‹ Cosmos; essai d'une description physique du monde;Chapitre 9 sur 14 · LA VIE ORGANIQUE · texte numérisé non relu

LA VIE ORGANIQUE

TABLEAD GRNKBAL DE LA VIB ORCAHIQOE.

Après ai'nir parcouru le cercle entier de la vie ioorjçaiiique du globe terrestre, et avoir esquif à grands traits la forme extérieure de notre planète, sa chaleur interne, sa tension électro- magnétique , les effluves lumineux de ses pôles, son vulcanisme, c'est-à-dire la réaclioD de l'intérieur coDtre l'écorce solide, ses deux eoveloppes, la mer et l'océan aérien , il semble que ce tableau soit achevé, et il le serait, en effet, au point de vue de la description physique du monde, telle qu'on la concevait autrefois. Aujourd'hui, nous proposons un but plus élevé à nos efforts ; pour nous, le tableau de la nature serait privé de son plus vif attrait, si l'organisation, avec les phases nombreuses de son développement typique, en était exclue. La notion de la vie est tellement unie, dans toutes nos conceptions, à celles des forces que nous voyons incessamment à l'œuvre dans la nature, soit pour créer, soit

409 — pour détruire, que les mythes des peuples primitirs oat toujours attribué à ces forces l'eDgendremeot des plantes et des animaux, et présenté l'époque où la terre était inaDJniée et déserte comme celle du chaos primitir et de la lutte des éléments. Mais le domaine des faits, de l'expérience, de l'observatioD, l'élude descriptive de l'état actuel de notre planète n'ont de place ni pour la recberche des causes premières, ni pour les inabordables questions d'origine. Enchaînée à la réalité par l'esprit de modération de la scieDce moderne, la description physique du monde reste étrangère, non par timidité, mais par la nature même de son objet et de ses limites, aux obscurs débuts de l'histoire de l'organisation (30) (ici nous prenons le mot histoire dans son acception la plus usitée). Une fois ces réserves faites, la description physique du oionde doit rappeler que tous les matériaux dont la charpente des êtres vivants est formée se retrouvent dans l'écorce inorganique de la terre. Elle doit montrer les végétaux et les animaux soumis aux mêmes forces qui régissent les corps bruts, et signaler dans les combinaisons ou les décompositions de la matière, l'action des mêmes agents qui donnent aux tissus oi^niques leurs formes et leurs propriétés : seulement ces forces agissent alors sous des conditions peu connues, que l'on désigne sous le nom vague de phénomènes vitauoD, et que l'on a groupées systématiquement d'après des analogies plus ou moins heureuses. C'est là ce qui légitime la tendance de notre esprit à poursuivre l'action des forces physiques jus-

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qae dans l'évolution des formes végétales, et dans celle des organismes qui portent en eux-mêmes le principe de leurs mouvements. C'est aussi là ce qui retie le tableau de la nature inorganique k celui de la répartition des êtres vivants à la surface du globe, c'est-à-dire à la géographie des plantes et des animaux.

Sans vouloir soulever ici de nouveaux débats sur les difîérences qui séparent la vie végétative de la vie animale, nous ferons d'abord remarquer que, si la nature avait donné la puissance du microscope à nos yeux, et une transparence parfaite aux, téguments des plantes, le règne végétal serait loin d'offrir l'aspect de l'immobilité qui nous semble être un de ses attributs. A l'intérieur, le tissu cellulaire des organes est incessamment parcouru et vivi6é par les courants les plus divers. Tels sont les courants de rotation qui moulent et qui descendent, en se ramifiant, en changeant continuellement de direction; on les observe dans les plantes aquatiques (les naïades, les characées, les hydrocharidées), et dans les plantes terrestres phanérogames. Tel est le fourmillement moléculaire, découvert par' le grand botaniste Robert Brown, et dont toute matière, pourvu qu'elle soit réduite à un état de division extrême, doit certainement présenter quelques traces. Tel est le courant giratoire des globules du cambium (cyclose) dans un système de vaisseaux particuliers. Indiquons aussi les filets cellulaires qui s'articulent et s'enroulent en hélice, dans les anthéridies du chara et dans les

— 4il — oignes reproductears des hépathiques et des algues, filaments singuliers où Meyen, qoi fut enlevé trop tdt aux ficieuces, croyait retrouver Tanalogue des spermatozoaires des animaux. Qu'on ajoute, à ces couranU et à cette agitation moléculaire, les phénomènes de l'endosmose, de la nutrition et de la croissance des végétaux, ainsi que les courants formés par les gaz intérieurs, et l'on aura une idée des forces qui agissent, presque à notre insa, dans la vie en apparence si paisible desvégétaux.

