ÉCRITE EN FRANÇAIS PAU DE HUMBOLDT
GOMIDiKATIOHS SDH LES DIPFÉRBriTS DBGIlAS DB lODISBAKCB QD'OPPRBHT L' aspect DB LA HATDRE BT L'BTDDE DB SBS LOIS.
Ed essayant, après une assez longue absence de ma patrie, de développer l'ensemble des phénomèDes physiques du globe et l'actioD simultanée des forces qui animent les espaces célestes, j'éprouve deux apprébensioDS diiïérentes. D'un côté, la matière que je traite est si vaste et si variée, que je crains d'aborder le sujet d'une maaière encyclopédique et superficielle ; de l'autre, je dois éviter de fatiguer l'esprit par des aphorismes qui n'offriraient que des généralités sous des formes arides et dogmatiques. L'aridité naît souvent de la conosion, tandis qu'une trop grande multiplicité d'objets qu'on veut embrasser à la fois, conduit à un manque de clarté et de précision dans l'enchaînement des idées. U nature est le règne de ta liberté, et pour peindre vivement les conceptions et les jouissances que fait naitre un sentiment profond de la nature, il faudrait aussi donner à la pcnsi« une expression libre et noble, en harmonie avec la grandeur et la majesté de la créa^on.
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Si l'on ne considère pas l'étude des phénomènes physiques dans ses rapports avec les besoins matériels de la vie, mais dans son influence générale sur les progrès intellectuels de l'humanité, on trouve, comme résultat le plus élevé et le plus important de cette investigation, la connaissance de la connexité des forces de la nature, le sentiment intime de leur dépendance mutuelle. C'est l'intuition de ces rapports qui agran> dit les vues et ennoblit dos jouissances. Cet agrandissement des vues est l'œuvre de l'observation , de la méditation et de l'esprit du temps dans lequel se concentrent toutes les directions de la pensée. L'histoire révèle à quiconque sait remonter, à travers les couches des siècles antérieurs, jusqu'aux racines profondes de nos connaissances, comment, depuis des milliers d'années, le genre humain a travaillé tt saisir, dans des mutations sans cesse renaissantes, l'invariabilité des lois de la nature, et îi conquérir progressivement une grande partie du monde physique par la force dé l'intelligence. Interroger les annales de l'histoire, c'est poursuivre cette trace mystérieuse sur laquelle l'image du Cosmos, qui s'était révélée primitivement au sens intérieur, comme un vague pressentiment de l'harmonie et de l'ordre dans l'univers, s'offre aujourd'hui h l'esprit comme te fruit de longues et sérieuses observations.
Aux deux époques de la contemplation du monde extérieur, au premier réveil de la réflexion et à l'époque d'une civilisation avancée, correspondent deux genres de jouissances. L'une, propre à la naïveté primitive des vieux âges, nait de la divination de l'ordre
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qu'annoncent la succession paisible des corps célestes et le développement progressif de l'organisation. Une autre jouissance résulte de la connaissance précise des phénomènes. Dès que l'homme, en interrogeant la nature, ne se contente pas d'observer, mais qu'il fait naître des phénomènes sous des conditions déterminées ( dès qu'il recueille et enregistre les feits pour étendre rinvesligation au délit de la courte durée de son existence, la philosophie de la nature se dépouille des formes vagues el poétiques qui lui ont appartenu h son origine; elle adopte un caractère plus sévère, elle pèse la valeur des observations, elle ne devine plus, elle combine et raisonne. Alors les aperçus dogmatiques des siècles antérieurs ne se conservent que dans tes préjugés du peuple et des classes qui s'en rapprochent parleur manque de lumières; ils se perpétuent surtout (lans quelques doctriaes qui, pour cacher leur faiblesse, aiment à se couvrir d'un voile mystique. Les langues surchargées d'expressions figurées portent longtemps tes traces de ces premières intuitions. Un petit nombre de symboles, produits d'une heureuse inspiration des teiops primitifs, prennent peu à peu des formas moins vagues, et, mieux interprétées, se conservent même d>Ds le langage scientifique.
La nature considérée rationDellement, c'est-à-dire ^mise dans son ensemble an travail de la pensée, est l'unité dans la diversité des phénomènes, l'harmonie «lire les choses créées, qui diffèrent par leur forme, par leur constitution propre, par les forces qui les animent, c'est le Tout (to luàv) pénétré d'un Souffle de vie. Le
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résultat le plus important d'une ëtude rationnelle de la nature est de saisir l'unité et l'harmonie dans cet immense assemblage de choses et de forces, d'embrasser avec une même ardeur ce qui est dû aux découvertes des siècles écoulés et à celles du temps où nous vivons, d'analyser le détail des phénomènes sans succomber sous leur masse. C'est ainsi qu'il est donné à l'homme de se montrer digne de sa haute destinée, en pénétrant le sens de la nature, en dévoilant ses secrets, et en dominant par le travail de la pensée les matériaux recueillis par l'observation.
Si nous réfléchissons d'abord sur les dilTérenls degrés de jouissance que fait nattre la contemplation de la nature, nous trouvons qu'au premier degré doit être placée une impression entièrement indépendante de la connaissance intime des phénomènes physiques, indépendante aussi du caractère individuel du paysage, de la physionomie de la contrée qui nous environne. Partout où, dans une plaine monotone et formant horizon, des plantes d'une même espèce, des bruyères, des cistes ou des graminées, couvrent le sol, partout où les vagues de la mer baignent le rivage et font reconnaître leurs traces par des stries verdoyantes d'ulva et de varech flottant, le sentiment de la nature grande et libre saisit notre âme et nous révèle, comme par une mystérieuse inspiration, que les forces de l'univers sont soumises à des lois. Le simple contact de l'homme avec la nature, c^lte influence du grand air ou, comme disent d'autres langues par une expression plus belle, jde Vair libre, exercent un pouvoir calmant : ils adou-
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cissenl la douleur etapaisent les passions, quand l'âme eslagilce dans ses profondeurs. Ces bienfaits, l'homme les reçoit partout, quelle que soit la zone qu'il habite, quel que soit le degré de culture intellectuelle auquel il s'est élevé. Ce que les impressions que nous signalons ici ont de grave et de solennel, elles le tiennent du pressentiment de l'ordre et des lois, qui natt à notre insu, au simple contact avec la nature ; elles le tiennent du contraste qu'olTrcnt tes limites étroites de notre être avec cette image de Tinfini qui se révèle partout, dans la voûte étoiiée du ciel, dans une plaine qui s'étend ï perte de vue, dans l'horizon brumeux de l'océan.
Une autre jouissance est celle que produit le caractère individuel du paysage, la configuration de la surfece du globe dans une région déterminée. Des impressions de ce genre sont plus vives, mieu\ défmîes, pliiâ conforraes à certaines situations de l'âme. Tantât c'est la grandeur des masses, la lutte des éléments déchaînés ou la triste nudité des steppes, comme dans le nord de l'Asie, qui excitent nos émotions; tantôt, sous l'inspiralion de senliments plus doux, c'est l'aspect des champs couverts de riches moissons, c'est l'habitation de l'homme au bord du torrent, la sauvage fécondité du sol vaincu par la charrue. Nous insistons moins ici sur les degrés de force qui distinguent les émotions que sur les différences de sensations qu'excite le caractère du paysage, etauxquelles ce caractère donne du charme et de la durée.
S'il m'était permis de m'abandonner aux souvenirs de courses lointaines, je signalerais, parmi les jouii^-
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:>ances que présentent les grandes scènes de la nature, le calme et la majesté de ces nuits tropicales, lorsque les étoiles, dépourvues de scintillation, versent une douce lumière j^nélairie sur ta surface mollement agitée de l'océan ; je rappellerais ces vallées profondes des Cordillères, où les troncs élancés des palmiers, agitant leurs têtes em|)ennées, percent les voûtes végétales, et forment, eli longues colonnades, « une forêt sur la forêt » (1) ; je décrirais te sommet du pic de Ténériffç, lorsqu'une couche horizontale de nuages, éhlouissante de blancheur, sépare le cône de cendres de la plaine inférieure, et que subitement, par l'effet d'un courant ascendant, du bord même du cratère, l'œil peut plonger sur les vignes de l'Orotava, les jardins d'orangers et les groupes touffus des bananiers du littoral. Dans ces scènes, je le répèle, ce n'est plus te charme paisible uniformément répandu dans la Dature qui nous émeut, c'est la physionomie du sol, sa conQguralioQ propre, le mélange des nuages, des îles voisines et de l'horizon de la mer, qui confondent leurs formes indécises dans les vapeurs du matin. Tout ce que les sens ne saisissent qu'à peine, ce que les sites romantiques présentent de plus eflrayant, peut devenir une source de jouissance pour l'homme; son imagination y tftjuve de quoi exercer librement un pouvoir créateur. Dans le vague des sensations, les impressions changent avec les mouvements de l'âme, et, par une douce et facile déception, nous croyons recevoir du moiidv! extérieur ce que nous-mêmes y avons déi>osé à notre insu.
