‹ Cosmos (volume 4)Chapitre 27 sur 41 · DE LA DOMINATION ROMAINE · texte numérisé non relu

DE LA DOMINATION ROMAINE

INFLUENCE D’UNE VASTE RÉUNION D'ÉTATS SUR LES PROGRÈS DE L'I- DÉE DU MONDE. — LA CONNAISSANCE DE LA TERRE RENDUE PLUS FACILE PAR LES RELATIONS COMMERCIALES. — STRABON ET PTOLÉ- MÉE. — COMMENCEMENTS DE L'OPTIQUE MATHÉMATIQUE ET DE LA CHIMIE, — ESSAI D'UNE DESCRIPTION DU MONDE PAR PLINE. — LE CHRISTIANISME FAIT NAÎTRE ET DÉVELOPPE LE SENTIMENT DE L’U- NITÉ DE LA RACE HUMAINE.

Lorsqu'on poursuit les progrès intellectuels de l'humanité et le développement successif de l’idée de l'univers , la période de la domination romaine se présente comme un des moments les plus importants de cette histoire. Pour la première fois, on trouve réunies dans une alliance étroite toutes les contrées fertiles qui entourent le bassin de la mer Méditerranée, sans compter les vastes pays qui s’ajoutèrent encore à cet immense empire, particulièrement dans l'Orient.

C’est ici le lieu de dire encore une fois comment le tableau de l’histoire du Monde que je m'’efforce d’esquisser à grands traits, recoit de l'apparition d’un tel assemblage d'É-

tats si intimement liés entre eux un intérêt nouveau, l'unité de composition (57). Notre civilisation, c’est-à-dire le développement intellectuel de tous les peuples du continent européen, peut être considérée comme ayant poussé ses ragines dans la civilisation des peuples répandus sur les côtes de la Méditerranée, et comme étant un rejeton direct de celle des Grecs et des Romains. La dénomination trop exclusive peut-être de littérature classique donnée aux littératures grecque et latine , tient à ce que nous avons conscience de l’origine de nos plus anciennes connaissances, à ce que nous savons d’où est partie l'impulsion premiére qui nous à fait entrer dans un cercle d'idées et de sentiments en rapport intime avec la dignité morale et l'élévation intellectuelle d’une race privilégiée (5). Assurément en considérant les choses à ce point de vue, il ne paraitra pas sans intérêt de rechercher les éléments qui, partant de la vallée du Nil et de la Phénicie, de l'Euphrate ou de l'Inde, sont venus par des routes diverses et trop peu explorées jusqu'ici, affluer dans le vaste fleuve de la civilisation grecque et latine. Mais ces éléments mêmes, c'est aux Grecs, c'est aux Romains placés entre les Grecs et les Étrusques que nous en sommes redevables. Combien , en effet, ne s'est-il pas écoulé de temps avant que les grands monuments des peuples qui les avaient precédes dans la carrière de la civilisation pussent être observés directement, interprétés et classés d’après leur àge ; avant qu'on arrivàt à lire ces hiérogliphes et ces caractères cunéiformes devant lesquels les armées et les earavanes | avaient passé et repassé pendant tant de siècles, sans rien soupçonner de ce qu'ils voulaient dire !

Sans doute les deux presqu'iles dont les riches articulations se détachent sur la partie septentrionale de la mer Méditerranée ont été le point de départ de la culture intellectuelle et de l'éducation politique, pour les peuples qui possédent en ce moment et accroissent chaque jour le trésor impérissable, nous l’espérons, de la science et des arts créateurs; pour les peuples qui, à leur tour , ont été répandre la civilisation dans un autre hémisphére, et, en se flattant d'y porter l'esclavage. ont fini, malgré eux, par y implanter

la liberté. Cette origine commune de la science et des idées n'empêche pas cependant que, même dans notre continent, l'unité et la diversité ne se mélent heureusement , comme par une faveur du sort. Les éléments qui concoururent à fonder cette alliance ne différaient pas moins en eux-mêmes que par l'appropriation et la transformation qu’ils subirent plus tard, en se pliant aux caractères opposés et aux dispositions particulières de toutes les races de l’Europe. Le reflet de ces contrastes s’est conservé, même par delà l'Océan, dans des colonies et des établissements qui sont devenus de grands États libres, ou qui travaillent à perfectionner leur organisation, en vue d’atteindre le même but.

La puissance romaine, si l’on considère l’étendue du territoire qu'elle occupait dans sa forme monarchique sous les Césars, est sans doute, absolument parlant, moins vaste que l'empire chinois sous la dynastie des Thsin et des Han de l'Orient (de l’an 30 avant J.-C. à l’an 416 de notre ère), que la domination des Mongols sous Dschingischan, ou les contrées qui forment actuellement l'empire russe en Europe et en Asie (5°). Mais à l'exception de la monarchie espagnole , avant la perte de ses possessions dans le nouveau continent , jamais, en tenant compte à la fois des bienfaits du climat, de la fécondité du sol et de la situation relative de l’empire romain, jamais contrées plus vastes et plus favorisées ne furent réunies sous le même sceptre, que celles où s’étendait la domination romaine, entre Octave et Constantin.

