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des espaces de plusieurs degrés carrés, forment un contraste frappant avec ane nébuleuse de forme ovale, la plus petite de toutes les nébuleuses isolées, qui a l'éclat d’une éloile télescopique de 14° grandeur, et se trouve entre les constellations de l’Autel et du Paon (5). On ne peut trouver deux nébuleuses irrégulières qui se ressemblent (57). Cependant Sir John Herschel, après des observations de plusieurs années, leur reconnait ce caractère commun que toutes sont situées sur les bords ou à très-peu de distance de la voie lactée, et peuvent en être considérées comme des émanalions ou comme des fragments détachés. Au contaire, les petites nébuleuses qui ont une forme régulière et des contours généralement arrêtés, sont ou répandues sur toute la surface du Ciel, ou rassemblées très-loin de la Voie lactée dans des régions particulières, comme, par exemple, dans lhémisphère austral, près de la Vierge et des Poissons. À la vérité il n’y a pas moins de 15° de distance entre la grande nébuleuse irrégulière de l'Epée d’Orion et les bords visibles de la Voie lactée; mais peut-être celle masse diffuse appartient-elle au prolongement de la branche de Ta Voie lactée qui, partant de + et de ©: de Persée, va se perdre vers de Aldébaran et vers les Hyades, et dont il a déjà été question plus haut. Les plus belles étoiles de la constellation d’Orion, celles qui lui ont valu sa vieille célébrité, font partie de la zone qui comprend les étoiles les plus grandes et probablement aussi les plus voisines de nous, et dont un arc de grand cercle, passant par : d'Orion et + de la Croix, dans l'hémisphère austral, peut indiquer le prolongement (%%).
L'opinion beaucoup plus ancienne et très-répandue, d'après laquelle une voie lactée de nébuleuses couperait presque à angle droit la voie lactée des étoiles (5°), n’a nullement été confirmée par des observations nouvelles et plus exactes sur la répartition des nébuleuses régulières à travers le firmament (®). Il y a sans doute, comme je l'ai remarqué déjà, des agglomérations de nébuleuses vers le pôle nord de la voie lactée; il en existe aussi un grand
nombre vers le pôle Sud, près des Poissons ; mais de nombreuses interrupuons ne permettent point de dire qu'une zone de nébuleuses formant un grand cercle de la sphère relie ensemble ces deux pôles. En 1784, William Herschel avait exposé celte conjecture à la fin de son premier Traité : sur la Structure du Ciel ; mais 1l avait eu soin de la présenter comme douteuse, el avee la réserve qui convenait à un si grand observateur.
Parmi les nébuleuses irrégulières, les unes, telles que celles de l'Épée d’Orion, de d’Argo, du Sagittaire et du Cygne, sont remarquables par leurs dimensions extraordinaires ; d’autres, celles, par exemple, qui portent les numéros 27 et 51 dans le catalogue de Messier , le sont par la bizarrerie de leur forme. ,
En ce qui concerne Ja grande nébuleuse de l'Épée d’Orlon, J'ai déja fait observer que Galilée, qui s’est si longtemps occupé des étoiles comprises entre le Baudrier et l'Epée, et quia mème dressé une carte de cette région, ne la mentionne pas (51). La nébuleuse qu'il appelle Nebulosa Orionis et qu'il a représentée avec la Nebulosa Præsepe, est, suivant sa déclaration expresse, un amas de petites étoiles pressées (stellarum constipatarum), située dans la Tête d’'Orion. Sur le dessin qu'il a donné dans son Sidereus nuncius ($ 20) et qui embrasse l'espace compris entre le Baudrier et le commencement de l'Epaule droite (+ d'Orion), je reconnais, au-dessus de l'étoile :, l'étoile maltiple 3. La force amplifiante des instruments employés par Galilée vartait de 8 fois à 50 fois. Comme la nébuleuse de l'Épée d'Orion n’est point isolée, et que vue à travers des télescopes insuffisants ou par une atmosphère trop peu transparente, elle forme une espèce d’auréole autour de l'étoile 3, il n'est point étonnant que sa forme et son existence individuelle aient échappé au grand observateur florentin : il croyait peu d’ailleurs aux nébuleuses (6?). Ce fut 24 ans après la mort de Galilée, en 1656, que Huygens découvrit la nébuleuse d’Orion. Il en donna une image grossière dans son Systema Saturnium, publié en 1659: « Lorsque j'ob-