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Lorsque, après une longue navigalion, t'-loigm-s tk la pairie, dous débarquons pour la première fois sur uoe terre des tropiques, nous sommes agréablenienl surpris de reconnaître dans les rochers qui nous enviroDDcnt ces mêmes schistes inclinés, ces mêmes basaltes en coloniles, recouverts d'amygdaloïdes cellulaires que nous venons de quitter sur le sol européen, et dont l'idenlité, dans des zones si diverses, nous rappelle que la croûte de la terre, en se solidifiant, eslreslëe indépendante de l'influence des climats. Mais ces masses rocheuses de schiste et de basalte se trouvent couvertes de végétaux d'un port qui nous surpreod, d'une physionomie inconnue. C'est là qu'entourés de formes colossales et de la majesté d'une Qore exotique, nous éprouvons comment, par la merveilleuse Qexibitité de notre nature, l'âme s'ouvre facilement aux impressions qui offrent entre elles un lien et une analogie secrète. Nous nous représentons si étroitement uni tout ce qui tient à la vie organique, que, s'il paraît d'abord qu'une végétation semblable à celle du pays natal devrait charmer nos yeux de pi-éférence, comme le fait pour notre oreille, dans sa douce familiarité, l'idiome de la patrie, nous nous seoloDS néanmoins naturalisés peu à peu dans ces diluais nouveaux. Citoyen du monde, l'homme, en tout lieu, finit par se familiariser avec ce qui l'environae. Seulement à quelques plantes de ces régions Douvetles le colon applique des noms qu'il iuipoite de jfl mère patrie comme uu souvenir dont il redouterait la perte. Par les mystérieux rapports qui existont entre
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— files (lîfli'Tents typ«^ de l'organisalion, les formes vi'gptales exotiques se présenteot à sa pensée embellies par l'image de celles qui ont entouré son berceau. C'esi ainsi que l'alTinité des sensations conduit au même but qu'atteint plus tard ta comparaison laborieuse des faits, à la persuasion intime qu'un seul. et indestructible Dœud enchaîne la nature entière.
La tentative de décomposer en ses éléments divers la magie du monde pbysique est pleine de témérité; car le grand caractère d'un paysage et de toute scène imposante de la nature dépend de la simultanéité des idées et des sentiments qui se trouvent excités dans l'observateur. La puissance de ta nature se révèle, pour ainsi dire, dans la connexiié des impressions, dans celle unité d'émotions et d'elTets qui se produisent en quelque sorte d'un seut coup. Si l'on en veut indiquer les sources partielles, il faut descendre par l'analyse à l'individualité des formes et à la diversité des forces. Les éléments les plus variés e( les plus riches de ce genre d'analyse s'offrent aux yeux des voyageurs dans le paysage de l'Asie australe, dans le grand archipel de l'Inde, et surtout dans le Nouveau Continent, là oii les sommets des hautes Cordillères forment les bas-fonds de l'océan aérien, et où ces mêmes forces souterraines qui jadis ont soulevé des chaînes de montagnes, les ébranlent encore de nos jours et menacent de les engloutir.
Des tableaux de la nature, tracés avec une pensée réfléchie, ne sont pas uniquement faits pour plaire Ji l'imagination; ils peuvent aussi, lorsqu'on les rap-
proche les uns des autres, reproduire les impressions par lesquelles on pa^se graduellement, depuis le littoral uniforme ou les steppes nus de la Sibérie jus({u'à l'inépuisable Téconditc de ta zone torride. Si dans notre imagination nous plaçons le Mont-Pilate sur le Schreckhorn (2) , ou la Schneekoppe sur le Mont-Blanc, nous' n'aurons pas encore atteint un des grands colosses des Andes, le Chimborazo, qui a deux Ibis la hauteur de l'Etna ; et ce n'est qu'en superposaot le Rigbi ou le mont Athos au Chimborazo, que l'on se roroie l'image du plus haut sommet de l'Himalaya, da Dhawalagiri. Quoique les montagnes de l'Inde, par leur étonnante élévation , surpassent de beaucoup (un grand noinbi'e de mesures précises ont enfin Kinsialé ce résultat) les Cordillères de l'Amérique Di^ridionale , elles ne peuvent pas, à cau^^e de leur position géographique, oiïrir la même variété de phénomènes. L'impression des grands aspects de la oalare ne dépend pas de la seule' hauteur. La chaîne de l'Himalaya est placée bien en deçà de la zone torride. A peine un palmier s'égare-t-il dans les belles vallées du Kumaoun et du GarhwaI (3). Par les 28* et 34' de latitude, sur la pente méridionale de l'ancien Paropanisus, la nature ne déploie plus cette abondance de fougères et de graminées arborescentes, d'héliconia et d'orchidées, qui, dans la région tropicale, montent jusque sur les plateaux les plus élevés. Sur le dos de l'Himalaya, à l'ombre du pin deodvara et des chênes h larges feuilles qui caractérisent ces alpes de l'Inde, ta roche granitique et le mi^a-
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schiste se couvrent de formes presque semblables à celles qui végètent en Europe et dans l'Asie boréale. Les espèces ne sont pas identiques, mais analogues de port et de physionomie ; ce sont des genévriers, des bouleaux alpestres, des gentianes, le paraassia des marais et le ribes épineux (fi). Il manque aussi à la chaîne de l'Himalaya le phénomène imposant des volcans, qui, souvent dans les Andes et dans l'archipel Indien, révèlent d'une manière formidable aux indigènes l'existence des forces qui résident dans l'intérieur de notre planète. Aussi la région des neiges perpétuelles, à la pente méridionale de l'Himalaya, là où montent les courants d'air humide, et avec ces courants la vigoureuse végétation de l'Indoustan , commence déjà par 3600 et 3900 mètres de hauteur au-dessus du niveau de l'océan : elle fixe par conséquent au développement de l'organisation une limite qui, dans ta région équinoxiale des Cordillères, so trouve à 850 mètres plus haut (5) .
Les pays qui avolsinent l'équateur ont un autre avantage sur lequel on n'a pas jusqu'ici sufGsamment appelé l'attention. C'est la partie de la surface de notre planète oii, dans la moindre étendue, la nature fait naître la plus grande variété d'impressions. Dans les montagnes colossales de Cundinamarca, de Quito et :îu Pérou, sillonnées par de profondes vallées, il est Jonné à l'homme de contempler à la fois toutes les tiniilles des plantes et tous les. astres du firmament. C'est là qu'un même coup d'œil embrasse de majestueux palmiers, des forêt:» humides de bambusa, Ut
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Tamille des musacées, et au-dessus de ces formes du moode tropical, des cbéaes, des uélliers, des églantiers et des ombellifères, comme daus notre patrie européeDoe. D^UD seul regard ou y embrasse la constellalion de la Croix du Sud, les Nuées de Magellan et les étoiles conductrices de l'Ourse qui circulent autour du pôle arctique. C'est là que le sein de la terre et lesdeux héiuisphères du ciel étalent toute ta richesse de leurs roriues et la variété de leurs phénomènes ; c'est là que ks climats, comme les zones végétales dont ils déterniioeat la succession, se trouvent supeiposés par i-tages, que les lois du décroissement de la chaleur, faciles à saisir pour l'observateur intelligent , sont iDscrites en caractères indélébiles sur les murs des rochers, à la pente rapide des Cordillères.
Pour ne pas fatiguer le lecteur par le détail de phénomènes que j'ai essayé, il y a longtemps, de rcprésraler graphiquement (6), je ne reproduirai ici que quelques-uns de ces résultats généraux dont l'ensemble compose le tableau physiipie de la zone torride. Ce qui, dans le vague des sensations, se confond, bute de contours assez arrêtés, ce qui reste enveloppé de œtle vapeur brumeuse qui, dans le paysage, dérobe il la vue les hautes cimes , la pensée, en scrutant les causes des phénomènes, le dévoile et le résout dans ses éléments divers; elle assigne à chacuo des éléments qui concourent à former l'impressiou totale un caractère individuel, il eu résulte que, daus la sphère de la âcieace, comme dans celle de la poésie et de la peinture de paysage, la desuiption dei> sites et les tableaux qui
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parlent à l'imagina tion ont d'autant plus <le vérité et de vie (jue les (rails y sont plus arrêtés.
Si les régions de la zone torride , par leur rirhesse organique et leur abondante fécondité, font naître les émotions les plus profondes, elles offrent aussi l'avantage inappréciable de montrer à l'homme dans TuDiforraité des variations de l'atmosphère et du développement des forces vitales, dans les contrastes de climats et de végétation qui naissent de la différence des hauteurs, l'invariabilité des lois qui gouvernent les mouvements célestes réfléchie pour ainsi dire dans tes phénomènes terrestres. Qu'il me soit permis de m'arrêter quelques instants aux preuves de cette régularité, qu'on peut même assujettir à des échelles et à des évaluations numériques.