Depuis l'extrémité occidentale de l'Europe jusqu’à l’Euphrate, depuis la Bretagne et une partie de la Calédonie jusqu’à la Gétulie et à cette limite où commencent les déserts de la Libye, on n’était pas frappé seulement de la variété infinie des aspects que présentent la conformation du sol, les productions organiques et les phénomènes naturels ; la race humaine offrait aussi toutes les nuances de la civilisation et de la barbarie. Ici elle était en possession d'arts et de sciences datant d'une haute antiquité, là elle était encore plongée dans le premier crépuscule où flotte l'intelligence à son réveil. Les lointaines expéditions, dirigées au Nord et

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au Midi vers les cles qui produisaient l'ambre, celles que conduisirent Ælius Gallius et Balbus dans l’Arabie et dans le pays des Garamantes , furent suivies de succès inégaux. Déjà, sous César, puis sous Auguste, on commença à mesurer la surface de l'empire, et à cette opération, dont avaient été chargés trois géomètres grecs Théodote, Zénodote et Polyclète, on joignit des itinéraires et des topographies spéciales qui devaient être distribuées à tous les gouverneurs de province (4°). Il est juste de dire que pareille chose s’était déjà pratiquée en Chine bien des siècles auparavant ; mais pour l'Europe . ce sont les premiers travaux de statistique dont elle puisse se faire honneur. Les routes romaines, partagées en milles, traversaient de vastes préfectures. Adrien parcourut tout son empire dans un voyage qui ne dura pas moins de onze ans , avec des interruptions , il est vrai, Il visita tout l’espace compris depuis la péninsule Ibérique jusqu’à la Judée, l'Égypte et la Mauritanie. Ainsi fut ouverte et rendue praticable une partie considérable du monde soumise à la domination romaine: perçius orbis, comme le dit avec un peu moins de raison le chœur de la Médée de Sénèque, en parlant de la terre entière (#1).

On eut pu s'attendre qu’à la faveur d’une longue paix, la réunion en une seule monarchie de tant de vastes contrées et de climats si divers, que la facilité avec laquelle les provinces étaient traversées par des fonctionnaires escortés d'une suite nombreuse d'hommes diversement instruits, auraient profité d’une manière merveilleuse, non pas seulement à la description de la terre, mais à la science même de la nature, et auraient fait naître des vues plus élevées sur l’ensemble des phénomènes. Ces espérances étaient trop ambitieuses sans doute; elles n’ont pas été remplies. Dans toute la longue période où l'empire romain conserva son intégrité, pendant un espace de quatre siècles, on ne voit apparaitre comme observateurs de la nature que Dioscoride de Cilicie et Galien de Pergame. Le premier augmenta d’une manière notable le nombre des espèces végétales déjà décrites; il doit être placé néanmoins fort au-dessous de Théophraste , qui à su marquer partout l’empreinte de son esprit philos

sophique. Galien étendit ses observations à un grand nombre d'espèces d'animaux , et par la finesse de ses analyses , par la portée de ses découvertes anatomiques, mérita d’être placé auprès d’Aristote, et très-souvent au-dessus de lui. Tel est du moins le sentiment de Cuvier (2).

A côté de Dioscoride et de Galien il est encore un nom, mais un seul, qui ait jeté de Péclat: c’est celui de Ptolémée. Nous ne le citons pas ici comme géographe ou comme inventeur d'un système nouveau d’astronomie; nous ne voyons en lui dans ce moment que le physicien qui, par ses expérimentations , est parvenu à mesurer la réfraction de la lumière et peut être considéré comme le fondateur d’une partie considérable de loptique. Ses droits n’ont été reconnus que tard, bien qu'on ne puisse les révoquer en doute (). Pour nous, si importants qu’aient été les progrès accomplis dans la sphère de la vie organique et dans les considérations générales qui sont du domaine de l’anatomie comparée, nous ne pouvons pourtant nous dispenser , en étudiant une periode antérieure de cinq cents ans à celle des Arabes, d’accorder une attention particulière aux expériences physiques qui ont révélé la marche des rayons lumineux. C’est en effet comme le premier pas dans une carrière qui ne faisait alors que de s'ouvrir, et dont le terme est là physique mathématique.