servais, dit ee grand homme , à travers un réfracteur de 25 pieds de longueur focale, les bandes variables de Jupiter, la tache sombre qui avoisine l’équatenr de Mars et quelques autres détails peu visibles particuliers à cette planète, je remarquai dans les étoiles fixes un phénomène qui, à ma connaissance, n’avall encore élé signalé par personne, et ne pouvait être reconnu exactement qu’à l'aide des grands télescopes dont je me sers. Les astronomes ont compté dans l'Epée d’Orion trois étoiles très-voisines l'une de l'autre. Lorsque, en 1656, j'observai par hasard celle de ces étoiles qui occupe le centre du groupe, au lieu d'une j'en découvris 12, résultat que d’ailleurs il n'est point rare d’obtenir avec les télescopes De ces étoiles il y en avait 5 qui, comme les premières, se touchaient presque, et # autres semblaient briller à travers un nuage, de telle façon que l’espace qui les environnait paraissait beaucoup plus lumineux que le reste du Ciel, qui était serein et entièrement noir. On eût cru volontiers qu'il y avait une ouverture dans le Ciel qui donnait jour sur une région plus brillante. Depuis et jusqu’à ce jour , j'ai revu le même phénomène sans aucun changement; de sorte que ce prodige, quel qu'il soit, parait être fixé là pour toujours. Jamais je n'ai rien vu de semblable dans les autres étoiles fixes. » Ainsi, Huysens ne connaissait pas non plus la nébuleuse d’Andromède, découverte 54 ans auparavant par Simon Marius, ou n'y avait pris que peu d'intérêt. « Les prétendues nébuleuses, ajoute encore Huygens, et la voie lactée elle-même, vues à travers le télescope, ne montrent aucune trace de nébulosité et ne sont pas autre chose que des amas d'étoiles pressées (55). » Cette première description si vive prouve la force et la fraicheur de l'impression qu'avait recue Huysens. Mais quelle différence entre la représentation graphique qu’il donna de ce phénomène, au milieu du xvu siécle, ou les figures déjà un pen moinssimparfaites, 11 est vrai, de Picard, de le Gentil et de Messier, et les admirables dessins publiés, en 1837, par Sir John Herschel et, en 1848, par William Cranch Bond, directeur de l'Observatoire de Cambridge, aux Etats-Unis (5°).
Sir John Herschel eut ce précieux avantage, que, muni d’un réflecteur de 20 pieds, il observa depuis Fannée 1834 la nébuleuse d'Orion, au cap de Bonnc-Espérance, à une altitude de 60° (55) et put corriger encore le dessin qu'il avait fait de 182% à 1826 (55). En même temps il détermina, près de 3 d’Orion, la position de 150 étoiles, comprises pour la plupart entre la 15° et Ia 18° grandeur. Le célèbre trapèze qui n’est entouré d'aucune nébulosité est formé par 4 étoiles de 4°, de 6°, de 7° et de 8° grandeur. La 4° étoile avait été découverte à Bologne par Dominique Cassini, en 1666, suivant l'opinion commune (57); la 5° (7) le fut en 1826 par Struve; la 6° (2), de 15° grandeur, en 1852 par Sir John Herschel. Le directeur de l’Observatoire du Collegio romano, de Vico, a déclaré avoir reconnu, à l’aide de son grand réfracteur de Cauchoix, 5 autres étoiles dans l'intérieur même du trapèze, au commencement de 1839. Ces étoiles n’ont été vues ni par Herschel fils ni par William Bond. La partie nébuleuse la plus voisine du trapèze qui n'offre par lui-même presque aucune trace de nébulosité, la Regio Huygeniana formant la partie antérieure de Ja tête, au-dessus de la gueule, est tachetée, de texture granulaire, et a été résolue en amas stellaire . par le télescope de Lord Rosse, aussi bien que par le grand réfracteur de Cambridge, aux Etats-Unis (55). Parmi les observateurs modernes, Lamont à Munich, Cooper et Lassell en Angleterre, ont aussi déterminé dans cette nébuleuse la position de beaucoup de petites étoiles. Lamont a employé à cet usage un pouvoir grossissant de 1200 fois. William Herschel croyait avoir acquis la certitude, en comparant entre elles les observations qu’il avait faites de 1785 à 1811, loujours avec les mêmes instruments, que l'éclat et les contours de la grande nébuleuse d’Orion étaient sujets à des changements (%°). Bouillaud et Le Gentil avaient exprimé la mème opinion touchant la nébuleuse d’Andromèêde. Les expériences approfondies de Sir John Herschel ont rendu au moins extrêmement douteux ces changements cosmiques que l’on tenait pour certains.