Depuis l'époque oîi j'ai décrit, dans les Tableaux de la Nalure, l'universelle diffusion de la vie sur la surface du globe, et la distribation des formes organiques, soit en hauteur, soit en profondeur, la science a fait d'admirables progrès dans cette voie. Nous devons ces progrès aux belles découvertes d'Ehrenberg (1 sur la vie microscopique qui règne dans l'océan et dans les glaces des contrées polaires, » et nous les devons, non à d'heureuses inductions, mais à l'observation directe et à l'étude attentive des faits. Depuis cette époque, la sphère de la vie, disons mieux, l'horizon de la vie s'est élargi devant nous : u Près des deux pôles, là où de grands organismes ne pourraient plus exister, il règne encore une vie in&niment petite, presque invisible, mais incessante. Les formes microscopiques recueillies dans les mers du pôle austral, pendant le voyage du capitaine James Ross, offrent une richesse toute particulière d'organisations inconnues jusqu'ici et souvent d'une élégance remarquable. Dans les résidus de la fonte des

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— Û12 — glaces qui flotteot en blocs arrondis, par TS'IO' de latitude, 00 a trouvé plus de cinquante espèces de polygastriques siliceux, et des coscinodisques dont les ovaires encore verts prouvent qu'ils ont vécu et lutté avec succès contre les rigueurs d'un froid porté à l'extrême. La sonde a puisé, dans le golfe de l'Erebus, depuis tiOâ jusqu'à 526 mètres de profondeur, soixante-huit espèces de polygastriques siliceux et de Phytolitharia, accompagnés d'une seule espèce de Polythalamia à carapace calcaire, a

De toutes les formes microscopiques, dont l'observation nous a jusqu'à présent révélé l'existence dans l'océan, les infusoires siliceux sont de. beaucoup les plus abondants, quoique l'analyse chimique n'ait pas trouvé de silice parmi les éléments essentiels de l'eau de mer (d'ailleurs la silice ne pourrait exister dans l'eau qu'à l'élat de simple mélange ou de suspension). Et ce n'est pas seulement en quelques points isolés, dans les mers intérieures ou près des côtes, que l'océan est ainsi peuplé de corpuscules doués de vie, invisibles à l'œil au ; te phénomène est général. Depuis les recherches que Schayer a faites en revenant de la terre de Van-Diémen. sur de l'eau puisée dans la mer, au sud du cap de Bonne-Espérance (par 57° de latitude), et au milieu de la zone tropicale, dans l'océan Atlantique, on peut considérer comme démontré que la mer, dans son état normal, en l'absence de toute coloration accidentelle, contient d'innombrables organismes microscopiques tout à fait distincts des filaments siliceux du genre

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Chsetoceros, flottant à l'état rragmentaire comme les oscillatoires de nos eaux douces. Quelques polygastriques que l'on a rencontrés mêlés avec du sable et des excrémenls de pingoins dans les ties Cockburn, paraissent être répandus par toute la terre; d'autres espèces appartiennent aux deux régions polaires (21). C'est donc la vie animale qui domine dans l'éternelle nuit des profondeurs océaniques, tandis que la vie végétale, stimulée par l'action périodique des rayons solaires, est plus largement répandue sur les continents. La masse des végétaux est incomparablement plus grande que celle des animaux. Les grands cétacés, les lourds pachydermes réunis formeraient une masse insignifiante à côté des troncs d'arbres gigantesques, de 3 à ^ mètres de diamètre, qui remplissent une seule région boisée de l'Amérique du Sud, comme celle qui s'étend entre l'Oréncque, la rivière des Amazones et le Rio da Madeira. S'il est vrai que le caractère de chaque contrée dé[>ende à la fois de tous les détails extérieurs, si les contours des montagnes, la physionomie des plantes et des animaux, l'azur du ciel, la figure des nuages, la transparence de l'atmosphère, concourent à produire ce que l'on peut nommer l'impression totale; il faut reconnaître aussi que la parure végétale dont le soi se couvre est la déterminante principale de cette im'pression. Les formes animales ne sont point aptes à produire les grands effets d'ensemble ; d'ailleurs les individus, même en vertu de leur mobilité propre, se dérobent le plus souvent it nos regai'ds. Au contraire, la création.

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végétale Irappe l'imagiialion par l'amptew de ses Tînmes toiùours préseates : ici, la masse anooitce l'ancicDDeté, et, par ua privilège unique, l'aDcienoeté s'y allie à l'expression d'uoe Ibrce toiyours reDouvelée (22). Dans le règne animal (cette d^nière considération ressort encore des découvertes d'Ëbceoberg), ce sont précisément les animalcules microscopiques qui, par leur prodigieuse fécoudité (33), occupent et remplissent les plus grandes étenAaes. Les plus petits iofusoires, les monadines, dont le diamètre ne dépasse pas la 1500' partie d'un millioàtre, forment des couches vivantes de plusieurs mètr^ d'épaisseur sous W sol des contrées bumides.

