LES COMETES
Bien que soumises à l'influeDce du corps central, les comètes, que Xénocraie et Tbéon d'Alexandrie appellent des nuées lumiDeuses, qui, suivant les expressioQS d'Apollonius le Myndien, fidèle en cela à une ancienne tradition chaldéeaDe, s'élèvent périodiquement dans les espaces célestes en décrivant une orbite immense et régulière, forment dans le système solaire un groupe d'astres complètement à part. Les comètes, en effet, ne se distinguent pas seulement des planètes proprement dites par leur immense excentricité; elles présentent des changements de forme, des altérations dans les contours, qui parfois s'accomplissent en quelques heures, comme cela est arrivé, en 17&&, pour la comète de Elinkenberg, si bien décrite par Heinsius, et en 18S5, lors de la seconde apparition de la comète de Halley. Avant que notre système solaire eût été enrichi, grâce aux découvertes d'Encke, de comètes à courte période, ou comètes intérieures, c'est-à-dire enveloppées dans les orbites planétaires, des rêveries, engendrées par l'idée des rapports
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que l'on croyait exister eolre ta distance des planètes au Soleil et leur excentricité, leur volume et leur légèreté spécifique, aTaient conduit à cette opinion : qu'au delà de Saturne on devait découvrir des planètes excentriques d'un volume énorme, « qui formeraieot des degrés intermédiaires eolre les planètes et les comètes; et que peut-être même la dernière planète, coupant l'orbite de Saturne qui la précède immédiatement, méritait déjà le nom de comète » (40) . Cette idée de t'enchainement des formes dans la structure de l'univers, qui rappelle la doctrine, souvent mal aj^liquée, de la gradation des êtres dans la nature oi^anique, était partagée par Emmanuel Kant, l'un des plus grands esprits du xviii" siècle. Uranus, puis Neptune, ont été aperçus par William Herschell et par Galle, le premier 36 ans, le second 91 ans après que le philosophe de Kœnigsberg eut dédié au grand Frédéric son Histoire naturelle du Ciel; mais ces deux planètes ont une excentricité moindre que celle de Satame; l'excentricité de Saturne étant représentée par 0,056, celle de Neptune n'est que de 0,008, nombre peu di^rent de celui qui exprime l'excentricité de V^os, si rapprochée du Soleil (0,006). Uranus et Neptune n'ont rien d'ailleurs des propriétés cométaires qa'oD leur supposait.
A raie époque récente, depuis l'année 1819, cinq comètes intérieures, découvertes successivement, ont suivi celle d'Encke. Elles paraissent former un groupe particulier dans lequel la plupart des demigrands axe« ressemblent h ceux des petites planètes;
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aussi s'estrOQ demandé si ce groupe de comètes mlérieures ne composait pas originairement un seul corps ; céleste, ccHume Olb^^ l'a conjecturé pour les petites l^anètes; si cette grande comète n'aurait pas été divisée eu plusieurs par l'action de Mars, ainsi que cela est arrivé à la comète intérieure de Biéla, qui, k>rs de sa dernière apparition, en 18&6, s'est séparée en deux, sous les yeux, pour ainsi dire, de l'observateur. De certaines ressemblances entre les élémeolfi des petites planètes et ceux des comètes ont conduit le professeur Stephen Alexander, du collège de New-Jersey, à rechercher la possibilité d'une origine commune à ces astéroïdes et aux comètes, ou du moins à quelquesunes d'entre elles (41). D'après toutes les observations récentes, il n'y a pas lieu de s'appuyer sur l'analogie tirée des atmosphères nébuleuses des astéroïdes. ^ d'ailleurs les orbites de ces petites planètes sont contenues dans des plans divers, si même celle de Paltas oOre l'exemple d'une extrême inclinaison, aucune d'elles néanmoins ne coupe, comme les comètes, les orbites des autres grandes planètes. Cette condition essentielle, quelle que soit l'hypothèse à laquelle on s'arrête sur la direction et la vitesse primitives de ces corps célestes, ne permet guère de leur attribuer une origine commune, à part même la différence de cooslitution qui distingue les comètes intérieures et les petites planètes, complètement dépourvues de nébulosité. Aussi Laplace, dans sa théorie de la formation des planètes par des anneaux de matière vaporeuse circulant autour du Soleil, a-t-il cru devoir séparer com-