Grande nébuleuse de n d'Argo. — Elle est située dans celte région de la Voie lactée si remarquable par son magnifique éclat, qui, partant des pieds du Centaure, traverse la Croix du Sud, et s’élend jusqu’au milieu du Navire. L'éclat de cette région céleste est tellement extraordinaire qu’un observateur exact, naturalisé dans les contrées tropicales de l'Inde, le capitaine Jacob, fait la remarque, d'ailleurs parfaitement d'accord avec les résultats auxquels je suis arrivé moi-même après une expérience de quatre années, que sans lever les yeux vers le ciel, on est averti par un accroissement subit de la lumière que la Croix se lève à l'horizon, el avec elle la zone qui l'accompagne (7°). La nébuleuse au milieu de laquelle se trouve * d’Argo, rendue si célèbre par les changements d'intensité de sa lumière, couvre sur la voûte céleste plus de 4/7 d'un degré carré (7'). Partagée en plusieurs masses irrégulières et jetant une lumière inégale, la nébuleuse ne présente jamais celte apparence tachetée et granulaire qui pourrait la faire croire réductble. Elle enferme un espace vide, de forme ovale, sur lequel est répandue une lueur très-faible. Sir John Herschel, après deux mois passés à prendre des mesures, a donné, dans son Voyage au Cap, un beau dessin du phénomène entier (72). Il a déterminé dans la nébuleuse de * d’Argo jusqu’à 1216 posilions d'étoiles, comprises pour la plupart entre la 14° et la 16° grandeur. Ces étoiles forment une série qui, dépassant de beaucoup la nébulosité, va rejoindre la Voie lactée, dans laquelle elles se projettent et se détachent sur le fond absolument noir du Ciel. Elles n’ont par conséquent aucune relation avec la nébuleuse elle-même et en sont vraisemblablement fort éloignées. Toute la partie avoisinante de la Voie lactée est d’ailleurs tellement riche, non pas en amas stellaires mais en étoiles, qu'entre 9h 50° et 11h 54 d’ ascension droite, on
a trouvé, en jaugeant le Ciel, à l’aide du télescope (Stargauges), une moyenne de 5158 étoiles par chaque degré carré. Ce nombre, pour 11h 34 d'ascension droite, s'élève jusqu'à 5095. Cela fait plus d'étoiles, pour un seul degré,
que l'on n’en peul apercevoir à l'œil nu, dans l'horizon de Paris ou dans celui d'Alexandrie (F5).
Nébuleuse du Sagittaire. — Cette nébuleuse, d’une étendue considérable, semble formée de quatre masses distinetes (asc. droite 178 55’, dist. au pôle. Nord 114° 21”). L'une de ces masses se divise à son tour en trois parties. Foutes sont interrompues par des places dépourvues de nébulosité. L'ensemble de la nébuleuse avait été vu déjà, mais d'une manière imparfaile, par Messier (74).
Nébuleuse du Cygne. — Elle est composée de plusieurs masses irrégulières dont l’une forme une bande fort étroite, traversant l'étoile double » du Cygne. Mason a reconnu le premier la connexion qu'élablit entre ces masses inégales leur singulière texture, assez semblable à des cellules (5).
Nébuleuse du Renard. — Elle a été vue imparfaitement par Messier, qui l'a fait entrer dans son catalogue sous le numéro 27. Elle fut découverte par occasion, pendant que l'on observait la comète de Bode, de 1779. La détermination exacte de Ja position (asc. droite 19° 52’, dist. au pôle Nord 67° 45) et le premier dessin qui en ait été fait sont dus à Sir John Herschel. Cette nébuleuse de forme réguhère reçut d’abord le nom de Dumb-bell qui lui fut donné à cause de l'aspect qu'elle présentait, vue à travers un réflecteur de 18 pouces d'ouverture. On appelle Dumb-bell, en Angleterre, des masses de fer plombées et revètues de euir, dont on se sert pour donner aux museles plus de force et d’élasticité. Un réflecteur de 5 pieds de Lord Rosse a fait évanouir cette apparence (76). La nébuleuse da Renard a été résolue par le mèmé instrument en un grand nombre d'étoiles; mais ces étoiles sont toujours restées mêlées de matière nébuleuse. On peut voir une reproduction récente et très-curieuse de la nébuleuse du Renard dans les Philosophical Transactions pour Fannée 1850 (pl. XXXVH, fig. 17 ).
Nébuleuse en spirale du Chien de chasse septentrional. — Cette nébuleuse, signalée par Messier le 15 octobre 1775, à l'occasion de la comète qu’il avait découverte, est située
dans Foreille gauche d'Astérion, trés-près de * (Benetnasch) qui fait parte de la queue de la Grande-Ourse. Elle porte le n° 51 dans la liste de Messier, le n° 1622 dans le grand catalogue des Philosophical Transactions (1855, p. 496, fig. 25). Elle est un des phénomènes les plus remarquables que présente le firmament, en raison de sa configuration singulière, et de la métamorphose que lui a fait subir le télescope de 6 pieds anglais de Lord Rosse. Dans le réflecteur de 18 pouces de Sir John Herschel cette nébuleuse paraissait de forme sphérique et entourée à distance d’un anneau isolé, de manière à représenter notre amas leutieulaire d'étoiles et l'anneau formé par la Voie lactée (77). Le grand télescope de Parsonstown a changé tout cela en une espèce de limacon, en une spirale brillante, aux replis inégaux et dont les deux extrémités, c’està-dire le centre et la partie extérieure, son! terminées par des nœuds épais, granuiaires et arrondis. Le docteur Nicho! à publié un dessin de cette nébuleuse, qui a été présenté par Lord Rosse au congrès scientifique de Cambridge, en 1849 (5); mais le portrait le plus exact est celui qu’en a donné M. Johnstone Stoney dans les Philosophical Transactions pour Pannée 1850 (17 part., pl KXXV, fig. 1). Le n° 99 de Messier présente aussi l’image d'une spirale, avec cette différence qu'il n'a qu’un seul nœud au centre. La mème forme se retrouve encore dans d’aatres nébuleuses de l'hémisphère boréal.
