‹ Cosmos; essai d'une description physique du monde;Chapitre 4 sur 14 · PRÉFACE" D'ALEXANDRE DE BUMBOLDT · texte numérisé non relu

PRÉFACE" D'ALEXANDRE DE BUMBOLDT

J'offre à mes compatriotes, sur le déclin de ma vie (a), un ouvrage dont les premiers aperçus ont occopé moD esprit depuis ud demi-siècle. Souvent, je l'ai abandonné, doutant de la possibilité de réaliser une entreprise irop téméraire : toujours, et imprudemment peut-être, j'y suis revenu, et j'ai persisté dans mon premier dessein. Je soumets le Cosmos au public, avec la timidité que m'inspire la juste défiance de mes Toroes, et en tâchant d'oublier que les ouvrages longtemps aiiendus sont généralement ceux que l'on accueille avec le moins d'indulgence.

[a) Alexandre de Humboldt publiaH la première partie du Cotmu en iS&à; Il oe mourat, heureusement pour la science, qa'en 1959.

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Par les TÎcissiludes de ma tie et une ardeur d'instruction dirigée sur des objets très-divers, je me suis trouvé engagé, pendant plusieurs années, à m'occuper, en apparence presque exclusivement, de sciences spéciales, de botanique, de géologie, de chimie, de positions astronomiques et de magnétisme terrestre. C'était une préparation nécessaire pour accomplir avec utilité des voyages lointains ; ces études avaient cependant aussi un but plus élevé. Je désirais saisir le monde des phénomènes et des Tonnes physiques dans leur connexité et leur influence mutuelles. Jouissant, dès ma première jeunesse, des conseils et de la bienveillance d'hommes supérieurs, je m'étais de boone heure intimement convaincu que, si l'on n'a point acquis une instruction solide dans tes parties spéciales des sciences naturelles, toute contemplation de la nature en grand, tout essai de comprendre les lois qui composent la physique du monde ne saurait être qu'une vaine et chimérique entreprise.

Les connaissances spéciales, par l'enchatnement même des choses, s'assimilent et se fécondent mutuellement. Lorsque la botanique descriptive ne reste pas circonscrite dans les étroites limites de l'étude des formes et de leur réunion en genres et en espèces, elle conduit l'observateur qui parcourt, sous différents climats, de vastes étendues continentales, des montagnes et des plateaux, aux notions fondamentales de la géographie des plantes, à l'exposé de la distribution

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des végétaux, selon la distance à l'équateur et l' élevalion au-dessus du niveau des mers. Or, pour comprendre les causes compliquées des lois qui règlent c^le distribution, il Tant approfondir les variations de température du sol rayonnant et de l'océan aérien qui enveloppe le globe. C'est ainsi que le naturaliste avide d'iostruclion est conduit d'une sphère de phénomènes à une autre sphère qui en limite les effets. La géographie des plantes, dont le nom même était presque inconnu il y a un demi-siècle, offrirait une nomenclature aride et dépourvue d^intérêt, si elle ne s'éclairait des études météorologiques.

La plupart des voyageurs attachés à des expéditions scienliSques se bornent à voir des côtes, et il n'en saurait être autrement dans les voyages autour do monde ; j'ai l'avantage d'avoir parcouru des espaces très-considérables à l'intérieur de deux, grands continents et dans des régions où ces continents présentent les contrastes les plus saisissants, à savoir : le paysage tropical et alpin du Mexique ou de l'Amérique du Sud, et le paysage des steppes de l'Asie bc»éale. Des entreprises de cette nature devaient, d'a[vès la leodance de mon esprit à la généralisation des idées, vivifier mon courage, et m'exciter à rapprocher, dans un ouvrage à part, les phénomènes terrestres de ceux qu'embrassent les espaces célestes. U detcriplion physique de la Terre, jusqu'ici assez mal limitée comme science, devint, d'après ce plan.

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qui s'éteodait k toutes les cboses créées, une description physique du Monde.

