‹ Costa Rica et son avenirChapitre 11 sur 15 · INDUSTRIES · texte numérisé non relu

INDUSTRIES

1 . Industrie agricole. — Le bétail existant à Costa Rica ne suffit pas pour les besoins du pays. Du Nicaragua et de la Colombie arrivent encore des troupeaux de bœufs, destinés en général à la consommation. Il nous faut, en effet, plus de 25,000 têtes de bétail annuellement ; la province de San José consomme un bon tiers de ce total. La statistique du bétail pour Tannée dernière a donné les résultats suivants : 262,598 bêtes à cornes, 50,738 chevaux et 2,125 moutons.

Les bœufs sont remarquables en général par leur beauté et leur grande taille. Destinés aux plus durs travaux, principalement au charroi du café et des marchandises du plateau à lacôteouvice-versa, ils semblent assez appropriés aux services qu'on attend d'eux. Ils n'appartiennent à aucune race bien déflnie,et offrent les pelages les plus divers. Très vigoureux^ ils supportent parfaitement les intempéries et se contentent d'une nourriture peu substantielle, dont la canne à sucre coupée en morceaux forme la base. Une paire de bœufs ordinaire vaut de 120 à 140 piastres ; le prix de ces animaux a cependant augmenté ces dernières années, et une bonne paire de boeufs peut se vendre jusqu'à 170 piastres. Le prix ordinaire des animaux de 3 à 4 ans,qae l'on importe du Nicaragua ou de la Go-

lombie, varie entre 30 et 40 piastres. On les engraisse dans le pays avant de les envoyer à l'abattoir.

Les vaches indigènes sont fort dégénérées, surtout à cause •du manque de soin. Nous ne saurions dire à quelle race il faut les rapporter , tous les types originaux s'étant mélangés dans les croisements les plus désordonnés. Elles passent toute l'année au pâturage et ne fournissent pas le quart du lait qu'on pourrait obtenir d'elles en leur donnant les soins et Talimentation voulus. On ne sépare jamais les veaux de leurs mères et rarement on trait les vaches deux fois par jour, le plus souvent une seule fois seulement. De plus,taureaux et vaches se trouvent toute Tannée réunis au pâturage. Il en résulte que de très jeunes génisses se chargent avant d'avoir les forces nécessaires pour la gestation normale,«t que leurs produits sont naturellement débiles. Ajoutons que les prairies sont presque toujours composées de très peu d'espèces fourragères, surtout pauvres en légumineuses, et qu'aucune ration supplémentaire n'est donnée aux vaches, même pendant le temps de la traite. Les mauvais résultats obtenus jusqu'àaujourd'hui n'ont :guère besoin d'autres explications.

Ajoutons, pour être juste, que ces erreurs et ces lacunes sont reconnues par la plupart des grands propriétaires, et qu'ils se préoccupent aujourd'hui sérieusement d*y porter remède. Le gouvernement a voulu encourager, pour sa part, les nombreuses tentatives d'amélioration de la race bovine qui datent ■de quelques années. Après avoir essayé d'introduire luimême diverses races étrangères, il a protégé l'importation d'animaux de choix dont il paye le transport par mer ax

agriculteurs qui les avaient achetés aux Etats-Unis ou en Europe. Grâce à ces mesures, on compte aujourd'hui à Costa Rica un certain nombre de têtes de bétail étranger appartenant aux meilleures races. Bien soignés, ces animaux pourront, sans doute, au moyen de croisements intelligents, améliorer les races indigènes.

Pour ce qui concerne l'ignorance de Tèlevage, l'Ecole d'agriculture, dont nous avons déjà fait mention, réussira probablement à la détruire en formant de bons élèves et en organisant des conférences auxquelles seront conviés les agriculteurs. Le paysan costaricien est moins ami de la routine que ses congénères de^beaucoup d'autres pays (l);il comprendra certainement bien vite qu'il n'a que des avantages à retirer en changeant sa manière de faire actuelle. Il choisira d'autant plus vite la bonne voie que le commerce et l'élevage du bétail sont considérés, avec raison, dans le pays, comme rémunérateurs.

