‹ Costa Rica et son avenirChapitre 10 sur 15 · TERRAINS KT CULTURES · texte numérisé non relu

TERRAINS KT CULTURES

1 . Lie» terres. — Le territoire de Costa Rica jouit dans toute son étendue d'une fertilité exceptionnelle. On peut en voir une preuve remarquable dans le plateau central, cultivé sans interruption en quelques endroits depuis des siècles, sans restitutions ni engrais d'aucune sorte, et produisant néanmoins encore des récoltes rémunératrices. Beaucoup d'essences d'arbres y reprennent avec une grande facilité ; même de grosses branches coupées et plantées sans aucun soin vivent et prospèrent. Les haies ne sont à l'origine qu'une lignée de pieux; en quelques mois la nature se charge de les couvrir de feuilles et de jeunes rameaux. Les poteaux de télégraphes, faits généralement avec les troncs tordus de l'arbre au bois très dur qu'on nomme guachipelin dans le pays, ne sont pas à l'abri de cette puissance de végétation. Quoique secs, brûlés ou goudronnés dans la partie destinée à être enfoncée en terre, il leur arrive quelquefois de se charger d'une couronne de feuillage.

L'immense majorité des terres est encore vierge de culture récente, et même, selon toute probabilité, une grande partie d'entre elles n'a jamais été cultivée antérieurement, ni avant, ni depuis la conquête. A la fertilité s'allie la qualité^ comme dans toute la zone, privilégiée sous ce rapport, qui est

comprise dans le monde entier entre le 10® de latitude sud et le 150 de latitude nord. Cette zone est vraiement la patrie du café : le territoire de Moka^ Cejian, Java, Manille, la Martinique, tous pays célèbres non seulement par leur fertilité, mais encore par l'excellence de leurs produits.

Presque partout, à Costa Rica, les terres se trouvent dans les meilleures conditions pour récompenser le travail. Elles, sont admirablement arrosées, desservies par des fleuves souvent navigables et boisées des essences les plus riches et les plus utiles. Leur composition varie aussi beaucoup. Les terres limono-ferrugineuses et les terres silico argileuses dominent. Sur tout le plateau la couche de terre végétale atteint une .épaisseur remarquable.

Les trois quarts, à peu près, du territoire sont encore propriétés nationales. Néanmoins une très notable partie en a été aliénée déjà au profit des entreprises de chemins de fer, et une autre partie réservée spécialement pour le nouveau projet de la ligne du nord et pour le canal interocéanique du Nicaragua. Ces aliénations comprennent toujours des lots alternés dont le gouvernement se réserve un lot sur deux. Cette mesure a pour but d'éviter les dangers des trop grandes propriétés d'un seul tenant, souvent laissées longtemps en friche, au détriment du progrès général.

La vente des terres du gouvernement est régie et le prix en est déterminé par la loi. Les prix sont très bas, et l'acquéreur a dix ans pour s'acquitter de sa dette moyennant un intérêt de 6 0/0 annuel. Ces avantages font que la quantité de terres disponibles diminue rapidement. Le maximum d'hectares que la loi permet de vendre à une seule personne est de

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500. L'acquisition de ces terres en fait des propriétés déftnitl- Tes ; cependant des dispositions spéciales régissent celles qui sont situées sur les deux rives des fleuves navigables, à un •kilomètre et demi de chaque côté, et celles qui avoisinent les routes, sur 250 mètres de profondeur; on les donne gratuitement, par lots de 50 hectares au bord des rivières et de 6 hectares au bord des routes, au premier occupant; elles restent sa propriété tant qu'il y demeure et les exploite. Si pendant trois années le terrain est abandonné, il retourne au dom^aine public. Tout terrain cultivé et clôturé est acquis à celui qui Fa mis en valeur, sans qu'il ait à en paj^er le prix.

Le prix des terrains dépend exclusivement de leur d»» tance des centres, et de la plus ou moins grande facilité de transport des produits obtenus. Il est donc à prévoir que, dans un avenir très rapproché, quand les chemins de fer et les routes projetées permettront les transports faciles, la terre gagnera une plus-value énorme. Cette hausse se fera sentir notamment pour les terrains si fertiles des grandes plaines du nord.

Un hectare de forêt non défrichée des terres du gouvernement coûte de trois à cinq piastres papier, 10 et 18 francs. On trouve à acheter aux particuliers des parties défrichées depuis 50 piastres. Sur le plateau central les terrains nus ne valent pas moins de 200, et ceux qui sont plantés en café atteignent en certains endroits 1,500 piastres ITiectare. Quand on songea la distance relativement peu considérable {10 à 20 lieues) du littoral et des centres de populatîoM des terrains encore en friche, on ne peut s'empêcher de les déclarer dignes de l'attention des capitalistes et des

travaillears eurapé.eiis.Les terrains des missions et du Chaco, que le gouvernement argentin vend au même prix^ sont si* tués â àes centaines de lieues dans l'intérieur du pays, et ne valent peut-être pas ceux de Costa Rica.

