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Pour le cap de Bonne-Espérance, on possède une longue série d'observations, et des observations trèssatisfaisantes , si l'on se borne à la période de cinquante années qui s'étend depuis l'expédition de Vancouver, en 1791, jusqu'à celles de sir James Boss et de Dupetit-Thouars, en 1840 (65).
La question de savoir si l'élévation du sol, peut par elle-même, agir d'une manière sensible et certaine
sur riuclioaison et sur l'intensité magnétiques a été pour moi l'objet d'un examen très-attentif, lorsque j'ai exploré la chaîne des Andes, l'Oural et l'Atlas (66). J'ai fait observer plus haut, en traitant de l'intensité, que malheureusement bien peu de localités se trouvent dans les conditions nécessaires pour fournir un élément sûr à la solution de ce problème. Rarement en effets la distance des points que l'on compare est assez peu considérable poiir ne pas donner prise au soupçon que la différence de l'inclinaison peut provenir, non de l'élévation du sol, mais de la courbure des lignes isodynamiques et isocliniques ou d'une grande différence dans la nature des roches. Je me bornerai donc à indiquer quatre résultats principaux qui, dans les lieux mêmes où je les ai recueillis, m'ont paru démontrer l'influence de la hauteur sur l'inclinaison de l'aiguille aimantée d'une manière plus convaincante que ne le peuvent faire les observations d'intensité.
Silla de Caracas , élevée presque perpendiculairement de 8i00 pieds au-dessus des côtes de la Guayra, au sud et à une très-petite distance du rivage, au nord de la ville de Caracas : hauteur 8100 pieds^ inclinaison : 41«,90; la Guayra : hauteur^ 10 pieds, inclinaison, 42«,â0; Caracas : hauteur sur les bords du RioGuayre, 3 484 pieds, inclinaison, 42%95. Voyez Humboldt, Voyage aux régions équinoxiales, 1. 1, p. 612.
Santa Fe de Bogota : haut. 8 196 pieds, inclin. 27o,15; Chapelle de Nuestra SenoradeGuadalupe, suspendue au-dessus de la ville à un pan de rocher : haut. 10 128 pieds, iucl. 26^,80.
Popayan : haut. 5466 pieds, inclin. 23®,25; village de Purace sur la pente du volcan : haut. 8 136 pieds, inclin. 31 <>,80;
sommet duvoIcaD de Purace : haut. 13650 pieds^ inclin. 20*^30. Quito : haut. 8 952 pieds, inclin. i4«,85; vallée de San Antonio de Lulumbamba^ traversée par Téquateur géographique : haut. 7650 pieds^ inclin. i6^02 (les inclinaisons sont exprimées ici en degrés centésimaux).
rose à peine rapporter les observations que j'ai recueillies àThospice du Saint-Gothard (hauteur, 6 650 pieds, inclinaison, 66* 12'), et la comparaison que j'en ai faite avec Airolo (haut., 3 502 pieds, inclin., 66'54'), et avec Altorf (inclin., 66* 55'); non plus que les résultats suivants qui paraissent contredire les premiers : Lans le Bourg (inclin., 66^9'); hospice du mont Cenis (haut., 6358 pieds, inclin., 66*22'), et Turin (haut., 707 pieds, inclin., 66^3'); ou ceux que j'ai recueillis, tant à Naples, à Portici et sur le cratère du Vésuve, qu'en Bohême, sur le sommet du grand Milischarer, formé de phonolithe (inclin. 67*53' S*") que j'ai comparé avec Teplitz ( inclin. 67M9',5), et avec Prague (inclin. 66*47',6). Ces expériences peuvent paraître peu concluantes, en raison des distances relatives et de l'influence des montagnes voisines (67). En 1844, Bravais, Martins et Lepileur, lorsqu'ils faisaient sur l'intensité horizontale des observations publiées depuis avec un grand détail, et comparaient entre elles trente-cinq stations, parmi lesquelles le sommet du Mont-Blanc (1 4 8091"), celui du grand Saint- Bernard (7 848^) et celui du Faulhom (8 1 75^) , se livrèrent aussi, siu* le grand plateau du Mont-Blanc (1 2 097?) et dans la vallée de Ghamounix (3 201?), à des expériences d'inclinaison. Si
la comparaison de ces résultats prouvait en définitive, l'influence de l'élévation du sol sur le décroissement de Tinclinaison magnétique, il y avait pourtant, dans le nombre, des observations, telles que celles deFaulborn et deBrienz (1 754P)qui montraient l'inclinaison croissant avec la bauteur. Ainsi, ni pour l'intensité borizontale ni pour l'inclinaison, on n'avait obtenu une solution satisfaisante du problème (68). Dans un Mémoire manuscrit de Borda, sur son expédition de 1776 aux îles Canaries, qui est conservée Paris dans le Dépôt de la Marine, et dont je dois la communication à l'obligeance de l'amiral Rosily, j'ai trouvé la preuve que Borda avait le premier recherché rinfluence d'une élévation considérable sur l'inclinaison magnétique. Il a trouvé l'inclinaison plus grande de I^'IS' sur le pic de Ténériffe que dans le port de Santa-Cruz. Cette différence tenait certainement à l'attraction locale des laves, que j'ai souvent observée sur le Vésuve et sur les volcans de l'Amérique (69).