Les hommes éminents qui jetérent l'éclat de la science sur la période impériale etaient tous d’origine grecque. Je ne parle pas de Diophante , algébriste profond, mais qui, faute de formules suflisantes, était encore borné aux procédés de l’arithmétique; il appartient à une époque postérieure ({). Parmi les éléments discordants dont se composait la civilisation au temps de l'Empire romain, la victoire resta à la race la plus ancienne et la plus heureusement organisée, à la race grecque. Mais aprés la décadence successive de l’école d'Alexandrie , les lumières de la science et de la philosophie s’affaiblirent et se dispersérent. Elles renaitront plus tard en Grèce et en Asie Mineure. Comme il arrive dans toutes les monarchies absolues, qui, étendues sur des espaces immenses , offrent l’assemblage des parties les plus

hétérogènes, le gouvernement s’appliquait surtout à conjurer la rupture menaçante de celle alliance factice par la diseipline militaire et par l'émulation qu'il introduisait dans ladministration en la subdivisant, à voiler les discordes intestines de la famille impériale par Palternative de la sévérité et de la douceur, enfin à assurer aux peuples, sous des gouverneurs illustres, le genre de repos que peut procurer temporairement le despotisme quand il est accepté sans résistance.

L'établissement de la domination romaine fut sans doute l'effet de la grandeur inhérente au caractère romain, de la sévérité qui se maintint iongtemps dans les mœurs, d’un patriotisme exclusif et allié à un haut sentiment de soi-même. Mais ce résultat une fois obtenu, les nobles qualités qui l'avaient produit se trouvèrent peu à peu affaiblies et dénaturées, sous l'influence inévitable des relations nouvelles. Avec l'esprit national s’éteignit l'ardeur commune à tous les citoyens, et et en même temps disparurent la publicité et le principe de l'individualité qui sont les deux plus fermes soutiens des États libres. La oille éternelle était devenue le centre d'une trop vaste circonférence. Il manquait l'esprit qui eût pu, sans s’épuiser, animer cette vasle corporation d’'États. La religion chrétienne devint la religion de l'empire lorsqu'il était déjà profondément ébranlé et que les effets bienfaisants de la doctrine nouvelle étaient frappés d’impuissance par les querelles dogmatiques des sectes ennemies. Aussi vit-on dés lors commencer le douloureux combat de la science et de la foi qui, se renouvelant sans cesse sous des formes diverses, se prolongea à travers tous les siècles et fut un obstacle constant à la recherche de la vérité, .

Si l’Empire romain, à cause de son élendue et de la constitution politique qui en était la conséquence, fut impuissant à entretenir et à vivifier les forces intellectuelles et créatrices de l'humanité, tout au contraire de ce qui était advenu dans les petites républiques grecques isolées et indépendantes, il avait en revanche d’autres avantages qui ne doivent pas être oubliés. L'expérience et la multiplicite des

observations amenérent une abondante moisson d'idées. Le monde des objets extérieurs fut considérablement agrandi, et ainsi fut rendue plus facile pour les siècles à venir la contemplation réfléchie des phénomènes de la nature. Les relations entre les peuples furent vivifiées par la domination romaine; la langue latine se répandit dans tout l'Occident et une partie de l'Afrique septentrionale. En Orient, l'hellénisme demeura naturalisé longtemps après la ruine de l’empire de Bactriane, arrivée sous Mithridate I, treize ans avant l'invasion des Saces ou Scythes.

Si l’on considère l'étendue des pays où avaient pénétré les langues grecque et latine, la seconde prit le pas sur la première, même avant que le siége de l’empire eut été transféré à Bysance. Les progrès de ces deux idiomes si perfectionnés et si riches en monuments littéraires, contribuèrent encore à mêler et à fondre plus intimement tant de races différentes, à les rendre plus civilisées et plus perfectibles, « à faire les hommes plus humains, comme dit Pline, et à leur créer une patrie commune (#). » Cependant queique mépris que l’on professàt en général pour les langues des barbares, que l’on ne craignait pas d’appeler muets (4»w750:), d’après le témoignage de Pollux, il n’est pas sans exemple qu’à Rome on ait fait traduire, à limitation des Lagides, quelque œuvre littéraire du carthaginoiïs en latin. Il est notoire que le livre de Magon sur l Agriculture, fut traduit par l’ordre du sénat.

La domination romaine qui, à l'Ouest, en suivant la côte septentrionale de la Méditerranée, avait atteint le promontoire Sacré, &’est-à-dire l'extrémité la plus reculée du continent européen, ne s’étendait à l'Est, même sous Trajan qui navigua sur le Tigre, que jusqu’au méridien du golfe Persique. C’est de ce côté que, dans la période dont nous esquissons le tableau, les relations des peuples et le commerce par terre, si important pour la géographie, firent les progrès les plus considérables. Il s’y joignit, après la chute de l'Empire grec de Bactriane, des communications avec les Sères, sous la protection puissante des Arsacides. Mais ce n'étaient là toutefois que des rapports indirects, insuffisants pour com-