Les toi» qui régissent la propriété offrent une sécurité aussi <x)mplète qu'en Europe, et quoique le cadastre général ne soit pas encore terminé, chaque propriété particulière est mesurée avec soin et le plan en est joint aux titres de propriété. Le Code fiscal publié en 1888 fournit, à ce sujet, les renseignements les plus complets, et sera consulté avec fruit par tous ceux qu'intéresse la matière. La transmission de la propriété se lait par le ministère des notaires publics. Il existe un registre de la propriété et des hypothèques qui, comme en Europe, donne pleine et entière garantie aux proprié* taîres.

Aucun iaijp44 ne grève la propriété territoriale. Les propriétaires ont pour unique obligation de concourir à Tentretien des ctemins qui desservent leur propriété. Les droite, d'enregistrement et de mutation sont très peu élev^. Riea

n'empêdie ni n'entrave le morcellement si désiraUe des domaines.

La gtanée propriété domine dans tous les endroits éloignés des centres, encore presque déserts ; mais Ut, où se groupe 1& population, la division des terres est poussée fort loin. Il y a bien peu de familles^ môme pauvres, qui ne possèdent pas leur coin de terre et c'est, — pour le constater en passant, — à eette qualité si générale de propriétaires que les Costariciens doivent leur aisance, en même teaaips que le calme et resprit

de travail et d'épargne qui les distinguent très particulière- Aient entre toutes les populations centre-américaines.

Z. Culture» essentielles. — Les cultures essentielles sont peu nombreuses à Costa Rica. Elles se réduisent à quatre seulement : le café, la canne à sucre, le maîa et les haricots qui forment lia base de l'exportation et de la consaouxiation générale.

Le café, aujourd'hui principal produit du pays, et qui en a incontestablement fait la richesse, n'était pas connu à Costa-Rica, il y a cent ans. Les premiers grains, apportés de la Havane (1), furent semés à Cartago à la fin du siècle dernier, et Ton voit encore dans cette ville les troncs des plants qui fournirent des graines à tout le pays et même à toute l'Amérique centrale. Les haciendas ou plantations de café que Ton rencontre au Nicaragua et au Guatemala furent, en effet, à l'origine, Tœuvre de Costariciens. La propagation du pré* cieux arbuste se fit lentement, malgré les efforts de plusieurs personnes éclairées qui prévoyaient le grand développement que cette culture devait prendre un jour, et les immenses avantages qu'elle rapporterait au paj^s. C'est seulement à partir de Tannée 1840 que les plantations commencèrent à devenir nombreuses, grâce surtout au3; mesures du gouvernement qui mit en vente certains terrains municipaux, avec la condition expresse qu'ils seraient plantés de caféiers. En 1861, Costa

1. La question de riotroductioa des premiers plants de café à Costa-Rica a donné lieu à diverses controverses qui n'ont qu'un intérêt purement historique. Il est certain que cette introduction n« remonte pas à plus d'un siècle.

Rica exportait déjà 100,000 quintaux de café, et, dès lors, sa production a été en augmentant chaque année. Aujourd'hui le plateau tout entier, de Cartago à Alajuela, est couvert de plantations du plus magnifique aspect en toute saison, mais principalement en avril, quand les arbustes montrent leurs fleurs blanches et odorantes, ou en décembre, quand leurs baies rouge-cerise brillent entre les feuilles d*un vert sombre. (Test seulement a» bout de quatre* années^ que l'arbuste a atteint la hauteur de deux mètres environ et est en pleine production. On sème en pépinière, et quand les plants ont un an, on les transplante dans l'endroit qu'ils doivent occuper définitivement. Les pieds sont généralement disposés en longues allées, et se suivent à la distance d'un mètre et demi à deux mètres l'un de l'autre. La plantation en quinconce est rare. Entre les arbustes, on place des bananiers dont les larges feuilles protègent le jeune caféier des raj^ons du soleil. Ces bananiers, qu'on coupe tous les ans, sont, d'ailleurs, le seul amendement accordé au sol. Depuis peu, divers agriculteurs ont essayé d'augmenter leurs récoltes en fumant leurs terres avec du guano : quoique les résultats produits aient été très satisfaisants, l'emploi de cet engrais, assez coûteux à Costa Rica, ne s'est pas géaéralisé. Outre les hananiers, les plantations de café {caf étales) renferment d'ordinaire, bordant leurs allées principales ou s'élevant au milieu des caféiers, de grands arbres touffus, avocatiers, ficus, orangers ou asiminiers, qui donnent de loin au plateau central tout entier l'aspect d'un vaste verger éternellement vert, car les rares espèces dont les feuilles tombent, chaque année, à Costa Rica, les remplacent immédiatement.