Le prix d'une vache ordinaire varie entre 30 et 80 piastres. Les produits des races étrangères récemment introduites ici atteignent des prix fort élevés : un taureau d'un an à 18 mois vaut de 3 à 400 piastres (2).

1. Un fait particulier servira de preuve à cette assertion. Dans les chaumières les plus misérables de la campagne, l'Européen est étonné de rencontrer comme meuble, d'un usage très répandu, une machine à coudre. Le peuple qui a compris si vite Futilité de cette machine saura,promptement saisir les avantages de toutes celles qui pourront simplifier le travail de la culture des terres et suppléer au manque de bras sur lequel nous ne saurions assez insister,

2. Les principales races introduites jusqu'ici, pour Famélioration de celle du pays, sont les races de Durham, Jersey et la race hollandaise. Il existe

La viande de boucherie coûte assez cher. Sa qualité laisse à désirer, et son goiit fade provient d'une alimentation très aqueuse et peu variée. Une livre de filet de bœuf revient à 1 fr. CO, la viande ordinaire à près d'un franc, et les gens du peuple — qui mangent de la viande tous les jours — doivent encore payer de 50 à 70 centimes pour un morceau qui n'est pas de choix. Il est presque impossible de se procurer d'autre viande que celle de bœuf ou de porc; on ne tue en effet jamais de veaux, et c'est très rarement qu'on trouve à acheter du mouton.

Les produits dérivés du lait se ressentent à Costa Rica de rinsufflsance des instruments employés, et du manque de connaissances dans la fabrication. L'industrie laitière est encore dans l'enfance, et cependant elle enrichirait celui qui s'y vouerait en toute connaissance de cause. A San José il n'est pas toujours facile de se procurer du lait; celui qui arrive des fermes de la campagne, renfermé dans des récipients en fer-blanc, laisse beaucoup à désirer sous tous les rapports. Sans revenir sur la question des fourrages que nous avons effleurée plus haut, disons que le mode de transport en usage est très défectueux. On suspend les récipients de chaque côté de Ja selle d'une mule ou d'un vieux cheval que monte un enfant et le lait n'est livré au consommateur qu'après avoir été secoué violemment quelquefois pendant des heures. Les fermes manquent aussi de

aussi un certain nombre de têtes de bétail suisse appartenant à la race de Schwytz. Ces animaux ne sont pas tous de provenance directe, beaucoup viennent des Etats-Unis.

cavos, absolument nécessaires, à cause de la température générale, ponr pouvoir conserver le lait au moins 24 heures.

On fabrique cependant du beurre excellent dans certaines provinces, notamment dans celle de Cartago,d'un climat plus frais que les autres parties du pays. Seulement ce beurre est d'un prix inabordable pour les petites bourses; il se vend à raison d'une piastre la livre. C'est pour cela que l'on consomme encore, âCosta-Rica, beaucoup de beurre étranger en boîtes^ généralement très falsifié avec de la margarine. Malgré son goût salé et souvent désagréable, celui-ci peut i ire, grâce à la différence de prix, une rude concurrence au beurre du pays (1).

Le seul fromage de Costa Rica est un fromage cru, caillé sans présure et d'un goût insipide. Divers essais récents ont cependant prouvé que la fabrication d'un bon fromage est non seulement possible, mais d'un grand rapport. Cela est surtout vrai pour les fermes éloignées des villes où le lait se perd souvent faute de pouvoir le vendre ou de savoir l'utiliser convenablement

Les cuirs sont l'objet d'un commerce dont la valeur se -chiffre par la somme d'environ 100,000 piastres. On ne retire pour le moment aucun profit des cornes et des sabots, non

1. Le haut prix du lait — CO centimes le litre — est naturellement la principale cause de cette cherté du beurre. Nous croyons cependant pouvoir affirmer ici qu'un fermier européen, bien au courant de tout ce qui concerne l'industrie laitière et muni d'un petit capital pour les premiers frais d'établissement, ferait de brillantes affaires à Gosta-Rica.

plus que des os qui, préparés convenablement, pourraient être utilisés comme engrais.