penser le tort fait aux relations immédiates des Romains avec les peuples de l'Asie intérieure par l’activité que les Parthes déployérent dans leur commerce de seconde main. Le contre-coup des mouvements accomplis à l'extrémité de la Chine fit une révolution rapide et complète, bien que peu durable, dans l’état politique des immenses contrées comprises entre la chaine volcanique des monts Célestes ou Thianschan et celle du Kouen-lun qui traverse le Tibet septentrional. Une armée chinoise poussa devant elle les Hioungnou, rendit tributaires les petits royaumes de Khotan et de Kaschgar, et porta ses armes victorieuses jusque sur les côtes orientales de la mer Caspienne; je veux parler de la grande expédition du chef Pantschab, accomplie sous l’empereur Mingti, de la dynastie des Han, c’est-à-dire vers le règne de Vespasien et de Domitien. Les historiens chinois attribuent encore un plan plus vaste à ce hardi et heureux conquérant. Ils assurent qu’il ne se proposaitrien moins que d’envabir l'Empire romain (Tathsin), mais que les Perses l’en avaient détourné (#). Ainsi furent établies des relations entre les côtes de la mer Pacifique, le Chensi et ce bassin de l’Oxus où depuis longtemps on entretenait un commerce actif avec la mer Noire.

Les grandes invasions furent dirigées en Asie de l'Est à l'Ouest et, dans le nouveau continent, du Nord au Sud. Un siècle et demi avant notre ère, à peu près au temps de la destruction de Corinthe et de Carthage, les Hioungnou, race turque, que de Guignes et Jean Muller ont confondus avec les Huns de race finnoise, en faisant irruption près de la muraille de la Chine chez les Youeti (peut-être bien les Getes) et les Ousun, peuples remarquables par leurs cheveux blonds et leurs yeux bleus et probablement de race indogermanique, donnèrent le premier branle à ces migrations de peuples qui ne devaient atteindre les frontières de l'Europe que cinq cents aus plus tard (*7). Ainsi des flots de populations, attirés vers l'Occident, se sont lentement écoulés depuis la vallée supérieure du Houangho jusqu’au Don et au Danube, tandis que des mouvements en sens contraire mélaient une partie de la race humaine avec l’autre, dans

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la partie septentrionale de l'ancien continent, et faisaient éclater entre elles des hostilités qui plus tard se changeaient en relations de paix et de commerce. Ces grands courants de peuples qui, comme les courants de l'Océan, suivent leur marche entre des masses immobiles, sont des événements d’une haute portée dans Fhistoire de la contemplation du monde.

Sous le règne de l’empereur Claude, une ambassade envoyée par le rachia de l'ile de Ceylan, vint à Rome en traversant l'Égypte; et sous Marc-Auréle Antonin, nommé Antoun par les historiens de la dynastie des Han, des ambassadeurs romains parurent à la cour de Chine, après s’être rendus par mer jusqu'au delà du Tunkin. Nous signalons, dès ce moment, les premières traces des relations que l’'Empire romain entretint avec la Chine et avec l'Inde, parce que très-vraisemblablement c’est grace à ces relations que se répandit dans ces deux contrées, vers les premiers siècles de notre ère, la connaissance de la sphère grecque, du z0diaque grec et de la semaine planétaire des astrologues (#). Les grands mathématiciens indiens Warahamihira, Brahmagoupta et peut-être même Aryabhatta sont postérieurs à l'époque qui nous occupe en ce moment (); mais il se peut aussi que quelques-unes des découvertes qu’avaient faites avant ce temps les Hindous, en explorant des voies solitaires et détournées, et qui sont le fruit originaire de leur antique civilisation, aient pénétré dans l'Occident avant la naissance de Diophante, par suite des rapports commerciaux qui avaient pris de si vastes proportions sous les Lagides et les Césars. Il ne peut être question ici de déméler ce qui appartient en propre à chaque race et à chaque période; il suffit de rappéler en général quelles routes étaient ouvertes à la circulation des idées.

À quel point ces routes s'étaient multipliées, quel vaste développement avaient reçu de toute part les communications des peuples, c’est ce que prouvent de la manière la plus frappante les gigantesques ouvrages de Strabon et de Ptolémée. L’ingénieux géographe d’Amasée n'apporte pas dans ses mesures la précision d'Hipparque; il ne sait pas ap-