Dans les plaines ardentes qui s'élèvent peu audessus du niveau des mers, règne la famille des bananiers, des cycas et des palmiers, dont les espèces inscrites dans les flores des régions ti'opicales se sont merveilleusement multipliées de nos jours, par le zèle des botanistes voyageurs. A ces groupes succèdent, sur la pente des Cordillères , dans de hautes vallées ou dans des crevasses humides et ombragées, les fougères en arbre et le chinchona qui produit l'écorce fébrifuge. Les gros troncs cylindriques des fougères projettent sur l'azur foncé du ciel la jeune verdure d'un feuillage délicatement dentelé. Dans le cinchona, l'écorce est d'autant plus salutaire que la cime de l'arbre est plus souvent baignée et rafraîchie par les légers brouillards qui forment la couche supéi'ieure des nuages reposant
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— 13 - ■ sur les plaines. A la limite oii lînit la région des forêts, fleurisseat sur de larges bandes des plantes qui vivent par groupes, de petits aralia, les thibaudes et les aodroinèdes à feuilles de myrte. La rose alpine des Andes, le magoificiue befaria, forme une ceintui'e pourpre autour des pics élancés. Peu à peu, dans la région froide des Paramos, exposée à la perpétuelle tourmente des orages et des vents, disparaissent les arbustes raïueux et les herbes velues constamment chargées de grandes corolles à couleurs variées. Les plantes monocotylédones à maigres épis couvrent uniformément le sol : c'est la zone des graminées. I^a savane qui s'étend sur d'immenses plateaux reflète à la pente des Cordillères une lumière jaunâtre, presque dorée dans le lointain, et sert de pâturage aux lamas et au bétail introduit par les colons européens. Lii où le rocher nu de trachyte perce le gazon el s'élève dans des couches d'air qu'on croit moins chargées d'acide carbonique, les plantes seules d'une organisation inférieure, des lichens, des lécidées et la poussière colorée du lepraria se développent par taches orbleuiaires. Des tlols de neige sporadique fraîchement tombée, variables de forme et d'étendue, arrêtent les derniers et faibles développements de la vie végétale. A ces tlots sporadiques succèdent les neiges éternelles. Elles ont une hauteur constante et facile à déterminer, à cause de la très-petite oscillation qu'éprouve leur limite inférieure. Les forces élastiques qui résident dans l'int^ rieur de notre globe travaillent, le plus souvent en nin, à briser ces cloches ou dômes arrondis qui, res-
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plendissants de la blancheur des neiges i-lernelles, surraonlenl le dos des Cordillères. IJi où les forces souterraines ont réussi , soit par des cratères circulaires, soit par de longues crevasses, à ouvrir des coaimuotcatioDS permaDentcs avec l'atmosphère , elles produisent.le plus souvent des scories ennauinaées, des vapeurs d'eau et de soufre hydraté, des moffèles d'acide carbonique, rarement des courants de laves.
Un spectacle si grandiose et si imposant n'a pu faire naître chez les habitants des tropiques, dans le premier état d'une civilisation naissante, qu'uD sentiment vague d'élonnement et de frayeur. On aurait dû supposer peut-être, et nous l'avons déjà rappelé plus haut, que le retour périodique des marnes phénomènes et le mode uniforme d'après lequel ils se groupent par zones superposées, auraient facilité à l'homme la connaissance des lois de la nature; mais aussi Ioîq que remontent la tradition et l'histoire, nous ne trouvons pas que ces avantages aient été mis à profit dans ces heureux climats. Des recherches récentes font douter que le siège primitif de la civilisation des Hindous, l'une des phases les plus merveilleuses des progrès de l'humanité, ait été placé entre les tropiques mêmes. Ayriana Vaedjo, l'antique berceau duZend, était situé au nord-ouest du Haut- Indus, et après le grand schisme religieux, c'est-à-dire après la séparation des Iraniens d'avec l'institut brahmanique, la laogue jadis commune aux Iraniens et aux Hindous a pris , chez ces derniers, dans le Magadha ou Madhya Deçà (7], contrée limil^'e par la grande Cordillère de l'Himalaya
et la petite chaîne Vindhya, une forme iodividuelle, en mêroe tempe que la littérature, les mœurs et l'état de la société. Fort longtemps après, la langue et la civîlisatioù Ganscriles se SMit même avancées vers le sud-est ^ ont pénétré beaucoup plus avant dans la zone tor- Tide , ainsi que mon frère Guillaume de Humboldt (8) l'a exposé dans sou grand ouvrage sur la langue kawi cl (es langues qui ont avec elle quelques rapports de structure.
Malgré toutes les entraves que , sous des latitudes boréales, l'excessive complication des pbénomèoe.s et les perpétuelles variations locales dans les moiivemenls fte l'atmosphère et dans ta distribution des forme» orçaniques opposaient à la découverte des lois de la Mture, c'est précisément à un petit nombre de peuples habitant la zone tempérée que s'est révélée d'abord Dm connaissance intime et rationnelle d^ forces qui agissent dans le monde physique. C'est de cette zone boréale, plus favorable apparemment au progrès de la niwn , à l'adoucissement des mœurs et aux liberUje (HiHiqBes, que les germes de la civilisation ont été importés dans la zone tropicale , tant par ces grands imuiTements des races qu'on apipelle migrations des peuples, qoe par l'établissement de cobnies également Blalaires pour les pays qu'elles vont peupler, et pour «ox d'où elles partait , quek)ues différenote que pré- Milent d'aBleurs leurs institutions dans les temps phé- ■iaens ou helléniques et dans nos temps modernes.
Eo rappelant la facilité plus ou moins grande que lasuccession des phénomènes a pu donner pour recon-
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nattre la cause qui les produit, j'ai touché à ce point iraportaot oii, dans le contact avec le monde extérieur, à côté du charme que répand la simple coatem|^atioQ de la Dalure, se place la jouissance qui nafl de la connaissance des lois et de l'eDchainement mutuel de ces phénomènes. Ce qui longtemps n'a été que l'objet d'uiie vague inspiration est parvenu peu à peu à l'évidence d'une vérité positive. L'homme s'est efforcé de trouver, comme l'a dit dans notre langue un po6te immortel, « le pôle iiDiDuable dans l'étemelle fluctuation des choses créées (9) . »
Pour remonter à la source de cette jouissance qui nait du travail de la pensée, il suffit de jeter un rapide coup d'œil sur les premiers aperçus de la philosophie de la nature ou de l'antique doctrine du Cosmos. Nous trouvons chez les peuples les plus sauvages (et mes propres courses ont conSrmé cette assertion) un sentiment confus el craintif de la puissante unité des forces de la nature, d'une essence invisible, spirituelle, qui se manifeste dans ces forces, soit qu'elles développent la fleur et le fruit sur l'arbre nourricier, soit qu'éltes ébranlent le sol de la forêt ou qu'elles tonnent daos les nuages. Il se révèle ainsi un lien entre le monde visible et un monde supérieur qui échappe aux sens. L'un ^ l'autre se confondent involontairement, et, même sans le secours de l'observation, le germe d'une philosophie de la nature ne s'en développe pas moins dans le sein de l'homme comme le simple produit d'une conception idéale.
Chez les peuples les plus arriéivs dans la civilisa-
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tim, l'imagination se plattau jeu de créalions bizarres et lâniastiques. La prédilection pour te symbole influe simullanémenl sur les idées et sur les langues. Au lira d'examiner, on devine, on dogmatise, on interprèle ce qui n'a jamais été observé. Le moade des idé^ et des sentiments ne reflète pas dans sa pureté primilive le moode extérieur. Ce qui, dans quelques régions (te la (erre, ne s'est manifesté, comme rudiment de la philosophie naturelle, que chez un petit nombre d'individus doués d'une haute intelligence, se présente en d'autres régions, chez des familles entières de peuples, comme le résultat de tendances myetiques et d'intui-t lions instinctives. C'est dans le commerce intime avec h nature, c'est dans ta vivacité et la profondeur des émotions qu'elle fait naître , qu'on rencontre aussi les (rcmières impulsions vers le culte, vers une sanctification des forces destructives ou conservatrices de l'univers. Mais a mesure que t'bomme en parcourant lesdifierenls degrés de son développement intellectuel, parvient à jouir hbrement du pouvoir régulateur de la réOexion, à séparer, par un acte d'aiïraDchissement pioj^ressif, te monde des idées de celui des sensations, il ne peut plus se contenter de pressentir vaguement l'unité des forces de la nature. L'ex.ercice de la pensée «HBoience à accomplir sa haute mission ; l'observation, lecondée par le raisonnement, remonte avec ardeur iHK causes des phénomènes.
L'histoire des sciences nous apprend qu'il n'a pas été facile de satisfaire aux besoins d'une si active curiosité. Des observations peu exactes et inconq>lètes'
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ont conduit, p«r de fausses induclioas, h ce grand nombre d'aperçus physiques qui ae soQt perpétués parmi les préjugés populaires, dans toutes lea t de ka société. C'est ainsi qu'à côté d'une c solide et scientifique des phénomènes, il s'est conservé un systàne de phénomènes mal observés, systèfoe d'autant plus difTtcile à ébranler qu'il do tÎMil compte d'aucun des faits qui te renversent. Cet «opirisioa, triste héritage des siècles aDtérieiirs, maiotienl iovariablement ses axiomes. 11 est arrogant cfunme tout ce qui est horaé, tandis que la physique, fondée sur la SGÎeace, doute parce qu'elle cherche à approfondir, sépare ce qui est certain de ce qui est simplement probable, et perfectionne sans cesse les théories, en étendant la cercle des observations.