L'élevage des chevaux est en voie de progrès, mais en* -core très arriéré. Les chevaux du pays n'ont pas non plus de caractères de race bien précis, sauf peut-être certains petits animaux d'apparence chétive,mais,en réalité, très vigoureux -et incomparables pour les chemins de montagnes. L'état boueux des routes pendant Yinvierno ne permet guère d'employer les chevaux comme bêtes de trait ; on s'en sert donc presque exclusivement pour la selle ou comme bêtes de somme. Les Biule» leur font concurrence, mais le cheval du pays a le pied presque aussi sûr. 11 présente, d'ailleurs, ce :grand avantage qu'il a un pas précipité, très doux pour le cavalier, analogue à celui des chevaux appelés bidets en France, tandis que le trot du mulet est très fatiguant.

Le prix des chevaux varie excessivement suivant leur qualité. Un cheval ordinaire» mais bon, vaut de 40 à 70 piastres (1). Les mules coûtent davantage ; on en rencontre cependant d'assez bonnes pour le prix de 60 à 80 piastres.

L'amélioration des chevaux du pays entrera prochainement dans le domaine de la pratique. Déjà, à deux reprises, •des compagnies se sont formées pour l'introduction de reproducteurs du Chili où la race est excellente.

> Les montons sont très peu répandus dans le pays, et d'un

î. On trouve des chevaux depuis 10 piastres; il y en a aussi de 300 à 400. iLes jxix que bous avons donnés jusqu'ici, se rs^portent toujours à des ani- ^ux pouvant fournir la somme de travail qu'on est en droit d'exiger de •ceux qui sont occupés journellement aux travaux de la campagne.

rapport qui ne vaut guère la peine d'être mentioaBè. On en

compte environ 2,000 têtes dans toute la république. Leur introduction e:i nombre plus considérable, ainsi que leur élevage bien entendu sont très désirables. Un mouton vaut une dizaine de piastres.

Les porcs sont de couleur noire et peu domestiqués. Ils sont nombreux, mais ne rapportent pas ce que l'on pourrait tirer d'eux en les engraissant d'une manière rationnelle. On a l'habitude de les laisser errer aux alentours des habitations et au bord des chemins, dans la campagne.

Un jeune porc vaut de 4 à 5 piastres, bien engraissé son prix varie entre 25 et 50 piastres. L'élève du porc est avantageuse, toute la cuisine costarienne se faisant au saindoux dont on importe de grandes quantités des Etats-Unis.

Un élevage rémunérateur est sans contredit celui des volailles. Les poules valent deux francs la pièce et le moindre poulet plus de la moitié de ce prix. Elles sont pondeuses fort médiocres. On a bien introduit un certain nombre de reproducteurs de bonne race, néanmoins tout reste, pour ainsi dire, à faire dans cette voie. Les œufs se payent plus ou moins cher suivant les saisons ; leur prix moyen est de 1 fr. 80 la douzaine. L'exploitation de ce produit donne des résultats très satisfaisants. (1)

Les canards, les oîes, les dindons et tous les autres oi-

1. On élève à Costa Rica quelques espèces de coqs de combats, mais il est probable qu'avec le temps ces jeux disparaîtront; ils n'intéressent déjà plus qu'une faible partie de la population, et le dernier congrès vient d'eu décréter l'abolition définitive.

seaux de basse-cour sont rares ici. Les quelques amateurs, qui en élèvent y trouvent cependant un profit assuré^ et le développement de cet élevage est à prévoir pour l'avenir.