pliquer comme Ptolémée les principes mathématiques à Ia connaissance de la terre; mais pour la variété des matériaux et la grandeur du plan, son ouvrage dépasse tous les travaux géographiques de Pantiquité. Strabon, ainsi qu'il s’en vante volontiers, avait vu de ses propres yeux une partie considérable de l'Empire romain, «depuis l'Arménie jusqu'aux rivages Tyrrhéniens, depuis le Pont-Euxin jusqu'aux frontieres de l'Ethiopie.» Après avoir écrit quarante-trois. livres d'histoire, pour servir de continuation à Polybe, il eut le courage, dans sa quatre-ving-troisième année, de commencer la rédaction de son grand ouvrage géographique (°°). Il rappelle, que, de son temps, la domination des Romains et celle des Parthes ont plus contribué à assurer le libre parcours du monde que les conquêtes d'Alexandre sur lesquelles pouvait s'appuyer Ératosthène. Le commerce de l'Inde n'était plus aux mains des Arabes. Strabon s’étonnait en Égypte de voir tellement accrus le nombre des vaisseaux qui cinglaient directement de Myos Hormos vers les ports de l’Inde, et son imagination l’entrainait bien au delà de cette contrée, vers les côtes orientales de Asie (°!), Sous la même latitude que le détroit de Gadès ou lile de Rhode, à l'endroit où, selon lui, une chaine de montagnes non interrompue, prolongement du Taurus, partage l’ancien continent dans sa plus vaste largeur, il sonpçonne l'existence d’un autre continent, situé entre l’Europe occidentale et l'Asie: « Il est très-possible, dit-il, qu'en suivant à travers l'océan Atlantique le parallèle de Thinæ (ou d’A/hènes, suivant une correction proposée par le dernier éditeur), on trouve encore, dans cette zone tempérée, un ou plusieurs mondes, peuplés par des races d'hommes différentes de la nôtre (°?).» Il y à lieu de s'étonner qu’une telle assertion n'ait pas excité l'attention des écrivains espagnols qui, au commencement du xvi° siècle, croyaient voir partout chez les auteurs classiques la preuve que dès lors le nouveau monde n'etait pas complétement inconnu.

Dans toutes les œuvres d’art, dit très-bien Strabon, qui tendent à représenter quelque grande chose, on ne s’atlache pas de préférence à l'achèvement des détails; de même,

dans le monument colossal qu'il s'efforce d'élever , il veut avant tout attirer les regards sur la forme de l’ensemble. Cette disposition à généraliser les idées ne Fa pas empêché d'admettre un grand nombre d'observations physiques et surtout géognostiques, toutes trés-dignes d'intérêt (%). Il mentionne successivement , comme Posidonius et Polybe, linfluence qu’exerce sur ke maximum de la chaleur atmosphérique} dans les régions des tropiques ou de l'équateur, le passage plus rapide ou plus lent du soleil au zénith; les causes diverses des changements qu'a subis la surface de la terre; le percement de lacs qui originairement n'avaient pas d'issue; les courants des mers et l'égalité de leur niveau, reconnue déjà par Archimède ; l’éruption des volcans sousmarins, la pétrification des coquilles et les empreintes de poissons ; enfin il signale un fait qui doit surtout nous frapper, parce qu’il est devenu le germe de la géognosie moderne, c'est-à-dire les oscillations périodiques de lécorce terrestre. Strabon dit expressément que les changements survenus dans les limites de la terre et de la mer tiennent plus au soulèvement ou à la dépression du sol qu'à des alluvions trop peu sensibles; « que ce ne sont pas seulement des masses isolées de rochers et des iles petites ou grandes, mais des continents tout entiers qui peuvent surgir du fond des mers.» Comme Hérodote, Strabon se montre attentif à la descendance des peuples et à la variété des races. Il donne de l’homme une définition remarquable, il Fappelle « un animal terrestre et aérien, qui a besoin de beaucoup de lumiére (54). Toutefois, Jules César, dans ses Commentaires, et Tacite, dans le beau monument qu'il a élevé à la gloire d’Agricola, sont les historiens qui ont appliqué le plus de sagacité à la distinction des races humaines. Malheureusement l'ouvrage si vaste, si riche de Strabon ,

dont nous rassemblons ici les vues sur l’ensemble du bob. resta à peu prés inconnu de l'antiquité romaine jusque dans le ve siècle. Pline même , malgré tout son savoir, n’en tira pas parti. C’est seulement vers la fin du moyen âge que ce livre commença à agir sur la direction des esprits; encore gelte influence fut-elle moins grande que celle de la Géogra-

phie de Ptolémée, ouvrage plus spécialement mathématique. presque entiérement étranger aux idées de physique générale, et qui n’est guére qu'une sèche nomenclature. La Géo- 2raphie de Ptolémée fut, jusque dans le seizième siècle , le guide de tous les voyageurs. À chaque découverte, on croyait y reconnaitre les nouvelles contrées, désignées sous des noms différents. De même que, pendant longtemps, les naturalistes faisaient rentrer de force dans les classifications de Linné toutes les espèces récemment découvertes de plantes et d'aaimaux, de même , les premières cartes du nouveau continent parurent dans l'atlas de Ptolémée, que dressa Agathodémon à l’époque où déjà, dans le fond de l'Asie, chez les Chinois si bien civilisés, les provinces occidentales de l’'Empire étaient représentées en quarante-quatre divisions (5°). La Géographie universelle de Ptolémée a sans doute l’avantage de reproduire sous nos yeux tout l’ancien monde, nonseulement d'une manière graphique, en traçant les contours, mais aussi numériquement, en déterminant les positions par les distances, par lélévation des pôles et par la durée des jours. Mais bien que Ptolémée ait souvent témoigné sa préference pour les observations astronomiques sur les énonciatious de distances par terre où par eau, on ne peut malheureusement reconnaître sur quelle base sont établies chez lui les déterminations de lieux , qui dépassent le nombre de 2,500, ni quelle vraisemblance relative on doit leur attribuer , en les rapportant aux itinéraires alors en usage. Ignorant tout à fait la direction de l'aiguille aimantée, n'ayant pas par conséquent la ressource de la boussole, qui dejà, 4250 ans avant Ptolémée, entrait, avec un instrument destiné à mesurer les routes, dans la construction du char magnétique de l’empereur chinois Tschingwang, les Grecs et lies Romains ne pouvaient apporter aucune précision dans leurs itinéraires, quelque soin qu'ils y missent. Les direcions des lignes, c’est-à-dire, l’angle qu’elles formaient avee le méridien n’offraient pas pour cela une assez grande certiltude ().

