‹ Costal l'IndienChapitre 22 sur 42 · CHAPITRE Y III · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y III

u) oh ' :vl'.f.(i ' : '1 i -: p

.'] ■ ■ Où l'amour est plus fort que le devoir. ,„ . -,

i|;., F! I ^ I i i 0 /il I

Outre les conséquences de sa résolution déjà prévues par le capitaine Très Villas, il en était une à laquelle il n'avait pas pu songer.

Un simple coup d'œil jeté dans l'hacienda la rendra palpable au lecteur. : 01 Jl

Dans le salon que nous connaissons déjà se trouvaient réunis don Mariano et ses deux filles , et leur position était de nature à justifier parfaitement le silence qui avait accueilli la sommation de l'officier royaliste. Debout devant la porte et le poignard à la main, Arroyo et Bocardo traçaient à l'hacendero la ligne de conduite qu'il devait suivre.

a Écoutez, seigneur don Mariano, disait le bandit du ton brutal qui lui était habituel, j'aime à croire que votre loyauté se refuserait à livrer les hôtes de votre toit.

— C'est vrai , répondit don Mariano ; et vons pouvez être certain....

— Je le sais, vous refuserez de nous livrer ; mais ce capi-^ laine du diable fera sauter la porte et nous prendra, malgré vos cris. Or, voilà ce que je veux éviter.

— Connaissez- vous un moyen pour l'empêcher?

— Sans doute, il y en a un fort simple. Ce coyote de Belzébuth a été votre ami, Si, en ma qualité de serviteur de votre maison.... jadis..., je suis bien instruit de ce qui s'y passe, il a, en outre, un faible pour la charmante donaGerîrudis. et. en conséquence, il aura égard au terrible danger que vous courez.

— Un danger! je ne vous comprends pas.

— Vous allez me comprendre : vous direz au capitaine que, s'il se décide à faire sauter la porte, il nous prendra en vie, sans aucun doute; mais que, pour vous et vos deux filles, il ne trouvera que vos cadavres. Me comprenez-vous à présent? » -

Les paroles d'Àrroyo eussent pu être moins explicites : l'air de férocité répandu sur tous ses traits indiquait assez sa pensée. Les deux filles de l'hacendero se jetèrent avec effroi dans ses bras.

En ce moment, le son du clairon se fit entendre de nbu^ veau, et la voix menaçante du soldat arriva jusqu'aux oreilles des hôtes de l'hacienda.

L'hacendero, tremblant sur le sort de ses deux filles livrées sans défense à ces deux anciens vaqueros, dont les compagnons obstruaient le corridor, laissa passer encore sans réponse la seconde sommation, déjà plus impérieuse que la première.

« Con mil demonios! s'écria le bandit, il n'y a pas tant à tergiverser! Présentez-vous à la fenêtre, si vous craignez de vous montrer face à face avec cet enragé capitaine, et diteslui rondement la chose, sinon.... »

Le clairon qui , pour la troisième fois, jeta ses retentissantes menaces aux oreilles effrayées des deux jeunes filles, interrompit le bandit.

« A sac la maison des ennemis de l'Espagne! » cria une voix mâle dont l'intonation porta dans l'âme de Gertrudis un tressaillement de terreur et de joie tout ensemble.

C'était la voix de don Rafaël.

c Encore un moment, s'écria don Mariano, en se présentant sur le péristyle qui surmontait le perron et d'où son regard pénétrait jusqu'à la plaine, en même temps qu'il s'offrait lui-même à la vue de ceux du dehors; j'ai deux mots à dire au capitaine. Où est-il?

— Je suis ici ; ne me voyez-vous pas?

— Ah ! pardon , dit l'hacendero avec un sourire d'amertume; je n'avais connu jusqu'ici le capitaine Très Villas que comme un ami , et je ne le reconnaissais pas dans l'homme qui menace de ruine le toit de celui dont il a été l'hôte. »

A cette phrase imprudente , dont l'hacendero n'avait pu retenir l'ironie, une vive rougeur remplaça sur le front du l'officier la pâleur dont il était couvert.

« Et moi, reprit-il, je ne vois plus en vous aujourd'hu qu'un fauteur de l'insurrection impie que j'ai juré d'étouffer et que le maître d'une maison dont des bandits sont les hôtes. N'avez-vous pas entendu qu'il faut me les livrer?