Cet assemblage de dogmes incomplets qu'un siècle lègue à l'autre, cette physique qui se compose de préjugés populaires, n'est pas seulement nuisible parce qu'elle perpétue l'erreur, avec l'obstination qu'entraîne loujoure le témoignage de faits observés inexactement; elle empêche aussi l'esprit de s'élever aux grandes vues de la nature. Au lieu de chercher l'état moyen autour duquel oscillent, dans l'apparente iodépmdance des fi)rces, tous les phénomènes du monde extérieur, elle cherche l'occasion de multiplier les exceptions k la toi; ce qui la frappe dans les phénomènes et dans les formes organiques ce sont des merveilles autres que celles d'une succession régulière, d'un développement interne et progressif. Sans cesse elle incline à croire interrompu l'ordre de la nature, à
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«éccHwaltre da^S te présent l'analogie avec le passé, à pooreuivre, an hasard de ses rêverieg, la caMse de pré- (çndwee perifflrtaticms» taptôt dan^ l'ieléfieur dg ntttïe globe, taqtô( dans \^ espace§ cé|este;s.
C'est te but particulier 4ç cet o^vreg^, de çqmbattre des ^epr; qiii ^enn^n^ l«ur spuii^e dans un (H^irisnte Yiçi^^!; et df(Q^ des iqduclioos. ùpp^rfaJtes. Lee plus qoblea joui^uce^ que peut procurer l'étude de la nature (tépendeut de la juste^ et de |a prorqo- 4eur des aperçus, de l'étendue de l'horiîon que l'on embrasse à la fols- Avec la culture de l'inlelligepce E'est accru, dans toutes les classes de la société, le iKaoÏD d'emlielllF \è vie eu ^vsmeutfint la masse des idées et les moyens de les généraliser- (Je seutimeot e^t la réftilatiw des reproches que l'on a adressés au siÈcle où qpus tÎtoqs, et prouve que |es esprits ne iûql pas occupés des aeul^ intérêts oiiaténels de l'exisifiQce.
Je touche non ^ns regret ^ une crainte qui semble nattfe d'une vue bornée ou d'une certaine ^timeqtalilé molle et faible de l'âme < je Yeux dire la crainte qw la nature ne i^rd^ de son cbitnne et du prestige de son pQuvoir magique, à mesure que noMs cKupniwco&B^ péoâtrar ^ secrets, à coniprendre le mécaqiane des monvements céle^teç, ^ évaluer nutqénqueiDBHt l'intensité des forces. Il est vrgi que le^ forces n'exercent, à p(<oprement parler, un pouvoir ma^ giqoe sur noui^ qu'autant quâ leur açlioD, enveloppée de mystères et de tén^uvs, se trouve pUc^ liors de lûotes les condition» que l'expérience a pu atteindra'
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L'effet d'uQ tel pouvoir est par conséquent dYraouvoir l'irnaginalion; mais certes ce n'est pas celte faculté de l'âme que nous évoquerions de préférence, pour présider aux laborieuses et minutieuses observations, dont le but est la connaissance des plus grandes et des plus admirables lois de l'univers. L'astronome qui, au moyen d'un héliomètre ou d'un prisme à double réfraction (10), détermine le diamètre des corps planétaires, qui mesure patiemment, pendant des années ' entières, la hauteur méridienne ou les rapports de distance des étoiles, qui cherche une comète télescopïque au milieu d'un groupe de petites nébuleuses, ne se sent pas (et c'est la garantie même de la précision de son travail) l'imagination plus émue que le botaniste qui compte les divisions du calice, le nombre des étamines, les dents tantôt libres, tantôt soudées de l'anneau qui entoure la capsule d'une mousse. Cependant, d'une part les mesures multipliées des angles, de l'autre les rapports du détail de l'organisation, préparent la voie à d'importants aperçus sur la physique générale.
Il faut distinguer entœ les dispositions de l'âme chez l'observateur, pendant qu'il observe, et l'agrandissement ultérieur des vues qui est le fruit de l'investigation et du travail de la pensée. Lorsque les physiciens mesurent avec une admirable sagacité les ondes lumineuses inégalement longues, qui se renforcent ou se détruisent par interférence, même dans leurs actions chimiques; lorsque l'astronome, armé de puissaols télescopes, pénètre dans les espaces célestes.
contemple, aux. dernières limites de notre sy^^teme solaire, les lunes d'Uranus, et décompose de faibles poiols élincelants en étoiles doubles inégalement colorées; lorsque les botanistes retrouvent la constance dii mouvement giratoire du chara dans la plupart des cellules végétales, et reconnaissent l'enchataernent intime des formes organiques par genres et par familles naturelles, la voûte céleste parsemée de nébuleuses el d'étoiles, et le riche tapis de végétaux qui couvre le sol dans le climat des palmiers, ne peuvent manquer de laisser à ces observateurs laborieux une impression plus imposante et plus digne de la majesté de la création qu'à ceux dont l'âme n'est point habituée à saisir les grands rapports qui lient les phénomènes. Je ne puis par conséquent tomber d'accord avec Burke, lorsque, dans un de ses spirituels ouvrages, il prétend « que notre ignorance des choses de la nature est la cause principale de l'admiration qu'elles nous inspirent, que c'est elle qui produit le seDtimeDt (lu sublime. »
Tandis que l'illusion des sens fixe les astres à la Toùle des cieux, l'astronomie, par ses travaux hardis, agrandit indéliniment l'espace. Si elle circonscrit la grande nébuleuse à laquelle appartient le système scJaire, ce n'est que pour nous montrer au delà, vers des régions qui fuient à mesure que les pouvoirs optiques augmentent, d'autres Elots de nébuleuses sporadiques. Le sentiment du sublime, en tant qu'il nait de la contemplation de la dislance qui nous sépare des astres, de leur grandeur et en général de l'étendue
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physique, se rélléchit âatis le sentiœeat de rinboi qui apparlienl à une autre sphère d'idées, au inonde ibtellectuel. te que le premier offre de soletibël et d'imposant, il le doit a la liaison qtie nous veooDS de siglrta- 1er, à cfetle analogie de jouissances et d'ëtilbllons qui sont 'excitées en nous, soil au ûiilieU des mets, Sbit dans l'ôcèan aérien, lorsque des couclies vaporeuses et 'a demi diaphanes nous enveloppent sur le éominet d'un pic isolé, soit enfin devant un de ces puissants instruments qui dissolvent en étoiles de lointaiDes nébuleuses.
Le travail qui consiste à accumuler des observations de délait sans rapport entre elles, a pu conduire, il est vrai, à ce préjugé proFondémenl invétéré, que l'étude des sciences exactes doit nécessairement i-erroidir le sentiment et diminuer les nobles plaisirs de la contemplation de la nature. Ceux qui , dans te tebips où nous vivons, au milieu des progrès de toutes les branches de nos connaissances et de la raison publique elle-même, nourrissent encore une telle erreur, n'apprécient pas assez chaque progrès de l'intelligence, ni ce que peut l'art de voiler le détail des faits isolés, pour s'élever à des résultats généraux. Souvent, au regret de sacrifier, sous l'influence du raisonneinenl scientifique, la libre jouissance de la nature, s'ajoute la crainte qu'il ne Soit pas donné à toutes les intelligences de saisir l'ensemble de la physique du monde. Il est vrai qu'au milieu de cette fluctuation universelle de forces et de vie, dans ce réseau inextricable d'organismes qui se développent et ne détruisenl tour à
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lour, chaque pas que l'on fait vers la connaissance plus intime «Je la nature eondnit h l'entrée de nooteaux tebyrinlhes ; mais cette intuition vague de tant * Mj-stères à dévoiler, en stimulant en nous l'exerriœ (te la pensée, nous cause, à tous les degrés dU savoir, un ékmnement mêlé de jouissance. La décou- , TCrte de rfiaque loi de la nature conduit k utté autre loi plus générale, ou en fait pressentir au moins l'existenœ à l'observateur intelligent. La nature, comme Ta définie iin célïtre physiologiste (11), et comme le mtA même l'indique cheE tes Gttcs et chez les Romains, est « ce qui froît et se développe perpétueltement, ce qui n'a de vie que par Un dhingemeot ooïïtinu de forme et de mouvement intérieur. »
I^ Série des types oi^aniques s'étend ou se cotnptMe pour nous , à mesure que , pôr des vtoj^agfes de terre DU de mer, on pénètre dans des r%ions iflconiraes.que l'on compare les organismes vivants avec CBK qui Ont disparu dans les grandes révolUtiotis de notre planète, à mesure que les microscopes se perfecliomient, et que l'on apprend à s'en servir avec plus dediScememcnt. Au sein de celte immense variété de productions animales et végétales, dans le jeu de leurs périodiques transformations, se renouvelle sans cesse le mystère primordial de tout développement organilue, œ problème de la métamorphose que Gœlhe a traité avec une sagacité supérieure, ot qui naît du besoin que nous éprouvons de réduire les fornics y^les à un petit nombre de types fondamentaux. Au milieu des Richesses de la nature et de cette acciimula-
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2(1 tion croissante des observations, l'homme se pénètre de la conviction intime qu'à la surface et dans les entrailles de la terre, dans les profondeurs de la mer et dans celles des cieux, même après des milliers d'années, « l'espace ne manquera pas aux conquérants scientifiques. » Le regret d'Alexandre (12) ne saurai! s'adresser aux progrès de l'observation et de l'intelligence.
