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encore des hygromètres d'absorption composés de substances animales et végétales et construits par Santori en 1625, par Torricelli en 4646, et par Molineux, à l'instar de celui dont se servait déjà Léonard de Vinci (*). Presqu’en même temps, on employa des cordes de boyau et des brins d’herbe. Ces instruments, dont le principe reposait sur l’absorption des vapeurs contenues dans l'air par des matières organiques, étaient pourvus d’aiguilles et de petits poids en équilibre, et avaient beaucoup de rapport, pour la construction, avec l’hygrométre à cheveu de Saussure et l’hygromètre à baleine de Delue. Mais ce qui manquait aux instruments du xvue siècle, c’étaient des points fixes de sécheresse et d'humidité, si nécessaires à la comparaison et à l'intelligence des résultats, et que Regnault a fini par déterminer. C'était aussi que les substances hygrométriques ne perdissent par leur sensibilité avec le Lemps, bien que cet inconvénient fût moins grave. Pictet a reconnu qu’un cheveu d’une momie gouanche de Ténériffe, vieille peut-être de mille ans , était encore assez sensible pour fonctionner dans un hygromèetre de Saussure (F7).
Le phénomène de l'électricité fut reconnu par William Gilbert comme l'effet d’une force particulière, bien que trèsanalogue à la force magnétique. Le livre dans lequel est exprimée cette pensée, où se rencontrent pour la première fois les mots de force électrique, de fluide électrique, d’attraction électrique, est un ouvrage dont nous avons souvent parlé, la Physiologie de l'aimant et du globe terrestre considéré comme un grand aimant (De magno wagnete tellure), qui parut l'an 4600 (). « La propriété, dit Gilbert, d'attirer des matiéres légères ou réduites en poudre, de quelque nature qu’elles soient, n’est pas particulière à ambre , qui n’est autre qu'un sue minéral solidifié, roulé par les flots de la mer et dans lequel des insectes ailés, des fourmis et des vers sont emprisonnés comme dans des sépulcres étérnels (æternis sepulcris). Cette force d'attraction appartient à une elasse entière de substances trés-différentes, telles que le verre, le soufre, la cire à cacheter et toutes les résines, le cristal de roche et toutes les pierres précieuses, l’alun et le
sel gemme. » Gilbert mesure la force de l’electricité obtenue, à l’aide d’une petite aiguille d’une substance autre que le fer, qui se meut librement sur un pivot (versorium electrieum), et qui est en tout point semblable à l'appareil dont se sont servis Haüy et Brewster, pour faire l'épreuve de Ja force électrique dans les minéraux frottés et chauffés. « Le frottement, dit encore Gilbert, produit des effets plus sensibles par un air sec que par un air humide. Les étoffes de soie sont celles dont le frottement a été reconnu le plus efficace. Le globe terrestre forme un tout dont les parties sont unies en vertu d’une force électrique (globus telluris per se electrice congregatur et cohæret); car l'électricité tend à amasser et à réunir la matière (motus electricus est motus coacervationis materiæ). » Dans ces axiomes obscurs est exprimée la conception d’une électricité terrestre, d’une force qui, comme le magnétisme, appartient à la matière en tant que matière. Quant à la force répulsive et à la différence des corps conducteurs où non conducteurs, il n’en est pas encore question.
L’ingénieux inventeur de la machine pneumatique , Otto de Guericke, ne se borna pas à observer de simples phénomenes d'attraction. En faisant des expériences avec un bàton de soufre frotté, il reconnut les effets de la répulsion et d’autres encore qui amenérent plus tard à déterminer les lois d’après lesquelles s'exerce et se distribue électricité. Il entendit le premier bruit , il vit la première étincelle d'une détonation électrique qu'il avait provoquée lui-même. Ce fut dans une expérience tentée en 1675 par Newton que se manifestérent les premières traces de la charge électrique, sur une surface de verre frottée (%). Nous nous sommes contenté de rechercher les germes d’où est sortie la science de l'électricité qui, dans son vaste et tardif développement , n’est pas devenue seulement une des branches les plus importantes de la météorologie, mais à jeté aussi un grand jour sur les ressorts intérieurs par lesquels sont mises en jeu les forces de la terre, depuis le moment où lon a reconnu que le magnétisme est simplement une des formes multiples sous lesquelles se manifeste l'électricité.