La eultMpe da café exige des travaux presque continus pendant toute Tannée. La fertilité diu sol fait naître les mauvaises herbes en si grande quantité qu'à peine a-t-on fini de sarcler en un endroit qu'il faut recommencer. Ce nettoyage s'opère à la pelle et au tnachete^ce qui le rend excessivement long et coûteux. Dans les terrains déclives, — et oa en rencontre beaucoup sur le plateau qui est très raviné, — les torrents d*eau qui s'abattent parfois sur le sol ,pendant la saison des pluies, entraînent beaucoup de terre. Il faut donc souvent recouvrir le pied des arbres à moitié déchaussés. Puis on est obligé de racler au couteau le tronc et les branches des arbustes qui se couvrent de lichens et de mousses en telle abondance que la plante en souffre. Après k récolte, on visite soigneusement chaque plant et on émonde toutes ses branches sèches. On ne connaît pas à Costa Rica de maladie porticuliëre au café, si ce n'est quelques cas isolés de dépérissement à la suite du jaunissement et de la chute des feuilles ; mais la plante, en général, vi^it partout très saine et très vigoureuse* *

Le café cultivé à Costa Rica n'appartient pas à une seule espèce. A côté du type ordinaire, se rencontre une espèce spéciale au pays et caractérisée par un port moins élevé, une ramification plus dense et une agglomération plus compacte de fruits autour des rameaux. On donne à cette espèce le nom de café de San Ramon (1). Malgré sa belle apparence, le café de San Ramon n'est pas généralement cultivé. On a introduit aussi, ces dernières années, à Costa Rica Tespèce appelée café

1. San Ramon est une localité assez importante, située dans la régioa N.-O. du plateau.

de Libéria, Les essais n'ont pas donné jusqu'à présent de résultats satisfaisants. Sur le plateau, ce café a des baies mûres toute l'année, grand inconvénient pour la récolte qu'on ne peut pas faire à époque fixe. Cultivé dans des parties plus chaudes du pays, le café de Libéria produirait probablement plus de fruits qui atteindraient leur maturité. Les essais sont commencés et, dans quelques années, on sera fixé sur les avantages que peut procurer l'introduction de cette espèce à Costa Rica.

La récolte du café se fait au commencement de la belle saison et dure de décembre à mars généralement. Certaines années, la maturité est plus hâtive pour une partie des baies, et il faut alors double cueillette. Les femmes et les enfants sont chargés de ce travail, parfois pénible : à peine mûres une partie des baies tombe à terre et c'est à genoux qu'on les ramasse. Les fruits qui restent sur l'arbre sont enlevés sans grandes, précautions. Celles-ci seraient pourtant très nécessaires, car les bourgeons à fleurs se développent sur les branches presque immédiatement après la maturité des baies, et, en arrachant ces dernières à poignées, on détruit toujours une partie de la future récolte. Il est malheureusement impossible de payer les ouvriers à la journée : la récolte doit se faire vite, afin que le séchage, la préparation et la mise en sacs, dont nous parlerons plus loin, puissent s'effectuer avant le retour de la mauvaise saison. C'est surtout à l'époque de la récolte du café qu'il manque de bras à Costa Rica.

Pour juger de la quantité de travail effectué par les iemmes et les enfants à la tâche, on leur remet une corbeille,

ûe la cantenance de 18 à 20 litres, qui leur est payée pleine auprix moyen d'un réal, c'est-à-dire de 40 centimes environ. Une bonne travailleuse remplit de 8 à 10 fois sa corbeille dans la journée.

La production du café varie suivant les terrains. On •estime cependant qu'un arbre en bon rapport doit donner 1 livre et demie de café sec. L'hectare dans des terrains très fertiles produit jusqu'à 50 quintaux de café mis en sac ; la moyenne de la production est de 18 à 20 quintaux. La production est naturellement soumise aux viscissitudes de la récolte. Il est rare qu'il y ait deux bonnes années de suite ; cependant les chiffres sont très satisfaisants pour toutes les dernières récoltes.

En 1887 la production a été de 261,638 quintaux, représentant une valeur de 5,231,766 piastres ; en 1888, on a récolté 382,844 quintaux,valant 5,656,892 piastres (1).

Le prix du café augmente toutes les années. En 1884, il m'était que de 10 piastres le guintal (de 92 livres) ; en 1885, de 12 1/2 ; en 1887, nous le trouvons coté à 18 piastres et l'année •dernière, on Ta payé jusqu'à 20 et 22 piastres. Cette augmentation provient de plusieurs causes. Il y a d'abord le prix élevé atteint par le café de Costa Rica sur le marché européen, le marché anglais en particulier, hausse due autant à Texcellence reconnue du produit qu'à la diminutioa considérable de la récolte du Brésil, ces dernières années.

1, Les chiffres sont un peu différents de ceux que donne VAnnnaire stetisiique qui compte pour le quintal les 100 livres espagnoles dont le poids n'est équivalent qu'à 46 kilogrammes . La piastre dont nous parlons ici est la piastre papier valant environ f* 3,50, le change variant entre le 30 et le 50 0/0,^

Puis il faut considérer aussi la forte élévation du change*' actuel à Costa Rica où l'or fait aujourd'hui 50 0/0 de prime, tandis qu'auparavant cette prime n'était que de 12 à 15 0/0. La piastre qui ne vaut plus que f* 3,33 valait donc à cette époque P 4,46 ou f* 4,36. Néanmoins, en tenant compte de cette différence dans le change, on doit encore admettre que le prix du café a haussé d'un tiers depuis 5 ans. Le pays tout entier s'est ressenti de cet accroissement de valeur de ce produit d'exportation, et ses progrès gigantesques ont pour cause principale ce subit accroissement de richesse.

Après le café, vient la culture de la canne à sucre.