». Usiines à café. — Les usines à Café comprennent généralement une série de bâtiments destinés aux diverses manipulations par lesquelles doit passer le grain, pour devenir mar, chand. La préparation du café, telle qu'elle se pratique à Costa. Rica, comporte les opérations suivantes :

a. Le broyage et la fermentation. — Les baies récoltées sont broyées légèrement et lavées à grande eau dans les bassins cimentés où elles subissent un commencement de fermentation. Cette première opération a pour but de débarrasser la baie d'une partie de son péricarpe charnu, et de dissoudre la partie gommeuse de ce même péricarpe qui, sans cela, adhérerait fortement à la fève et rendrait difficile sa prompte dessication. La pulpe est recueillie soigneusement et, après fermentation, utilisée comme engrais. Le broyage ne se fait pas. toujours ; le séjour dans les bassins de fermentation est absolument nécessaire au moins pour produire ce qu'on appelle le café lavé. A Costa Rica, le procédé dit à sec n'est guère employé. Il donne des produits plus aromatiques, mais de moins bonne apparence.

6. Le séchage. — Retiré des bassins et débarrassé de sa pulpe, le café est étendu au soleil dans de grandes cours^ quelquefois en terre battue, mais le plus souvent cimentées.

On le laisse exposé au soleil jusqu'à ce qu'il soit complètement sec, c'est-à-dire jusqu'à ce que la graine intérieure soit assez dure pour ne pas se laisser rayer avec l'ongle. Cette opération du séchage est la plus importante de toutes. Certaines années, la récolte se perd en partie à cause du mauvais temps ; aussi un r^r^ïno pluvieux est-il uno des pires calamités pour le pays. On a bien introduit récemment, des étuves destinées à suppléer au soleil dans les années défavorables, mais les frais de séchage, dans ce cas, seraient si élevés que Ton n'en fera probablement jamais grand usage. On ne trouve encore nulle part la turbine centrifuge employée actuellement avec tant de succès ailleurs pour abréger la période du séchage. Le turbinage du café lui enlève les 2/3 de son humidité surabondante.

0. Le brisag;e. — Lorsqu'il revient des cours, le café a ses graines cachées sous son péricarpe sec, s'il n'a pas été broyé dès le principe, ou, s'il l'a été, ces mêmes graines sont encore recouvertes d'une matière cornée qui n'est autre chose que l'endocarpe. Il faut briser ces enveloppes, au mo3''en de grandes roues cheminant dans une espèce d'ornière circulaire à moitié remplie de café sec ou cascarilla^ comme on rappelle dans le pays. Celte machine était autrefois mise en mouvement par des bœufs. Aujourd'hui c'est une force hydraulique qui les remplace presque partout.

d. Le polissage. — Avant de pouvoir être livré à la consommation, le grain a encore à passer par une dernière opération. Il faut le débarrasser de la fine pellicule (épisperme) qui recouvre chaque graine, au moyen d^une ma-

chine très simple composée de deux cylindres à surface rugueuse marchant en sens inverse. De là sort le café marchand.

e. Le triage. — Avant de le mettre en sac, on le trie pour enlever les fèves brisées ou avariées et le classer par grandeur. Il y a en effet une différence notable de fève entre les. diverses qualités. Celles-ci sont appréciées surtout suivant la grosseur et la régularité des grains. Le café dont la baie n'a produit qu'une seule graine — ronde et ressemblant à un. gros pois avec un sillon longitudinal —est celui qu'on appt*écie le plus, non qu'il soit meilleur, mais parce qu'il ressemble au grain de café moka et obtient ainsi la préférence des consommateurs. Il se vend sous le nom de caracolillo. Viennent, ensuite les cafés de première, de deuxième et de troisième classe. Le triage des grains se fait soit à la machine, soit à la. main ; dans ce dernier cas, on emploie des enfants et des. femmes à ce travail.

Les usines à café son aujourd'hui au.nombre de 2oô dans, tous le pays. Cette industrie est naturellement concentrée sur le plateau central, dans les provinces de San José et de Cartago, Alajuela et Hérédia. Depuis plusieurs années, les machines remplacent presque partout le travail des ouvriers. ou des bœufs. Les petits propriétaires envoient leur café eii baie aux grands usiniers qui, moyennant rétribution, le leur rendent mis en sac. Ces machines à roues à palettes et ces. turbines sont mues par Teau. Chaque année on perfectionne Toutillage et on cherche partout à remplacer le travailleur par la machine, celui-là se faisant toujours, plus rare à.

mesure que le poys se développe et offre uu champ plus vaste aux diverses carrières. C'est surtout au momeût de la récolte et de la préparation du café que, comme nous Tavons déjà dit, la main d'œuvre fait défaut et qu'on sent partout dans le pays la nécessité d'une émigration nombreuse de bras robustes et travailleurs. Actuellement il faut presque redouter la trop grande abondance de biens, parce qu'on ne sait souvent comment cueillir les récoltes un peu grandes.