Des considérations générales, qu'elles aient rapport à la matière agglomérée en corps célestes ou à la distribution géographique des organismes terrestres, ne sont pas seulement plus attrayantes par ellesmêmes que tes études spéciales; elles offrent aussi de grands avantages à ceux qui ne peuvent donner que peu de temps à ce genre d'occupations. Les diffé< rentes branches de l'histoire naturelle ne sont accessibles que dans certaines positions de la vie sociale; elles ne présentent pas le même charme dans chaque saison, sous chaque climat. Dans les zones inhospita^ Hères du nord, nous sommes privés pendant longtemps du spectacle qu'offrent à nos regards les forces productives de la nature organique ; et si notre intérêt est fixé sur une seule classe d'objets , les récits les plus animés des voyageurs qui ont parcouru les pays lointains, n'auront aucun attrait pour nous , à moins de toucher aux objets mêmes de notre prédilection.
De même que l'histoire des peuples, si elle pouvait toujours remonter avec succès aux véritables causes des événements, parviendrait à résoudre l'élemelle énigmedes oscillations qu'éprouve le mouvement tour
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h loiip progressif ou rL'lrograde de la société humainej de même aussi la description ptiysique du monde, la science du Cosmos, si elle était conçue par une forle intelligence et fondée sur la connaissance de tout ce que l'on a découvert jusqu'à une époque donnée, ferait iTisparaîlre une partie des contradictions que semble oITrir an premier abord la complication des pbénomènes, et qui tiennent à une multitude de pcrturbalioDs siniultances. La connaissance des lois, qu'elles se révèlent dans les mouvements de l'océan, dans la marche calculée des comètes, ou dans les attractions mutuelles des étoiles multiples, augmente le sentiment du calme de la nature. On dirait que « la discorde des éléments, » ce long épouvantail de l'esprit humain dans ses premières intuitions, s'apaise à mesure que les sciences étendent leur empire. Les vues générales nous habituent à considérer chaque organisme comme une partie de la création entière, à reconnaître dans la plante et dans l'animal, non l'espèce isolée, mais une forme liée, dans la chaîne des êtres, à d'autres formes . vivantes ou éteintes. Elles nous aident à saisir les rapports qui existent entre les découvertes les plus récentes et œlles qui les ont préparées. Relégués sur un point de l'espace, nous n'en recueillons qu'avec plus d'avidité ce qui a été observé sous différents climats. Nous aimons à suivre d'audacieux navigateurs au milieu des jîlaces polaires, jusqu'au pic de ce volcan du pôle antarctique, dont les feux sont visibles pendant le jour à de grandes distances. Nous parvenons même à comprendre quelques-unes des merveilles du magnétisme
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terrestre, et les résallats cpie l'on peut attendre des nombreuses stations disséminées aujourd'hui dans les deux hémisphères, pour épier la simultanéité des perturiîatioBS, la fréqtience et la durée des orages magn&ttjues. Qu'il me soît permis de faire quelques pas de plus dans le champ des découvertes dont les conséquences ne peuvenl être appréciées que par ceux qui se sont livrés à des éludes de physique générale. Des exemples choisis parmi les phéûomènes qui ont surtout fixé l'attenlvon dans ces derniers temps répandront uh jour nouveau slir les considérations précédentes. Sans une connaissance préliminaire de l'orbite des comètes, on ne comprendrait pas de quelle importance est la découverte de la comète d'Encke, dont l'orbite elliptique est incluse dahs les étroites limites de notre système planétaire, ei qui a révélé l'existence d'un Huide éthéré, tebdant à dihiinuer la Toree centrifuge et la durée des révolutions. A une époque où tant de gens, curieux d'un demi-savoir, se plaisent h mêler aux conversations du jour de vagues aperçus scientifiques, les craintes que Poil se créait jaiîis au sujet du choc des corps célestes, ou d'un prétendu dérangement des climats, se renouvellent sous d'autres formes; et ces rêves de l'imagination sont d'autant plus trompeurs qu'ils ont leur source dans des prétentions dogmatiques. L'histoire de l'atmosphère el des variations annuelles qu'éprouve sa température remonte déjà assez haut pour manifester le retour de petites oscillations autour de la chaleur moyenne d'un lieu, [)our nous prémunir par conséquent contre la crainte exagérée de la dété-
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rioratioû générale et progressive des climats de l'Europe. La comète d'Ehcke, une des trois comèîcs inlériesres, achève sa course en douze cents jours, et, ^r fe forme et la position de son orbite, n'est pas plus (fengcrefféd pour fa teirë que la grande cotnète de Balley, de sbixànte-sei2e atis, moitis licllé en 1855 qu'en 1759, qùéla comète inlérieùl^ de Biela, qui coupe, il td Vfai, l'brbite'de la létce, inais ne peut se rapproéHet beaucoup de nïius que lorsque sa proximité du aofeil coïncide avec le solstice d'hiver. . La qiiaialilé de chaleur que feçoit une planète, el *)ni la distribution inégale détermine les variations ftiétferolc^ques de l'airoosphère, dépend à la fois de ta force photogénique du s'oleil, c'est-à-dire âe l'étal et ses eûVeloppès gazeWses, el de la position relative tte h planète el du corps centrai. D'api-ès les lois de la gravitatoa ainiverselle, la foi-me de l'orbite terrestre on l'inclinaison de rûcliptique, c'est-à-dire l'angle que lâiiraxedela terre avec le plan de son orbite, éprouve dre varialitfns périodiques, mais si lentes et enfermées ilans des limités si étroites, que les elîets thermiques DO sauraient devenir appréciables pour nos instruments actoels qu'après des milliers d'années. Les causes a^nomiqnes auxquelles peuvent tenir le refroidissement de notre globe, la diminution de l'humidiié à sa surfece, la nature et la TréqUence de certaines épidémies (phénomènes s'ouVent discutés de nos jours suivant les aperçus du ttioyen âge) , doivent être considérées comme placées hors de la portée des procédés actuels de la phyà^\K el de la chimie.
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- L'astronomie physique nous offre d'autres plicnomènes qu'on ne saurait saisir dans toute leur i^rantleur, sans y élre préparé par des vues générales sur les Torces qui animent l'univers. Tels sont le nombre immense d'étoiles ou plutôt de soleils doubles, tournant autour d'un centre de gravité commun, et révélant l'existence de l'attraction newtonienne dans les mondes les plus éloignés ; l'abondance ou la rareté des taches du soleil, c'est-à-dire de ces ouvertures qui se forment dans les atmosphères lumineuse et opaque dont le noyau solide est enveloppé ; les chutes régulières des étoiles filantes du 13 novembre et de la fêle de saint Laurent, anneau d'astéroïdes qui coupent probablement l'orbite de la terre, et se meuvent avec une vitesse planétaire.
Si des régions célestes nous descendons vers la terre, nous désirons concevoir les rapports qui existent entre les oscillations du pendule dans un espace rempli d'air, oscillations dont la théorie a été perrectionnée par Bessel, et la densité de notre planète; nous demandons comment le pendule, faisant les fonctions d'une sonde, DOiis éclaire jusqu'à un certain point sur la constitution géologique des couches à de grandes profondeurs. On aperçoit une analogie frappante entre la formation des roches grenues qui composent des courants de laves à la pente des volcans actifs, et ces masses endogènes de granit, de porphyre et de serpentine, qui, sorties du sein de la terre, brisent, comme roches d'éruption, les bancs secondaires, et tes modifient par contact, soit en les rendant plus durs au moyen de la silice qui s'y introduit, soit en les
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réduisant à l'état àç dolomie, soit eoRn en y faisant naître des cristaux de composition très-variée. Le souièvemeat d'tlots sporddiques, de dômes de trachjte et de cônes de basalte, par les forces élastiques qui émanent de l'intérieur fluide du globe, ont conduit le premier géologue de notre siècle, M. Léopold de Buch, à la théorie du soulèvement des continents et des chaînes de montagnes. Une telle action des forces souterraines, la rupture et l'exhaussement des bancs de roches de sédiment, dont le Utloral du Chili a offert un exemple récent , à la suite d'un grand tremblement de terre, font entrevoir la possibilité que des coquilles pélagiques trouvées par M. Bonpiand et par moi, sur le dos des Andes, à plus de â 600 mètres d'élévation , aient pu être portées à cette hauteur, non par l'intumescence de l'océan, mais par des agents volcaniques capables de rider la croûte ramollie de la , terre.