Cliaque zone possède le don de nous présenter, sous une face particulière, la diffusion de la vie à la surface du gl<^ ; mais mille part l'impression que nous &a recevons a'est aussi puissante que sous l'équateur, dans cette patrie des palmiers, des bambous, des foi^ gères arborescentes, où, des bords d'une mer remplie de mollusques et de coraux, te sol s'élève jusqu'à la ré^n des neiges éternelles. Les êtres vivants, daas leur distribution générale, ne sont arrêtés ni par la hauteur ni par la profondeur. Ils desc^tdent dans l'intérieur de la terre, à la faveur des grudea eifavalions et des fouilles pratiquées par le mineur; ils s'insinuent même dans tes cavernes naturelles fermées de toutes parts, où les eaux météoriques paraisseDt seules avoir accès. L'explosion de la pondre ayant entr'ouvert une de ces cavernes, J'en ai trouvé les parois recouvertes de stalactites blanches toaune la

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— Ù15 — neige, sur lesquellfê uoe Usaea avait dessÏDé ses délicats réseaux. Des podurelles s'introduisent dans les puits des glaciers du Mont-Rosa, du Griodelwald et de l'Aar supérieur; la Qûon^ea araneoides décrite par Dalmau, la Discerea nîvalis microscopique (autrefois D(HQmée Protococcus], vivent dans leG neiges polaires comme dans celles de nos hautes montagnes. La couleur rouge que prend la neige ancienne (2&) avait d^à été remarquée par Âristote, sans doute sur les monts de ta Macédoine. Sur les hautes cimes des Alpee suisses, quelque rares Lecideai, des Pariodia, des Umbilicaria colorent à peine les roches dépouillées de neige, tandis qu'on voit encore de beaux phanérogames, le Culcitium ruiesoens laineux. Le Sida piclÙDchensis, le Saxifraiga Boussioganlti, fleurir isolément sur les Andes tropicales, h 4550 et même à /i680 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les soorces thermales contiennent de petits insectes (Hjdroponi» thermalis), des galionelles, des oscillaires et des cooferves ; leurs eaux nourrissent le chevdu des racines de végétaux phanérogames. Mais la vie m se développe pas seulement sur la (erre, dans l'eau et dans t'air : elle envahit encore jusqu'aux parties inlerDes les plus variées des animaux. Il y a des animalcoies dans le sang de la grenouille et dac» œloi dir seamon. D'aivès Nordmann, les humeurs de l'œil des pcHSBons Boal fréquemment remplies d'une espèce de vers amés de suçoirs (Diplostomum] . Le même nataraliste a découvert, dans les ouïes de Table, un singulifflT animakule double (Diplozoon parddoxon), muni

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de deux létes et de deux extrémités caudales, en sorte que SOD développement complet s'opère dans deux directions croisées.

Quoique l'existence des prétendus infusoires météoriques ne fasse même plus l'objet d'un doute, on ne saurait néanmoins refuser d'admettre que des infusoires ordinaires puissent être enlevés passivement, par les vapeurs ascendante, jusque dans les hautes régions de l'air, de manière à flotter quelque temps dans l'atmosphère, et à retomber ensuite sur le sol comme le pollen annuel des pins (25). Cette considération est capitale pour l'antique querelle de la généra' lion spontanée (26) ; elle mérite d'autant mieux d'être prise en sérieuse coosidération, qu'elle peut s'étayer d'une découverte d'Ehrenberg dont j'ai déjà parié. Les navigateurs rencontrent souvent, à la hauteur des ile^ du cap Vert, et même h âSO milles marias de la côte d'Afrique, une pluie de poussière fine qui trouble la transparence de l'air comme le ferait un brouillard : or, cette poussière contient les débris de dix-huit espèces d'infusoires polygastriques à carapaces

La géographie des plantes et des animaux peut être envisagée au point de vue de la variéte et du nombre relatif des formes typiques; elle recherche alors le mode de distribution dans l'espace des genres et des espèces. Elle peut encore être étudiée par rapport au nombre des individus dont chaque espèce se compose sur une surface donnée. Sous ce dernier point de vue, il est essentiel de distinguer, pour les plantes comme