Elle réussit depuis les côtes jusque sur le plateau ; cependant, pas plus que le café, elle ne dépasse l'altitude de 1400-1500 mètres. Ses produits ne figurent pas dans le tableau des exportations. On les consomme tous sur place. La canne a sucre est en effet employée à divers usages. Il n'existe pâs encore de raffineries de sucre dans le pays. Plusieurs fabriques bien montées et importantes font du sucre turbiné et ■en poudre dont la consommation ne dépasse pas le cercle des habitants des villes. Les gens de la campagne préfèrent le su- •cre tout â fait brut,qui n'est que le jus de canne épaissi et déféqué, qui se vend en pains de différents poids, et dont la couleur terreuse n'est guère agréable à l'œil ; c'est ce qu'on appelle le dulee. Ce même dulce sert à la fabrication de l'eau-devie du pays, aguardiente ou guaro que le gouvernement distille dans une fabrique nationale située à San José.et dont il a monopolisé la vente. La canne à sucre sert enfin d'a)iment pourles bêtes à cornes, les boeufs de trait surtout qui n'ont jpas d'autre nourriture dans leurs longs voyages du plateau

central à Carrillo ou à Esparta, têtes de ligne des voies ferrées venant de Limon et de Puntarenas.

On compte^ dans tout le pays, environ 5000 hectares de terrain planté en canne à sucre. Ces 5000 hectares ont produit,en 1888, 11,008 quintaux de sucre valant 143,592 piastres et 123,32k quintaux de dulce, estimés à 1,340,280 piastres,

Le maïs réussit très bien dans toute la République, et on en trouve des champs (mî'Zpa^) en plein rapport,] usqu'à la hauteur de 1800 mètres. C'est un des principaux aliments du peuple à Costa Rica. Pour le préparer, on le broie, après Tavoir fait cuire dans un lait de chaux ou avec des cendres de bois, entre deux pierres jusqu'à le réduire en pâte. De cette pâte on fabrique des espèces de galettes qu'on rôtit très légèrement en les exposant au feu pendant quelques instants. C'est ainsi qu'on obtient la fameuse tortilla qui sert de pain à tous les habitants de la campagne et dont beaucoup de personnes dans les villes ne peuvent se passer. On donne aussi le maïs aux chevaux et aux mules.

De 445.818 litres semés en 1888 on a récolté dans tout le pays 25t.522.570, soit un rendement de 55 pour 1. Dans plusieurs cantons néanmoins, ce rendement a été dépassé de beaucoup.

Nous considérons enfin les haricots comme culture essentielle à Costa Rica, parce que, avec le maïs, ils forment la base de Talimentation générale. Ce sont de petits haricots noirs, dits frijoles^ qui paraissent sur la table du plus riche, comme sur celle du plus pauvre, à rheure du repas du matin. On les plante à part dans les terrains secs, parfois aa

milieu des champs de maïs, et très souvent dans les endroits qui viennent d'être défrichés par le feu et qui sont encore encombrés de troncs d'arbres à moitié carbonisés.

195.853 litres de haricots semés Tannée dernière en ont produit 3.682.547, soit environ 19 pour 1.

3. Cultures spéciale». -- A côté de ses cultures essentielles, Costa Rica possède encore un certain nombre de cultures spéciales dont l'importance n'est pas à dédaigner. Par cultures spéciales, nous désignerons celles qui ne sont généralement pas répandues dans le pays et, dont les produits entrent, pour une partie relativement peu considérable, dans l'exploitation et dans la consommation.

La culture en grand des bananes est toute récente à Costa Rica. C'est en 1880 seulement que les premiers 360 régimes furent envoyés aux États-Unis; en 1884 on en récolta 425,000 et en 1888 la production a été de89S,245 régimes, représentant une valeur de 337.747 piastres.

Cette culture est concentrée dans la demi-province de Li mon, dans les terrains à moitié marécageux qu'on appelle les plaines de Santa Clara et que traverse le chemin de fer de Carrillo. Toutes les semaines des vapeurs chargés de bananes partent de Limon et vont décharger leur cargaison, à la Nouvelle-Orléans et à New-York. Sur ces marchés la consommation d'un fruit qu'on connaît à peine en Europe prend tous les jours plus d'importance. Malheureusement ces terrains de la côte de l'Atlantique, si propice à la production des bananes ne sont pas salubres. La mortalité n'a cessé d'être très grande parmi les travailleurs des haciendas. Les nègres

semblent résister le mieux au climat de Santa Clara ; aussi sont-ils très nombreux dans cette partie du pays, et rares sur les autres points du territoire.