H me reste à traiter plus en détail que je ne l'ai pu faire en tracant le Tableau de la Nature (7°), d’an objet unique dans le monde des phénomènes célestes, et qui ajoute encore au charme pittoresque de l'hémisphère austral, je dirais presque à a grâce du paysage. Les deux Nuages de Magellan, qui vraisemblablement recurent d'abord de pilotes portugais, puis des Hollandais et des Danois le nom de Nuages . Cap (95, capliv ent l'attention du voyageur, ainsi que je l'ai éprouvé moi-même, par leur éclat, par Pisolement qui les fait ressortir davantage et par l'orbite qu'ils décrivent de concert autour du pôle Sud, bien qu'à
des distances inégales. Que leur nom actuel, qui a évidemment pour origine le voyage de Magellan, ne soit pas le premier sous lequel on les ait désignés, c'est ce qui résulte de la mention expresse el de la description qu'ont faite de la translation circulaire de ces nuages lumineux, le Florentin Andrea Corsali, dans son Voyage à Cochin, et le secrétaire de Ferdinand d'Aragon, Pierre Martyr de Anghiera, dans son livre de Rebus Oceanieis et Orbe Novo (dee. 1, lib. IX, p. 96) (81). Ces deux indications sont de l'année 1515, et ce n’est que dix ans plus tard que le compagnon de Magellan, Pigafelta, parle des nebbierte dans son Journal de voyage, au moment où le vaisseau Victoria sorlait du détroit de Patagonie pour entrer dans la mer du Sud. L'ancien nom de Nuages du Cap ne peut venir de la constellation du Mont de la Table, qui esl voisine de ces nuages et plus rapprochée encore du pôle, puisque la dénomination de Mont de la Table fut introduite pour la premire fois par La Caille. I viendrait plutôt de la véritable montagne de la Table et du petit nuage qui en domine le faite, et fut longtemps regardé avec effroi par les matelots comme une annonce de tempête. Nous verrons bientôt que les deux Nuées de Magellan, longtemps remarquées dans l'hémisphère du Sud avant de recevoir un nom, en reçureni successivement plusieurs, empruntés aux routes qu'avait adoplées le commerce, à mesure que la navigalion s’étendit, et qu’il régna sur ces routes une plus grande activité.
Le mouvement de la navigation sur la mer de l'Inde, qui baigne les côtes occidentales de l'Afrique, familiarisa de très-bonne heure les marins avec les constellations voisines du pôle Antarctique, particulièrement à partir du régne des Lagides, et depuis que l’on eut appris à se régler sur les moussons, Dès le milieu du x° siècle, on trouve chez les Arabes, ainsi que je l'ai remarqué plus haut, un nom servant à désigner la plus grande des Nuées magellaniques, dont Ideler a démontré l'identité avee le Bœuf blanc (el-Bakar) du célèbre derviche Abdourrhaman Souf,
de Raï, ville de l'Irak persan. Dans l'introduction du hvre intitulé « Connaissance du Ciel étoilé, » Abdourrahman s'exprime en ces Lermes: « Aux pieds du Suhel, il existe une tache blanche que l'on n’apercoit dans l'Irak, c’est-àdire dans la contrée de Bagdad, ni dans le Nedschs (Nedjed), la partie la plus septentrionale et la plus montagneuse de l'Arabie, mais qui est visible dans le Tchama méridional, entre la Mecque et la pointe de l’Yemen, le long des côles de la mer Rouge (#?). » Il cst question expressément dans ce passage du Suhel de Ptolémée, c’est-à-dire de Canopus, bien que les astronomes arabes nomment également Suhel plusieurs grandes étoiles du Navire [el-Sefina!. La position du Bœuf blane relativement à Canopus est indiquée ici aussi xactement qu'on pouvait le faire à l'œil nu, car lascension droite de Canopus est de 6h 20, et celle du bord oriental de la grande nuée magellanique 6h 0’, La visibilité de la Nubecula major dans les latitudes septentrionales n’a pu être sensiblement modifiée, depuis le-x° siecle, par la précession des équinoxes, puisque dans les neuf siècles qui ont suivi elle a atteint le maximum de sa distance au pôle Nord. Si l’on admet la nouvelle déterminaion de lieu de la grande Nuée de Magellan par Sir John Hersehel, il en faut conclare qu’au temps d’Abdourrhaman Soufi elle était visible en totalité jusqu'à 17° de latitude Nord; elle l’est aujourd’hui jusqu’à environ 18°. Les Nuages du Sud pouvaient être vus par conséquent dans toute la partie sud-ouest de l'Arabie et dans l'Hadhramaut, le pays de l’encens, de même que dans l'Yemen, où florissait la civilisation de Saba et qui recut l'antique immigration des Yoctanides. La formation de plusieurs établissements arabes sur les côtes orientales de l'Afrique, dans les régions intertropicales au nord et au sud de l'équateur, dut servir aussi à répandre des notions plus exactes sur les constellations du ciel austral.