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pour les animaux, entre la vie isolée et la vie sociale. Les espèces auxquelles j'ai donné le noîn de plantes ' tociaîes (^7) recouvrent uniformément de grandes étendues ; à ces espèces appartiennent un grand nombre de planta marines, les cladonies et les mousses qui croissent dans les steppes de l'Asie septentrionale; les gazons et les cactées qui croissent réunis comme les tuj'aux d'un orgue; les avicennia et les mangles dans les régions tropicales ; les forêts de cor nifëres et de bouleaux sur le littoral de la Baltique et dans les plaines de la Sibérie. Ce mode spécial de distribution géographique, joint au port des végétaux, à leur grandeur, à la forme des feuilles et des fleurs, coDstitue le trait principal du caractère d'une contrée (28). La vie animale, malgré sa variété et son aptitude à faire naître en nous dès sentiments de sympathie ou de répulsion, est, nous le répétons, d'un aspect trop mobile et trop insaisissable pour influer bien puissamment sur la physionomie d'un pays : elle lui rœte presque étrangère. Les peuples agriculteurs accroissent artiBciellement le domaine des plantes sociales; ils donnent ainsi l'aspect d'une nature unifortne à des régions entières des zones tempérées et de la zone boréale; par leurs travaux, ils font disparaître es plantes sauvages, mais ils en propagent d'autres à leur insu, car certaines plantes suivent l'homme jusque dans ses migrations lointaines. La zone tropicale résiste avec plus d'énergie à ces efforts qui tendent impérieusement à modifier l'ordre établi dans la création.

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L'idée d'une distributioD régulière des formes végétales dut naturellement se présenter aus premiers voyageurs qui purent parcourir rapidement de vastes régions et gravir les montagnes où les cUmatg se trouvent snpeiposés comme par étages. Tels furent, en effet, les premiers essais d'une science dont le nom même était encore à créer. Les zones ou régions végétales que le cardinal Bembo avait distinguées dans sa jeunesse sur les flancs de l'Etna (29), Toumefort les retrouva sur le mont Ararat. Plus tard, Toumefort compara la flore des Alpes avec celka des plaines situées sous difiërentes latitudes; il montaB comment la distribution des végétaux est réglée par la hauteur du sol au-dessus du niveau de la mer, ou par la distance au pôle, quand il s'agit des plaines. Menzel, dans une flore inédite du Japon, émit par hasard le nom de Géographie des pUmiei. Le même nom se retrouve encore dans les Études de la Nahtrt, de Bwnardin de Saint-Pierre, œuvre d'imaginatioB, il est vrai, mais d'une imagination vive et brillante; c'était trop peu. Pourque la géographie des plantes prti rang parmi les sciences, il fallait que la doctrioe de la distribution géographique de la chaleur fût fondée et qu'elle pût être rapprochée de celle des végétaux; il fallait encore qu'une classiBcation par famiiles nalureiiet permit de distinguer les formes qui se malt^liant, de celles qui deviennent plus rares, à meeive que l'on avance de Téqualeur vers les pôles, et de fixer tes rapp(Hls numériques que chaque lamille présente, dans chaque contrée, avec la masse entière des pba-

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nérogames de la même régioD. Je compte au nombre des ctrcODStaoces les plus heureuses de ma vie, qu'à l'époque où mes vues élaieat spécialement tournées vers la bolaaique, m^ recherches aient pu embrasser en même temps les éléments essentiels d'une nouvelle science, et qu'elles aient été si puissamment favorisées par l'aspect d'une nature grandioEe où tous les contrastes climatologiques se trouvent réunis.

La distribution géographique des animaux, sur laquelle BuOon a émis, avant tout autre, des vues générales presque toujours justes, a été étudiée d'une manière plus complète, dans ces derniers temps, grâce aux progrès récents de ta géographie des plantes. Les courbures des lignes isothermes, des lignes isochimènes surtout, se manifestent vers les limites que certaines espèces végétales et certains animaux à demeures fiies dépassent rarement, soit vers les pôles, soit vers le sommet des montagnes couvertes de neige. Ainsi l'élan vit dans la péninsule Scandinave, sous une latitude plus boréale de 10° que dans l'intérieur de la Sibérie, où les lignes d'égale température moyenne de l'hiver affectent une forme à3ncave si frappante. Les plantes émigrent en germe : les graîneB d'espèces nombreuses sont munies d'organes parUculiers qui leur permettent de voyager, à travers l'atmosphère; la graine, une fois fixée, dépend du sol et de l'air ambiant. Les animaux, au contraire, étendent à l«ir gré le cercle de leurs migrations, de l'équateur ntx pôles ; mais ils retendent surtout du côté où les

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lignes isothermesse voûtent, et où des étés chauds sdo cèdeot aux hivers rigoureux. Le tigre royal, par exemple, de tout point identique à celui de l'Inde orientale, fait chaque été des incursions dans le nord de l'Asie, jusque sous les latitudes de Beriin et de Hambourg. Ce fait a été développé dans un autre ouvrage par M. Ebrenherg et par moi (30).

