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En employant avec soin de grandes lunettes, on est arrivé insensiblement à tracer une topographie de la Lune, fondée sur des observations réelles ; et comme, en opposition, un de ses hémisphères tout entier s'offre à nos regards, nous connaissons la liaison générale des montagnes de la Lune et leur configuration Superticielle beaucoup mieux que nous ne connaissons l’horographie de l'hémisphère terrestre, qui comprend l’intérieur de l'Afrique et de l'Asie. Généralement, les parties les plus obscures du disque lunaire sont les plus unies et les plus basses ; les parties éclatantes sont les régions élevées et montagneuses. Mais l’ancienne division que faisait Képler en mers et en continents est depuis longtemps abandonnée; et déjà Hévélius, bien qu'il ait propagé l'usage de termes analogues, en révoquait en doute l'exactitude, et avait des serupules sur cette opposition des deux éléments. On s'appuie surtout, pour combattre l'hypothèse des plaines liquides, sur celle circonstance, constatée par des observations altentives et faites à des degrés de lumière très-différents , que dans les prétendues mers de Ja Lune il n’y a point d'espaces unis, si pelits qu'ils soient, que tous présentent un grand nombre de surfaces qui se croisent. Arago à 1nfirmé les moufs tirés des inégalités de surface, en faisant remarquer que, malgré leurs aspérités, quelques-unes de ces plaines pourraient encore former le Hit de mers peu profondes, puisque sur notre globe le fond aceidenté et couvert de récifs de l'Océan, peut-être vu distinetement à une grande hauteur, grâce à la supériorité d'éclat de la lumiére qui s'élève des profondeurs sur celle que réfléchit la surface (Annuaire du Bureau des Longitudes pour 1556, p- 559-545). Dans le Traité d'Astronomie et de Photométrié qu'il va bientôt faire paraitre, Arago se propose de conclure d’autres raisons empruntées à l'optique, et qui ne sauraient trouver place ici, à l'absence probable de l'eau sur notre satellite. Les plus grandes de ces plaines basses se trouvent dans les régions du Nord et de l'Est. Le bassin mal délimité de l'Oceanus Procellarum est probablement de
tous celui qui à le plus détendue, il n'a pas moins de 90 000 myriamètres carrés. Gelte partie sombre de la Lune, située dans l'hémisphère oriental, qui enferme des montagnes groupées en forme d’iles, telles que les monts Riphées, le mont Képler, le mont Copernic et les Carpathes, et à laquelle se rattachent le Mare Imbrium qui couvre une surface de 9000 myriamètres carrés, le Mare Nubium et même, dans une certaine mesure, le Mare Humorum, forme le contraste le plus frappant avec la région lumineuse du Sud-Ouest, dans laquelle les montagnes sont accumulées (21). Au Nord-Ouest, on voit deux bassins plus isolés et fermés plus hermétiquement: le Mare Crisium qui s'étend sur un espace de plus de 1600 myriamètres carrés, et le Mare Tranquillitatis dont la surface est de 3100.
La couleur de ces prélendues mers n’est pas toujours grise. Le Mare Crisium est d’un gris mêlé de vert sombre, le Mare Serenitatis et le Mare Humorum sont également verts. Aïlleurs, près des monts Hercyniens, l'enceinte isolée, désignée sous le nom de Lichtenberg, offre une leinte rougeàtre. Îl en est de même pour. le Palus Sommir. Les s plaines circulaires dont le centre n’est point occupé par des montagnes sont la plupart d'un gris foncé, ürant sur le bleu, et qui ressemble à l'éclat de acier. Les causes de ces tons différents sur un sol formé de rochers ou couvert de substances meubles sont tout à fait inconnues. De même qu'au Nord de la chaine des Alpes, le vaste cirque de Platon, nommé par Hévélius Lacus niger major, et plus encore Grimaldi, vers l'équateur, et Endymion, à l'extrémité Nord-Ouest du disque, sont réputés les trois endroits les plus obscurs de la Lune ; au contraire, le point le plus éclatant est Aristarque, dont les sommets brillent quelquefois, dans l'ombre, d’un éclat presque stellaire. Toutes ces nuances d'ombre et de lumière affectent une plaque enduite d’iode, et, à l’aide de forts grossissements, se fixent au daguerréotype avec une fidélité merveilleuse. J'ai en ma possession une image de la Lune, obtenue de cette manière par un artiste distingué, M. Whipple, de Boston;
— MD — bien qu’elle n'ait pas plus de deux pouces de diamètre, on y reconnait distinetement ce que l'on est convenu d’açpeler des mers, ainsi que les enceintes de montagnes.