Afin d'éprouver si , de même que les hauteurs, les profondeurs agissent sur Finclinaison, j'ai durant mon séjour à Freiberg, au mois de juillet 1828, fait un essai avec tout le soin dont je suis capable, et en intervertissant les pôles à chaque expérience. Tavais choisi le puits du Churprinz, après m'être assuré, par un examen attentif, que la roche formée de gneiss n'exerçait aucune influence sur l'aiguille aimantée. Tétais à 802 pieds au-dessous du sol, et je trouvai que la différence entre l'inclinaison sou^
terraine et celle d'un point situé directement audessus , à la surface du sol^ ne dépassait pas 2', 06. Tel a été cependant le soin apporté à l'expérience que je crois pouvoir conclure des résultats de chaque aiguille, consignés plus loin dans une note (70), que r inclinaison est plus grande dans le puits du Churprinz qu'à la surface de la montagne. Puisse Toccasion se présenter de renouveler ces expériences dans des mines où Ton se sera convaincu que les roches environnantes ne peuvent avoir aucune action locale , et à des profondeurs suffisantes pour que les résultats soient décisifs ; je citerai par exemple, les puits de mines de Yalenciana, près de Guanaxuato, dans le Mexique, qui sont creusés à 1 582 pieds au-dessous du sol, les houillères anglaises qui ont plus de 1 800 pieds, et le puits de F Ane aujourd'hui abandonné, près de Kuttenberg en Bohême, qui pénètre dans la terre à une profondeur de 3 545 pieds (71).
Lors du violent tremblement de terre de Cumana, le 4 novembre 1799, je trouvai l'inclinaison diminuée de 90 minutes centésimales, près d'un degré. I.es circonstances dans lesquelles j'ai constaté ce résultat, et dont j'ai donné le détail exact, ne peuvent équitablement laisser soupçonner d'erreur (72). Peu de temps après mon arrivée à Cumana, j'avais constaté que Tinclinaison était de 43'', 53 de la division centésimale. Quelques jours avant le tremblement de terre, j'avais vu par hasard exprimée dans un ouvrage espagnol, précieux d'ailleurs, le Tratado deNavigacion de
Mendoza (73), cette opinion erronée, que les variations horaires et mensuelles de l'inclinaison étaient plus fortes que celle de la déclinaison, et cela m'avait été l'occasion d'instituer une longue suite d'expériences dans le port de Gumana. Du 1*' au 2 novembre, la moyenne de Tinclinaisou se maintint constamment à 43*,65. L'instrument, convenablement nivelé, resta dans le même lieu, sans que personne y touchât. Le 7 novembre, trois jours après les grandes secousses, l'instrument nivelé de nouveau donna 42%75. L'intensité magnétique, mesurée par les oscillations verticales, n'avait pas changé. J'espérais que l'inclinaison reviendrait insensiblement à son premier état; mais elle demeura constamment la même. Au mois de septembre 1800, après que j'eus suivi par eau et par terre le coiu^s de l'Orénoque et du Rio-Negro, sur une étendue de plus de 500 milles géographiques, l'instrument de Borda, qui m'avait accompagné partout, marquait 42'',80; ce résultat était le même qu'avant mon voyage. Comme les mouvements mécaniques et les décharges électriques communiquent la propriété polaire au fer doux, en en changeant l'état moléculaire, on pourrait supposer un lien entre la direction des courants magnétiques et celle des ébranlements terrestres. Mais devenu fort attentif à l'endroit de ces phénomènes, dont je n'avais nulle raison de suspecter la réalité en 1 799, je n'ai jamais revu, dans les innombrables tremblements de terre dont j'ai été témoin, pendant un séjour de trois années dans l'Amérique du Sud, un changement soudain de l'in-
clinaison imputable à ces secousses , quelle que fût la direction des ondulations terrestres. Un observateur fort exact et d'un grand savoir, Erman, n'a trouvé non plus, à la suite d'un tremblement de terre sur les bords du lac Baikal (8 mars 1828), aucune perturbation dans la déclinaison magnétique ni dans le cours de ses variations périodiques (74).