D'après tout ce que j'ai vu de la terre, dans mes voyages, l'association des espèces végétales, désignée d'ordinaire sous le nom de Flore, ne me paraft pas manifester la prédominance de certaines familles, de manière à permettre d'assigner géographiquement la région des ombellacées, ta région des solidaginées, celle des labiatées on des scilaminées. Mes vues personnelles diOèrent, sur ce point, de celles de plusieurs de mes amis, botanistes distingués de .l'Alleoiagne. Ce qui caraclérise, à mon avis, tes flores du plateau du Mexique, de la Nouvelle-Grenade et de Quito, celles de la Russie d'Europe et de l'Asie septentrionale, ce n'est pas la supériorité- numérique des espèces dont la réunion constitue une ou deux familles : ce sont les rapports bien autrement complexes qui naissent de la coexistence d'un grand nombre de familles, et de la quantité relative de leurs espèces. Sans doute les graminées et les cypéracées prédominent dans les prairies et dans les steppes, tout comme les arbres à racines [livolantes, les cupulifères et les bétulinées régnent dans nos forêts du nord. Mais cette prédominance de certaines formes est purement apparente; c'est une déception produite

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— Û21 — par l'aspect particulier aux plantes sociales. Le nord de l'Europe et la zooe sibérienne, située au DOrd de l'Altaï, ne méritent pas plus le titre' de régions des graminées et des conirères, que les immenses Lianos (entre l'Orénoque et la chafue de Caracas) et les forêts de pins du Mexique. C'est par l'association des formes végétales, lesquelles peuvent se remplacer en partie l'une l'autre, c'est par leur importance numérique relative et leur mode de groupement, que la nature végétale revêt à nos yeux le caractère de la variété et de la richesse, ou celui de la pauvreté et de l'uniformité.

Après avoir pris la cellule simple (31) , cette première manifestation de la vie, pour point de départ de ces considérations rapides sur les phénomènes de l'organisation, j'ai dû remonter à des formes de plus en plus élevées dans la série ascendante des êtres. « Quelques granulations mucilagineuses produisent, en se Juxtaposant, un cytoblaste de figure déterminée, autour duquel un sac membraneux vient se former plus tard et constituerdéfinitivement la cellule close et isolée. » Ce premier travail de l'organisation peut avoir été provoqué par la production antérieure d'une autre cellule déjà formée (33), ou bien l'évolution originelle de la cellule est cachée dans l'obscurité d'une réaction chimique, analogue à la fermentation qui engendre les filaments byssoïdes de la levure. Mais bomons-Qous à toucher légèrement le mystère par lequel la vie apparaît sur la terre : la géographie des êtres organisés ne traite que des germes déjà dé-

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veloppés ; elle âtitermine la patrie qu'ils adoptent et les régions où ils sont conduits par des influences extérieures; elle recherche leurs rapports numériques; en UD mot, elle se borne à décrire leur distributioD générale à la surface du globe.

Le tableau général de la nature que j'essaye de dresser serait incomplet, si je n'entreprenais de décrire ici également, en quelques traits caracléristiques, l'espèce humaine considérée dans ses nuances physiques, dans la distribution géographique de ses types contemporains, dans l'influence que lui ont fait subir les forces terrestres, et qu'à son tour elle a exercée, quoique plus faiblement, sur cetles-ci. Soumise, bien qu'à un moindre degré que les plantes et les animaux, aux circonstances du sol et aux conditions météorologiques de l'atmosphère, par l'activité de l'esprit, par le progrès de l'intelligence qui s'élève peu à peu, aussi bien que par cette merveilleuse flexibilité d'organisation qui se plie à tous les climats, notre espèce échappe plus aisément aux puissances de la nature; mais elle n'en participe pas moins d'une manière essentielle à la vie qui anime notre globe tout entier. C'est par ces secrets rapports que le problème si obscur et si controversé de la possibilité d'une origine commune pour les différentes races humaines, rentre dans la sphère d'idées qu'embrasse la description physique du monde. L'examen de ce problème marquera, si je puis m'exprimer ainsi, d'un iulérêt

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— /l93 — plus noble, de cet intérêt supérieur qui s'attache à rhumaaité, le but Snal de mon ouvrage. L'immense domaine des langues, dans la structure si variée desquelles se réfléchissent mystérieusement 1^ aptitudes des peuples, confine de très-près à celui de la parenté des races; et ce que sont capables de produire même les moindres diversités de races, nous l'apprenons par un grand exemple, celui de la culture intellectuelle si diversifiée de la nation grecque. Ainsi les questions les plus importantes que soulève l'histoire de la civilisation de l'espèce humaine, se rattachent aux notions capitales de l'origine des peuples, de la parenté des langues, de l'immutabilité d'une direotîOD primordiale tant de l'âme que de l'esprit.

