SYSTÈME SOLAIRE
LES PLANÈTES ET LEURS SATELLITES. LES COMÈTES. LA LUMIERE ZODIACAIE ET LES ASTÉROIDES MÉTÉORIQUES
Quitter, dans la partie céleste de cétte deseripuon de l'univers, le firmament et les étoiles fixes, pour redescendre au système dont le soleil est le centre, c’est passer de l’'universel au particulier, d’un objet immense à un objet pelit relativement. Le domainé du Soleil est celui d'une seule étoile fixe, parmi les millions d'étoiles fixes que le télescope nous découvre dans le firmament : c’est l'étendue hmitée dans laquelle des mondes très-différents entre eux obéissent à l'attraction directe d’un corps central, et soit qu'ils ‘poursuivent seuls leur marche solitaire, ou qu'ils suient entourés eux-mêmes de corps de Ja même nature, décrivent autour de ce point central des orbites d'inégale grandeur. En essayant de disposer en: ordre, dans la partie sidérale de cette’ Uranologie, les principales classes d'étoiles, j'ai eu l'occasion de signaler, parmi les innombrables étoiles télescopiques, la classe des étoiles doubles, qui forme elle-même des Systèaes isolés, binaires où diversement composés; mais malgré analogie des forces qui les diri-
sent, ces systèmes diffèrent essentiellement de notre système solaire. On y voit des étoiles douées d’un éclat propre se mouvoir autour d’un centre de gravité commun, qui n’est point occupé par la matière visible: dans notre système, au contraire, des astres obscurs circulent autour d’un corps lumineux, ou pour parler plus exactement, autour d’un centre de gravité commun, placé tantôt à l'intérieur, tantôt en dehors du corps central. « La grande ellipse que la terre décrit autour du Soleil se reflête, pour ainsi dire, dans une autre petite courbe toute semblable, sur laquelle se meut le centre du Soleil, tournant autour du centre de gravité commun du Soleil et de la Terre. » Quant à savoir si-les astres planétaires, parmi lesquels on doit compter les comètes intérieures el extérieures, ne sont point capables, dans quelque partie du moins de leur surface, de produire, outre la lumière que leur enveie le corps central, une lumière qui leur soit propre, c’est une question qui ne saurait encore trouver place au milieu de ces considérations générales.
On n’a pu établir jusqu'ici par des preuves directes l’existence de corps planétaires obscurs, gravitant autour d’une étoile fixe. Le peu d'intensité de la lumière réfléchie ne nous permettrait pas d'apercevoir de telles planètes, dont longtemps déjà avant Lambert, Képler soupconnait que chaque étoile devait être accompagnée. En prenant pour distance de l'étoile la plus voisine, + du Centaure, 226 000 rayons de l'orbite terrestre, ou 7525 fois la distance de Neptune au Soleil, une comète à très-grande exeursion, celle de 1680, à laquelle on attribue, d’après des données très-incertaines , il est vrai, une révolution de 8800 ans, étant, à l’aphélie, éloignée de notre Soleil de 28 distances de Neptune, l'éloignement de l'étoile + du Centaure sera encore 270 fois plus grand que le rayon de notre système solaire , mesuré jusqu’à laphélie de cette comète. Nous apercevons la lumière réfléchie de Neptune à 50 rayons de l'orbite terrestre. Quand même, dans l'avenir, de nouveaux télescopes plus puissants nous permeltraient de reconnai-
tre trois autres planètes successives, jusqu'à la distance, je suppose, de 100 rayons de l'orbite terrestre, une telle distance n’alleindrail pas encore la 8°° partie de la distance de l@ comète à son aphélie, pas 1/2200 de celle à laquelle 1l nous faudrait percevoir la lumière réfléchie d’un satellite tournant autour de + du Centaure (5). Est-il néanmoins absolument nécessaire d'admettre l'existence de satellites auprès des étoiles fixes? Si nous jetons un regard sur les systèmes inférieurs qui rentrent dans notre grand système planétaire, nous rencontrons, à côté des analogies que peuvent offrir les planètes entourées de nombreux satellites, d’autres planètes: Mercure, Vénus, Mars, qui en sont privées. Faisant done abstraction de ce qui est simplement possible pour nous borner aux faits réels et indubitables, nous nous sentons vivement pénétrés de celte idée: que le système solaire , surtout avec les complications que les derniers temps nous ont révélées, offre l’image la plus riche des relations directes et facilement reconnaissables, qui rattachent un grand nombre de corps célestes à un seul d’entre eux.