A mesure que de nos jours on a mieux connu les langues de l'Inde et le zend de l’ancienne Perse, on a reconnu avec

de VO — une surprise croissante qu’une grande partie de la nomenclature géographique de Ptolémée est un monument historique des relations commerciales établies autrefois entre lOccident et les contrées les plus éloignées du Sud et du Centre de l'Asie (°7). On peut compter parmi les résultats les plus importants de ces relations de s'être fait enfin une idée juste de la mer Caspienne et d’avoir constaté qu'elle est fermée de toute part. Cette vérité fut rétablie par Ptolémée et renversa définitivement une erreur qui avait dure cinq siècles et demi. Hérodote et Aristote, qui, heureusement comme on sait, écrivait ses Meteorologica avant Fexpédition d'Alexandre, avaient eu tous deux connaissance de ce fait. Les habitants d’Olbia, de la bouche desquels le père de l’histoire recueillait ses récits, étaient familiarisés avec la côte septentrionale de la mer Caspienne , entre le Kouma, le Wolga ou Rha et le Jaik , aujourd'hui l'Oural. Rien ne pouvait faire naître en eux l'idée d’un débouché vers la mer Glaciale ; il ÿ avait au contraire de graves motifs d’erreur pour l’armée d'Alexandre, qui, descendant dans les forêts humides de la province de Mazendéran, au delà d'Hecatompylos (Damaghan), rencontrait la mer Caspienne auprès de Zadrakarta, un peu à l'Ouest de la ville moderne d’Asterabad , et la voyait se perdre vers le Nord dans l'infins. Cet aspect amena les Macédoniens à conjecturer , ainsi que le rapporte Plutarque dans la Vie d'Alexandre. que la mer’ qu’ils avaient sous les yeux pouvait être un golfe du Palus- Méotide (*?). L'expédition macédonienne, qui eut en général de si heureuses conséquences pour la connaissance de Ja terre , fut aussi l’occasion de quelques erreurs qui se sont conservées pendant longtemps. Le Fanaïs fut confondu avee llaxarte (l’Araxès d'Hérodote) , le Caucase avec le Paropanisus (l’Hindou-Kho). Ptolémée avait pu, dans son séjour à Alexandrie, se procurer des renseignements précis sur les contrées qui bornent la mer Caspienne, telles que lAlbanie, l’Atropatène et l’Hyrcanie, aussi bien que sur les expéditions commerciales des Aorses, dont les chameaux portaient les marchandises de l'Inde et de Babylone sur les bords du Don et de la mer Noire (°°). Si, contrairement à l'image plus

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exacte que s’en faisait Hérodote, il se représenta le grand axe de la mer Caspienne dirigé de l'Ouest à l'Est, peut être fut-il induit en erreur par une vague notion de l'étendue considérable qu’eut jadis l’ancien golfe de Scythie, le Karabogas, et par la proximité du lac d’Aral, dont la première mention précise se trouve chez un écrivain byzantin, chez Ménandre, le continuateur d’Agathias (90).

Il est regrettable que Ptolémée, qui de nouveau constata la véritable forme de la mer Caspienne, réputée longtemps une mer ouverte, par suite de l’hypothèse des quatre golfes, et même d’après les reflets qu'on avait imaginés dans la lune pour expliquer les taches dont son disque est parsemé ($1), n’ait pas renoncé aussi à la fable de cette contrée inconnue du midi qui devait joindre le promontoire Prasum avec Catligara et Thinæ (Sinarum Metropolis), par eonséquent unir l'Afrique orientale avec le pays des Tsin (la Chine). Cette fable, qui fait de l’océan Indien une mer intérieure, à son principe dans des opinions qui remontent, par Marin de Tyr, à Hipparque, à Séleucus de Babylone, et même à Aristote (f?). Il suffit, dans un essai historique sur le développement de l’idée de l’univers, d’avoir rappelé, par quelques exemples, comment de longues oscillations dans les découvertes et dans la science ont souvent obscurei de nouveau des points éclairés déjà d’un demi-jour. A mesure que par les progrès croissants de la navigation et du commerce de terre, on pouvait croire embrasser toute l’étendue du globe, l'imagination des Grecs, incapable de repos, chercha de plus en plus, particulièrement dans l’époque alexandrine, sous les Lagides et sous la domination romaine, à fondre par des combinaisons ingénieuses les anciennes divinations avec les résultats positifs de la science, et à compléter à la hàte cette carte du monde dont les bases étaient à peine jetees.