Nous avons dit, plus haut, que le bananier se rencontrait dans les plantations du café. Les fruits qu'il produit sur le plateau — très différents selon les variétés — sont un objet de consommation générale. On les mange bouillis verts, crûs ou frits à rétat de maturité. Ajoutons qu'on en fait du vinaigre, et que des essais pour en retirer du sucre et de Tamidon vaudraient la peine d'être tentés. Les bananes produiraient aussi plus avantageusement de l'eau-de-vie de bonne qualité que le dulce, mais les lois du pays ne permettent cette fabrication-

Le <9aca«» avait autrefois à Costa Rica une importance qu'il a perdue aujourd'hui, quoiqu'il se cultive toujours sur les c&tes de l'Atlantique et dans les plaines de San Carlos. Il est d'une excellente qualité, surtout celui de Matina, dans la contrée de Limon ; il rivalise avec les fameux cacaos mexicains Soconusco. Dans le but d'encourager le développement de la culture d'un produit aussi précieux, le gouvernement a payé ces dernières années, des primes de 4 et 5000 piastres aux agriculteurs propriétaires des meilleures plantations. Cet encouragement au travail et cette protection à l'agriculture, dont nous verrons plus loin d'autres exemples, n'ont pas été sans influer d'une façon sensible sur l'augmentation de la production du cacao dans le pays. La récolte de 1888 a été de 3000 quintaux environ dont la valeur est estimée à 165.770 piastres. La majeure partie de oe cacao se consomme dans le paj'^s. On est obligé d'en importer encore de FEqua-

teur et de la Colombie, quoique de qualité relativement très inférieure.

Les srainii ne sont pas cultivés à Costa Rica comuiie ils pourraient rêtre. Néanmoins le rîz se récolte dans toutes les provinces du pays, sauf dans celles de Hérédia et de Limon* L'espèce connue à Costa Rica croît très bien dans les terrains secs et n'a pas besoin d'être submergée, ni même irriguée* On a semé en J888, 72.564 litres de riz qui en ont produit 1.975.998, c'est-à-dire que le rendement a été de 27 pour L Ce rendement est considérablement plus élevé dans les parties chaudes. On mange le riz du pays, non poli, ce qui le rend moins blanc et de moins bonne apparence que celui qui vient de l'étranger, inférieur, lui, en pouvoir nutritif.

La culture du firmnent est presque abandonnée aujourd'hui . Les provinces d'Hérédia et d'Alajuela en sèment semles de petites quantités qui ne peuvent absolument pas suffire à la consommation de la République. On importe surtout les farines de la Californie, et c'est leur bas prix qui a contribué à la diminution des cultures de blé, beaucoup trop peu rémunératrice, principalement en présence de la hausse des cafés. Il serait à désirer que le gouvernement encourageât la culture du blé, par des primes pareilles à celles qu'il a accordées pour le cacao. On remplace ainsi peu à peu la grande consommation du maïs, par la consommation du froment, plus fortifiante, plus saine, plus favorable à la santé générale.

Parmi les racines féculentes, il faut citer le manioc doux {Manihot aipi) qu'on appelle dans le pays Yuca et qu'on mange bouilli ; on en retire aussi de Tamidon. Le véritable manioc {Jatropha manihot)^ si commun dans toute l'Amérique du sud et dont on retire le tapioca, n'est pas connu dans le pays. La patate douce et l'igname se cultivent de • préférence sur les côtes, mais ces deux plantes viennent aussi très bien sur le plateau. On mange encore la racine féculente et sucrée d'une espèce d'aroïdée qu'on appelle tiquisque dans le pays {Colocasia esciilenta), et un grand nombre d'autres racines telles que celle des chayote, plus délicates que les yucas, les aracachas qui se rapprochent, comme goût, des pommes de terre, etc., etc.

La vraie pomme de terre réussit surtout dans la province de Cartago, sur les versants, un peu plus frais que le reste du pays, du volcan Irazu. Elle est là d'un assez bon rendement en quantité, et d'une qualité excellente. C'est une culture très rémunératrice, vu le prix toujours croissant qu'elle atteint sur le marché. L'année dernière, on en a récolté 1.681.477 litres, presque exclusivement dans la province que nous venons de citer. La culture de la pomme de terre prendra nécessairement plus d'importance encore, quand sera terminé le chemin de fer du Reventazon, car le précieux tubercule'ne peut manquer de devenir un objet d'exportation très important pour la Colombie et les Etats voisins où le climat tropical en rend la culture impossible.

Les fruits comestibles ne sont pas dans le pays l'objet d'une culture spéciale. On rencontre partout, au milieu des

plantations, les principaux d'entre eux. Les orangées, les

«itpons, les pêche», les figues, (1) les coings, les grenades, tous fruits importés d'Europe, viennent, très bien sur le plateau. Parmi les fruits indigènes ou d'origine tropicale,

nous rencontrons Tanana», l'avocat, l'anone, le zapote, la papaya, la pomme-rose, le monbin,la mangle, la gre-

«adille, la noîx de coco, les" fruits de plusieurs palmiers, ceux de deux cactus et une foule d'autres moins importants. Parmi les principaux fruits comestibles, citons encore la tomate, l'aubergine et les piments. Les fruits de diverses ' cucurbitacées {chiberre, ayote, chayote, zapayo, etc.), entrent aussi dans l'alimentation.

4. Cultures nouvelles. — Les cultures indiquées cidessus ne son,t pas seules capables de donner d'excellents rendements à Costa Rica. Beaucoup d'autres pourraient certainement s'introduire avec succès dans le pays. Plusieurs produits naturels mériteraient d'être l'objet d'une culture spéciale et soignée qui, avec des améliorations, en ferait de précieuses conquêtes. Divers essais ont été tentés jusqu'à présent, mais sans résultats bien complets. Ces essais ont néanmoins prouvé que presque toutes les cultures connues sont possibles à Costa Rica, chose d'ailleurs facile à prévoir, pour un pays qui présente une telle diversité de zones. Afin de systématiser ces essais et d'en profiter pratiquement.