Les premiers pilotes civilisés qui visitèrent les côtes occidentales de l'Afrique, au delà de la ligne, furent des Européens, particulièrement des Catalans et des Portugais.
Des documents incontestables tels que le planisphère de Marino Sanuto Torsello ( 1306), l'ouvrage génois connu sous le nom de Portulano mediceo (1551), le Planisferio de la Palatina (417) et le Mappamondo di fra Mauro Camaldolese (de 1457 à 1459 ) prouvent que 178 ans avant la pretendue découverte du Cabo Tormentoso ou cap de Bonne-Espérance, faite par Bartholomé Diaz au mois de mai 1487, l'on connaissait déjà la configuralion triangulaire de l'extrémité meridionale du continent africain (5). Si Von songe à l'importance nouvelle et toujours croissante que prit celle route commerciale par suite de l'expédition de Gama et au but commun de tous les voyages accomplis le long des côtes de l'Afrique, il parait naturel que les pilotes aient donné le nom de Nuages du Cap aux deux nébulosités qui, dans chaque voyagé au Cap, les frappaient comme de remarquables phénomènes.
Les efforts persevérants tentés pour dépasser l'équateur le long des côtes orientales de l'Amérique, et pénétrer jusqu’à la pointe méridionale du continent, depuis l'expédiüon de Alonso de Hojeda et de Amerigo Vespucei en 1455, jusqu'à celle de Magellan et de Sebastien del Cano en 1521, et à celle de Garcia de Loaysa et de Francisco de Hoces en 1525 (8*), avaient alliré sans interruplion l'attention des naviyaleurs sur les constellations du Sud. D’après les Journaux de voyages que nous possédons et qui sont confirmés par les témoignages issriques d'Anghiera, cela fut vrai surtout pour le voyage d'Amerigo Vespucci et de Vicente Yanez Pinzon, qui amena la découverte du cap Saint-Auguslin, par 8° 20 de lautude australe. Vespucei se vante d'avoir vu 5 Canopi dont un obseur, Canopo fosco , et 2 Canopi risplendenti. L'ingénicux auteur des ouvrages sur les Noms des Etoiles et sur ja Cronologie, fdeler, s’est etforcé d’éclaircir la description très-confuse faite par Amerigo Vespucci dans sa Lettre à Lorenzo Pierfrancesco de Medici; il en résulte que Vespucci a employé le mot Canopus dans un sens aussi Indéterminé que les astronomes arabes avaient
coutume d'employer Le mot Suhel. Idelee démontre que le >
Canopo fosco nella via lattea n’est pas autre chose que la tache noire ou le grand sac de Charbon de a Croix du Sud, et que la position assignée par Vespucci à 3 étoiles resplendissantes, dans lesquelles on croit reconnaître +, 8 et ; de la petite Hydre, rend très-vraisemblable cette opinion que le Canopo risplendente di notabile grandezza est la Nubecula major, et l’autre Canopo risplendente, la Nubecula minor (55). Il y a toujours lieu de s'étonner que Vespucei n'ait point.comparé ces nouveaux phénomènes célestes à des nuages, comme le firent à première vue tous les autres observateurs. On'serait tenté de croire que celte comparaison dut s'offrir irrésistiblement à l'esprit. Pierre Martyre Anghiera, qui connaissait personnellement tous les grands navigateurs de celle époque, et dont les lettres sont écrites scus l'impression toute vivante encore de leurs récits, retrace, de manière à ce qu'on ne puisse s’y méprendre, l'éclat doux, mais inégal, des Nubeculæ: « Assecuti sunt Portugalenses alterius poli gradum quinquagesimum amplias, ubi punetum (Polum?) eircumeuntes quasdam nubeculas licet intueri veluti in lactea via sparsos fulgores per universi cœli globum intra ejus spatii latitudinem (5). » Le renom brillant et la durée de la cireumnavigation de Magellan qui, commencée au mois d'août 1519, ne fut achevée qu'au mois de septembre 1522, le long séjour fait par un nombreux équipage sous le ciel austral, obseureit le souvenir de toutes les observations antérieures, et le nom de Nuées de Magellan se répandit chez toutes les nations maritimes qui peuplent les côtes de Ia mer Méditerranée...