ien que déjà Wall en 4708, Étienne Gray en 4734, et Nollet eussent soupçonné l'identité de l'éclair et de l’électricité produite par le frottement , ce fut seulement au milieu du xvine siècle qu’on put obtenir sur ce point une certitude expérimentale, grâce aux heureux efforts du noble Benjamin Franklin, Dès ce moment , les phénomènes électriques passèrent du domaine de la physique spéculative dans le domaine de l’univers , et se rangèrent parmi les objets de la contemplation universelle; ils quittérent le cabinet du savant pour se produire à l'air libre. Il en a été de la théorie de l'électricité, comme de l'optique et du magnétisme ; il s’est écoulé de longues époques qui n’ont presque pas amené de développements sensibles, jusqu’à ce que les travaux de Franklin et de Volta, de Thomas Young, de Malus, d'OErsted et de Faraday eussent excité dans l'esprit des contemporains une activité merveilleuse pour ces trois sciences. C’est à de telles alternatives d’assoupissement et de réveil subit que sont attachés les progrès de la science humaine.
Si, comme je l’ai expliqué plus haut, les conditions relatives de la température, les variations de la pression atmosphérique et les vapeurs contenues dans l'air, devinrent les objets spéciaux de recherches directes, grâce à l’invention d'instruments appropriés, bien que très-imparfaits encore , et à la pénétration de Galilée, de Torricelli et des membres de l'Accademia del Cimento, tout ce qui concerne la composition chimique de l’atmosphère resta, au contraire enveloppé de ténèbres. Les principes de la chimie pneumatique avaient été posés , il est vrai, par Jean-Baptiste Van Helmont et Jean Rey, de 4600 à 1650; par Hooke, Mayow, Boyle et le systématique Becher, dans la seconde moitié du xvire siècle. On s'était fait une idée juste de phénomèénes isolés qui avaient de l'importance en eux-mêmes, et c'était là déjà un grand pas; mais il manquait des vues d'ensemble. L’antique croyance à la simplicité élémentaire de l'air agissant à la fois sur la combustion , loxydation des métaux et la respiration était un obstacle difficile à vaincre.
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Les gaz inflammables ou ceux qui éteignent les corps en ignition dans les grottes et les excavations des montagnes (spiritus letales de Pline), lexhalaison de ces gaz sous forme de bulles dans les marais et dans les sources minérales (Grubenwetter et Brunnengeiïster ), avaient déjà fixé l’attention d’un bénédictin d’Erfurdt, Basile Valentin , appartenant selon toute vraisemblance à la fin du xv® siècle, et de Libavius, admirateur de Paracelse, qui vivait au commencement du xvu. On comparait les observations que lon avait pu faire par hasard, dans les laboratoires d’alchimie , avec les mélanges que l’on voyait tout préparés dans les grands ateliers de la nature, et surtout dans l’intérieur de la terre. L'exploitation des mines, principalement des mines de fer sulfuré, échauffées par l'oxydation et lelectricité directe, fit pressentir l’affinité chimique qui se manifeste, au contact de l'air extérieur, entre les métaux et l’oxygène. Déjà Paracelse, dont les rêveries coineident avec la première conquête de FAmérique, remarquait le dégagement des gaz pendant la dissolution du fer par l'acide sulfurique. Van Helmont , qui le premier employa le mot de gaz, distingue les gaz de l'air atmosphérique, et même des vapeurs, en raison de leur non-compressibilité. Les nuages sont pour lui des vapeurs ; ils passent à l’état de gaz sous un ciel très-serein « par l’effet du refroidissement et de l'influence des astres. » Les gaz ne peuvent se fondre en eau qu’à la condition d’avoir été préalablement transformés en vapeurs. Tel était l’état des connaissances sur les phénomènes météorologiques, dans la première moitié du xvi siècle. Van Helmont ne connait pas encore le moyen bien simple de recueillir et de mettre à part son gas sylvestre, nom sous lequel il comprend tous les gaz non inflammables qui ne peuvent entretenir ni la flamme ni la respiration, et sont distincts de l'air atmosphérique pur. Cependant ayant fait brüler une lumière sous un vase qui plongeait dans l’eau, il observa , quand la lumière s’éteignit, que l’eau monta dans le vase et que le volume de l'air diminua. Van Helmont chercha aussi à prouver par des déterminations de densité, comme nous en trouvons déjà chez Jer. Cardan , que toutes les parties solides des su es végétales sont formées par l’eau.