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— Û7i — plélemeDt les comètes des planètes : « Dans l'hypothèse des zones de vapeurs, dit-il, et d'un noyau e'accroissant par la condensalioD de l'atmosphère qui reuTJronne, les comètes sont étrangères au système planétaire (&â). »
ËD esquissant le Tableau de la Nature dans le premier volume du Cosmos (A3), nous avons déjà fait remarquer que les comètes sont les corps qui, avec la plus faible masse, occupent le plus d'espace dans le domaine solaire, et qu'elles dépassent en nombre toutes les autres planètes. En effet, le calcul des probabilités fondé sur ce que l'on sait jusqu'à ce jour de l'étendue de leurs orbites, de leurs distances aphélies ou périhélies, et du temps durant lequel ces astres peuvent rester invisibles, révèle l'existence de plusieurs milliers de comètes. Il faut cependant excepter de celte comparaison les aérolithes ou astéroïdes météoriques, dont la nature est demeurée jusqu'ici enveloppée de beaucoup de ténèbres. Parmi les comètes , il y a lieu de distinguer celles dont on a calculé l'orbite et celles pour lesquelles il n'existe que des observations imparfaites, ou seulement des indications recueillies dans les chroniques. D'après la récente énum^tioD de Galle, le nombre exact des comètes déterminées était, en 18J!i7, de 178; en yjoignant celles dont l'existence seule a été signalée, le total ne s'élève pas à moins de six ou sept cents. Lorsque la comète de 1682 reparut en 1759, ainsi que l'avait annoncé Halley, on considéra comme très-singulière l'apparition de (rois comètes dans la mt'rac année. Mais au-
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jourd'hui, telle est l'activité avec laquelle la voûte céleste est explorée simultanément, sar tant de points différents du globe terrestre, que, dans diacune des années 1819, 1825 et 1840, on en a aperçu et calculé quatre; on en avait observé cinq en 1826; ce nombre s'éleva jusqu'à huit en 1846.
Les duniers temps ont été plus riches que la fin du siècle précédent en comètes visibles à l'œil nu; cependant celles dont la tête et la queue sont éclatantes restent toujours un phénomène rare et remarquable. Il n'est point sans intérêt de rechercher combien de comètes visibles à l'œil nu se sont montrées en Europe durant les derniers siècles (44). L'époque la plus riche a été le xvi* siècle, qui en a fourni 23. Le xvu' en compte 12 , dont 2 seulement dans les cinquante premières années. Au xvui* siècle, il n'en parut que 8, tendis que, dans la première moitié du XïV, on en compte déjà 9, parmi lesquelles les plus belles sont celles de 1807, 1811, 1819, 1835 et 18/13. Dans les temps antérieurs, il s'est souvent écoulé un intervalle de 40 à 50 ans, sans que ce spectacle se soit présenté une seule fois. Il est possibte au reste, que, dans les années qui semblent pauvres en comète, il y ait eu beaucoup de grandes comètes à longue excursion, dont le périhélie est situé au delà des orbites de Jupiter et de Saturne. Quant aux comètes télescopiques, on en découvre en moyenne 2 ou 3 chaque année. Dans l'année 1840, en trois mois consécutifs, Galle a signalé trois nouvelles comètes; Messier en a trouvé 12, de 176!i à 1798;
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PoDs eo a découvert 27 dans l'intervalle de 1801 à 1807. Ainsi semble se vériBer la comparaison de Kepler : ut pisces in Occano.