J'ai montré par un seul exemple comment l'élargissement de l’horizon géographique vers les contrées du sud avait ouvert un nouveau champ à l'astronomie d'observation. Quatre objets surtout durent exciler sous ce nouveau ciel la curiosité des pilotes: la recherche d’une étoile polaire australe; la forme de la Croix du Sud, qui occupe une position perpendiculaire, lorsqu'elle passe par le méridien du lieu où est placé l'observateur; les Sacs de charbon et les nuages lumineux qui cireulent autour du pôle. Nous lisons
dans l’Arte de navegar de Pedro de Medina (hb. V, cap. 11), qui, publié pour la première fois l'an 1945, a été traduit en plusieurs langues, que dès le milieu du xvi° siècle, on faisait servir à la détermination de la latitude les hauteurs méridiennes du Cruzero. Après s'être contenté d'observer ces phénomènes, on se mil vite en devoir de les mesurer. Le premier caleul sur la position des étoiles voisines du pôle antaretique fut fait à l’aide de distances angulaires, prises à partir d'étoiles connues, dont la place avait été déterminée par Tycho, dans les Tables Rudolphines. Ce premier travail appartient, comme je l'ai remarqué déjà (87), à Petrus Theodori de Emden et au Hollandais Frédérie Houtman, qui, vers l'an 1594, naviguail sur la mer de l'Inde. Les résultats de leurs mesures trouvérent place bientôt dans les catalogues d'étoiles et dans les globes célestes de Blaeuw (1601), de Bayer (1605) et de Paul Mérula (1605). Tels sont, jusqu'à Halley (1677) et jusqu'aux grands travaux astronomiques des jésuites Jean de Fontaney, Michaud el Noël, les faibles débuts qui servirent de fondements à la topographie du Ciel austral. Ainsi l'histoire de l’astronomie et l'histoire de la géographie, unies entre elles par des liens étroits, nous retracent conjointement les époques mémorables qui, depuis 250 ans à peine, ont préparé ce résultat, de pouvoir reproduire d’une manière exacte et complète l’image cosmique du firmament, aussi bien que les contours des continents terrestres.
Les Nuées de Magellan, dont la plus grande couvre 42 degrés, la plus petite 10 degrés carrés de la voûte céleste, produisent à l'œil nu et au premier abord la même impression que produiraient deux portions détachées et d’égale grandeur de la Voie lactée. Par un beau clair de Lune le petit nuage disparaît entièrement, l’autre perd seulement une partie considérable de son éclat. Le dessin qu'a donné de ces nuages sir John Herschel est excellent et s'accorde à merveille avec les souvenirs les plus vivants que j'aie gardés de mon séjour au Pérou. C’est aux laborieuses observations faites en 1837 par cet obser-
valeur au cap de Bonne-Espérance que l'astronomie doit la première analyse exacte de ce singulier aggrégat des éléments les plus divers (#5). Sir John Herschel y a reconoul un grand nombre d'étoiles isolées, des essaims d'étoiles et des amas stellaires de forme sphérique, ainsi que des nébuleuses régulières ou irrégulières, et plus pressées qu'elles ne le sont dans la zone dela Vierge et dans la chevelure de Bérénice. La multiplicité de ces éléments ne permet pas de considérer les Nubeculæ, ainsi qu'on l'a fait irop souvent, comme des nébuleuses d’une dimension extraordivaire, non plus que comme des parties détachées de la Voie lactée. Les amas globulaires et surtout les nébuleuses ovales sont très-clair-semées dans la Voie lactée. à l’exceplion d'une petile zone comprise entre l'Autel et la queue du Scorpion (*?).