Notre système planétaire, en raison même de l’espace plus restreint qu'il occupe, offre, pour la sûreté et l'évidence des résultats que cherche lastronomie mathématique, des avantages incontestables sur l’ensemble du firmament. L'étude du monde sidéral, en ce qui concerne surtout les amas stellaires et les nébuleuses, comme aussi pour le classement photométrique des étoiles, travail d’ailleurs trop peu certain, appartient en grande partie au domaine de lastronomie contemplative. La partie la plus exacte et la plus brillante de l'astronomie , celle qui a reçu de nos jours le plus d’accroissement, est la déterminalion des posions d'étoiles en ascension droite et en déclinaison. Qu'il s'agisse d'étoiles isolées ou doubles, d'amas stellaires ou de nébuleuses, le mouvement propre des étoiles, les éléments d’où l’on déduit leur parallaxe , la distribution des mondes dans l'espace révélée par les jaugeages lélescopiques du Ciel, les périodes des étoiles à éclat changeant ou
la révolution lente des étoiles doubles, sont autant d'objets susceplibles d'être mesurés avec une plus ou moins grande exactitude, bien que ces opérations ne scient pas sans difficulté. I y en a d’autres au contraire qui par leur nature échappent à toute espèce de calcul: de ce nombre sont la position relative et la forme des couches stellaires où des nébuleuses perforées , l'ordonnance générale de l'univers et l’action violente des forces natur elles en vertu desquelles apparaissent ou disparaissent les éloiles, phénomènes qui nous affectent d'autant plus profondément qu'ils touchent aux régions vaporeuses de l'imagination et de la fantaisie (*).
Nous nous abstenons à dessein, dans les pages suivantes, de toute considération sur la-liaison de notre système solaire avee les systèmes des autres étoiles fixes; nous ne revenons plus sur ces questions, qui s'imposent à nolre inteligence, de la subordination et de la dépendance des svstèmes. Nous n'avons plus à nous demander si le Soleil, notre astre central, n'est pas lui-même à l’état de planète dans un autre système plus vaste, el non pas même peut-être à l’état de planète principale, mais à l’état de satellite d'une planète, comme les lunes de Jupiter. Limilés à un domaine plus familier, au domaine même du Soleil, nous avons à nous féliciter de cet avantage, que presque tous les résultats de l'observation, excepté ce qui se rattache à l'aspect des surfaces, à l'atmosphère gazeuse des globes planétaires , à la queue simple ou multiple des comètes, à la lumière z0diacale où à l'apparition énigmatique des étoiles filantes, peuvent être ramenés à des rapports numériques, et se présentent comme les conséquences d’hypothèses susceptibles d’une démonstration rigoureuse. Cette démonstration n'entre point dans le plan d’une description physique de lunivers; tout ce qu'un pareil plan comporte, c’est de recueillir méthodiquement les résultats numériques: héritage que chaque siècle transmet agrandi au siècle suivant. Une table renfermant la distance moyenne qui sépare les planètes du Soleil, la durée de leur révolution sidérale, l’excentricité de leur orbite, l'inelinaison de ces orbites sur l’écliptique, le dia-
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métre, la masse et la densité, peut offrir aujourd'hui, sous un bien petit espace, l’état des conquêtes intellectuelles qui sont l'honneur de notre époque. Qu'on se transporte un instant dans l'antiquité, qu'on se représente le maitre de Platon, le pythagoricien Phiolaëüs, A ristarque de Samos ou bien Hipparque, en possession de cette feuille de chifires ou d’une description graphique des orbites de toutes les planètes, tels qu'il s'en trouve dans nos ouvrages élémenaires: on ne pourrait comparer l’étonnement ei ladmiration de:ces hommes, les héros de la science naissante, qu'à la surprise dont seraient frappés Eratosthène, Strabon, Claude Ptolémée, si on leur présentait une de nos mappemondes dressées sur une carte de quelques pouces carrés, d'après les projections de Mercator.