Le dénombrement exact des comètes observées en Cfaine^ qu'Edouard Biot a extrait du Recueil de Matuao-lin , n'a pas une moindre importance. Cette liste remonte plus haut que l'école Ionienne de Thaïes, et le règne du roi Alyatles de Lydie. Divisée en deux sections, elle comprend, dans la première, la position de toutes les comètes, depuis l'an 61 S avant Jésus- Cfarisl jusqu'à l'an 1222 de l'ère chrétienne, et, dans la seconde, les comètes qui ont paru depuis 1SS2 jusqu'en iGkk , période remplie par la dynastie des Ming. Je répète ici ce que j'ai fait remarquer déjà dans le premier volume du Cosmos (p. f|5/i, noie 42), que, pour les comètes comprises entre le milieu du m* siècle et la fin du xiv*, les calculs reposent uniquement sur les renseignements des Chinois, et que la comète de 1456, une des apparitions de celle de flalley, est la première dont les éléments aient été déterminés d'après les seules observations européames. Ces observations, dues à Regicnnontanus, furent suivies par d'autres fort exactes, que fit Apian à Ingolstadt, au mois d'août 1531, lors d'une réapparition de k comète de Hatley. Dans l'intervalle, au mois de mai 1500, se place une comète d'un grand édat, la grande Asta, que le peuple, en Italie, appelait Signer Astone, et dont le souvenir se rattache à des voyages de découverte en Afrique et au Brésil (45). Guidé par la ressemblance des élé-
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ments, Laugier a retrouvé dans tes indicatioDS chinoises uae septième apparition de la comète de Halley, qui eut lieu en 1378 (46); de même que la troisième comète de 1840, découverte par Galle le 6 mars (47), parait identique à celle de 1097. Les Hesicaios avaient aussi l'habitude de rattacher, dans leurs annales, les événements considérables aux comètes et à d'autres phénomènes célestes. Ce n'est, chose singulière, que dans le catalogue chinois, où elle est rapportée au mois de décembre, que j'ai pu reconoaitre la comète de 1490, dont j'ai trouvé le signalement dans le manuscrit mexicain de Le Tellier, et dont j'ai fait joindre un dessin à mes Monuments des peuples indigènes de l'Amérique (48). Les Mexicains avai«)t enregistré cette comète 28 ans avant le premier débar^ quement de Corlez sur les côtes de Vera-Cruz (Gbalchiuhcuecan).
J'ai traité en détail dans le premier volume du Cosmos (p. 110-130), d'après l'autorité de Heiosius (174&)> de Bessel, de Stnive et de sir William Herschell, tout ce qui a trait à la forme des comètes, à leurs variations d'éclat, de couleur et de figure, aux effluves de leur tête qui se recourbent en arrière pour former la queue (49). La magnifique comète de 1843 (50), que Bowring put voir, semblable à un petit nuage blanc, à Chibuahua, depuis neuf heures du matm jusqu'au coucher du soleil, et qui fut observée en plein midi, à Parme, par Amici, à 1° 33' h l'Est du Soleil (51), n'est point la seule qui ait été aperçue dans ces circonstances : plus récemment encore.
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la première comète de 18&7, découverte par Hind près de la Chèvre, a été visible également à Londres, dans le ToisiDage du Soleil, au moment même de bod périhélie.