1. Ces deux derniers fruits, quoique abondants dans le pays, appartiennent à une variété très inférieure, et, coutume singulière, on ne les consomme que verts. Il est presque impossible de trouver à acheter une pêche ou une figue mûres.

Je gouvernement vient de décider la création d'une Eeele il'asrieiiltni!HB où un champ d'expériences et un jardin d'acclimatation permettront non seulement de perfectionner les cultures déjà existantes, mais encore d'apprécier les jneilleures cultures nouvelles. Les travaux delà nouvelle institution sont déjà commencés, et un personnel de professeurs, ayant étudié dans les meilleures écoles d'agriculture de la Belgique et de la Suisse, va se mettre à l'œuvre. Oa trouvera ■plus bas, l'indication des cultures qui ont le plus de chancesde s'introduire un jour dans le paj'^s.

La vigne est actuellement l'objet d'une sollicitude particu:lière de la part du gouvernement et de toutes les personnesqui s'intéressent aux cultures nouvelles. Depuis très longtemps, il existe dans le pays quelques treilles qui chaque année produisent du fruit. On a voulu acclimater dernièrement un certain nombre de ceps de provenance californienne aux portes même de San José ; l'avenir dira si cette tentative a produit de bons résultats. Notre opinion est que les essaisdevraient se faire, non sur le plateau, mais plutôt sur les versants bien exposés de la Cordillère volcanique ,ou sur les pentes des montagnes à gisements calcaires qui forment leschaînes du sud. Dans les plaines argileuses, les produits ne pourront jamais être que très inférieurs. Il est d'ailleurs probable que, dans quelques années, les différents problèmesqui se rapportent à la vigne, tels que l'époque de lataille, le mode de culture et le choix du terrain seront résolus, victorieusement. Disons encore que Ja culture de la vigne a. été interdite durant toute la durée de la domination espagnole.

Les épiées seraient probablement à Costa Rica sur un terrain convenable. Comme nous Tavons déjà fait remarquer, le pays se trouve en effet à peu de choses près à la latitude des Moluques,de Geylsm et des Indes néerlandaises, pays qui ont, pour ainsi dire, le monopole de cette production jusqu'à présent. On cultive ici une espèce de poîvpîer, le piment de la Jamaïque, connu en Europe sous le nom de quatre épices, et on a tenté autrefois d*y introduire la cjanelle. La noix de muscAde et les clans de girofle s'acclimateraient faci* lement.

La vanille existe à Tétat sauvage dans les forêts vierges des terres chaudes. Quand on connaît le prix très élevé que ce produit atteint sur le marché, on ne peut s'empêcher de penser que sa culture récompenserait amplement celui qui saurait l'entreprendre.

Un tabac, d'excellente qualité, était cultivé autrefois à quelque distance de la ville de San José, dans les collines qui la séparent de Cartago. Malheureusement l'introduction du monopole de la vente a fait interdire cette culture. On ne fume aujourd'hui dans le pays que des tabacs étrangers, achetés en grande partie aux Etats-Unis et dans les républiques voisines, le San Salvador principalement. Néanmoins il y a tout lieu de croire que le gouvernement saura tôt ou tard concilier ses nécessités pécuniaires avec l'intérêt des cultivateurs, et que la source de richesse qui découlerait ceri tainement de la culture du tabac, n'est pas tarie pour ton-

jours.

L'indigo est d'une culture facile et très abondant sur la côte du Pacifique; on n'en retire toutefois pas beaucoup de profit à l'heure actuelle. La culture des plantes tinctoriales a d'ailleurs perdu de son importance partout, en présence delà concurrence, chaque jour plus redoutable, des couleurs minérales.

Un jardinier qui se vouerait à la culture des légumes serait certain de voir son travail amplement récompensé ; jusqu'à présent,il n'existe que très peu de jardins maraîchers et leurs produits ne sont ni très variés, ni très abondants. Les rares lioptîciilteiips établis dans le pays ont aussi toujours fait de bonnes affaires, car la population est amie des fleurs. Celles-ci ne sauraient trouver un meilleur terrain pour s'épanouir et, à Taide de quelques travaux d'irrigation, seraient abondantes toute Tannée.