Les conjeclures proposées par les alchimistes du moyen äge sur la composition des métaux, sur l’altération produite dans leur éclat par la combustion au contact de l'air, e’està-dire par la transformation en cendres, en terre ou en chaux, donnérent l’idée de rechercher quelles circonstances accompagnent ce phénomene , quels changements subissent dans ce cas les meélaux et l'air qui se combine avec eux. Déjà Jer, Cardan avait observé. en 1553, l'augmentation de poids que recoit le plomb en s’oxydant , et pénétré de cette fabuleuse théorie du phlogistique, il l'avait attribuée au dégagement d’une matiere ignée et céleste qui aurait la propriété d’alléger les corps. 80 ans plus tard seulement, un expérimentateur fort habile, Jean Rey de Bergerac , auteur d’observations très-précises sur l'accroissement de poids querecoivent le plomb, l’étain et l’antimoine métalliques oxydés, exprima l’important résultat que cet accroissement est dû à la combinaison de l'air avec le métal qui s’oxyde. « Je responds et soustiens glorieusement, disait-il, que ce surcroit de poids vient de l'air qui dans le vase a esté espessi (°°). »
On était enfin entré dans la voie qui devait conduire à la chimie moderne, et par elle à la découverte d’un phénomène important pour la connaissance du monde, à la découverte de la relation qui existe entre l'oxygène contenu dans l'air et la vie des plantes. Mais le problème se présenta d’abord à l'esprit d'hommes éminents dans des termes sioguliérement compliqués. Vers la fin du xvu siècle, se fit jour une croyance , confuse encore dans la Micrographia de Hooke en 4665, mais qui se dessine plus nettement chez Mayow en 1669 et chez Willisen 1674. Cette croyance consistait à admettre dans l'air l’existence de particules salpétriques (spiritus nitro-aëreus , pabulum nitrosum) identiques à celles qui forment la base du salpètre, et qui devaient être l’élément essentiel dans le phénomène de la combustion. On commença alors à affirmer que lextinction de la flamme dans un espace fermé ne tient pas à ce que l’air est saturé des vapeurs qui émanent du corps enflammé, mais résulte de l’absorption complete du spiritus nitro-aëreus ou prinel étrique contenu originairement dans l'air. L’inflam-
mation subite qui se produit, lorsqu'on jette du salpêtre fondu sur des charbons, en raison de l’oxygène qui s’en dégage , et ce que l’on appelle la décomposition du salpêtre dans le creuset argileux en éontact avec l'atmosphère, contribuérent à propager cette opinion. Selon Mayow, les particules salpétrées de Pair sont le principe de la respiration des animaux; elles ont pour effet la production de la chaleur animale et la purification du sang qui passe du noir au rouge. C’est par elles encore que sont possibles la combustion de tous les corps et la calcination des métaux; enfin elles jouent à peu près le rôle de l'oxygène dans la chimie antiphlogistique. Le circonspect Robert Boyle confessait à la vérité que la combustion ne peut avoir lieu sans la présence de l’un des éléments qui concourent à former l’air atmosphérique, mais il n’osait déterminer si ce principe tient ou non de la nature du salpêtre.
L’oxygène était pour Hooke et Mayow un objet imaginaire, une fiction de l'esprit. Un chimiste pénétrant, versé en même temps dans la physiologie des plantes, Hales, fut le premier qui vit l'oxygène se dégager en grande quantité, sous la forme de gaz, d’une masse de plomb chauffée à une treshaute température , qu’il calcinait en 1727 à Mennige. Hales vit le gaz se dégager , sans en rechercher la nature et sans remarquer quelle ardeur y pouvait puiser la flamme ; il ne soupconna pas l'importance de la substance qu’il avait préparée. Ce furent Priestley de 1772 à 1774, Scheele de 4774 à 1775, Lavoisier et Trudaine en 1775, qui observerent les premiers l'intensité plus grande de la flamme dans le gaz oxygène, et les autres propriétés de ce fluide. Beaucoup soutiennent que ces découvertes simultanées furent complétement indépendantes les unes des autres (°1).