J'appelle vulcanisnie, dans le sens le plus général du mot, toute action que l'intérieur d'une planète exerce sur sa croûte extérieure. La surface de notre globe et celle de la lune manifestent les traces de cette aelion qui , dans notre planète du moins , a varié durant la suite des siècles. Ceux qui ignorent que la chaleur intérieure de la terre augmente rapidement avec la profondeur, et qu'à huit ou neuf lieues de dislance (13) le granité est en fusion , ne peuvent se fonoer une idée précise des causes et de la simulta- D^té d'éruptions volcaniques très-éloignées les unes des autres, de l'étendue et du croisement des cercles
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de eaatmoiiûns qu'offrent les treinblemenls de terre, de i^ canstaDCi) de température et de l't^^lité de composition chimique observées àfims las eaux tbenMks penclaDt une longue suite d'années. Telle est cependant rimpor49nce de la quwtité de chaleur propre à une planète, et résultant de sa condeusittioD primitive, que l'étude dont ce\i» quantité de c^leur e^t l'o)^ jette à la bia quelque lueur sur l'hislcàre de Vatmo^bère et sur la distribution des corps organisés enfouis dans la croûte solide de la terre. Nous sommes anteoés ainsi h concevoir comment a pu régner jadis sur toute la terre u^ température tropicale , indépendauta de la latitude et produite par les profondes crevasses restées iQOglemps ouvertes lors du ridement et du fendillement de la croate à peine consolidée , d'où s' exhalait la chaleur intérieure. Cette élude nous retrs^e un ancien état de choses, dans lequel la tempéralure de l'almosphère et les climats en général élaient dus hiea plulât au dégagement du calorique et de difTérenles émanations gazeuses, c'est-à-dire à l'énergique réaction de l'intérieur sur l'extérieur, qu'au rapport de la pOsilioD de la terre vis^-vis du corps ceotral, le sf^eil-
Les régions froides recèlent, déposés dans des couches sédifpentaires, les produits des tropiques : dans le lenain houiller sont renfermés des troncs d0 palmiers restés sur pied et wéléa à des conifères, dw fougèras arborescentes, des goniatites et des poissons k écailles rhomboïdales osseuses (Ik) ; dans la oalfairà du Jura, d'énormes squelettes de crocodile^ et de pl^
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HO^tuffis, de {^anulites et ^ troncs de cycsdées; 4aw la CF«M, de petites polyt^nlaroes et des bryorzQlirea dont ke tnêmes espèces vivent encore aq sein des «ef» «étudies ; dans le (ripoli qd schiste k polir, tademi-opale et l'opale farineuse, de puissantes agglo- Bwraliûns d'iarusoires siliceux qu'Ebreoberg nous a lévélées sous son microscope vivifiant} enSe, dans ks terramM de transport et certaines cavemee, des ossMaenls d'éléphants, de hyènes et de lions. Famibftriiéa oQoime nous le sommes aujourd'hui avec 1^ grandes vues de la physique du globe, ces productions des oJimals chauds, se trouvant à l'élat fossile dtH les régions septentrionales, n'excitent phis parmi HMS une stérile curiosité; elles deviennent les plus dignes objets de méditations et de combioaisom no»nlles.
U multitude et la variété des problèmes que je viens d'aborder fbnt naître la question de savoir si des cnsidérations générales peuvent avoir un degré suf- Qsuit de clarté, là où manque l'étude détaillée et qiéeiale de l'hisloiw naturelle descriptive, de la géoh^ie ou de l'aslponomie mathématique. Je pense qu'il ftul distinguer d'abord entre celui qui doit recueillir les observations éparses et les approfondir pour en exposer l'encbaîoement, et celui à qui cet enchalneineai doit être transmis sous la forme de réuiUats généraux. Le premier s'impose l'obligation de coqnailre la spécialité des phénomènes; il faut qu'avant ifalteiadre à la généralisation des idées, il ait pareofiru, du moins en partie, le domaine des sciences,
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— 32 ^ qu'il ait observé, exj)ériDieiité, mesuré lui-môme. Je ne saurais nier que là où manquent les connaissances positives, les résultats généraux qui, dans leurs rapports suivis, donnent tant de charme à la contemplation de la nature, ne peuvent pas tous être développés avec le même degré de lumière ; mais j'aime à croire cependant que, dans l'ouviiige que je prépare sur la physique du monde, ta partie la plus considérable des vérités sera mise en évidence, sans qu'il soit nécessaire de remonter toujours aux principes et aux notioDS fonda mentales. Ce tableau de la nature, dût-il même présenter, dans plusieurs de ses parties, des contours peu arrêtés, n'en sera pas moins propre à féconder l'intelligence, à agrandir la sphère des idées, à nourrir et à vivifier l'imagination.
Ce n'est peut-être pas à tort que l'on a reproché à plusieurs ouvrages scientifiques de l'Allemagne d'avoir diminué, par l'accumulation des détails, l'impression et la valeur des aperçus généraux; de ne pas séparer sufiisamment les grands résultats qui forment, pour ainsi dire , les sommités des sciences , de la longue CDumération des moyens qui ont servi à le$ obtenir. Ce reproche a fait dire avec humeur au plus illustre de nos poètes (15) : « Ij^s Allemands ont le don de rendre les sciences inaccessibles, m L'édifice terminé ne peut produire l'elfet qu'on en attend, tant qu'il est obstrué par l'échafaudage qu'il a fallu élever pour le construire. Ainsi, l'uniformité de figure que l'on observe dans la distribution des masses continentales, qui toutes se terminent vers le sud en forme
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de pyramiJe, et s'tlarf;i:;sent vers )c nord (loi qui délermine la nalure des climats, la direction des courants dans rOcéaa et dans l'atmosphère, le passage de certains types de végétation tropicale h la zone tempérée australe), peut être saisie avec clarté, sans que l'on connaisse les opérations géodésiques et astronomiques par lesquelles ces formes pyramidales des continents ont été déterminées. De même, la géographie physique nous apprend de combien de lieues l'axe éqiiatorial du globe est plus grand que t'axe polaire; elle nous apprend l'égalité moyenne de l'aplatissement des deux hémisphères , sans qu*il soit nécessaire d'exposer comment, par la mesure des degrés du méridien ou par des observations du pendule, on est parvenu h reconnaître que la véritable (îgure de la terre n'est pas exactement celle d'un ellipsoïde de Téïolutioii régulier, et que cette figure se reflète dans les inégalités des mouvements lunaires. Les grandes mes de la géographie comparée n'ont commencé à prendre de la solidité et de l'éclat tout ensemble, qu'à Tapparition de l'admirable ouvrage intilulé Études de la terre dans ses rapports avec la nature et avec fhUtoire de rhomme, où Chartes Ritter a si Tortement caractérisé la physionomie de notre globe, et montré l'inlliience de sa configuration extérieure, tant sur les phénomènes physiques qui s'opèrent à sa surrace, que ■or les migrations des peuples, leurs lois, leurs moeurs H tous les principaux phénomènes historiques dont dieest le théâtre.
La France possède un ouvrage immortel, VBacpo-
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sition du système du monde, dans lequel l'auleiir i réuoi les résultais des travaux mathématiques ef astronomiques les plus sublimes, en les dégai^eani de fappareil des démonstrations. La structure des cieux est réduite, dans ce livre, à la simple solution d^uff grand problème de mécanique. Cependant, YExposition du système du monde de Laplacfl n'a jamais éi^ taxée jusqu'ici d'être incomplète et de manquer de prorondeur. Distinguer les matériaux dissemblables, les travaux qui ne tendent pas au même but, séparer les aperçus généraux des observations isolées,, c'est le seul moyen de donner de l'unité à la pbysïque da monde, d'éclairer les objets, d'imprimer un caractère de grandeur à l'étude de la nature. Ëd supprimani les détails qui distraient l'attention, on n'envisage que les grandes masses, et l'on saisit par la pensée ce qui reste insaisissable à la Taiblesse de nos sens.
Il faut ajouter à ces considérations que l'exposition des résultats est singulièrement favorisée de nos jours par l'beureuse révolution qu'ont subie, depuis la fin du dernier siècle, les études spéciales, surtout celtes de la géologie, de la chimie, et de l'histoire naturelle descriptive. A mesure que les lois se généralisent, que les sciences se fécondent mutuellemsul, qu'en s'étendant elles s'unissent entre elles par des liens plus nombreux et plus intimes, le développemenï des vérités générales peut être concis sans- devenir superficiel. Au début de la civilisation humaine, tous les phénomènes paraissent isolés; la multiplicité des observations et la réflexion les rapprochent et font
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tonnaftfe ïenr dépCftcfaiice inutoeiré. S'if ïffrtve' pouflant quer, âïni? m siècle caractérisé, cainmé fé' adtivr, par res pi^^s les plus éclaisrais, un oncni^ de lia^ son des phénomènes enite eux sé fesse' ^utir [)Crti^ cedainffî sciences, on doit s'attendre â des décoovertnf d'âuiaQt plas importantes que ces mèaité scieficM oal été cultivées avec une sagacité d'obsertàtioAs et une prédilection toutes particulières. C'est ce gerffô d'attente qu'exchent la ffiétéordogie, plusieurs parties de l'optique, et, depuis les beaux travanx de MelloOi et de Faraday, l'étude du calorique rayonnant et ite Télectro-magnétisme. Il reste là à: recueillir une riche moisson, bien que la pile de Vdta nous montre déjà une liaison intime entre les phénomènes élec-' (Tiques, magnétiques et chimiques. Qui oserait affifwr aujourd'hui que nous connaissons avec précision h partie de l'atmosphère qui n'est pas de l'oxygène, fpK des millièmes de sntetances gazeuses agissent suf nos organes ne sont pas nvêlées à l'azote, qu'on ait aj^e déconvert le nombre entier des forces qoi existent dans l'univers?