Afin d'éclaircir ce que nous avons dit plus haut de la remarque faite par les astronomes chinois, à l'occasion de la comète qui parut au mois de mars 8S7, sous la dynastie Thang, j'insère ici la traduction d'un passage extrait de Ma-tuan-lin, dans lequel est exprimée la loi qui r^te la direction de la queue des comètes : a En général, pour une comète plaoée à l'Est du Soleil, la queue, à partir du noyau, se dirige vers l'Est; si la comète, au contraire, parait à l'Ouest du Soleil, la queue se tourne vers l'Ouest u (53). Fracastor et Apiao disent avec plus de précision et de justesse : M Qu'une ligne menée suivant l'axe de la queue et prolongée au-delà de la (été va passer par le centre du Soleil. 0 Ces mots de Sénèque : « Les queues des comètes fuient devant les rayons du Soleil » (Questions tuUurelles, liv. VII, chap. 20) sont également caractéristiques. Parmi les planètes et les comètes actuellement connues , les temps des révolutions sidérales, dépendant du demi-grand axe, ofirent les rapports suivants : pour les planètes, les révolutions les plus courtes sont aux plus longues comme 1 à 685; elles sont, parmi les comètes, comme 1 est à 2670. On a comparé, pour établir ce calcul, d'une part. Mercure qui fait sa révolution en 87 jours 97/400, avec Neptune qui accomplit la sienne en 60126 jours 7/10, d'autre part, la comète d'Encke
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doQt la période est de S aonées 3/10, avec celle de 1680, crfKervée par Gottfried Kirch, à Cobourg, par Halley et par Newton, et qai oe met pas à décrire sod ellipse moins de 8814 ans. J'ai déjà indiqué, d'après un excellent Mémoire d'Encke (Cosmos, 1. 1, p. 12&, et t. III, p. 617-419) la distance entre l'étoile fixe la plus rapprochée de nous, « du Centaure, et l'aphélie de la comète de 1680. J'ai signalé la lenteur avec laquelle cette comète se meut dans la portion extrême de son orbite, parcourant à peine 3 mètres par seconde; j'ai rappelé la distance, égale à peine à 6 fois la distance de la Lune, à laquelle la comète de Lexell s'est approchée de la Terre en 1770, et la distance moins considérable encoFe ou se sont trouvées, relativement au Soleil, la comète de 1680 et surtout celle de 1843. D'après les éléments de la seconde comète de 1819, dont le volume énorme apparut subitement en Europe, se dégageant des rayons du Soleil, on conclut qu'elle passa le 26 juin devant le disque solaire (53) ; malheureusement elle resta inaperçue. La même chose a dû arriver pour la comète de 1823, qui, outre la queue ordinaire opposée au Soleil, en offrait une aub% dirigée vers cet astre. Si les queues des deux comètes étaient longues, elles ont dû mêler à notre atmosphère quelques portions de leur substance nébuleuse, comme cela a certainement eu lieu plus d'une fois. On s'est même demandé si les singuliers brouillards de 1783 et de 1831, qui couvraient une grande partie du continent européen, n'étaient point la conséquence d'un pareil accident (54).
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Tandis que, d'un calé, l'on compare la quantité de chaleur reçue par les comètes de 1680 et de ISftS, dans leur périhélie, à la température focale d'un miroir ardent de 52 pouces (55), un astrononie émiaent, auquel je suis uni par une vieille amitié (56), Lindenau, veut que, en raison de leur excessive légèreté spécifique, toutes les comètes sans noyau solide ne reçoivent aucune chaleur du Soleil, et se maintiennent à la température des espaces environnants (57). Si l'on considère les nombreuses et Irappant^ analogies des pbéacHDènes que présentent, d'après Melloni et Fori}es, les sources sombres ou brillantes de ta chaleur, il semble difficile , eu égard à l'état actuel de nos connaissances phyàques et au lien qui les unit entre elles, de ne pas admettre la présence dans le Soleil de ■ causes produisant simultanément, par les vibrations de l'éther, c'est-à-dire par des ondulations de longueurs différentes, le rayonnement de la lumière et celui de la chaleur. Pendant longtemps, on a rappelé dans les écrits astronomiques une prétendue éclipse de ta Lune par une comète, en 1/|5/|. Le premier traducteur du Byzantin Geoi^ Phranza, le jésuite Pontanus, avait cru en trouver l'indication dans un manuscrit, à Munich. Ce passage d'une comète entre la Lune et la Terre est aussi peu véritable que celui de la comète de 1770, dont s'était porté garant Lichtenberg. La première publication complète de la Chronique de Phranza eut lieu à Tienne en 1796 ; on y lit textuellement : Que l'an du monde 6962, dorant une éclipse de Lune, une comète semblable à
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UD nuage léger, et décrivant une orbite à la manière des corps célestes, apparat et s'approcha du disque lunaire. La date indiquée, qui répond à l'an de notre ère IfidO, est inexacte, puisque Pbranza dit positivement que le phénomène est postérieur à la prise de Constantinople , qui eut lieu le 19 mai i/i53 ; et en effet il y eut une éclipse de lune le 12 mai 4ft54. On peut voir à ce sujet lacobs , dans la Correspotidance mmsueWe de Zach, t. XXIII, 1811, p. 196-222.