Tant que l'on s'en tint aux extrêmes dans les variations de la couleur et de la figure, et que l'on se laissa prévenir à la vivacité des premières impressions, on fut porté Jt considérer les races, non comme de simples variétés, mais comme des souches humaines, originairement distinctes, La permanence de certains types (33), en dépit des influences les plus contraires des causes extérieures, surtout du climat, semblait favoriser cetie manière de voir, quelque courtes que soient les périodes de temps dont la connaissance historique nous est parvenue. Mais, dans mon opinion, des raisons plus puissantes militent en faveur de l'unité de l'espèce humaine, savoir, les nombreuses gradations (3Ii) de la couleur de la peau et de la structure du crâne, que les progrès rapides de la science géographique ont fait connaître dans les temps

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modernes; l'analogie que suivent, en s'alti^raut, rt'au- (res classes d'animaux, tant sauvages que (irivi^; les observations positives que l'on a recueillies sur les limites prescrites à ta fécondité des métis (35). La plus grande partie des contrastes dont oa était si frappé jadis s'est évanouie devant le travail approfondi de Tiedemann sur le cerveau des Nègres et des Européens, devant les recherches anatomiques de Vrolik et de Weher sur la conlîguration du bassin. Si l'on embrasse dans leur généralité les nations africaines de couleur foncée, sur lesquelles l'ouvrage capital de Prichard a répandu tant de lumières, et si on les compare avec les tribus de l'archipel méridional de t'Inde et des ties del'Australie occidentale, avec les Papous et les Alfou- Fous (Harafores, Endamcnes), on aperçoit clairement que la teinte noire de la peau, les cheveux crépus, et les traits de la phj'sionomie nègre sont loin d'être toujours associés (36) . Tant qu'une faible partie de la terre fut ouverte aux peuples de l'Occident, des vues exclusives dominèrent parmi eux. La chaleur brûlante des tropiques et la couleur noire du teint semblèrent inséparables. « Les Éthiopiens; » chantait l'ancien poëte tragique Théodectes de Phasélis (37), H doivent au dieu du soleil, qui s'approche d'eux dans sa course, le sombre éclat de la suie dont il colore leurs corps. » Il fallut les conquêtes d'Alexandre, qui éveillèrent tant d'idées de géographie physique, pour engager le débat relatif à celte problématique influence des -climats sur les races d'hommes. « Les familles des animaux et des plantes, » dit un des plus

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grands anatomistes de notre âge, Jean Miiller, dans sa Physiologie de rbomme, « se modifient durant leur propagation sur la face de la terre, entre tes limites qui déterminent les espèces et les genres. Elles se perpétuent organiquement comme types de la variation des espèces. Du concours de différentes causes, de différentes conditions, tant intérieures qu'extérieures, qui ne sauraient être signalées en détail, sont nées les races présentes des animaux; et leurs variétés les plus frappantes se rencontrent chez ceux qui ont en partage la faculté d'extension la plus considérable sur la terre. Les races humaines sont les formes d'une espèce unique, qui s'accouplent en restant fécondes, et se perpétuent par la génération. Ce ne sont point les espèces d'un genre; car, si elles l'étaient, en se croisant, elles deviendraient stériles. De savoir si les races d'hommes existantes descendent d'un ou de plusieurs hommes primitifs, c'est ce qu'on ne saurait découvrir par l'expérience (â8) . »

Les recherches géographiques sur le siège primordial, ou, comme on dit, sur le berceau de l'espèce humaine, ont dans le' fait un caractère purement mythique. « Nous ne connaissons,» dit Guillaume de Humboldt, dans un travail encore inédit sur la diversité des langues et des peuples, « nous ne connaissons ni historiquement , ni par aucune tradition certaine, UD moment où l'espèce humaine n'ait pas été séparée en groupes de peuples. Si cet état de choses a existé dès l'origine, ou sUI s'est produit plus tard, c'est ce qu'on ne saurait décider par l'histoire. Des légeudes