— En aucun cas je ne voudrais trahir ceux que j'ai promis de défendre, continua l'hacendero, emporté ma'gré lui . au delà des bornes qu'il s'était prescrites; mais, dans celui-ci, je ne suis pas libre de ma volonté, et je suis chargé de vous dire, de la part de ceux que vous poursuivez, qu'ils poignarderont mes deux enfants et moi avant de tomber entre vos mains. Notre vie répond de la leur maintenant , capitaine; c'est à vous de savoir si vous persistez toujours à vouloir qu'ils vous soient livrés. »

L'amertume avait disparu du langage de l'hacendero, el ces derniers mots furent prononcés avec une fermeté digne et triste, dont l'accent retentit douloureusement au cœur du capitaine.

Un nuage obscurcit les yeux de don Rafaël à la pensée de Gertrudis tombant sous le poignard des guérilleros, qu'il savait bien capables d'accomplir leur menace , et il fut presque heureux qu'un devoir d'humanité à remplir se présentât non moins impérieux que celui auquel il avait obéi jusqu'alors.

« Bien ! dit-il après un court silence, car cette fois sa fermeté se trouvait vaincue à l'avance; portez au bandit qu'on nomme Àrroyo la promesse solennelle qu'il n'aura rien à craindre, s'il se montre; je mets cette condition non pas au pardon, mais au sursis que l'humanité me fait un devoir de lui accorder.

— Oh ! je n'ai pas besoin de votre parole ! s'écria impudemment le bandit en se montrant à côté de don Mariano : n'ai-je pas là dedans des otages qui répondent mieux de ma vie? Eh bien ! que voulez-vous à Arroyo, seigneur capitaine?»

Les veines du front gonflées, la lèvre frémissante et l'œil enflammé à la vue de l'un des assassins de son père, de l'homme qu'il avait si longtemps et si vainement poursuivi , du bandit enfin qu'il pouvait saisir vivant et qu'il devait

laisser échapper, le capitaine eut besoin d'un moment pour apaiser les passions impétueuses qui grondaient au fond de so,n eoçur. j-, V ! ' . <■ \ ! i I fi - ' . ; I

Mais, sans qu'il s'en aperçût, sa main crispée contenait violemment la bride de son cheyal , ses éperons tôurmen-taient ses flancs, et l'animal , se dressant' droit sur ses pieds de derrière , fut retomber d'un bond presque contre la porte de l'hacienda. , -, ' '»'.:-*!

On eût dit que son cavalier voulait 'franchir, l'obétàcle'jqil le séparait du féroce guérillero. Le bandit ne put retenir1 un geste d'effroi.

« Ce, que je veux à Arroyo, répondit enfin lé capitaine-', c'est de graver ses traits dans ma mémoire pour ne plùs;le>s méconnaître , quand je le poursuivrai pour l'attacher vivant à la queue de mon cheyal. , ' I ■■'■ •/>■')

-tj Si c'est pour me dire de ces tendresses que voûs'm'appelez.,.. y> \"\ : -, !: j ■ ■ '-, ■ , .

Le bandit faisait mine de rentrer dans l'hacienda.

« Écoute, s'écria don Rafaël, tu auras la vie sauve, je l'ai promis; l'humanité me fait un devoir de t'épargner: > , -- - Aussi, ne vous en sais-je pas gré, capitaine! ; c

— -TaTeconnaissance serait un outrage ; mais si, dans le moi ceau de fange sanglante qui te sert de cœur, il est qùelqiu trace de bravoure, monte à cheval, prends les armes qu'i te plaira et sors seul de cette enceinte : jetedéfie'à un combat à mort! » , h-.'i '; ! riO -

Le capitaine, en parlant ainsi, se dressait sur 'ses étriers et la noblesse de sa contenance offrait Un i frappant contraste avec la contenance basse et féroce àla. fôisfde'l'hommi qu'il défiait. L'outrage lancé par don Rafaël le frappait ei pleine , face ; mais ; Arroyo : ne se | sentit que ;lè courage de h dévorer. •■-<-!■;■',' ! ' i •

« Bah! vraiment! dit-il en affectant de plaisanter; ci'n quanlbej contre un! f h'rp r.flrn J

j — J'engage ici solennellement, devant mes soldats, devant i Dieu, ma parole> de gentilhomme que, quelle que soit l'issue du combat, c'est-à-dire si je succombe, il ne te sera rien' fait. * ^ '■ ';

Un moment le bandit demeura indécis et muet; on aurai! pu croire qu'il calculait les chances de ce combat; mais1 il avait trop de fois appris à connaître la valeur personnelle du capitaine pour trouver qu'elles fussent en sa faveur. È n'osa accepter.