Le Verrier a étudié avec soin les rapports de distance qui ont pu exister entre les satellites de JufHler et la comète de Lexell, et les perturibations que cette remarquable comète a éprouvées par leur influence, sans réagir sur la durée de leur révolution. Messier, lorsqu'il la découvrit, le tû juin 1770, la prit pour une faible nébulosité dans le Sagittaire ; et huit jours ■ après, le noyau brillait déjà comme une étoile de deuxième grandeur. Avant que la comète n'arrivât au périhélie, on ne voyait aucun vestige de queue; lorsqu'elle eut dépassé ce point, il s'en dévdoppa une qui avait à peine un degré de longueur. Lexell reconnut que cette comète décrivait une orbite elliptique, et opérait sa révolution en 5 années 585/1000, oe qui Tut confirmé par Burckardt, dans un excellent Mémoire publié en 1806. D'après Clausen, la comète de Lexell s'est approchée de la Terre, le 1" juillet 1770, à une distance de 363 rayons tierrestres, c'est-à-dire 231000 myriamètres, ou 6 fois la distance de la Terre à la Lune. La raison pour laquelle cette comète ne fut aperçue ni plus tôt, au mois de
mars 1776, ni plus tard, au mois d'octobre 1781, est établie k l'aide de t'aDalyse, par Laplace, dans le iV* tome de la Mécanique céleste. Conformément aux coDjectures de Lexell, Laplace a démociré que ce fait était dû à des influences perturbatrices, qui se sont exercées à l'approche de la comète, en 1767 et en 4779, dans les portions de l'espace occupées par le système de Jupiter. Le Verrier a trouvé que, suivant uoe première hypothèse sur l'orbite de la comète de Lexell, cette comète aurait traversé cd 1779 les orbites des satellites de Jupiter, et que, d'après une autre hypothèse, elle serait restée fort loin en dehors de l'orbite du quatrième satellite (5S).
Il est extrêmement diOicUe de déterminer l'état moléculaire des difTéreotes parties d'une comète, de la tâte ou du noyau, qui ont si rarement des contours arrêtés, aussi bien que de la queue. Cela tient à ce que le noyau même n'occasionne aucune réfraction des rayoDs lumineux, et que, d'après l'importante découvfflie d' Arago (Cosmoj, t. I, p. Ji6 et &56, noies à9-51) , il existe dans la lumière des comètes une porUon de lumière déjà polarisée, c'est-à-dire de lumière solaire réfléchie. Biai que les moindres étoiles restent visibles sans diminution d'éclat, à travers les émanatiODS brumeuses qui fcument la queue des comètes, et presque à travers le centre du noyau ou du moins fort près du centre, comme le disait déjà Sénèque : (per cometem non aliter quam per nubem ulleriora cemnntur, Quœst. A'ofur., lib. VU, cap. IS), cependant Arago a démontré, dans des expériences
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dont j'ai été témoin, que ces enveloppes Qâ)ulense£, malgré leur rareté, sont susceptibles de réfléchir une lumière étrangère (59). de sorte que les comètes n'ont a qu'une diaphanéité imparfaite (60), puisque ta lumière ne tes traverse pas sans obstacte. » L'iDlenslé d'éclat que présentent quelquefois des nébulosités à légères, comme cela est arrivé pour la comète de 18(|3, ou l'aspect stellaire du noyau, excite t'étonnement, parce qu'on est tenté de tout rapporter à ta réflexiOD des r^ns solaires. Mais ne se peul-U pas que, outre cette lumière empruntée, les comètes dégagent ellesmêmes une lumière propre?