H n'est point question, dans cet essai sup la physique du monde, de réduire l'ensemble de» i^é-tiomënes seiRibteS è un petit nombre de principes distraits, ayant leur base dans la seule raison, la physique du monde, telle que j'entreprends de l'exposer, n'a pas ta prétention de s'élever aux périlleuses abstractions d'une science purement rationnelle de la nature; c'est ntie géographie physique réunie à la (kteription des espaces célestes et des corps qui reffl>
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pliseeDt ces espaces. Étranger aux prorondeurs de la philosophie purement spéculative, mon essai sur le Cosmos est la coDlemplation de l'univerB, fondée sur UQ empirisme raisonné, c'est-à-dire sur l'ensemble des Taits enregistrés par la science, et soumis aux opérations de l'entendement qui compare et combine. C'est dans ces limites seules que l'ouvrage que J'ai osé entreprendre, rentre dans la sphère des travaux auxquels a été vouée la longue carrière de ma vie scientifique. Je ne me hasarde pas dans une sphère où je ne saurais me mouvoir avec liberté, quoique d'autres puissent à leur tour s'y essayer avec succès. L'unité que Je tâche d'atteindre dans le développement des grands phénomènes de l'univers est celle qu'o'iïrent les compoi^ilions historiques. Tout ce qui tient à des individualités accidentelles, à l'essence variable de la réalité, qu'il s'agisse de la forme des titres et du groupement des corps, ou de la lutte de l'homme contre les éléments et des peuples contre les peuples, ne peut Hve déduit des idées seules, c'est-à-dire rationnellement consti-uit.
Je crois que la description de l'univers et l'histoire civile se trouvent placées au m^me degré d'empirisme; mais en soumettant les phénomènes physiques et les événements au travail de la pensée, et en remontant par le raisonnement aux causes, on se pénètre de plus en plus de cette antique croyance, que les forces inhérentes à la matière et celles qui régissent le monde moral exercent leur action sous l'empire d'une nécessité [»imordiale, et selon des mouvements qui se
renouvellent périodiquemeot, bien qu'à des iotervalles inégaux.' C'est cette oécesâilé des choses, cet eDchal- Demeot occulte, mais permanent, ce retour périodique dans le développement progressif des formes^ des phénoDiènes et des évéuemenls, qui constituent la nature obéissaat à une première impulsion donnée. La physique, comme l'indique son nom même, se home à expliquer les phénomènes du monde matériel par les propriétés de la matière. Le dernier but des sciences expérimeotales est donc de remonter à l'existence des lois, et de les généraliser progressivement. Tout ce qui va au delà n'est pas du domaine de la physique du moDde, et appartient à un genre de spéculations plus élevées. Emmanuel Kant, du très-petit oombi'e des philosophes qu'on n'a pas accusés d'impiété jusqu'ici, a maqué les limites des explications physiques avec une rare sagacité, dans son célèbre Essai sur la théorie et la construction des Cieux, publié à Kœnigsberg en
L'étude d'une science qui promet de nous conduire à travers les vastes espaces de la création , ressemble à un voyage dans un pays lointain. Avant de l'entreprendre, on mesure souvent avec méfiance ses propres forces et celles du guide qu'on a choisi. La crainte qui a pour cause l'abondance et la difficulté des matières diminue, si l'on se rappelle, comme nous l'avons énoncé plus haut,' qu'avec la richesse des observations a augmeolé aussi, de nos jours, la connaissance de plus m plus intime de la connexité des phénomènes. Ce qui, daos le cercle plus étroit de notre horizon, a paru
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loigtemps itteitplicable , a souvent été édaird d'une maiûère iDopinée par des recherches faites sous des zones loioUiDes. Dans le règpe animal , comme dao» le règne végélai, des fonnes organiques restées isoh^ iuyi été liées par des chaînons intermédiaires, paj de^ Conne^ou types de transition. Des espèces, des ficnres;» j^es familles çntières, propres h un continent, se man-r trent comme reflélés dans des formes analogues d'ani^- ^oaiix et de plantes du continent opposé, et ainsi se complète la géographie des êtres. Ce sont, pour ainsi dire, des équivalents qui se suppléent et se remplacent dans la grande série des organismes, ta transition et l'enchaînement se fondent tour à tour surnn amoindrissement ou un développement excessif de certaines parties, spr des soudures d'organes distincts, sur la |irépondérance qui résulte d'un manque d'équilibre dan? Je balancement des forces , sur des rapports avec des formes inlerroédiaires, qui, loin d'être pennanenlos, caractérisent seulement certaines phases d'un développement normal. Si, des corps dou^ de la vie, nous passons au monde inorganique, nous y trouverons des exemples qui caractérisent à un haut degré les progrès de la géologie moderne, flous reconnaîtrons comment, d'après les grandes vues d'Élie de Beaumopt, les chaînes de montagnes qui divisent les climats, les zones végétal^ e( les races des peuples, nous révèlent leur âge relatif f et par la nature des bancs sédimentaires qu'elles ont soulevés , et par les directions qu'elles suivent audessus des longues crevasses, sur lesquelles s'est fait )fi ridement de la surface du globp. Des rappQrt;s (|9 gi&ç^
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lO^nt daQS. le^ fonualioDS de trachyte et de porphyre ^épitique, de diorile et de serpentine, qui sont restes douteux dans les terrains aurifères de la Hongrie, dans l'Oural, riche en platine, et à la pente sud-ouest de l'Alla! sibérien, se trouvent éclaircispardes observations recueillies sur les plateaux de Mexico et d'Antioquia, dans les ravins insalubres du Choco. Les matériaux que U physique générale a mis en œuvre dans les lenips podemes n'ont pas été accumulés au hasard. On a recoonq e^fin, et cette conviction donqe un caractère partiojlier aux investigations de notre époque, que les courses lointaines, qui longtemps n'ont servi qu'à Jwmir li) TOatière de récits aventureux, ne peuvent être instructiy,^ (qu'autant que le voyageur connaît l.'éiat de la Ecieaœ dont il doit étendre le domaine, qu'autant que sei idées guident ses recherches et l'initient à l'étude de la nature.
C'est par cette tendance vere les conceptions génét9k&, périlleuse seulement dans ses abus, qu'une partie pûoadérable des coondissances physiques déjà acquises peut devenir la propriété commune de toutes les classes de la société ; mate cette propriété n'a de la valeur ^u'ailliot que l'iofilruction répandue contraste., par l'ioifiortaDce des objets c[u'elle traite et par la dignité de ses/onnefi, avec ces compilations peu substantielles Sfte, josqu'à la un du dix-huitième siècle, on a signalées jfu te Bom ioipropre de savoir populaire. J'aime à me j^ereuMler que iœ ^ieacas exposées dans un langage 1^ ê'^èm ^ leur iiauJâuf, ^ave et ammé à la fois, doivent offrir à ceux qui, renTeroiés dans le cercle
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— M étroit des devoirs de la vie, rougissent d'être restés longtemps étrangers au comaierce intime de la nature ot d'avoir passé indifTéreols devant elle, une des plus vives jouissances que l'on puisse éprouver, celle d'eiiriciiir l'esprit de conceptions nouvelles. Ce commerce, par les émotions qu'il fait naître, réveille, pour ainsi dire, en nous des organes qui longtemps avaient sommeillé. Nous parvenons à saisir d'un coup d'œil étendu ce qui, dans les découvertes physiques, agrandit la sphère de l'intelligence, et cootrihue, par d'heureuses applications aux aris mécaniques et chimiques, à développer la richesse nationale.
Une connaissance plus exacte de la liaison des phénomènes nous délivre aussi d'une erreur, trop répandue encore : c'est que, sous le rapport du progrès des sociétés humaines et de leur prospérité industrielle, toutes les branches de la connaissance de la nature n'ont pas la même valeur intrinsèque. On établit trèsarbitrairement des degrés d'importance entre les sciences mathématiques, l'étude des corps organisés, la connaissance de l'électro-niagnétisme et l'investigation des propriétés générales de la matière, dans ses divers états d'agrégaiitm moléculaire. On déprécie étourdiment ce que l'on désigne sous le nom de recherches purement théoriques. On oublie, et cette remarque est pourtant bien ancienne, que l'observation d'un phénomène entièrement isolé en apparence, renferme souvent le germe d'une grande découverte. Lorsque Aloysio Galvani excita pour la première fois la fibre nerveuse , par le contact accidentel de deux
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mélaux hétérogèneâ, ises contemporains élaient loin d'espérer que l'aclion de la pite de Volta nous Terait voir dans les alcalis des métaux à lustre d'argent, oageant sur l'eau et éminemmeat ioflainmables; que la |Hle elle-même deviendrait un instrument puissant d'analyse chimique, un thermoscope et un aimant. Lorsque Huygens observa le premier, en 1678, un phénomène de polarisation, la difTérence qui existe eotre les deux rayons dans lesquels' ud faisceau de lumière se partage, en traversant un cristal à double réfraction, on ne prévoyait pas que, près d'un siècle et demi plus lard, la grande découverte de la polarisation chnmuUique, par M. Arago, conduirait cet astronomephysicien à résoudre, au moyen d'un petit fragment de spath d'Islande, les importantes questions de savoir a la lumière émane d'un corps solide ou d'une enveloppe gazeuse, si .les comètes nous envoient de la lumière propre ou réfléchie (16).