Nous avons fretracé historiquement les débuts de la chimie pneumatique, parce que, aussi bien que ceux de la théorie de l'électricité , ils ont préparé les grands aperçus qui se sont produits dans le siècle suivant sur la constitution de l’atmosphére et les phénomènes météorologiques. L'idée de gaz spéciliquement distincts ne fut jamais bien claire au xvu® siécle, même pour les chimistes qui produisaient ces
gaz. On recommença de nouveau à attribuer la différence qui existe entre l’air atmosphérique, d’une part, et l'air irrespirable où inflammable , de l’autre, à l'accumulation de certaines vapeurs. En 1766, pour la première fois, Black et Cavendish démontrèrent que l’oxygène ou air fixe et l’hydrogène ou air inflammable sont des fluides aériformes distincts spécifiquement ; tant il avait fallu de temps pour renverser l'obstacle qu’opposait aux progrès de la science l’an- -tique croyance à la simplicité élémentaire de l'atmosphère. MM. Boussingault et Dumas, en constatant d’une manière définitive la composition chimique de l'air , c’est-à-dire en déterminant avec précision les rapports de chaque partie , ont attaché leur nom à l’une des plus brillantes découvertes de la météorologie moderne.
Ces progrès de la physique et de la chimie, que nous avons retracés partiellement, ne pouvaient rester sans influence sur le premier développement de la géognosie. Un grand nombre de questions géognostiques, dont on cherche encore aujourd’hui la solution, furent soulevées par un homme doué des connaissances les plus étendues , par le grand anatomiste danois Stenson (Nic. Steno), que le grandduc de Toscane, Ferdinand IL, appela à son service; par un médecin anglais, Martin Lister, et par «le digne rival de Newton, » Robert Hooke (°?). J’ai traité en détail, dans un autre ouvrage, des services rendus par Stenson à la gé0gnosie de position ou de gisement (5). I est vrai que déjà au xve siècle Léonard de Vinci, probablement dans le temps où il faisait construire en Lombardie des canaux qui traversaient des terrains de transport et des couches tertiaires; que Fracastor, en 4517, à l’occasion de roches contenant un grand nombre de poissons, et découvertes par hasard dans le mont Bolca, près de Vérone; enfin que Bernard Palissy , dans ses recherches sur les eaux vives en 1563, reconnurent les traces encore subsistantes d’un monde océanique qui avait cessé d’être. Léonard de Vinci, qui avait le pressentiment d’une division plus philosophique des formes animales, nomme les coquillages « animali che hanno l’ossa di fuori, » En 41669, Stensen, dans son ouvrage sur les matié-
res contenues dans les roches {De solido intra solidum naturaliter contento) distingue « les couches rocheuses primitives qui se sont solidifiées avant la naissance des animaux et des plantes, et par conséquent ne contiennent jamais de débris organiques , des couches sédimenteuses superposées les unes aux autres (turbidi maris sedimenta sibi invicem imposita), qui recouvrent les restes d'organisations détruites. Toutes les couches contenant des fossiles étaient, dans le principe, disposées horizontalement ; leur inclinaison fut causée plus tard, en partie par l’éruption des vapeurs souterraines que produit le foyer central de la terre (ignis in medio terræ), en partie par l’affaissement des couches inférieures trop faibles pour supporter ce fardeau (°#). Les vallées sont le résultat de ce bouleversement.
La théorie de Stenson sur la formation des vallées est celle de Delue ; selon Léonard de Vinci, au contraire, d’accord en cela avec Cuvier , les vallées ont été creusées peu à peu par des torrents (*). Stenson reconnait dans la constitution géognostique du sol de la Toscane la trace de révolutions qui doivent être rapportées à six grandes époques de la nature (sex sunt distinctæ Etruriæ facies, ex præsenti facie Etruriæ collectæ) , c’est-à-dire que six fois, à des époques périodiques , la mer a fait invasion et ne s’est retirée dans son ancien lit qu'après un long séjour à l’intérieur des terres. Toutes les pétrifications cependant n’appartiennent pas à la mer ; Stenson distingue les pétrilications pélagiques de celles qui sont produites par l’eau douce Scilla a décrit en 4670 les fossiles de la Calabre et de l’ile de Malte. Parmi ces derniers, le grand anatomiste et zoologiste Jean Muller a reconnu la plus ancienne représentation des dents du gigantesque Hydrarchus d’Alabama (Zeuglodon cetoides d'Owen), l'un des mammifères de la grande famille des cétacés. La couronne de ces dents est conformée comme chez les phoques (°6).