De la queue des comètes, longue de ptuàeurs millions de lieues, et épanouie le plus souvent en éventail, se détachent, par l'émanation ou l'évaporatioD, des particules qui se répandent dans les espaces. Là elles forment peut-être elles-mêmes ce milieu résistant qui resserre peu à peu l'orbite de la comète d'Encke (61) ; peut-être aussi se métent^Iles à la matière cosmique qui ne s'est point condensée en corps célestes et n'a pas servi à former la lumière zodiacale. Des parties matérielles disparaissent presque sous nos yeux, et nous soupçonnons à peine la portion de l'espace où elles s'agrègent de nouveau. Bien qu'aujourd'hui il paraisse très-probable que la deoàté du fluide gazeux répandu à travers les espaces augmente dans le voisinage du Soleil , on ne peut cependant pas, pour expliquer l'amoindrissement que te noyau des comètes éprouve, selon Watz, auprès du Soleil, se représenter ce fluide condensé comme
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agissant par ta conipressioa sur une enveloppe vésiculaire (62). GéoéralcraeQt les contours des effluves coroélaires sont fort indt?cis, et l'on ne peut savoir au jusle où unit la nébulosité qui réfléchit la lumière, ïl n'en est que plus remarquable et plus inslruclif, quant à la constitution de certaines comètes, de voir, en quelques occasions, dans la portion antérieure parabolique de l'astre, une netteté de contours à peine égalée par les groupes de nuages de notre atmosptièro. C'est ce qui est arrivé pour la comète de Halley, au cap de Bonne-Espérance, vers la findumoisdejanvierlSSG. Sir John Herschell comparait cette apparence inusilée, qui témoignait de l'intensité de l'attraction mutuelle exercée par les molécules, à l'aspect d'un vase d'albâtre vivement éclairé à l'intérieur (63).
Depuis la publication du premier volume du CosmnSfil s'est produit, dans le monde des comètes, un événement dont on avait à peine auparavant soupçonné la possibilité. La comète intérieure et à courte période de Biéla, qui accomplit son ellipse en 6 ans 1/3, s'est partagée en deux comètes de même forme, mais de grandeur différente, chacune d'elles ayant une léte et une queue. Aussi longtemps qu'on a pu les observer, elles ne se sont point réunies, et ont cheminé presque parallèlement. Le 19 décembre 18&5, Hind avait déjii remarviué. dans la comète encore intacte, ane sorte de protubérance vers le Nord; mais le 21, d'après l'observation d'Ëncke à Berlin, on n'apercevait aucan indice de fiéparaUon. La division déjà eflèctuée Tut reconnue pour la première fois le S9 du
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même mois, dans TAmérique septentrionale, et en Europe, vers le milieu et à la fin du mois de janvier 18&6. Le nouvel astre, le plus petit des deux, précédait le [dus grand dans la direction du Nord. La distance de l'uD à l'autre fut d'abord de 3' ; plus tard, le 20 (ërrier, elle était de 6', d'après l'intéressant dessin d'Otto Struve {6k). L'éclat de chacune d'elles était changeant ; de sorte que te second astre, augmenlaat peu à peu d'int^isité, surpassa quelque temps en lumière la comète principale. Les enveloppes nébuleuses qui entouraient chaque noyau n'avaient aucun contour déterminé : celle qui entourait la plus grande comète oRrait un gonflement peu lumineux vers le Sud- Sud-Ouest, mais la partie du Ciel qui les séparait fut notée à Poulkowa comme libre de toute nébulosité (65). Quelques jours plus tard, le lieutenant Maury aperçut à Washington, avec un instrument dioptrique de Munich, de 9 pouces de diamètre, des rayons que l'ancienne comète envoyait vers la nouvelle, de sorte que pendant quelque temps il y eut une sorte de pont jeté de l'une à l'autre. Le 2â mars, la petite comète, diminuant insensiblement d'éclat, n'était déjà [Htsque plus reconnaissable. On vit encore la plus grande jusque vers le 16 ou le 20 avril, où elle disparut à son tour. J'ai décrit le développement de ce f^énomtoe extraordinaire avec tou3 les détails qae Ton a pu constater (66) . Il est à regretter que le fait même de ta aéparaUon et l'état qui l'a précédée aient échappé aux observateurs. La comète formée aux dépens de la première est-elle devenue invislUe par snite de l'éloigne-
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ment et de la faiblesse de la lumière, ou s'est-elle dissoute? reparattra-t-elle accompagDaDt la planète principale, et la comète de Bîéla ofFrira-t-elle encore, lors de ses retours successifs, de semblables anomalies ?