Les moulina a sucre sont de construction très simple et leur produit, le dulce, quoique apprécié du peuple, est fort primitif. Ces moulins consistent généralement en un sj'^stème de rouleaux entre lesquels la canne à sucre est écrasée d'une façon plus où moins complète. La cuisson et la défécation du sirop se font ensuite dans des cuves d*où le liquide bouillant coule dans des moules en bois et se solidifie, en se refroidissant, sous la forme de cônes tronqués. C*est le dulce ou jus épaissi de la canne. Quelques ^«loulins sont mus par l'eau, mais le plus souvent ce sont des bœufs ou même des ouvriers qui produisent la force motrice nécessaire. Celui qui voyage la nuit dans la campagne entend souvent près des habitations un bruit lugubre, pareil à un long gémissement poussée à intervalle régulier. Il se trouve non loin d'un moulin à sucre ; qu'il s'approche, il verra à la lueur rouge des fourneaux, qui les fait resembler à des êtres fantastiques, des hommes haletant tandis qu'ils mettent en mouvement, avec effort les grosses poutres du moulin.

On compte à Costa Rica plus de mille moulins à dulce. Sur cette quantité, 619 sont des moulins de bois et 449 sont cons-

truits en fer. Plus haut, nous avons mentionné les deux fabriques de sucre turbiné très bien oalillées qui existent dans le pays.

Les scieries de bois, au nombre de 74, sont assez bien montées sous le rapport de Toutillage. Cette industrie est naturellement reléguée en grande partie assez loin du plateau, puisque celui-ci est entièrement couvert de cultures. Elle est néanmoins d'un très bon rapport, car les prix des madriers, des planches débitées ou des lattes augmente chaque année, à mesure qu on construit davantage dans les villes et qu'on construit mieux (1).

8. Industries diverses. La grande industrie n*exisle pas 'encore à Costa Rica. Les quelques fabriques qu'on y rencontre n'occupent qu'un nombre très restreint d'ouvriers et les produits qui en sortent ne suffisent pas à la consommation du pays. L'agriculture occupe en effet tous les bras et offre des profits trop assurés et trop considérables pour que de forts capitaux s'emploient à autre chose qu'à la culture des terres. Il existe cependant, sur une petite échelle, un certain nombre •d'industries qui se développeront, sans doute, quand la population sera plus nombreuse ; nous allons les passer brièvement en revue.

1. Le prix des planches dépend naturellement beaucoup de celui des cliarflrois, toujours très élevé. La valeur intrinsèque de certains bois qui deviennent rares n'est cependant pas à dédaigner. Le bois de chaufTage vaut en onoyenne 4 piastres le stère dans les villes du plateau.

La minoterie est représentée par un seul moulin à vapeur situé à San José, et appartenant à une société anonj'-me étrangère. Avec rextension de la culture du blé, cette industrie ne peut manquer d'atteindre un plus grand développement. On rencontre aussi dans le paj^s deux ou trois fabriques d'amidon pour l'extraction du manioc doux.

La briqnetterie, est bien représentée. On compte, en effet ,plus de cent fours à briques dans le pays. La terre argileuse abonde partout, tandis que la pierre est rare sur le plateau central. La construction des fours laisse fort à désirer. On ne connaît à Costa Rica que ceux qu'on désigne d'habitude sous le nom de fours de campagne dont le chauffage est excessivement coûteux. Cette industrie donne des profits considérables. Presque toutes les constructions des villes sont en briques,quoique ce mode de bâtir ne paraisse pas très coi^ venable dans un pays sujet au mouvement du sol ; il devrait être remplacé par le fer et le bois.