Nous avons rappelé plus haut, d’une maniére incidente, comment Claude Ptolémée est devenu, par son Optique que les Arabes nous ont conservée, très-incomplétement il est vrai, le fondateur d’une partie de la physique mathématique. Cette partie, il est vrai, en ce qui concerne la réfrac-

lion de la lumière, avait été touchée déjà dans la Catoptrique d’Archimède, si l’on en croit Théon d’Alexandrie (S). La science à accompli un progres considérable , lorsque les phénomènes physiques, au lieu d’être simplement observés et comparés les uns aux autres, comme nous en offrent de mémorables exemples, chez les Grecs, les nombreux et intéressants Problèmes du pseudo-Aristote, et chez les Latins, les livres de Sénèque, sont provoqués à dessein et évalués numériquement dans des conditions que l'observateur modifie Jui-méme (54). Ce mode d’expérimentation caractérise les recherches de Ptolémée sur la réfraction des rayons lumineux, lors de leur passage à travers des milieux d’inégale densité. Ptolémée fait passer les rayons, de Fair dans l’eau et dans le verre ou de l’eau dans le verre, sous des degrés d’incidence différents : les résultats de ses expériences ont été par lui réunis en tableaux. Cette appréciation numérique, appliquée à des faits que l’expérimentateur suseite selon son gré, à des phénomènes naturels qui ne peuvent être ramenés au mouvement des ondes lumineuses, est un événement unique dans l’époque dont nous traitons en ce moment. Aristote, pour expliquer les effets de la lumiere, avait supposé que le milieu se meut entre l'œil et l'objet sur lequel il se fixe ($5). La période de la domination romaine ne nous offre plus après cela dans l'étude de la nature élémentaire que quelques expériences chimiques de Dioscoride et, ainsi que je lai expliqué ailleurs, l’art de regueillir dans de véritables appareils de distillation les vapeurs qui s'échappent et retombent goutte à goutte (56). Comme la chimie ne peut comimencer à exister que du moment où l'homme s'est procure des acides capables de produire la fusion et la dissolution des substances, la distillation de l’eau de mer décrite par Alexandre d’Aphrodisias, sous Caracalla, est un fait considerable ; il marque la route par laquelle on est successivement parvenu à la connaissance de l’hétérogénéité des substances, de leur composition chimique et de leur attraction réciproque. |

Pour la connaissance de là nature organique, après l'anatomiste Marin, apres Rufus d'Éphèse qui s'appliqua à disse-

quer des singes et distingua les nerfs sensitifs et les nerfs moteurs, après Galien de Perganie qui éclipsa tous ses rivaux , on ne trouve plus aucun rom à citer. L'histoire des Animaux par Elien de Préneste, le poëme d’Oppien sur les poissons , contiennent des renseignements épars, mais non des résultats fondées sur des observations personnelles. On a peine à s'expliquer comment le nombre infini d'animaux rares qui, pendant quatre siecles , furent égorgés dans les cirques romains, les éléphants, les rhinocéros, les hippopotames, les élans, les lions, les tigres. les panthères, les crocodiles et les autruches furent si complétement perdus pour l'anatomie comparée (%7). Nous avons parlé déjà de ce qu’a fait Dioscoride pour la connaissance générale des végétaux ; il a exercé une influence puissante et soutenue sur la botanique et la chimie pharmaceutique des Arabes. Le jardin botanique que possédait à Rome un médecin plus que centenaire, Antonius Castor, et qui peut-être avait été disposé a l’imitation des jardins botaniques de Théophraste et de Mithridate, n’a vraisemblablement pas été plus utile au progrès des sciences que la collection d'ossements fossiles de l’empereur Auguste et les collections d'objets naturels dont, sur de trés-faibles raisons , on a fait honneur au spirituel Apulée de Madaura (S®).

Pour achever le tableau des progrès accomplis dans la science de l'univers , pendant la période de la domination romaine, il nous reste à mentionner la grande entreprise de Caius Plinius Secundus, qui s’efforca d’embrasser une description générale du monde dans les trente-sept livres de son Histoire. On ne trouverait pas dans toute l’antiquité un second exemple d'une tentative semblable. L'ouvrage , en cours d'exécution, finit par devenir une sorte d’encyclopeédie de la nature et de l’art. L'auteur, dans sa dédicace à Titus, ne craint pas d'employer lui-même l'expression, plus noble alors qu'aujourd'hui, de syxvmdomardei, ce qui revient à dire la substance et comme le cercle de toutes les sciences qui servent à former l'esprit. On ne saurait nier néanmoins que, malgré le manque de liaison entre les parties, l'ensemble de cet ouvrage offre bien lesquisse d’une description physique du monde.