«Je refuse! dit-il. i '

— Garde ton cheval , je te combattrai à pied.

'— Demonioi je refuse, vous dis-je.

- — Je m'en doutais; mais écoute encore : je te laïsst) ma parole qu'il ne te sera rien fait, si tu veux permettre aux habitants de cette maison, que je désignerai, de la quitter pour venir avec moi se mettre sous la sauvegarde d'un ennemi

" loyal.

' — Je refuse encore, répondit Arroyo.

— Va, tu n'es pas un homme! et, quand cette main te tiendra, au lieu de te traiter en homme, je te ferai mourir sous le fouet , comme un chien enragé. »

"Après avoir jeté cet adieu terrible, le capitaine iii faire une volte à son cheval et tourna le dos au bandit avec un geste du plus profond mépris.

Le clairon retentit de nouveau et le détachement réprit le chemin des montagnes. Don Rafaël emportait dé cette entrevue, dont le résultat était si douloureux pour lui , un res- 1 sentiment profond des paroles trop sincères de don *Majriano, outre l'inquiétude mortelle qu'il éprouvait' à Fidéè de ^laisser ses deux filles au pouvoir d'un monstre tel' qu'Ai*-' royo.

" Ses craintes, à ce sujet, ne se réalisèrent du moins qu'en partie': dfeux jours après, il apprit par un de ses batteurs d'estrade que .cette fois Arroyo et Bocardo avaient quitté la

province après avoir pillé l'hacienda, et que les habitants de las Palmas n'avaient pas eu à subir d'autre malheur.

Le capitaine Très Villas se mit alors en devoir d'obéir aux ordres qu'il avait reçus de rejoindre son corps. Caldelas venait d'obtenir un commandement, et tous deux étaient partis en laissant la garnison del Valle aux ordres d'un lieutenant catalan du nom de Yeraegui.

Don Rafaël avait pris une part active à la bataille de Calderon, où, avec six mille hommes, le général Calleja dispersa les cent mille insurgés d'Hidalgo. Depuis il avait continuellement guerroyé sur divers points du royaume, et il revenait de San Blas à Oajaca, sur le navire où il n'a fait que nous apparaître un instant, lorsqu'à son arrivée de nouveaux ordres l'avaient envoyé au siège de Huajapam.

Son ancien frère d'armes, Caldelas; s'y trouvait en qualité de maréchal de camp , tandis que , moins heureux que lui , don Rafaël n'avait que le grade de colonel.

Revenons maintenant à Julian, qui vient de causer une si vive émotion au colonel en parlant d'un message important.

L'absence, dit un moraliste, dissipe un sentiment passager, tandis qu'elle enflamme une passion profonde, de même que le vent qui éteint une bougie augmente l'ardeur d'un incendie. L'absence avait produit sur don Rafaël l'effet du vent sur l'incendie; il espérait toujours que Gertrudis lui enverrait un message de pardon et d'amour.

On ne s'étonnera donc pas du trouble causé dans l'âme de don Rafaël à l'annonce de l'arrivée d'un messager.

«Eh bien! Julian, qu'avez-vous à m'apprendre? dit le colonel en dissimulant de son mieux l'émotion qui l'avait gagné ; les insurgés se sont-ils emparés de notre forteresse ?

— Oh ! non , répondit Julian , les hommes de notre garnison ne se plaignent que de la tranquillité dont on les laisse jouir. Quelques courses dans la campagne , qui leur livre-

raient îe pillage d'une riche hacienda , ne leur feraient pas de peine. Du reste, les nouvelles que j'apporte à Votre Seigneurie sont de nature à leur procurer cette satisfaction.

— C'est donc un message de guerre que vous m'apportez? dit le colonel avec un air de désappointement triste qui frappa Julian.

— Un message de vengeance ; mais , pour commencer par le moins important , je crois être agréable à Votre Seigneurie en lui apprenant que je ramène avec moi son bon cheval el RoncaJor.

— Roncador?

— Oui, l'animal que vous aviez perdu à votre affaire de las Palmas. Il y a été recueilli , à ce qu'il paraît , et surtout soigné.... oh ! soigné à merveille, et on nous l'a renvoyé à l'hacienda.

— Qui l'a renvoyé ? s'écria vivement don Rafaël.

