaine. J'avoue toutefois que les transitions sont rarement heureuses. On peut s’en assurer en parcourant les passages suivants: VIE, 24-47; XXV,2; XXVL, 1 ;, XXXV, 2; XXXVI, 2-4; XXXVIE, 1. Après avoir, par exemple , analysé les substances minérales et végétales , l’auteur passe à un fragment historique sur les arts plastiques. Il est vrai que ce fragment, eu égard à l'état actuel de nos connaissances, est devenu plus important que tout ce que peut nous offrir ouvrage de Pline, en fait de descriptions naturelles.

Le siyle de Pline a plus de vie et d'animation que de vérilable grandeur ; il est rarement pittoresque. On sent que l'auteur à puisé ses impressions dans des livres et non à la source de la libre nature, bien qu'il ait pu la contempler sous. des zones très-différentes. Il a répandu partout une couleur sombre et monotone. Cette disposition sentimentale se mêle d’une teinte d’amertume, lorsqu'il touche à Pétat et à la destinée de la race humaine. Alors, presqu’à l’égal de Cicéron, bien qu'avec moins de simplicité dans le langage , il présente comme un encouragement et une consolation le spectacle offert par le grand tout de la nature à ceux qui ea sondent les profondeurs (5°).

La conclusion de lHistoire Naturelle de Pline, du plus grand monument que la littérature latine ait légue à la Hit. terature du moyen âge, est bien conçue dans l'esprit qui convient à une description du monde. Elle contient , ainsi que nous en pouvons juger depuis la découverte du manusecrit trouvé en 4831 (7), un coup d’œil comparatif jeté sur l’histoire naturelle des contrées situées dans des zones différentes, l’éloge de l'Europe méridionale comprise entre les limites naturelles de la Méditerranée et de la chaine des Alpes, enfin l'éloge du ciel de lHespérie « où la douceur d'un climat tempéré a du, suivant un dogme des premiers pythagoriciens, aider de bonne heure la race humaine à depouiller la rudesse de l’état sauvage. »

L'influence de la domination romaine, agissant sans relàche comme un élément de rapprochement et de fusion, devait être retracée , dans l'Histoire de la Contemplation du

Monde, avec d'autant plus de force et d’insistance qu’à une époque où les liens se relàächent et sont bientôt complétement détruits par l'invasion des barbares , on peut encore la suivre et la reconnaitre dans ses conséquences éloignées. Claudien, au nom duquel, dans un siècle bien deshérité de toute jouissance littéraire , sous Théodose le Grand et ses fils, se rattache le souvenir d’une nouvelle floraison poétique, s’exprime en ces termes , trop louangeurs à la vérité, sur la domination des Romains (7):

Hæc est, in gremium victos quæ sola recepit , Humanumque genus communi nomine fovit, Matris, non dominæ, ritu ; civesque vocavit Quos domuit, nexuque pio longinqua revinxit.

Hujus pacificis debemus moribus omnes

Quod veluti patriis regionibus utitur hospes....

Des moyens matériels de contrainte, des formes de gouvernement habilement combinées , une longue habitude de l’asservissement , pouvaient sans doute rapprocher les peuples et les faire sortir de leur existence isolée ; mais le sentiment de la parenté et de lunité de la race humaine, la conscience des droits communs à toutes les familles qui la composent ont une plus noble origine: ils sont fondés sur les rapports intimes du cœur et sur les convictions religieuses. C’est surtout au christianisme que revient l'honneur d’avoir mis en évidence l'unité du genre humain, et d'avoir, par ce moyen, fait pénétrer le sentiment de la dignité humaine dans les mœurs et dans les institutions des peuples. Bien que profondément mélée avec les premiers dogmes chrétiens, l’idée de l’humanité fut lente à prévaloir, parce que dans le temps où, par des motifs politiques, la foi nouvelle devint à Byzance la religion de l’État , ses adeptes étaient engagés déjà dans de misérables querelles de parti, que les communications lointaines entre les peuples étaient suspendues , et les fondements de l'empire ébranlés par les attaques du dehors. On peut même dire que pendant longtemps , dans les États chrétiens, la liberté personnelle de nombreuses classes d’hommes n'a trouvé aucun appui auprès des possesseurs de biens ecclésiastiques et des corporations religieuses.

Ces empéchements étrangers et beaucoup d'autres qui font obstacle au progrès intellectuel de l'humanité et à l’anoblissement de la vie sociale, s’évanouissent peu à peu. Le principe de la liberté individuelle et de la liberté politique a ses racines dans l’inébranlable conviction d’une égale légilimité chez tous les êtres qui composent la race humaine. L'humanité, ainsi que je ai dit ailleurs (?), apparait comme un vaste trone fraternel , comme un tout constitué en vue de parvenir à un but unique, qui est le libre développement de la force intérieure. Cette considération de la destinée humaine, et des efforts tantôt traversés, tantôt triomphants , par lesquels Fhomme marche à l’aceomplissement de cette destinée, considération où l’on ne doit voir en aucune manière une découverte des temps modernes, est une des choses les plus propres à élever et à spiritualiser /a vie de l’univers. En esquissant une époque considérable de l'histoire du monde, la période où l’empire romain étendit sa loi sur la terre et où naquit le christianisme, il convenait surtout de rappeler comment les vues s’agrandirent, quelle influence douce et persévérante , bien que lente dans ses effets, s’exerça sur l'intelligence et les mœurs.

Page 1