Lister fit, dès l’an 1678, la remarque importante que chaque espèce de roche est caractérisée par des fossiles différents, et que les espèces des genres Murex, Tellina et Trochus, qui se rencontrent dans les carrières du eanton de
Northampton, ressemblent, il est vrai, à celles qui habitent aujourd'hui les mers, mais qu’observées plus attentivement, elles présentent des différences spécifiques (7). L'état imparfait encore de la morphologie descriptive ne permettait pas de fournir des preuves rigoureuses à l'appui de ces admirables divinations. Ainsi de bonne heure commençait à poindre la lumiere, qui s’éteignit bientôt apres, pour resplendir de nouveau dans les grands travaux paléontologiques de Cuvier et d'Alexandre Brongniart, travaux qui renouvelèrent la partie de la géognosie relative à la formation des sédiments (%). Lister, attentif à la superposition régulière des couches sentit le premier le besoin de cartes géognostiques. Si cependant ces phénomènes et le lien qui les rattachait à une où plusieurs inondations excitaient l'intérêt, si la science et la foi, se prêtant un mutuel secours, produisaient en Angleterre les systèmes de Ray, de Woodward, de Burnet, de Whiston, d'autre part, l’impossibilité absolue de distinguer minéralogiquement les parties essentielles qui entrent dans la formation des roches composées, fit négliger tout ce qui se rapporte aux matières cristallisées et compactes rejetées par les éruptions, et à la manière dont elles se transforment. Bien qu’on admit un foyer de chaleur dans le centre du globe , les tremblements de terre, les sources d’eau chaude et les éruptions volcaniques ne furent pas considérés comme produits par la réaction de la planète contre son écorce extérieure, mais comme des accidents locaux dus, par exemple , à des couches de fer sulfuré qui se seraient enflammées d’elles-mêmes. Les puériles tentatives que fit Lemery , en 4700, ont eu malheureusement une longue influence sur les théories volcaniques , bien que ces théories eussent pu être élevées déjà à un plus haut degré de généralilé, grâce à un ouvrage où l'imagination à une grande part, à la Protogæa de Leibnitz (1680).
La Protogæa, plus poétique parfois que les nombreuses compositions en vers du même philosophe, qui viennent d’être récemment livrées au public (**), enseigne: « la scorilication de l'écorce terrestre , caverneuse , brülante et brillant jadis de sa lumiere propre ; le refroidissement suc-
cessif de la surface du globe dont le calorique se disperse au milieu des vapeurs qui l'entourent; le dépôt et la réduction en eau par un refroidissement progressif des vapeurs atmosphériques; labaissement du niveau de la mer à la suite de l'invasion des eaux dans les cavités intérieures du globe ; enfin l'écroulement de ces cavités qui a amené la chute des couches de la terre, ou, en d’autres termes, leur inclinaison à l'horizon. » La partie physique de ce tableau fantastique et désordonné offre quelques traits qui ne paraissent pas à dédaigner pour les partisans des idées nouvelles en géognosie, malgré les progrès que cette science a faits depuis dans toutes les directions. De ce nombre sont: le mouvement de la chaleur dans l'intérieur du corps terrestre et le refroidisement de la terre par suite de la déperdition de chaleur qui rayonpe à travers sa surface ; l’existence d’une atmosphère de vapeurs; la pressieä que ces vapeurs exercent sur la surface de la terre, tandis que s'opère la solidification des couches; la double origine des masses fondues et solidifices, ou déposées par les eaux. Quant au caractere typique et à la distinction minéralogique des diverses espèces de roches, c’est-à-dire à l'association de certaines substances, particuliérement des substances cristallines qui reparaissent dans les contrees les plus éloignées, il n’en est pas plus question dans la Protogæa que dans le système géognostique de Hooke. Chez ce géologue aussi, ce sont les spéculations physiques sur l’action des forces souterraines dans les tremblements de terre, sur le soulévement subit du lit et des rivages de la mer, sur Ja formation des iles et des montagnes, qui occupent le premier rang. En observant les débris organiques d’un monde évanoui, il fut conduit à supposer que, dans des temps plus anciens , la zone tempérée a dù jouir du climat des’ tropiques.