La naissance d'un nouveau corps planétaire par voie de disjonction soulève naturellement la question de savoir si, dans la multitude des comètes circulant aatour du Soleil^ il n'en est pas plusieurs qui aient été engendrées de cette manière, si ce phénomène ne se reproduit pas encore tous les jours, si enfin, soit par l'inégale vitesse de leur révolution, soit parce qu'elles ne subissent pas au même degré l'iafluence des perturbations, les comètes ainsi décomposées ne sont point lancées sur des orbites différentes? Stepben AJexander, dans un Mémoire déj^ cité, a cherché à expliquer la génération de toutes les comètes intérieures par une hypothèse de ce genre, mais sans foornir de raisons assez concluantes. Il paratt que de semblables événements se sont produits dans l'antîqailé ; malheureusement ils n'ont pas été décrits avec assez de détails. Sénèque, rapportant, d'après un té- HKHQ qu'il déclare lui-même peu digne de confiance,' qoe la comète à laquelle on attribua la destruction des Tilles de Hélice et de Bura, se divisa en deux parties, ajoute ironiquement : « Pourquoi personne n'a-t^il jamais vn deux comètes se réunir en une seule C67) ? » Les astronomes chinois parient de trois comètes accouplées qui parurent en l'an 896, et parcoururent leur orbite de conserve (68).
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Dans le grand nombre de comètes dont tes éléments ont été calculés jusqu'à ce jour, nous en connaissons huit dont la révolution s'accomplit en moins de temps que celle de Neptune. Parmi elles, six sont intérieures, c'est-à-dire que leur aphélie se trouve en deçà de l'orbite de cette planète ; ce sont : les comètes d'Encke (aphélie h,09), de Vico (5,02), de Brorsen (5,64), de Paye (5,95), de Biéla (6,19) et de d'Arrest {6,hk)- Ces six comètes intérieures ont toutes leur aphélie compris entre celui d'Hygie (3,15) et une limite extrême située par delà l'aphélie de Jupiler (5,20), à une fois et 1/^ la distance de la Terre an Soleil. Les deux autres comètes qui accomplissent leur révolution en moins de temps que Neptune, sont la comète de 74 ans d'Olbers, et !a comète de 76 ans de Halley. Jusqu'en 1819, époque à laquelle Encke reconnut le premier l'existence d'une comète intérieure, les deux comètes d'Olbers et de Halley restèrent, entre toutes les comètes dont on avait calculé tes éléments, celles dont le retour était le pins prompt. La comète d'Olbers de 1815, et celle de Halley atteignent, à leur aphélie, une distance qui dépasso seulement de 4 rayons de l'orbite terrestre pour l'une^ de 5 rayons et 2/5 pour l'autre, la limite en deçà de laquelle, depuis la découverte de Neptune, elles seraient considérées comme intérieures. Bien que cette limite soit variable, et que la âéoominatioa de com^ inlérieure paisse recevoir des appiicatims Douvelles, par ta découverte de planètes situées au-delà de Neptune, elle a cependant sur la dénomination d'astre à courte
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période, cet avantage qa'elle dépend au moins do quelque chose de déterminé, durant chaque phase de nos connaissances. Les périodes des six comètes intérieures, actuellement calculées avec précision, ne varient, il est vrai, que de 3 ans 3/10 à 7 ans û/tO ; mais si la 6* comète de i8/i6 , découverte à Naples par Péters, le 36 juin, dont le demi-grand axe est de 6,33, revient réellement après un intervalle de 16 annés (69), on peut prévoir que peu à peu on trouvera des comètes intermédiaires, quant à la durée des révolutions, entre celle de Faye et celle d'Olbers. Il serait donc, dans l'avenir, difficile de déterminer une ligne de démarcation entre les comètes à longue et it courte période. Nous insérons ici ta table daas laquelle le docteur Galle a réuni les éléments des six comètes .Dtérieures.