— Qui pourrait-ce être , sinon don Mariano Silva ? Un de ses gens l'a ramené, il y a trois jours, en disant que le maître auquel il avait appartenu reverrait peut-être ce cheval avec plaisir. Puis, comme vous l'aviez perdu sellé et bridé, on le renvoyait avec la bride et la selle , à telles enseignes que le Roncador portait à son frontail un fort joli nœud de rubans rouges, ma foi !

— Et où est ce nœud ? demanda don Rafaël avec d'autant olus d'empressement qu'il croyait deviner quelle main l'y sivait attaché.

— Un de nos hommes , Felipe el Galan , s'en est fait une cocarde.

I — Felipe est un drôle que je châtierai de son indiscrétion ! 'écria don Rafaël avec colère.

— Je l'en ai prévenu, c'est son affaire. Je dois vous dire ncore que le messager de don Mariano apportait une lettre

■i'Our vous.

- — Et vous ne commenciez pas par m'en avertir !

--—Je commençais par le commencement, reprit îe flegmatique Julian. Voici la lettre. »

En disant ces mots , le messager tira de sa poche un petit paquet de feuilles de maïs dans lequel , par précaution , il avait enveloppé la lettre , et la remit à don Rafaël , qui la prit d'une main dont il cherchait à dissimuler le tremblement nerveux.

« Bien ! dit-il froidement. Maintenant ; que vous reste-t-il à me dire?»

Cette lettre pouvait être de Gertrudis, et le colonel, avec cet air de froideur affectée, n'avait d'autre but que de se réserver la volupté de a lire quand il allait être seul.

« Arroyo, Bocardo et leurs bandits ont reparu dans la province, acheva Julian, et le lieutenant Verâegui m'envoie....

— Arroyo, Bocardo! interrompit don Rafaël, tout à coup ramené du pays des doux songes à ses idées de vengeance ; dites de ma part au lieutenant Verâegui qu'il donne double ration à ses chevaux pour les préparer à entrer en campagne, qite dans quelques jours je serai avec lui pour la commencer ; car , après le dernier assaut que nous allons livrer \ ou Huajapam sera pris , ou nous lèverons le siège: J'obtiendrai un congé du général en chef , et dussions-nous , pour saisir enfin ces deiix bandits, mettre le feu aux quatre coins de la province, nous le ferons. Allez, Julian. »

Le messager se disposait à partir , quand don Rafaël . voyant sur une table où il l'avait déposée la lettre qui lui promettait un instant de bonheur , s'adressa de nouveau à Julian, et lui dit :

« Tenez ! vous avez été un messager de bonnes nouvelles, je veux vous en récompenser. »

Et il lui mit dans la main un quadruple d'or , que Julian reçut avec empressement, mais non sans être profondément surpris de se voir si généreusement payé pour avoir

apporté la nouvelle de la; réapparition d'Arroyo et de sa

bande. Toutefois, son contentement dépassait encore sa

- surprise i - » eo! v>!

] Quand il fut parti, don Rafaël prit la lettre et la tint un

instant dans sa1 main sans oser l'ouvrir. Son xœur battait

avec violence, car il ne doutait pas que cette lettre ne fût de

' Gertrudiis , et c'était là première marque de souvenir qu'il

recevait d'elle clepuis près de deux ans qu'il avait embrassé

la cause royaliste.

Il rompit enfin le cachet. La lettre , écrite d'une main de

femme, qui pouvait tout aussi bien être celle de Maïianita

que celle de Gertrudis,<ne contenait que ce peu de mots qui

ne précisaient rien : : .

« Les habitants de las Palmas n'ont pas oublié qu'ils ont

été les obligés de don Rafaël dans une circonstance bien critique, et ils ont pensé que le colonel serait peut-être aise de rentrer en possession d'un cheval que le capitaine Très Villas avait eu quelque raison d'aimer, » ■ . ' , .

« Les obligés ! s'écria don Rafaël avec amertume ; quelle 1 ingratitude ! Ne. dirait-On pas qu'en trahissant pour eux un ' 'serment .fait sur la tété d'un -père je n'ai fait que leur rendre un service de pure' politesse ? Allons ! tâchons de ne .plus ! penser à ceux qui m'ont oublié. » ■" k •'

Le colonel mit néanmoins, tout en soupirant , un papier 'qu'il supposait avoir touché les mains de -Gertrudis dans ! une petite poche, de son uniforme, pratiquée juste auprès du ' 'cœur. ] '■' ■ ■•■''' ' '■■','...?■.. - ' •••''' ■ - ; - '

■ Toutefois, pendant le trajet rie sa tente à celle du général en chef j où Je*" conseil de guerre allait s'assembler, un '" rayon d'espérance s'obstinait à se faire jour dans ce cœur 'froiésé. Gertrudis'savàrt quel prix' il- attachait à ce cheval '•"souvent 'caressé par; sa main., Voila pourquoi sans doute elle le lui renvoyait ' âvè-c ce nœud de rubans rouges1 destiné: à 200 p

lui rappeler les fleurs que dans un temps plus heureux elle suspendait à son frontail.