isolées se retrouvant sur des points très-divers du globe, sans commuDication apparente, sont en codtradiction avec la première hypothèse, et font descendre le genre humain tout entierd'un couple unique. Cette tradition est si répandue , qu'on l'a quelquefois regardée comme un antique souvenir des hommes. Mais cette circonstance même prouverait plutôt qu'il n'y a là aucune transmission réelle d'un fait, aucun fondement vraiment historique, et que c'est tout simplement l'identité de la conception humaine, qui partout a conduit les hommes à une explication semblable d'un phénomène identique. Un grand nombre de mythes, sans liaison historiijue les uns avec les autres, doivent ainsi leur ressemblance et leur origine à la parité des imaginations ou des réflexions de l'esprit humain. Ce qui montre encore dans la tradition dont i) s'agit le caractère manifeste de la Action, c'est qu'elle prétend expliquer un phénomène en dehors de toute expérience, celui de la première origine de l'espèce humaine , d'une manière conforme à l'expérience de nos jours; la manière, par exemple, dont, à une époque oîi le genre humain tout entier comptait déjà des milliers d'années d'existence , une île déserte ou un vallon isolé dans les montagnes peut avoir été peuplé. En vain la pensée se plongerait dans la méditation du problème de cette première origine; l'homme est si étroitement lié à son espèce et au temps, que l'on ne saurait concevoir un être humain venant au monde sans une famille di^à existante, et sans un passé. Cette question donc ne pouvant être résolue ni par la

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voie du raisonnement ni par celte de l'expérience, fauL-il penser que l'état primitif, tel que nous le décrit une prétendue tradition, est réellement historique, ou iHen que l'espèce humaine, dès son principe, couvrit la terre en forme de peuplades? C'est ce que la science des langues ne saurait décider par elle-même comme elle ne doit point non plus chercher une solution ailleurs pour en tirer des éclaircissements sur les pnAlèmes qui l'odaipent. »

L'humanité se distribue en simples variétés, que l'on désigne par le mot un peu indéterminé de races. De même que dans le règne végétal , dans l'histoire naturelle des oiseaux et des poissons, il est plus sîir de grouper les individus en un grand nombre de familles, que de les réunir en un petit nombre de sections embrassant des masses considérables ; de même, dans la détermination des races, il me paraît préférable d'établir de petites familles de peuples. Que l'on suive la classification de mon maître Blumenbach en cinq races (Gaucasique, Mongolique, Américaine, Ëthiopique et Malaie) , ou bien qu'avec Prichard (39) on reconnaisse sept races (Iranienne, ïouranieune. Américaine, des Hottenlots et Bouschmans, des Nègres, des Papous et des Alfourous) , il n'en est pas moins vrai qu'aucune différence radicale et typique, aucun principe de division naturel et rigoureux ne régit de tels groupes. On sépare ce qui semble former les extrêmes de la figure et de la couleur, sans s'inquiéter des familles de peuples qui échappent à ces grandes classes et que l'on a nommées , tantôt races

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scythiques, tantôt races allophyliques. trantens est, à la vérité, une déDomiDation mieux choisie pour les peuples d'Europe que celle de Caucasiens, et pourtant il fout bien avouer que les noms géographiques, pris comme désignations de races , sont extrêmement indéterminés , surtout quand le pays qui doit dooner son nom à telle ou telle race se trouve, comme le Tourao ou Maweraonalir, par exemple, avoir été habité, à différentes époques (40) , par les souches de peuples les plus diverses, d'origine indo-germanique et Bnnoise, mais non pas mongolique.

Les langues, créations intellectuelles de l'humanité, et qui tiennent de si près aux premiers développements de l'esprit, ont, par cette empreinte nationale qu'elles portent en elles-mêmes, une haute importance pour aider à reconnaître la ressemblance ou la difTérence des races. Ce qui leur donne cette importance , c'est que la communauté de leur origine est un Cl conducteur, au moyen duquel on pénètre dans le mystérieux labyrinthe, où l'union des dispositions physiques du corps avec les pouvoirs de l'intelligence se manifeste sous mille formes diverses. Les remarquables progrès que l'étude philosophique des langues a faits en Allemagne depuis moins d'un demisiècle facilitent les recherches sur leur caractère national (41) , sur ce qu'elles paraissent devoir à la parenté des peuples qui les parlent. Mais, comme dans toutes les sphères de la spéculation idéale, à côté de l'espoir d'un htilin riche et assuré , est ici le danger des illu- ' sions si fréquentes en pareille matière.

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Des études ethnographiques {josilives, soutenues par une conoaissaDce approfondie de l'histoire, nous apprennent qu'if faut apporter de grandes précautions dans cette comparaison des peuples et des langues dont ils se sont servis à une époque déterminée. La conquête, une longue habitude de vivre ensemble, l'iofluence d'une religion étrangère, le mélange des races , lors même qu'il aurait eu lieu avec un petit nombre d'immigrants plus forts et plus civilisés, ont produit un phénomène qui se remarque à la fois dans les deux continents, savoir, que deux familles de langues entièrement différentes peuvent se trouver dans une seule et même race; que, d'un autre côté, chez des peuples très-divers d'origine peuvent se rencontrer des idiomes d'une même souche de langues. Ce sont les grands conquérants asiatiques qui, par la puissaoca de leui^ armes, par le déplacement et le bouleversement des populations, ont surtout contribué à créer dans l'histoire ce double et singulier phénomène.