Les comètes que l'attraction centrale force à revenir sur elles-mêmes, en décrivant une eilipse fermée, marquent la limite du domaine solaire. Mais comme on ne peut être cer- {ain qu'il ne se présentera point un jour quelque autre comète, dont le grand axe dépasserait en longueur ceux des comètes connues jusqu'à ce jour et dont les éléments ont été calculés, la distance des aphélies de ces comêtes ne nous donne qu'une limite inférieure de l'espace subordonné au Soleil. Ainsi le domaine solaire est caractérisé par les effets visibles et mesurables des forces centrales qui émanent du Soleil, et par les corps planétaires qui décrivent des orbites fermées autour de lui, sans pouvoir rompre les liens qui les y retiennent attachés. L’attraetion . qu'exerce cet astre sur d’autres étoiles fixes ou soleils, dans des espaces plus vastes, par delà les orbites de ces corps célestes, ne doit point trouver place parmi les considérations dont nous nous occupons Ici. |
D'après l'état de nos connaissances à Ja fin de cette preinière moilié dû x1x° siècle (1851), le système solaire comprend les éléments suivants, en rangeant les planètes d’apres la distance qui les sépare du corps central:
1° 22 planètes prineipales : Mencyre, VENUS, La Terre, Mars; Flore, Victoria, Vesta, fris, Métis, Hébé, Parthénope, Irène,
Astrée, Égérie, Junon, Cérès, Pallas Hygie, Jupiter, Sa- TURNE, Uranus, NEPTUXE.
De ces 22 planètes, 6 seulement étaient connues au 17 mars 1781.— Nous avons distingué par des caractères typographiques différents les 8 grandes planètes des 14 petites, appelées quelquefois aussi astéroïdes, dont les orbites entrelacées sont comprises entre Mars et Jupiter.
2° 21 satellites: 4 pour la terre, 4 pour Jupiter, S pour Saturne, 6 pour Uranus, 2 pour Neptune.
3° 197 comètes, dont l'orbite est calculée, Parmi ces comèles, 6 sont intérieures, c'est-à-dire que leur aphélie est en decà de l'orbite planétaire la plus éloignée, celle de Neptune.
Selon toute probabilité, le système solaire renferme encore la lumière zodiacale, qui s'étend beaucoup au delà de l'orbite de Vénus et atteint peut-être celle de Mars.
De nombreux observateurs sont aussi d'avis d’y joindre les essaims d'asteroïdes météoriques qui coupent l’orbite de la Lerre, surlout en des points déterminés.
Les événements récents qui mérHent d'être mentionnés dans l'histoire des découvertes planétaires, sont: la découverte d'Uranus, la première planète trouvée au delà de l'ellipse de Saturne, qui fut signalée à Bath le 45 mars 1781 par Herschel; la découverte de Cérès, la premiére des petites planètes, observée par Piazzi à Palerme, le 1° janvier 1801; la reconnaissance de la première comète intérieure, faite par Enche à Gotha, au mois d'août 1819 ; enfin l'annonce de l’existence de Neptune, prouvée au moyen du calcul des perturbations planétaires, par Leverrier, à Paris, dans le mois d’août 1846, et vérifiée par Galle le 23 septembre 1846, à Berlin. Ces découvertes considérables n’ont pas eu seulement pour résultat d'étendre et d'enrichir d'autant notre système solaire; chacune d'elles a été le principe d’un grand nombre d’autres découvertes: c’est à elles que l'on doit la connaissance de 5 autres comètes intérieures, signalées de 1826 à 1851 par Biéla, Faye, de Vico, Brorsen et d’Arresl, el celle de 13 petites planètes, dont 5 (Pallas,
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ON
Junon et Vesta) ont élé trouvées de 1801 à 1807, et dont, après 38 ans d'interruption, 9 autres ont été observées successivement par Hencke, Hind, Graham et de Gasparis. A partir de la découverte d’Astrée, due aux observations heureuses et aux habiles combinaisons de Hencke, c’est-à-dire depuis le 8 décembre 1845 jusqu’au milieu de l’année 1851, le monde des comètes est devenu aussi objet d'observations tellement attentives, qu’on est parvenu, dans les 11 dernières années, à calculer les orbites de 53 nouvelles comêtes. C'est à peu près lout ce qu'on avait pu faire en 40 ans, depuis le commencement du xix° siècle.
L'ESOLEFE