Le brigadier Bonavia, les commandants Caldelas et Régules étaient assis autour d'une table couverte d'un grossier tapis vert, quand le colonel entra dans la tente. Le conseil n'avait pas encore commencé.

« Eh bien ! colonel, dit le général de brigade, j'ai appris que vous veniez de recevoir un message. Est-il confidentiel ou sa teneur peut-elle intéresser la cause royaliste ?

— Le lieutenant qui commande pour le roi l'hacienda del Valle me fait savoir que ces deux guérilleros que les deux partis devraient mettre hors la loi , Arroyo et Bocardo , ont reparu dans la province avec leur bande , et , après la prise de cette bicoque , j'aurai l'honneur de solliciter de Votre Excellence la mission d'aller moi-même les traquer comme des bêtes féroces.

— Cette mission vous sera donnée , colonel ; je ne saurais trouver personne qui fût plus digne de la remplir.

— Personne du moins n'y mettrait plus d'acharnement , » ajouta don Rafaël.

Le conseil de guerre commença. Sans rendre compte en détail de ce qui s'y passa, nous nous bornerons à rapporter ce qui fera connaître la position respective des assiégeants et des assiégés.

« Messieurs, dit le général, il y aura demain cent quatorze jours que nous avons ouvert le siège de ce que le colonel Très Villas appelle avec raison une bicoque ; sans compter les escarmouches, nousavonslivréquinzeassauts,etcependant nous sommes encore aussi peu avancés que le premier jour.

— Moins avancés même , dit Régules quand le brigadier eut achevé ce court résumé , car la confiance des assiégés s'est accrue du succès de leur résistance. Ils n'avaient pas de canon, et le colonel Trujano possède aujourd'hui trois pièces qu'il a fondues avec les cloches des églises.

COSTAL L'INDTEN. 2i3

— C'est dire implicitement que le commandant Régules «st d'avis de lever le siège ! » s'écria Caldelas avec quelque ironie.

Depuis longtemps déjà une animosité secrète existait entre

les deux maréchaux de camp , Caldelas et Régules , l'un

d'une bravoure et d'une loyauté à toute épreuve , l'autre

1 souvent cruel sans nécessité et d'un courage peut-être plus

I que contestable.

« C'est la question de lever ou de continuer le siège que nous avons à discuter , interrompit le général. C'est au coioi nel Très Villas , comme le plus jeune et le moins élevé en grade, à donner son avis. Parlez, colonel.

— Lorsque quinze cents hommes assiègent une place 9 comme Huajapam, à peine défendue par quatre cents, ils \ doivent la prendre ou se faire tuer jusqu'au dernier sous ses ! retranchements; car, autrement, c'est compromettre à la fois I8 leur honneur et le succès de la cause qu'ils soutiennent.

Voilà l'opinion que j'ai l'honneur de soumettre à Votre Excel- T lence.

— Et vous, commandant Caldelas. quel est votre avis?

]f — Celui du colonel, repartit Caldelas. Lever le siège serait fMu plus pernicieux exemple pour les royalistes et un déployable encouragement à l'insurrection. Que dirait le brave , commandant en chef des troupes du roi , don Félix Calleja ? ;fP:Pendant cent jours, il a assiégé dans Cuautla un général Aplus habile, plus redoutable queTrujano, Morelos, et, au bout îfilu centième, il était maître de la ville fi — Morelos l'avait évacuée, objecta Régules.