Le langage est une partie intégrante de l'histoire naturelle de l'esprit; et bien que l'esprit, dans son heureuse indépendance, se fasse à lui-même des lois qu'il suit sous les influences les plus diverses, bien que la liberté qui lui est propre s'efforce constamment de le soustraire à ces influences, pourtant il ne saurait s'affranchir tout à fait deS liens qui le retiennent à la terre. Toujours il reste quelque chose de ce que les dispositions naturelles empruntent au sol, au climat, à la sérénité d'un ciel d'azur, ou au sombre

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— Ù30 — aspect d'une atmosphère chargée de vapeurs. Sans doute la ridiesse et la grâce dans la slructdre d'une laogue sont l'œuvre de la pensée, dont elles oaissent comme de la fleur la plus délicate de l'esprit i mais les deux sphères de la nature physique et de l'intelligence ou du sentiment n'en sont pas moins étroitement unies l'une à l'autre; et c'est ce qui fiait que nous n'avons pas voulu ôter à notre tableau du monde ce que pouvaient lui communiquer de coloris el de lumière ces considérations, toutes rapides qu'elles sont, sur les rapports des races et des langues.

En maintenant l'unité de l'espèce humaine, nous rejetons, par une conséquenoe nécessaire, la distinotioD désolante de races supérieures et de races inférieures (hS) . Sans doute il est des femillea de peuples plus susceptibles de culture, plus civilisées, {idus - éclairées; mais il n'en est pas de plus nobles que les autres. Toutes sont également faites pour la liberté, pour cette liberté qui, dans im étet de société peu avancé, n'appartient qu'à l'individu; mais qui, chez les nations appelées à la jouissance de véritables institutions politiques, est le droit de la commonaulé tout entière. <> Une idée qui se révèle à b^vers l'histoire, en étendant chaque jour son salutaire empire, une idée qui, mieux que toute autre, prouve le Mi si souvent conteste, mais plus souvent encore mal compris, de la perfectibilité générale de l'espèce, c'est l'idée de l'humanité. C'est elle qui tend à Caire tcnnber les barrières que des préjugés et des vues intéressées de toute sorte ont élevées entre les hommes

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— ftSl — et îi Taire envisager l'humaaité dans son ensemble, sans distinction de religion, de nation, de couleur, comme une grande fomille de frères, comme un corps unique, marchant vers un seul et même but, le libre développement des forces morales. Ce but est le but 6nal, le but suprême de la sociabilité, et en même temps la direction imposée à l'homme par sa propre nature, pour l'agrandissement indéGni de son existence. Il regarde la terre, aussi loin qu'elle s'étend; le ciel, aussi loin qu'il le peut découvrir, illuminé d'étoiles, comme son intime propriété, comme un double champ ouvert à son activité physique et intellectuelle. Déjà l'enfant aspire à franchir les montagnes et les mers qui circonscrivent son étroite demeure; et puis, se repliant sur lui-même comme la plante, il soupire après le retour. C'est là, en effet, ce qu'il y a dans l'homme de touchant et de beau, cette double aspiration vers ce qu'il désire et vers ce qu'il ' a perdu; c'est elle qui le préserve du danger de s'attacher d'une manière exclusive au moment présent. Et de la sorte, enracinée dans les profondeurs de la nature humaine, commandée en même temps par ses instincts les plus sublimes, cette union bienveillante et fraternelle de l'espèce entière devient une des grandes idées qui président à l'histoire de l'humanité (43).

Qu'il soit ])ermis à un frère de terminer par ces paroles, qui puisent leur charme dans la profondeur des sentiments, la description générale des phénomènes de la nature au sein de l'univers. Depuis les

nébuleuses lointaines, et depuis les étoiles doubles circulant dans les cieux, nous sommes desceodus jusqu'aux corps organisés les plus petits du règne animal, dans la mer et sur la terre; jusqu'aux germes délicats de ces plantes qui tapissent la roche Due, sur la pente des monts couroDoés de glaces. Des lois connues partiellement nous ont servi à classer tous ces phénomènes; d'autres lois, d'une nature plus mystérieuse, exercent leur empire dans les régions les plus élevées du monde organique, dans la sphère de l'espèce humaine avec ses conrormations diverses, avec l'énergie créatrice de l'esprit dont elle est douée, avec les langues variées qui en sont le produit. Un tableau physique de la nature s'arrête à la limite où commence la sphère de l'intelligence, où le regard plonge dans un monde différent. Cette limite, il In marque et ne la franchit point.

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