La tannerie compte un certain nombre d'établissements d'où sort un cuir communs, employé dans le pays à la fabrication des selles, quelquefois assez artistement travaillées.; des alforjas ou bourses de cuirs doubles qu'on place sur la croupe des chevaux ; des courroies, des croupières et de tout ce qui entre en général dans le harnachement. ;

Plusieurs savonneries livrent au commerce un savon résineux, bon seulement pour le blanchissage du linge. Les fabriques de bougies qui existent dans le pays fournissent de même des produits de qualité très inférieure.

San José a deux fonderies dont une nationale. Elles rendent certainement de grands services, mais pour les réparations seulement. En effet, le métal et le charbon de terre qu'elles emploient étant jusqu'à présent de provenance étrangère, les produits déjà manufacturés reviennent à Costa Rica beaucoup meilleur marché que ceux qu'on fabrique surplace.

Une filature, établie à Hérédia depuis quelques années, est en bonne voie de prospérité. La matière première des tissus qu'on y fabrique vient encore du dehors ; malgré tout, la toile de coton indigène peut faire concurrence à celle de Tétranger. La filature de Hérédia s'occupe spécialement du tissage des rebozos, longues pièces de soie dont les femmes du peuple s'enveloppent le buste quand elles sortent, ou se couvrent la tête à Téglise. Ces espèces de châles sont toujours de couleur éclatante, et atteignent d'assez hauts prix. Il n'est pas rare de rencontrer des pa3''sannes nu-pieds dont les épaules sont protégées par un rebozo valant de 15 à 20 piastres.

Quelques autres Industries ont pris pied dans le pays. On a commencé à y fabriquer de Thuile de ricin et d'autres huiles, du chocolat, de la parfumerie, de la glace, de l'eau gazeuse et de la bière, avec des machines de provenance européenne ou américaine. Pour protéger ces industries naissantesjle gouvernement exempte,d'ordinaire, des droits de douane les machines importées. Il est probable qu'une fois le chemin de fer de l'Atlantique terminé et le transport de lourdes pigi^s de métal rendu plus facile, on en introduira beaucoup d'autres.

Outre la fonderie dont nous avons fait mention plus haut,et

une fabrique de liqueurs dont nous dirons quelques mots à propos des monopoles, le gouvernement possède encore une fabrique de cartonches de Rémington, destinée à fournir des munitions à l'armée. Les cartouches importées se détériorent en effet, en peu de temps, à cause de Thumidité.

La compagnie du chemin de fer a divers ateliers de construction et de réparation pour ses machines. Il en est déjà sorti de beaux travaux qu'on a pu admirer à l'exposition de 1886.

Ainsi qu'on Ta vu plus haut; l'industrie minière, jusqu'ici peu avancée, est en bonne voie de perfectionnement L'outillage; introduit ces derniers temps, permettra promptement l'exploitation sérieuse des minerais, si riches et si abondants en certaines parties du pays.

La pêche des perles est assez productive sur la côte du Pacifique. La compagnie qui en a maintenant le monopole exploite surtout la nacre,et entretient à son service toute une équipe de plongeurs.

. Une concession a été accordée dernièrement par le Congrès à un Costaricien pour rétablissemeut de salines, où Ton obtiendra le sel par les procédés généralement employés en Europe (Marais salants à écluses).

Toutes les industries dont nous venons de parler, quoique, en général, installées petitement et assez rudimentairement, donnent de bons bénéfices. Les industriels étrangers trouveraient,sans aucun doute, à Costa Rica un teFrain très propice

pour l'introduction d'industries nouvelles ou Famélioration de celles qui existent déjà. Les cours d'eau fournissent partout la force motrice nécessaire ; l'augmentation rapide de la population rend tous les jours la consommation des produits plus abondante ; les états voisins enfin, la plupart sans industrie, offrent un champ assez vaste pour l'exportation.

