I. L'oiseau moqueur. — 2. Cum.ans
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— D'autant plus, reprit le second, que trop de signes annoncent qu'elle ne se passera pas sans qu'il arrive quelque malheur. Je ne parle pas des flammes et du fantôme qu'a vus Castrillo , je ne songe qu'aux sanglots que nous avons entendu notre pauvre jeune maîtresse pousser tout à l'heure.
— Il ne manquerait plus à tous ces présages que d'entendre maintenant le cri d'une chouette sur le sommet de l'un de ces arbres , à notre gauche ; alors on pourrait prier pour l'âme de doha Gertrudis. »
Castrillo et Zefirino , qui, sans être plus esprits forts que leurs camarades , semblaient moins accessibles qu'eux à la crainte des présages, partageaient cependant leurs appréhensions au sujet de leur jeune maîtresse. Sa faiblesse leur paraissait avoir doublé depuis le jour du départ de Oajaca. Tous deux gardaient le silence en pensant que , en effet , ce n'était point une nuit ordinaire que celle-là , dans le voisinage d'un endroit redouté que Castrillo lui-même s'étonnait d'avoir choisi , et avec ces étranges apparitions de flammes qu'il venait de voir à l'hacienda de San Carlos.
« Dona Gertrudis repose maintenant , dit Zefirino; car je n'entends plus rien. Nous ne ferions peut-être pas mal de dormir aussi une couple d'heures, et deux par deux, à tour de rôle.
— Nous pourrons dormir ainsi à peu près trois heures chacun, ajouta Castrillo; j'adopte cet avis. Quels sont ceux qui veilleront les premiers ?
— Le sort en décidera , dit Zefirino.
— Si Ambrosio n'a pas plus envie de dormir que moi, reprit le troisième domestique, vous pouvez commencer tous les deux. Nous ferons le guet pendant votre sommeil.
— Va pour veiller , » répondit Ambrosio.
Castrillo et Zefirino s'étendirent tous deux sur l'herbe en s'enveloppant de leurs manteaux , et bientôt il ne resta plus d'éveillé dans ce bois , en apparence du moins, que les deux
sentinelles et don Mariano , dont l'inquiétude bannissait le sommeil de ses yeux..
Quant à Gertrudis , outre qu'elle était à l'âge où la jeunesse a encore, comme F enfance , le privilège de s'endormir en pleurant , son état de faiblesse avait eu raison des chagrins de son cœur.
Le silence de la nuit était profond , et les deux veilleurs . les yeux fixés sur le sommet nuageux de la colline enchantée , se demandaient quels mystères pouvait cacher ce dais de brouillards qui, au dire de Zefirino , le couvrait sans cesse , quand tout à coup ils furent glacés d'effroi par une voix humaine qui fit entendre , dans la direction du lac , les mêmes cadences bizarres qu'ils avaient cru déjà distinguer.
Seulement il était impossible de comprendre ce que chantait la voix. C'était un langage inconnu, comme celui que, trois siècles auparavant , les prêtres indiens devaient parler à leurs divinités.
Tous deux se signèrent en échangeant un regard effrayé.
« C'est, peut-être l'Indien qui cherche son cœur , » dit Ambrosio d'une voix à peine articulée.
Son compagnon ne put faire qu'un signe de tète pour exprimer que telle était aussi sa pensée.
Puis , un instant plus tard , il secoua l'un des dormeurs d'un bras convulsif.
« Qu'est-ce? » demanda Zefirino en s'éveillant en sursaut.
Le domestique ne répondit pas, mais il montrait du doigt, en tremblant , un objet étrange qui battait les roseaux du lac.
Zefirino ne tarda pas à se rendre compte de ce qui effrayait si fort son camarade , et lui expliqua ce qui se passait sous leurs yeux.
C'était un homme dont les rayons de la lune éclairaient la peau rouge comme du cuivre , car il était complètement nu.
L'Indien , qu'on ne pouvait méconnaître à sa couleur, semblait chercher quelque chose dans les roseaux, qu'il frappait de ses mains tout autour de lui.
Les deux domestiques le virent bientôt se mettre à la nage . fendre les eaux épaisses du lac et disparaître sous peu dans l'ombre que projetait la colline enchantée , du côté opposé à la lune.
« Dieu du ciel ! dit Zefirino à voix basse, on n'en saurait douter : c'est l'Indien qui cherche son cœur. »