Il me reste à mentionner le plus grand de tous les phénoinenes géognostiques, j'entends la forme mathématique de la terre, dans laquelle se reflètent, de manière à ne pouvoir être méconnus, l’état du globe aux époques primitives, c’està-dire la fluidité de la masse, qui des lors tournait sur ellemême, et sa solidification comme sphéroïde terrestre. A la
fin du xvu siècle, on dessina l’image de la terre dans ses traits principaux, mais sans déterminer exactement le rapport numérique de l'axe des pôles à celui de léquateur. La mesure du degré exécutée par Picard, en 1670, avec des instruments que lui-même avait perfectionnés, a eu d'autant plus d'importance, qu’en fournissant à Newton le moyen de prouver comment l'attraction de la terre retient dans son orbite la lune emportée par la force centrifuge, elle fut pour ce profond et heureux investigateur l’occasion de reprendre avec une ardeur nouvelle la théorie de la gravitation , découverte dès l’an 1666 et plus tard laissée de côté. On pense que l’aplatissement de Jupiter, connu depuis longtemps, avait aussi sollicité Newton a réfléchir sur les causes de cette dérogation à la forme sphérique (*%). Les tentatives de Richer, à Cayenne , en 1673, et celles de Varin sur les côtes oceidentales de l'Afrique , pour mesurer la véritable longueur du pendule qui bat la seconde, avaient été précédées d’autres essais moins concluants, faits dans les villes de Londres, de Lyon et de Bologne; c’est-à-dire à 7° d'intervalle (1). Le décroissement de la pesanteur , du pôle à l’équateur, que Picard s’obstina longtemps encore à méconnaitre , fut alors généralement admis. Newton constala laplatissement des pôles de la terre, vit dans la forme sphéroïdale une conséquence de la rotation etosa même assigner numériquement la dépression polaire, dans la supposition d’une masse homogène. Il fallait attendre le résultat de la comparaison entre les mesures de degré opérées aux xvin® et xix® siéeles, sous l'équateur , près des pôles et dans les zones tempérées des deux hémisphères du Nord et du Midi, pour déterminer avec précision la valeur de l’aplatissement et par conséquent la véritable figure de la terre. L’existence seule de l’aplatissement révèle, comme je l'ai dit dans le premier volume de cet ouvrage (?), la plus ancienne des données géognostiques , c’est-à-dire la fluidité primitive et la solidification progressive de notre planète.
Nous avons commencé le tableau du grand siècle qu’ont illustré Galilée et Kepler, Newton et Leibnitz par l’histoire des découvertes accomplies dans les espaces célestes, grâce
à l'invention récente du télescope; nous le terminons en faisant voir comment la connaissance de la forme de la terre est sortie, par voie de déduction, de raisonnements théoriques. « Newton, dit M. Bessel, a pu dévoiler le système du Monde, parce qu’il à réussi à découvrir la force dont les lois de Kepler sont la conséquence nécessaire, et qui devait être en rapport avec les phénomènes comme ces lois mémes qui, en donnant la formule des faits, annoneaient à l’avance le principe universel d’où elles découlent (5). » La découverte de la force dont Newton a développé l’essence dans son livre immortel des Principes, cette théorie générale de la nature, a presque coïncidé avec l’essor nouveau donné aux recherches mathématiques par le calcul infinitésimal. Le travail de l'esprit se montre avec toute son élévation et sa grandeur , là où sans avoir besoin de moyens extérieurs et matériels, il emprunte tout son éclat au développement mathématique de la pensée, à la pure abstraction. Il y a un charme qui captive et qui a été célébré par toute l'antiquité, dans la contemplation des vérités mathématiques, dans ces éternels rapports du temps et de l’espace qui se manifestent dans les sons, dans les nombres, dans les Hignes (*). Le perfectionnement d’un instrument intellectuel, de l’analyse, a développé dans les idées une fécondité réciproque qui n’est pas moins précieuse par elle-même que par les richesses qu’elle enfante. Grâce à cet instrument, la contemplation physique du monde a pu dévoiler les causes des fluctuations périodiques qui se produisent à la surface des mers, comme celles des perturbations planétaires, et découvrir dans les sphères de la terre et du ciel de nouveaux horizons sans mesure et sans limite.