Une estime égale pour toutes les branches des sciences mathématiques, physiques et naturelles, est le besoin d'une époque où la richesse matérielle des nalioDs et leur prospérité croissante sont principalement fondées sur un emploi plus ingénieux et plus rationnel des productions et des forces de la nature. Il sufiît de jeter un rapide coup d'œil sur l'état actuel de l'Europe pour reconnaître que, au milieu de cette lutte inégale des peuples qui rivalisent dans la carrière des arts iodustriels, l'isolement et une lenteur indolente ont iodubitablement pour effet la diminution ou l'anéantisieairat total de la ricbesee nationale. Il en est de la vie
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Oès p«uj^ coninp 4e 1» qature, dOQtt seloQ 4iq$ twi)wqii« p^pressÎQO (J« G<B(he (n), « Is déyçlqjRpewwl et le lowvfiflient ne cpnnaisçent p^s iJe poiot d'arrêt, qui a aUuciié w pi^JljédictioD ^ tout ce qui ^u^nij ta - vie. p jQ'^t Ja propo^tioo des forces étMd9s ^eml* ^ue« (pù cwtnJwera Jt éloigner les danger (ffte jp jiign^i« ifli. i^'hatnrae p'a (}e l'aeiiOD sur 1» naiure, ^ ma peut «'apppvipiw fwcuos de ^ forets, qu'^ulaot gfi"\\ {ippoud à' Iwnusprar avQC précisipo, à pooqatlis |m lois du IttODd^ (physique. Le pouvoir d&t sodéléf (kuataÎDes, 9acoa l'a dit, c'est l'iotelligeDce ; 09 poiu rAÎr s'^v^ «t l'abaisse avec elle. Uais le saroir gui jiéfiulla idu libre Uarail de la pensée c'est pas seulbwaiit une d^s Jouissaocee de l'bonune, il est ayssi l'at^ 4iqtu et indaetnictible droit d« l'humanité. Il <àit[Miv lie f^ 408 ncbflsswi at couvent il est la compeas^l^qB ées b\«m <|U9 la «atvw a répartis avii^ parcintonie wr la (erre. Les peuple^ qui ne prennent piss une part ^mt «a^veau «^lotmemeot industriel, au «IkiIk at à la (irépatatioD dâs matières piiçmiàres, aux application^ Iteuroueee de la méoatùqiie et de la cbinue, di^ lef^qiiele «eUe activité ne pénètre pas toutes les cl«8s«6 di te Budété, doivent iBraitliblen)eot,déchoir^e la jHrœpéfftéfpi'ils anHenteuquise. L'appauvriesepient est d'autoot plus rapide, que des £^ts limitraphee r^uniasent davanta^ lews forces par l'heureuse influaac» des Bsenoes sur les arts.
De même que, dans las chères élff¥é^ de la pwr sée et du seotimeat, daas la fèiloeapliifi , la po^aieet les iMauK-arte, le framiw but de taule étude est un
Int iatéricur, celui d'agrandir et de féconder J'iatelligence, de même aussi je terme vers lequel les sciences doiveot tendre directement, c'est la découverte des lois, du principe d'unité qui se révèle dans la vie universelle de I9 nature. En poursuivant la roQte que nous Tfflon? de tracer, les études physiques n'en seront jBs moins utiles aux progrès de l'industrie, qui est liDSsi une noble conquête de l'intelligence de l'honuoe sur la matière. Par une heureuse connexité de cajjsos et d'eCTels, souvent même sans que l'homme en ^ Je prévision, le vrai, le heau, le bon se trouvant liés k l'ulile. L'amélioration des cultures livrées à des mains libres et dans des propriétés d'une moindre étendue; l'état florissant des arts mécaniques, délivrés des entraves qi>eleur opposait l'esprit de corporation; le commerce agrandi et vivifié par la multiplicité des moyens de contact entre les peuples, tels sont les résultats glorieux iJes progrès intellectuels et du perfectionnement des w4itultOQS politiques dans lesquelles ces progrès se reUèleiit. I^ tableau de l'histoire moderne est, sous ce rapport, de nature h poovaincre les plus opiniâtres.
Ne craignons pas oofi plus que la direction qui csracicrise notre siècle, que la prédilection si marquée (KWr l'étude de la nature et pour les progrès de l'industrie, aient pour effet nécessaire de ralentir les nobles efiHls qui se prod4iis6Dt dans le domaine de la philolûfiiie, df l'histoire et de la conoaissaoce de l'antî- Vjité; qu'ailes tendent ^ priver IdS productions des arts, dtvme (te potre existence, d» aauflle viviBant de Hna^wniftw- p^irtoti^ oii), sous ^'égldia d'iqsUtgtions
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libres et d'une sage législalion, tous les germes de 1a civilisation peuvent se développer pleiueaient, il u'est pas à craindre qu'une rivalité pacifique Duise à aucune des créations de l'esprit. Chacun de ces développements oITre des Truits précieux à l'Étal, ceux qui donnent la nourriture à l'homme et fondent sa richesse physique, aussi bien que ceux qui, plus durables, transmettent la gloire des peuples à la postérité la plus reculée. Les Spartiates, malgré leur austérité dorienne, priaient les dieux H de leur accorder les belles choses avec les bonnes (48). »
Je ne développerai pas davantage ces considérations si souvent exposées sur l'inlIueDce qu'exercent les sciences mathématiques et physiques, en tout ce qui tient aux besoins matériels de la société. La carrière que Je dois parcourir est trop vaste pour me perniellre d'insister ici sur l'utilité des applications. Accoutumé à des courses lointames, peut-être ai-je le tort de dépeindre la route comme plus frayée et plus agréable qu'elle ne l'est réellement : c'est, on le sait, l'habitude de ceux qui aiment à guider les autres jusqu'aux sommets de hautes montagnes. Ils vantent la vue dont OQ jouit, lors même qu'une grande étendue de plaines reste cachée dans les nuages; ils savent qu'un voile vaporeux et à demi diaphane a un charme secret, que l'image de l'inlini lie le monde des sens au monde des idées et des émotions. Pareillement aussi, de la hauteur à laquelle s'élève la physique du monde, l'horizon ae se montre pas également éclairé et bien arrêté dani toutes ses parties. Mais ce qui pourra rester vaguent
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roilé ne le sera pas seulement par siiile de l'élat d'iiDpra'fection de quelques sciences ; ce sera plus encore la faute du guide qui a imprudemment entrepris de s'élever jusqu'à ces sommités.
L'introduction au Cosmos n'avait pas du reste pour but de faire valoir l'importance et la grandeur delà physique du monde, lesquelles ne sont pas contestées de nos jours. J'ai voulu seulement prouver que, sans nuire à la solidité des études spéciales, on peut généraliser les idées, les concentrer dans un Toyer romipun, montrer les forces et les organismes de la nature, comme mus et animés par une même impulsion. « La nature, dit Schelling dans son poétique discours sur les arts, n'est pas une masse inerte ; elle est, pour celui qui sait se pénétrer de sa sublime graodeur, la force créatrice de l'univers, force sans cesse agissante, primitive, étemelle, qui fait naître dans son propre sein tout ce qui existe, périt et renaît tour à tour. ■
Eo reculant les limites de la physique du globe, en réunissant sous un même point de vue les phénomènes que présente la terre avec ceux qu'embrassent les espaces célestes, on s'élève à la science du Cosmos, c'est-à-dire que l'on convertit la physique du globe en une physique du monde. L'une de ces dénomina~ lions est formée à l'imitation de l'autre, maïs la science du Cosmos n'est point l'agrégation encyclopédique des résultats les plus généraux et les plus importants que fournissent les études spéciales. Ces résultats ne doonent que les matériaux d'un vaste
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édifice; leur ensemble ne saurait constituer la physique du monde, cette science qni aspire à faite Cbti- . tiatlre l'actioa simultaftée et le vaste enchaînement des forces qui animent l'univerâ. La distribufiaa des types oi'gaoiques seloo les rapports de latitude, de hauteur et de climats , en d'autres termes , Id géographie des plantes et des animaux, est tout atissl dilTérente de la botanique et de ta zoologie descriptive, cfoe l'est la géologie de la minéralogie propre^ ment dite. La physique du monde ne doit pas pAt conséquent être confondue avec ces Encycîopédiei da Seiences naturelles publiées jusqu'ici, et dont le titfâ est aussi vague que les limites en sont mal tracées. Dana l'ouvrage qui nous occupe, les faits partiels ne seront considérés que dans leurs rapports avec le tout Plus ce point de vue est élevé, et plus l'expositioD de notre science réclame une méthode qui lui soit propre, un langage animé el pittoresque.
En effet, la pensée et le langage sont entre eux dans uûe intime et antique alliance. Lorsque, par roriginalité de sa structure et sa richesse native, la langue parvient à donner du charme et de la clarté aux tableaux de la nature; lorsque, par l'heureuSt! flexibilité de son organisation, elle se prête à peindre les objets du monde extérieur, elle répand en toéïûe temps comme un souffle de vie sur la pensée. C'est par ce reflet mutuel que la parole est plus qu'un signe ou la forme de la pensée. Son influence bienfaisante se manifeste surtout en présence du sol natal, par l'action spontanée du peuple, dont elle œt la vivante
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expressioa. Fier d'une patrie qui cherche à concentrer sa force dans l'unité intellectuelle , j'aime à rappeler, par un retour sur moi-même, les avantages qu'offre à l'écrivain l'emploi de l'idiome qui lui est propre, le seul qu'il puisse manier avec quelque souplesse. Heureux s'il lui est donné, en exposant les ^ods phénomènes de l'uoivers, de puiser dans les profondeurs d'une langue qui, depuis des siècles, par le libre essor de la pensée comme par les œuvres de l'imagination créatrice, a si puissamment inûué sur tes destinées humaine.
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