Le manioc doux, comme nous l'avons dit plus haut, est jusqu'ici la seule plante cultivée au point de vue industriel. On en retire un amidon de bonne qualité. Pour ne pas allonger indéfiniment cette liste des produits dont la culture perfectionnée est désirable, bornons-nous à ajouter encore qu'on pourrait, avec toutes chances de succès, entreprendre des

plantations de ricin, de «ésame, d'arachide, d'olivîcp et

de cocotier pour la production de l'huile ; de musa textilis, d'aloès, de ramie, d'ixtie du Mexique, de coton, de mûrier (1) et d'un grand nombre d'excellentes plantes fibreuses indigènes, pour la production des fibres textiles. Divers essais

(1) Les vers à soie supportent parfaitement le climat de Costa Rica, on pouvait en voir en parfaite santé à l'Exposition nationale de 188G.

ont été tentés dans ce sens, et ont donné déjà des résultats très appréciables. La culture en grand et l'exploitation ou la manufacture des produits, dans le pays même, ne s*est pas faite jusqu'à présent, surtout à cause du manque de bras. Il est probable néanmoins que, peu à peu, la population cessera de se vouer à la culture, trop exclusive peut-être, du café et que, dans quelques années une foule de nouveaux produits prendront une large place dans la statistique des exportations-

Ajoutons encore ici que l'introduction de la culture du thé,. dans le pays, serait non-seulement désirable, mais produirait certainement les résullats les plus rémunérateurs.

3, Richesses halurelles forestières et a.o;ricoles. —

Les richesses naturelles végétales de Costa Rica sont en si grand nombre et sont encore si peu étudiées, qu'il nous est difficile d'en donner ici autre chose qu*un simple aperçu. Ce n'est que plus tard, quand les espèces seront déterminées et mieux connues et qu'on sera édifié sur la véritable valeur de leurs produits, qu'on pourra songer à dresser un catalogue de ces richesses., presque toutes encore inexploitées. Pour le moment, nous nous bornons à quelques indications.

Comme dans toutes les contrées de l'Amérique centrale et de l'Amérique du Sud, les hoîs sont à Costa Rica une des principales richesses naturelles. Ils ne sont, jusqu'à présent, l'objet que d'exploitations très restreintes, et seulement dans les provinces voisines des ports de mer, On manque aussi de connaissances certaines à leur sUjèt, et la diversité des noms ctu'on leur donne suivant, les provinces; augmente encore la confusion. Quoi qu'il en soit, les collections particulières,

formées de bois du pays, de même que quelques travaux curieux de marqueterie, ont toujours fait radmiralion des connaisseurs. Parmi les espèces principales, citons, dans les bois d'ébénisterie : V acajou, le cèdre amer {Cedrela) ^t le cèdre odorant^ employés en Europe, l'un dans l'industrie cigarière et l'autre dans la fabrication des crayons ; le gaïac, le mora, le gnizarra, le cortez (Tecoma), le ronron^ le cocobola, le grenadille, le lloron, le bois de rose, etc.; dans les bois de cons traction : le cèdre mâle (Cedrela), le chirraca, la madera negra, le jaul, espèce d'aune, le nambar. divers chênes^ le guachipelin, deux ira. le gxiaïHU le laurel, le zapotillo, le guanacaste {Editer olobiiini), le nispero (Hymenea), la corteza amarilla ou corteza de venado, bois incorruptible, le quièbra-hacha, aussi dur que le fer, le roble, etc., etc.

Parmi les plantes qui fournissent des matériaux pour la construction, la cana blanca s'emploie surtout dans les toitures des maisons couvertes de tuiles, et on en forme Tarmature du bajareque dont nous avons parlé plus haut. Tous les bambous croissent avec force au Costa Rica ; il est irès regrettable qu'on ne les exploite pas, certains étant sans rivaux pour les constructions légères.

Les plantes textiles qui viennent naturellement dans le pays sont nombreuses et produisent des fibres estimées. Les principales sont la cabulla, la pita et la pinuela.

La eabulla [Agave sisalanà) est appelée au Yucatan sosjquil ou hennequen ; en Europe chanvre de Sisol ou grass-

hemp. Au Yucatan, le commerce des fibres de celte plante textile atteint annuellement cinq millions de francs. Ce produit, depuis rinvention de la machine à décortiquer, si simple de M. Berthet, pourrait faire l'objet d*une industrie importante (1). On calcule que mille feuilles donnent environ 40 kilos de filasse sèche. A Costa Rica la cahulla ne sert qu'à fabriquer des cordes ou des tissus très grossiers. La pîta {Bromelia pita) entre dans la confection des chapeaux ordinaires, la pinuela, (Bromelia pinuelà), très commune dans le pays, ne sert guère, jusqu'à présent, qu'à faire des haies.

Le coïp ou bourre de cocotier, objet d'une si grande demande pour les industries des cordages, brosses, nattes, etc., n'est pas exploité à Costa Rica, que malgré son abondance. Le bombax, dont les graines sont enveloppées de poils laineux, se rencontre assez fréquemment.

L'industrie indigène fait aussi usage d'une espèce de jonc, des fibres de peu de valeur qui se rencontrent dans les feuilles grasses d'un Yucca, et d'une quantité de lianes flexibles et d'écorces fibreuses. Le liber du mastate notamment se découpe en lanières capables de supporter de très lourdes charges.