Les artisans et les gens cîe métier sont assurés d'utiliser avantageusement leurs forces et leur savoir dans le pays. Un bon charpentier gagne facilement 3 piastres par jour, un ébéniste ou un tapissier recevront près du double; car, malgré l'introduction de beaucoup de meubles étrangers, ceux de Costa Rica faits avec des bois inattaquables, ont toujours la préférence. Les pâtissiers, les charcutiers, les tailleurs, les cordonniers et les boulangers du dehors, arrivés sans capital, il y a une dizaine d'années dans le pays, jouissent presque tous aujourd'hui d'une belle aisance. On peut assurer aussi un salaire élevé et une occupation constante à de bons ouvriers horlogers, relieurs et typographes, aux tailleurs de pierre, aux maçonset aux peintres, aux chaudronniers, aux seniers,aux fabricants de parapluies; à tous ceux, enfin, qui possèdent de bonnes connaissances pratiques, et sont décidés à exercer avec persévérance une industrie grande ou petite, ou un métier quelconque.

4. Monopoles. — Il y a lieu de distinguer ici entre les monopoles accordés aux particuliers et ceux dont le gouvernement s'est réservé l'exploitation.

La propriété littéraire et artistique, de mêjne que le droit

d'invention, sont garantis, pour un temps limité, par l'art. 73, paragraphe 20, de la constitution actuellement en vigueur. Les monopoles dont ont joui, ou jouissent encore, certaines compagnies ou certains particuliers leur ont été concédés par le Congrès, pour un temps limité aussi. Ils étaient nécessaires et justes à Tépoque des premières grandes entreprises, ou des débuts de l'industrie ; ils seraient aujourd'hui inutiles et désavantageux pour le pays. En effet, comme nous venons de le voir, Tindustrie n'est plus à créer; elle n'a besoin que de se développer ; et ce développement sera certes meilleur et plus rapide avec la libre concurrence. Aussi est-il assez difficile maintenant à un particulier d'obtenir le privilège exclusif d'une exploitation quelconque. De même les contrats faits récemment par le gouvernement avec diverses compagnies limitent les privilèges exclusifs à un petit nombre d'années, et stipulent que, ce temps écoulé, ils pourront être accordés à tous ceux qui, à conditions égales, en feraient la demande.

Le gouvernement s'est réservé deux monopoles : la vente

du tabac et la fiabrlcation des liqueurs. Nous avons déjà

dit quelques mots du premier, en parlant des cultures. Nous ajouterons ici que l'industrie cigarière, réduite maintenant à la fabrication de cigarettes grossières et de petits cigares difformes, prendraient certainement un grand essor avec la cessation du monopole. Le tabac chilcagre^ récolté autrefois entre San José et Cartago, est d'une qualité tout à fait supérieure ; il était très apprécié des connaisseurs à l'étranger. Si sa culture redevient libre un jour,il sera,sans aucun doute, l'objet d une exportation considérable,non seulement en feuil-

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les, mais aussi en produits manufacturés dans le pays même. Nous aurons à reparler plus loin sur la question de chififres ; disons cependant ici que ce monopole donne à 1 état, chaque année, une rente d'un demi-million de piastres.

La fabrication des liqueurs est concentrée à San José,dans un vaste édifice. Les appareils de distillation sont excellents et les produits de la fabrique nationale sont en général d'assez bonne qualité ; Teau de vie de contrebande a une réputation de supériorité qu'elle doit peut-être à l'attrait du fruit défendu. Elle est cependant dangereuse pour la santéjparce qu'elle n'est pas rectifiée. Malgré la surveillance la plus active et les fortes amendes qui frappent les fraudeurs surpris en flagrant délit, on n'a pu empêcher complètement la distillation clandestine. Les principales liqupurs fabriquées sont une eau-devie anisée, un rhum blanc, et l'eau-de-vie de canne pure qu'on appelle guai^o, La fabrique nationale produit quelques autres liqueurs d'une consommation peu considérable. Il est permis d'introduire les eaux-de-vie et liqueurs étrangères ; en fait, il s'en importe chaque année une très grande quantité; mais ces produits payent des droits si élevés qu'ils reviennent aux consommateurs à un prix excessif.

Le monopole de la fabrication des liqueurs produit annuellement près d'un milion de piastres.

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