Les Nuées de Magellan ne se rattachent ni entre elles ni avec fa Voie lactée par aucune nébulosité perceptible. A part le voisinage de lamas stellaire du Toucan (°°), la plus pelile est située dans une espèce de désert. L'espace occupé par l'autre est moins complètement vide d'étoiles. La stwucture et la configuration intérieure de la Nubecula major sont comphqué es de telle facon que l’on ÿ trouve,
comme dans le n° 2878 du catalogue d'Herschel, des masses reproduisant exactement l'état d'aggrégation et la forme de la nuée entière, La conjecture du savant Horner que les Nuées de Magellan auraient fait autrefois partie de la Voie lactée, où même, disaitil, on peut reconnaitre. encore la place qu’elles oceupaient, est une rèverie, aussi bien que cette autre hypothèse d’après laquelle ces nuées auraient, depuis le temps de La Caille, changé de position et fait un mouvement en avant. Leur posilion avait été d’abord fixée d’une manière inexacte, à cause du peu de nettele de leurs contours vus à travers des: télescopes de petite ouverture, Sir-dohn Herschel fait remarquer que, sur tous ies globes célestes et sur loutes les cartes sidérales, la Nubecula minor n'est point à sa place, et que l’erreur est de près d’une heure d’ase. droite. D'après lui Ka Nubecula
minor est située entre les méridiens de Oh 28’ et 1h 15 et entre 162° et 165° de distance au pôle Nord; la Nubecula major entre 4» 40° et 6h 0 d'asc.‘droite, entre 136° et 162° de distance au pôle Nord. Dans la première 1} n'a pas déterminé en ascension droite et en déclinaison moins de 919 objets distincts, étoiles, nébuleuses et amas stellaires. Il en a déterminé 244 dans la seconde. Ces objets doivent être répartis comme il suit :
Nubec. mai. 582 étoiles, 294 nébuleuses, 46 amas stellaires,. Nubec. min. 200 — 37 — 7 —
L'infériorité numérique des nébuleuses dans le peuit nuage est frappante. Elles sont, relativement aux nebuleuses du grand nuage, dans le rapport de { à 8, tandis que les étoiles isolées sont comme 1 est à 5. Ces étoiles, cataloguées au nombre de près de 800, sont pour la plupart de 7° et de S° grandeur ; quelques-unes sont de 9° et même de 10°. Au milieu du grand nuage, existe une nébuleuse signalée déjà par La Caille (n° 50 de la Dorade, Bode ; n° 2941 de Sir John Herschel), et qui n’a point d'égale sur toute la surface du ciel. Cette nébuleuse oecupe à peine 1/500 de l’aire du nuage, et déjà Sir Jobn Herschel a déterminé dans cet espace la position de 105 étoiles de 14°, de 15° et de 16° grandeur, projetées sur un fond nébuleux dont rien n’altère l'éclat uniforme, et qui a résislé jusqu’iei aux plus puissants télescopes (2):
Près des Nuées de Magellan, mais à une plus grande distance du pôle Sud, sont situées les taches noires qui de bonne heure, vers la fin du xv° siècle et au commencement du xvi°, attirérent l'attention des pilotes portugais et espagnols. Elles sont vraisemblablement comprises, comme on l’a dit déjà, paron les trois Canopi dont parle Vespucei, dans la Relation de son troisième voyage. de trouve la preière Indication de ces taches dans l’ouvrage d’Anghiera, de Rebus oceanicis (Dec. 1, hb. 9, p. 20, b. ed. 1555): « Interrogati a me rautæ qui Vincentium Agnem Pinzonum fuerant comitati (1499) an antaretieum viderint po-
Jum : stellam se nullam huie areticæ similem, quæ diseerni circa punectum (polum?) possit, cognovisse inquiunt. Stellarum lamen aliam aiunt se prospexisse faciem densamque quamdam ab horizonte vaporosam caliginem, quæ oculos fere obtenebraret. » Le mot Stella est pris 1ei dans le sens général de phénomène céleste, et d’ailleurs il est possible que les matelots interrogés par Anghiera ne se soient pas exprimés bien nettement sur cetle obseurité (caligo) qui semblait frapper d’aveuglement. Le Pêre Joseph Acosta de Medina del Campo a signalé en termes plus satisfaisants les taches noires et la cause de ce phénomène, dans son Historia natural de las Indias (hb. 4, eap. 2); 1l les compare, sous le rapport de la forme et de Ja couleur, à la partie obscure du disque de la lune. « De même, ditAl, que la Voie lactée est plus brillante, parce qu “elle est composée d’une matière céleste plus dense, d'où, pour celle raison, rayonne plus de lumière, de même les taches noïres que lon ne peut apercevoir en Europe sont complètement dépourvues de lumière, parce qu’elles forment dans le ciel une région vide, c’est-à-dire composée d’une matière très-subtile et très-transparente. » Un célébre astronome a cru reconnaitre dans cette description les taches solaires (°?); cela n’est pas assurément moins élrange que de voir, en 4689, le missionnaire Richaud prendre les manchas negras d’Acosta pour les nuées lumineuses de Magellan (°).