L'Histoire Naturelle de Pline, nommée dans la table des matières qui forme aujourd'hui ce que l’on appelle le premer livre, ÆListoriæ Mundi, et mieux Vaturæ Historia, dans une lettre de Pline le Jeune à son ami Macer , comprend à la fois le ciel et la terre, la position et le cours des planètes, les phénomènes météorologiques de l'atmosphère, la configuration de la surface terrestre et tout ce qui s'y raltache , depuis la couche de végétaux qui la recouvre et les mollusques de POcéan jusqu'à l'espèce humaine. Pline considère les distinctions que créent chez les différentes races les facultés de l'intelligence et suit la glorification de l'humanité jusque dans l'épanouissement des arts plastiques. Je cherche à indiquer ici les éléments de cette science générale de la nature qui sont répandus presque sans ordre dans le grand ouvrage de Pline. « La route que je vais parcourir, dit-il avee une noble confiance en lui-même, n’a pas encore été foulée (non trita auctoribus via) ; personne parmi nous, personne chez les Grecs n’a entrepris de traiter à soi seul de l’universalité du monde ( nemo apud Græcos qui unus omnia tractaverit). Si j’échoue dans mon entreprise, ce sera encore une belle et grande chose (pulehram atque magnificum) d’avoir osé la tenter. »

Cet homme d’un esprit si pénétrant voyait flotter devant lui une grande image; mais distrait par les details, il n’a pas su tenir cette image fixée sous ses yeux, faute d'observer par lui-même et de vivifier la nature. L’exéeution est restée incomplète, non pas seulement parce qu’il avait une connaissance trop légére des objets qu'il se proposait de traiter et souvent même les ignorait. mais aussi: faute de plan et d'ordonnance. Nous en pouvons juger d'après les ouvrages dont il fit des extraits et qui sont parvenus jusqu’à nous. On reconnait dans Pline l’ancien un homme émivent et partagé entre un grand nombre d’occupations, qui se faisait gloire volontiers de ses veilles prolongées et de son travail nocturne, mais qui, comme gouverneur de l'Espagne ou charge du commandement de la flotte dans Ftalie inférieure , abandonna trop souvent à des subalternes peu instruits le soin de remplir le cadre de cette compilation

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sans fin. Non pas que ce travail de compilation, c’est-à-dire la collection patiente d'observations et de faits isolés, tefs que pouvait les livrer la science à cette époque, soit une chose blämable en soi. Si le succès ne fut pas plus complet, cela tint à l'impuissance où se trouva Pline de dominer les matériaux amassés, de subordonner l'élément descriptif à des conceptions plus générales et plus hautes, de se maintenir fermement au point de vue d’une science comparée de la nature. Ces apercus plus élevés, et non pas seulement orographiques, mais vraiment géognostiques, se rencontrent en germe dans Ératosthène et dans Strabon. Le premier a éte mis à profit une seule fois, le second ne l’a jamais été. Pline n’a su puiser dans l'histoire anatomique des Animaux d’Aristote, ni la division en grandes classes, fondées sur les différences essentielles de l'organisme intérieur , ni l'intelligence de celte méthode d'induction , la seule qui se puisse appliquer sûrement à la généralisation des résultats obtenus.

Pline débute par des considérations pantheéistiques et descend ensuite du eiel sur la terre. De même qu'il reconpait la nécessité de présenter la puissance et la grandeur de la nature (naturæ vis atque majestas ) comme un grand tout agissant simultanément, il distingue au début du IE Hivre une connaissance générale et une connaissance spéciale de la terre; mais cette distinction est bientôt mise de côté, lorsqu'il s'engage dans une aride nomenclature de contrées, de montagnes et de fleuves. La plus grande partie des livres VILHI-XXVILI, XXXIII et XXXIV, XXXVI et XXXVII est remplie par des descriptions empruntées aux trois règnes de la nature. Pline le Jeune, dans une de ses lettres, €aractérise avec beaucoup de justesse le livre de son oncle: il l'appelle un ouvrage diffus et savant, non moins varié que la pature même (opus diffusum , eruditum nec minus varium quam ipsa natura). Il y a beaucoup de choses que lon à reproché à Pline d’avoir introduites dans son histoire, comme formant un hors-d’œuvre inutile, et que, pour ma part, je suis au contraire disposé à louer. Ce qui me charme surtout, c’est qu'il revient souvent, et toujours avec prédilection , à l'influence que la nature a exercée sur la moralité

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