Nous avons parlé plus haut des plantes textiles dont l'introduction est l'objet d'essais,ou serait désirable pour le pays. Ajoutons ici que la fibre du bananier, si abondante, pourrait être très avantageusement employée dans la fabrication des

(1) Voyez le Éapport sur la machine à décortiquer les agaves de M, Ber thet, par E. Saladin, Bulletin de la Société industrielle de Roueii, t. IX, p. 332.

cordes et du papier, mais n'est point utilisée jusqu'à présent. Mentionnons encore le lin de la I^ouirelle-Zélande [Phor-

mhim tenax) et le jute (G en. Cor chorus). Cette dernière plante est très propre à la fabrication des sacs, et son produit, par hectare,est cinq fois plus considérable que celui du lin en Europe (1). Uhîbîscus est abondant à Costa Rica. Aux Indes, on en tire la fibre appelée en Europe sunn (2). Au Salvador, les indigènes emploient les feuilles du cibotium, fougère très commune dans toute l'Amérique centrale, et en font une espèce de laine végétale estimée.

Une industrie à créer dans le pays où les chapeaux dits de Panama sont encore la coiffure presque générale, c'est la fabrication même de ces chapeaux. La plante qui fournit la matière première est à l'Equateur le Carludovica palmata. On en fend la feuille en lames étroites qu'on sèche au soleil ; ces lames, sous l'action de la chaleur, se roulent sur les deux bords et forment un brin rond, il n'y a plus ensuite qu'à les blanchir et à les tresser.

Les plantes tînctopîales, comme nous l'avons déjà fait remarquer, perdent chaque jour de leur valeur à mesure que les couleurs minérales s'obtiennent à plus bas prix. Quelques-unes néanmoins mériteront d'être toujours cultivées et récompensent encore amplement celui qui leur voue ses soins.

On rencontre à Costa Rica : le rocou employé ici pour colorer tous les aliments, tandis qu'en Europe il sert à la co-

(1) Introduction à Londres en 1880 : 31 millions de kilogrammes.

(2) Importation à Londres : 13 millions de kilogrammes.

lôration du beurre et des fromages, le curcuma, Tindig^o, divers Csesalpinia dont un fournit le célèbre boîs de Bré- «il, le dpag^oimier, le mora, etc. L'indigo, qui provient de l'Amérique centrale, est d'une qualité très supérieure et fait prime sur tous les marchés. L'industrie indigène utilise les produits colorants d'un grand nombre d'autres plantes sans aucune valeur commerciale.

Les plantes médicinales abondent dans toutes les parties du paj^s. Parmi elles, il faut faire mention du riein, du

cpoton, de la casse, de la salsepareille, de Tipécacuana, du i^ing^embre, de la rhubarbe, du tamarinier, du papayer, de la réglisse, sans parler d'une foule d'autres qui mériteraient Fattention sérieuse des pharmaciens-chimistes. En effet, à les voir emploj^er avec le plus grand succès par les costariciens on ne saurait douter de leurs vertus curatives. On trouve aussi dans le pays différents arbustes qu'on appelle faux quinquinas, et dont récorce renferme de la cinchonine. Les véritables quinas croîtraient très probablement dans le paj^g, mais les immenses plant itions de rinde ont tellement surchargé les marchés que cette culture n'est plus rénmuératrice.

On retirerait des essences et des produits divers précieux pour la parfumerie d'un grand nombre de plantes très communes ici. Le vétiver y est abondant. On y rencontre

encore le jasmin, le schoenantbe, le storax, le santal, la fève de Tonka, la vanille sauvag^e, sans compter

les produits variés de la famille des orangers extrêmement bien représentée, depuis l'orange douce jusqu'au cédrat et à la bergamote.

Généralement les fleurs odorantes, telles que la verveine, J'héliotrope, la tubéreuse, etc., ont beaucoup plus de parfum dans le pays dont nous nous occupons qu'en Europe. Leur exploitation ne pourrait donc manquer d'y être avantageuse.

Le caoutchouc, recueilli dans les forêts du Costa Rica provient du Castilloa elastica. Quoique nous rangions cet arbre parmi les produits naturels, nous devons dire qu'on en a commencé, ces dernières années, des plantations sur divers points du pays, la côte de l'Atlantique et la région du San Carlos principalement. Le gouvernement a encouragé, par des primes assez élevées, la culture de ce produit important. Il faut Ten féliciter, car l'exploitation du caoutchouc, telle qu'elle est faite actuellement, a souvent pour résultat la destruction complète de l'arbre. Le chiffre de l'exportation pour Tannée 1888 n'atteint pas 12,000 piastres.

On rencontre dans les forêts du pays un grand nombre d'arbres et de plantes produisant abondamment des résine» en majeure partie inconnues. Plusieurs espèces de gtiiebrahacha produisent une gomme analogue à la g^omme ara.bique; la résine copal est abondante dans les plaines du nord, mais n'est pas exploitée.

Sur le littoral du Pacifique, on a découvert récemment en assez grande abondance les Myroxyhim de variétés diverses qui fournissent des baumes bien connus sous les noms de baume du Pérou et de Tolu. Le premier de ces baumes surtout est très estimé et rappelle l'odeur de la vanille; jusqu'à présent on le tirait presque exclusivement du Salvador.

Beaucoup d*arbres ont des latex riches en ^atta-percha, notamment plusieurs espèces d'higueron (ficus), le mastaie et le sapote.

Cette courte revue des richesses naturelles de Costa Rica suffira à démontrer quel vaste champ est ouvert dans ce pays à l'initiative, à l'intelligence et aux capitaux étrangers.

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