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Il résulte de l'aperçu qui précède que 32 ans h peine se sont écoulés entre le momeat où la comète d'Eucke a été reconnue être une comète intérieure et celui où a été découverte la comète également intérieure de d'Arrest (70) . Yvon Villarceau a donné aussi, dans les lYouvelles astronomiques de Schumacher, les âémeats elliptiques de la comète de d'Arrest. Il a présenté, conjoinlemeni avec Valz , quelques hypothèses sur l'identité de cette comète avec celle de 1678, observée par La Hire et calculée par Douwes. Deux autres comè^, la â' de 1819, découverte par Pons et cidculée par Encke, et la k' de la même aonée, découverte par Blanpain, et identique, d'après Clausai, avec la première de 17&3, paraissent aussi accomplir leur révolutioD eu cinq ou six ans, mais ces deux astres ne peuvent encore être cités à côté de ceux dont les éléments, grâce à des observations répétées et précises, ont été calculés avec plus de certitude et de perfection.
L'inclinaison des orbites des comètes intérieures sur l'écliptique est généralement faible et comprise eatre &" et 13°; celle de la comète de Brorsen est s»ile considérable et ne va pas à moins de 31'. Toutes les comètes intérieures découvertes jusqu'à œ jour ont, comme toutes les planètes et les satellites de notre systèite solaire, un mouvement direct de l'Ouest à l'Est. Sir John Hérschell a signalé à rattwition le phénomène très-particulier d'une marche rétrograde parmi les comètes foiblement inclinées sur l'écliptique (71) . ^ mouvement inver», qui ne- sf
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reDCODtre que dans uoe classe spéciale de corps planétaires, est d'une grande imporlance, en ce qu'il peut éclairer l'opinion régnante sur l'origine des membres d'un même système, sur la force et sur la direction de l'impi^ision première. Cela nous Tait voir que le monde des comètes, bien que les immenses distances qui l'en séparent ne puissent ic soustraire à l'inlIueDce du corps central, a cependant sod individualité propre, et jouit d'une indépendance relative. Cette considération a conduit b. l'hypothèse que les comètes sont les plus anciens de tous les corps planétaires, qu'elles forment pour ainsi dire le type originel de la matière diffuse qui remplit les espaces célestes (72). On demande subsidiairement si, malgré l'immense intervalle qui sépare encdre l'étoile la plus rapprochée dont nous connaissions la parallaxe et l'aphélie de la comète de 1680, quciques-UDS des astres cométaires qui font des apparitions au Ormament ne traverseraient pas notre système en simples passagers, voyageant de soleil en soleil.
A la suite du groupe des comètes, je place, comme se rattachant très-probablement au système solaire, la lumière zodiacale; et en dernier lieu j'arrive à ces essaims d'astéroïdes météori(jues qtii tombent de temps à autre sur la surface de notre globe, et dont quelques astronomes contestent l'existence, en taot ' que corps célestes. Comme, a l'exemple de Chladni, d'Olbers, de Laplace, d'Arago, de John Herschell et de Bessel, je tiens positivement les aérolithes pour des corps étrangers à la Terre e^'oi'igine cosmique.
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je puis bien, à (a fin d'un chapitre consacré aux aslres errants, exprimer la confiance dont je suis pénétré, que i'opinioQ contraire disparaîtra ud jour, à l'aiJe d'observations plus précises sur les aérolithes, les bolides et les étoiles filantes, connue a disparu depuis longtemps l'opinion universelle qui, jusqu'au xvi* siècle, attribuait aux comètes une origiae météorique. Déjà cependant ces astres étaient pour la corporation des prêtres Chaldéens de Babylone, pour une grando partie de l'école pythagoricienne et pour Apollonius le Myndien, des corps célestes, qui revenaient à des époques déterminées, en décrivant de vastes orbites; au contraire, la grande écolo anti pythagoricienne d'Aristole, et Épigène, pris à partie sur ce point par Sénèque, ne voyaient dans les comètes que des phénomènes météorologiques qui ne dépassaient point notre atmosphère (73). Heureusement ces fluctuations des esprits entre des hypothèses opposées, qui nous ramènent des espaces inQnis a notre atmosphère terrestre, doivent, avec le temps, aboutir à la véritable interprétation des phénomènes naturels.
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