La composition d'un tel ouvrage, s'il aspire à réuDÎr à la valeur scieotiâque le mérite de ta forme littéraire, présente de grandes difGcultés. Il s'agit de porter l'ordre et la lumière dans l'immense richesse des matériaux, qui s'offrent à la pensée, sans ôter aux tableaux de la nature le souBle qui les anime ; car si l'on se bornait à exposer des résultats généraux, on risquerait d'être aussi aride, aussi monotone qu'on le serait en énumérani une trop grande multitude de faits particuliers. Je n'ose me llatter d'avoir satisfait à des conditions si difficiles à remplir, et d'avoir évité des écueils dont je ne puis que signaler l'existence. Le faible espoir que j'ai d'obtenir l'indulgence du public repose sur l'intérêt qu'il a témoigné, depuis tant d'années, à un ouvrage publié peu de temps après mon retour du Mexique et des États-Unis, sous te titre de Tableaux de la Nature. Ce livre, écrit originairement en allemand, et traduit en français, avec une rare connaissance des deux idiomes, traite quelques parties de la géographie physique, telles que la physionomie des végétaux, des savanes, des déserts, et l'aspect des cataractes, sous des points de vue généraux. S'il a eu quelque utilité, c'est moins par les connaissances que l'on a pu y puiser que par l'action qu'il a exercée sur l'esprit et l'imagina ticm d'une jeunesse avide de savoir et prompte à se lancer

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— tvn — dans des entreprises lointaines. J'ai tâché de faire voir dans le Cosmos, comme dans les Tableauœ de la KiUuTe, que la description exacte et- précise des phénomènes n'est pas absolument inconciliable avec la peinture animée et virante des scènes imposantes de ta création.

Exposer dans des cours publics les idées qu'on croit nouvelles, m'a toujours paru le meilleur moyen de se rendre raison du degré de clarté qu'il est possible de répandre sur ces idées : aussi ai-je fait cet essai en deux langues différentes, à Paris et à Berlin. Des cahiers qui ont été rédigés à cette occasion par des auditeurs intelligents me sont restés inconnus; j'ai préféré ne pas les consulter. La rédaction d'un livre impose des obligations bien différentes de celles qu'entraîne l'exposition verbale dans un cours public. A l'exception de quelques fragments de l'introduction du Cosmos, tout a été écrit dans les années ISAS et 18&&. Le cours que j'ai fait à Berlin, et qui s'est composé de soixante leçons, est antérieur à mon expédition dans le nord de l'Asie.

Le premier volume de cet ouvrage contient un tableau de la nature présentant l'ensemble des phénomènes de l'univers, depuis les nébuleuses planétaires jusqu'à la géographie des plantes et des animaux, en terminant par les races d'hommes. Ce tableau est précédé de considérations sur les différents degrés de jouissance qu'olîrent l'étude de la nature et la con-

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naissance de ses lois. Les limites de la science du Cosmos et la méthode d'après laquelle j'essaie de l'exposer y sont également discutées. Tout ce qui tient au détail des observations particulières, et aux souvenirs de l'antiquité classique, source étemelle d'iDstruction et de vie, est réuni dans dffî notes placées à la fin de chaque volume.

On a souvent fait la remarque, peu consolante en apparence, que tout ce qui n'a pas ses racines dans les profondeurs de la pensée, du sentiment et de l'imagination créatrice, que tout ce qui dépend du progrès de l'expérience, des révolutions que font subir aux théories physiques la perfection croissante des instruments et la sphère sans cesse agrandie de l'observation, ne tarde pas à vieillir. Les ouvrages sur les sciences naturelles portent ainsi en eux-mêmes un germe de destruction, de telle sorte qu'en moins d'un quart àe siècle, par la marche rapide des découvertes, ils sont condamnés à l'oubli et illisible pour quiconque a suivi les progrès du temps. Je suis loin de nier la justesse de ces réflexions, mais je pense que ceux qu'un long et intime commerce avec la nature a pénétrés du sentiment de sa grandeur, qui, dans ce commerce salutaire, ont fortiflé k la fois leur caractère et leur esprit, ne sauraient s'affliger de la voir de mieux en mieux connue, de voir s'étendre incessamment rhorinon des idées comme celui des faits. Il y a plus encore : dans l'état actuel de nos connaissances, >

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des parties Irès-imporlactes de la physique du monde sont assises sur de solides fondements. Un livre où l'on essaie de réunir tout ce qui, à une époque donnée, a été découvert dans les espaces célestes, à la surface du globe, et à la faible distance oii il nous est permis de lire dans ses profondeurs, peut, si je ne me trompe, quels que soient les progrès futurs de la science, offrir eacore quelque intérêt, s'il a réussi à retracer avec vivacité une partie au moins de ce' que l'esprit de l'homme aperçoit de général, de constant, d'étemel, parmi les apparentes fluctuations des phtoomènes de

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