— Qu'importe? il s'avouait vaincu, et la bannière d'Eserloagne a eu les honneurs du siège. »

;ês bî, c'était au tour de Régules de parler. ^ Il énuméra longuement les lenteurs et les difficultés du *ikiiége, les assauts infructueux et sanglants qui avaient été ivres; il chercha à démontrer combien était nuisible à leur

24 i COSTAL L'INDIEN.

cause un vain point d'honneur qu'on faisait prévaloir sur les j nécessités politiques, qui exigeaient impérieusement qu'on1 ne 1 laissât pas se consumer devant un village sans importàhcë'îé coulage de mille braves soldats , tandis que Morelos sepor- j tait sùrOajaca. « Et quand je dis mille soldats,' ajoutà-t-il1,] :ce! n'est pas sans raison; car le colonel, en parlant de quiniei cents, a fait entrer les morts en ligne de Compte.... Jusqu'à j présent, continua-t-il , dans toutes nos rencontres avécTéïi'- J némi sur divers points du royaume, nous n'avons eu affaire J qu'à des soldats électrisés par ce qu'ils appellérit l'amour diil pays, tandis qu'en face de nous combattent des assiégés fana- 1 îisés par l'esprit religieux de Trujano, qui inspire aux habitants I dé sa petite ville un courage égal à celui de ses soldats. Gel ne sont donc pas trois Cents' ennemis seulement que hous/l avons devant lions, 'mais bien mille fanatiques qui se battent! en; désespérés et meurent en chantant. Pendant que nous nOttsfcohsumons en inutiles efforts, Thisiirrectibn se propage dans la province, et nous perdons ici un temps qui serait plus utilement employé à l'étouffer. Mon avis est donc de leverun siégé 'désastreux sous tous lés rapports;1 ! '■' ;'

h ;4-^ Les assiégés se rappellent lès exploits dcYàbguitiân, dit C.àîd^la's;1 voilà pourquoi ils se défendent si' bien.1 W] : ' " '< !A! '•' celte allusidii , dont hoirs expliquerons le sens plus t,àiid!|lïte'gulés'se mordit les lèvres' de dépit ; et répondit jV^r rito regard' '' de haine' ' concentrée au • regard ; ironique à

fâflta*'0 «; ,,o'ioM ■' ; -;'; ' : : ;: ■ ' ' lkhsï

Au point de vue d'uhgériéràleWchef , responsable d"e ïa' vie de ses soldats', par cela <rtaëttié/ moins 'accessible au point' dHhohheur qu'un officier d'un rang inférienrv lés raisons alléguées par Régules ne manquaient |)as d'une' certaine solidité, et le général partageait' sèh avis.1' ;i 5 >'■■ ' ')

'CépCiidarit , sans vouloir tiser de la prépondérance Icjue îui; donnaient : 'et son grade et l'autorité du éommandemént , u proposa un moyen terme: '' > r> orb-jorb !i /il

j C'était de livrer le lendemain un dernier et terrible assaut, (jet de lever le siège s'il était infructueux comme les précédents.

Le général en chef parlait encore, lorsqu'un bruit vague et [lointain se fit entendre du côté de la ville assiégée. Ce bruit, >$lu reste, semblait n'être produit que par les diverses intonations d'un chant solennel d'actions de grâces. Bientôt le son .Jes clairons et l'explosion de nombreuses fusées, tirées en joigne de joie, le dominèrent entièrement. (I « Ces réjouissances publiques sont de mauvais présage ifl>Our nous ! s'écria Régules, quand on ne put douter plus . ongtemps de la nature de ce joyeux tumulte. Ce n'est pas Klemain qu'il faut lever le siège, c'est aujourd'hui. , —C'est-à-dire qu'il faut fuir devant des pétards! repartit f:aldelas.

- Tomber comme les murs de Jéricho devant des trompettes ! ajouta le. colonel.

— Puissé-je n'avoir pas raison ! » dit Régules. Et, malgré son avis, la détermination de donner le. ien<|elain un dernier assaut fut, prise dans le conseil. ■ Cet assaut cependant ne devait pas avoir lieu. Nous dirons ans le chapitre suivant les raisons qui s'y opposèrent, et ij-fous ferons connaître la cause des signes de joie qui partaient jjjie la .ville assiégée. : , <

] , Le conseil terminé , les officiers regagnèrent leurs tentes, on Rafaël avait hâte de se trouver seul pour réfléchir à l'aise \ sens du message qu'il .avait reçu, et surtout pour caresser I doux rayon d'espoir qui venait de pénétrer dans son c(eur. ; (,;.isqu'alors si (triste.. , ■ ' ; / , ,

^,,111 ne daigna môme pas prêter l'oreille au bruit de la joie ïs.;, assiégés ,j bien que le camp espagnol tout entier s'en m/éoeçupât comme d'un sinistre augure.

■ ' • : •' .' .■■■.. '. i ')fj|

246 COSTAL L'PDIEN.

Page 1