La forme cireulaire qui frappe déjà les regards dans quelques-unes des mers, en RAOMEUIes daus le Mare Crisium, le Mare Seremitatis et le Mare Humorum, se retrouve bien plus souvent encore et d'une miamière générale dans les parlies montagneuses de la Lune, surtout parmi les immenses groupes de montagnes qui couvrent Fhémisphère méridional du pôle à l'équateur, où ils se terminent en pointe. Un grand nombre de ces éminences annulaires et de ces pme SR AREA dont les plus grandes ont, d’après Lohrmann, plus de 500 myriamètres carrés, forment des chaînes continues, parallèles au méridien, entre ÿ° et 40° de latitude australe (*). La région polaire boréale ne renferme proporlionnellement qu'un très-peut nombre de ces enceintes de montagnes ; elles forment au contraire un eroupe non interrompu sur le hord occidental de l'hémisphère du Nord, entre 20° et 50° de lautude. Cependant le Mare Frigoris est à quelques degrés seulement du pôle boréal, qui, n'offrant comme touie la région plane du Nord- Est, que quelques cratères isolés, Platon, Mairan, Aristarque, Copernic et Képler, forme un contraste complet avec le pôle austral, tout hérissé de montagnes. Autour du pôle austral brillent des pies élevés, plongés durant des lunaisons entières dans une lumière perpétuelle ; ce sont de véritables îles de lumière que lon peut reconnaitre avec des lunettes d’un faible grossissement (*5).
Comme exceptions à ce lype, si répandu sur la surface de la Lune, d'enceintes cireulaires, il existe aussi de vérttables chaines de montagnes situées presqu'au milieu de Yhémisphère septentrional: tels sont les Apeunins, le Caucase et les Alpes. Ces chaines se dirigent du Sud au Nord, formant un arc incliné un peu vers lPOuest, et couvrent environ 952 degrés de latitude. Dans cet espace, sont aceumulés des dos de montagnes et des pies quelquefois fort aigus, auxquels se mélent encore un petit nombre
m7 re de cirques et de dépressions en forme de cratéres (Conon, Bradley, Callippe), mais dont l’ensemble se r rapproche davantage de nos chaines de montagnes. Les Alpes lunaires qui le cèdent en hauteur au Caucase et aux Apeonins, j'entends le Caucase et les Apennins de la Lune, présentent une vallée transversale remarquablement large, qui coupe la chaine dans Ja direction du Sud-Est au Nord-Ouest. Cette vallée est bordée de sommités dépassant en hauteur le pic de Ténérille.
Si dans la Lune et sur la Terre on compare les hauteurs des montagnes aux diamètres de ces deux corps célestes, on arrive à ce résultat remarquable: que les montagnes lunaires, dont les plus hautes sont inférieures de 600 Loises seulement à celles du globe terrestre, atteignent 1/454 du diamètre de la Lune, tandis que celles de la Terre, quatre fois ee grandes, ne dépassent pas 1/1481 de son diamètre (2). Parmi les 1095 altitudes mesurées sur Fa Lune, jen trouve 59 supérieures à celle du mont Blanc, haut de 2462 toises, et 6 qui en ont plus de 5000. Ces mesures s'obtiennent soit par les rayons tangents, en déterminant la distance des sommets, qui restent éclairés dans la parte de ombre, à la limite d'ombre et de lumière, soit d'après la longueur des ombres portées. Galilée appliquait déja la premire de ces méthodes, comme on le voit dans sa lettre au Père Grienberger sur la Montuosità della Luna.
Suivant Mædler, qui a mesuré soigneusement les montagnes de la Lune d'après les longueurs des ombres portées, les points culminants sont par ordre de grandeur décroissante: au hord méridional, très-près du pôle, Doerfel et Leibnitz, 5800 toises ; la montagne circulaire de Newton, dont l'excavation est telle que jamais le fond n’en est éclairé ni par la Ferre nt par le Soleil, 5727 Loises ; Casatus à PEst de Newton 5369 tises; Callippus dans la chaine du Caucase 5190 toises; les Apennins, de 2800 à 5000 toises. fl faut remarquer ici que dans l'absence d'une surface générale de niveau, comme celle que nous fournit la mer, ég lement distante dans toutes ses parties du ceatre du u