Richaud d’ailleurs, comme les premiers pilotes qui ont fait mention de ces objets, parle des Sacs à charbon (coal-
bags) au pluriel. Il en cite deux, le plus grand dans la Croix, et un autre dans Robur Caroli, que certains observateurs ont divisé en deux laches distinctes. Feuillée, dans les premières années du xvinf siècle, et Horner, en 1804, dans une lettre adressée du Brésil à Olbers, ont représenté ces deux taches du Robur Caroli comme offrant une forme indécise et des contours mal arrêtés (°*). Je n'ai pu, durant mon séjour au Pérou, arriver à fixer mes doutes sur les Sacs à charbon du Robur Caroli, el comme j'étais tenté d'attribuer ce manque de succès au peu de hauteur de la
constellation, je voulus m'éclairer auprès de Sir John Herschel, et du directeur de l'Observatoire de Hambourg, M. Rumker, qui avaient été sous des latitudes beaucoup plus méridionales que moi. En dépit de leurs efforts, 1ls n’ont pas mieux réussi à déterminer la forme des contours ni l'intensité lumineuse de ces deux taches. lis n'ont pu approcher, sous ce rapport, des résultats obtenus pour Îles Sacs à charbon de la Croix. Sir John estime qu'il n’y a pas lieu de distinguer plusieurs Sacs à charbon, à moins que l'on ne veuille désigner ainsi toutes les places obscures du ciel qui ne sont point délimitées, telles que celles qui se trouvent entre « du Centaure d’une part, 4 et 7 du Triangle de l’autre (%), entre 7 et 5 d’Argo, et surtout dans l'hémisphère boréal, à l'endroit où la Voie lactée laisse un espace vide entre €, æ el 7 du Cygne (5).
La tache noire de la Croix du Sud, la plus frappante et celle qui fut connue la première, est située à l’est de la constellation; elle présente la forme d'une poire et occupe 8° en longueur et 5° en largeur. Dans ce vaste espace se trouve une seule étoile visible à l'œil nu, entre la 6° et la 7° grandeur, et une quantité considérable d'étoiles télescopiques de 11°, 12° et 15° grandeur. Un petil groupe de 40 étoiles est situé à peu près au milieu (°7). On a supposé que l'absence des étoiles et le contraste formé par l'éclat du ciel environnant sont les causes qui font paraitre cel espace si sombre, et celle explication a généralement prévalu depuis La Caille (*5). Elle est surtout confirmée par les Jjaugeages d'étoiles gauges and sweeps) que lon a praliqués autour de la région dans laquelle la Voie lactée semble couverte d’un nuage noir. Dans le coal-bag, ces opérations sans donner un vide complet, ce que l'on appelle blank fields, w'ont pas donné plus de 7 à 9 étoiles télescopiques, tandis qu'avec des lunettes de même champ on en découvrait 120 et jusqu’à 200 sur les bords. Tant que je demeurai dans l'hémisphère austral, sous l'impression de celle voüle éloilée qui s'était si vivement emparée de mot, l'effet de contraste ne me parut pas rendre suffisamment
raison de ce phénomène; sans doute j je me trompais. Les considérations de William Herschei sur les espaces complêtement vides d'étoiles dans le Scorpion et dans Ophiuchus, qu'il appelle des ouvertures dans les cieux (openings in the fleavens), m'avaient conduit à penser que, dans ces régions, les couches d'étoiles superposées peuvent être moins épaisses où tout à fait interrompues; que les derniéres échappent à nos instruments opliques, et que ces réions vides sont de véritables trous par lesquels nos regards plongent dans les espaces les plus reculés de l'univers. J'ai déjà fait mention ailleurs de ces ouvertures (%), de ces brèches des couches sidérales, et les effets de perspective qu’elles nous découvrent sont devenus tout récemment l’objet de sérieuses considérations (%), Les couches d’astres les plus lointaines, la distance des
nébuleuses, Lous les objets que nous avons résumés dans ce chapitre trritent la curiosité de l'homme et remplissent son esprit d'images du temps ou de l’espace qui excèdent sa faculté de concevoir. Si merveilleux que soient les perfectionnements apportés anx instruments d'optique depuis environ 60 ans, on est devenu en même temps assez familier avec les difficultés que présente leur construction pour apprécier plus justement les progrès qui restent à accomplir, et ne point se laisser aller aux espérances fantastiques dont lingénieux Hooke était sérieusement préoccupé de 1665 à 1665 (*). Ici comme toujours, la cireonspection et la mesure conduisent plus sûrement au but. Chacune des générations humaines qui se sont succédé a ‘droit de s’applaudir des grandes et nobles conquêtes auxquelles elle s’est élevée par la libre force de son intelligence, et dont témoignent les progrès des arts. Sans exprimer en nombres précis Ja puissance avec laquelle les télescopes pénétrent déjà dans l’espace, sans mêrae attacher’ une grande confiance à ces chiffres, la vérité est que nous devons aux instruments d'optique de connaître la vitessé de la lumière, et de savoir que celle qui de la surface des astres les plus reculés vient frapper nos régards, est le plus ancien témoignage sensible de obtenee de la matière (?).