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Costumes historiques des XIIIe, XIVe et XVe siècles, extraits des monuments les plus authentiques de peinture et de sculpture, dessinés et gravés

Ce n’est que vers le douzième siècle que commence la brillante période que renferme l’histoire des républiques du moyen âge. Les peuples de l’Italie, épuisés par les efforts qui avaient donné à Rome l’empire du monde, amollis et corrompus par les richesses de l’Orient, virent s’écrouler devant les féroces et sauvages nations du Nord le colosse de leur grandeur. Abattus, découragés, ils traînèrent leurs fers dans un morne silence, réduits à obéir désormais à ceux qui naguère combattaient dans leurs amphithéâtres pour leurs cruels plaisirs. Oubliant ce qu’ils avaient été et ce qu’ils pouvaient redevenir, les Italiens végétèrent pendant plusieurs siècles, avilis par ce sombre désespoir qui émousse toute énergie, et détruit tout esprit national. Tout à coup un cri retentit dans l’Italie : la dure éducation de la barbarie et du malheur, de vieux souvenirs presque effacés, réveillent les peuples de leur engourdissement. L’ordre social se rétablit, les ténèbres se dissipent, et la bienfaisante civilisation étend partout ses conquêtes.

Des auteurs illustres par leur doctrine se sont livrés à l’envi aux

PRÉFACE

recherches les plus difficiles et les plus pénibles pour dissiper l’obscurité qui enveloppait l’histoire du moyen âge. Ils ont eu la gloire immortelle de renouer les anneaux de la grande chaîne qui unit les fastes de l’empire romain avec les événements qui préparèrent la régénération de l’Europe. Plusieurs, excités par l’éclat brillant des faits historiques, se sont servis des premiers monuments des arts renaissants, pour tenter de transmettre à la postérité la connaissance des rites, des costumes et des usages des peuples, premiers moteurs de l’état de civilisation auquel notre génération est arrivée. On a publié en France, en Italie et en Angleterre quelques ouvrages de ce genre; mais, quel qu’en soit le mérite, ils sont cependant encore ou imparfaits ou insuffisants. M. Bar a réuni dans six volumes les costumes religieux et militaires ; mais les cinq cent quatre-vingt-cinq planches dont cet ouvrage est enrichi ont été exécutées avec tant de précipitation, qu’elles ne peuvent être que d’un bien faible secours. La Hiérarchie ecclésiastique du P. Bonanni, son Catalogue des ordres religieux et celui des ordres militaires ont le même défaut, et celui de ne donner que des notions bien vagues sur les temps antérieurs à l’époque où il publiait son ouvrage. Je ne parlerai pas ici de cette foule de séries de costumes imités ou copiés d’après ceux du Titien, qui tous sont postérieurs au quinzième siècle, ne sont appuyés que sur les plus faibles autorités, et sont d’ailleurs dépourvus des descriptions si nécessaires pour leur explication.

M. Richard Gough a publié, sous le titre de Monuments sépulcraux de la Grande-Bretagne, le plus bel ouvrage qui existe peut-être. Ce recueil réunit à la plus scrupuleuse exactitude toutes les qualités nécessaires pour faire autorité. Le texte est plein d’érudition et répand un grand jour sur l’histoire des principales familles d’Angleterre. Cependant un travail si précieux, si digne de louanges, ne peut servir qu’à préciser quelques costumes anglais, et son extrême rareté le rend presque inconnu à la plupart de ceux qui cultivent les beaux-arts.

Le P. Montfaucon a doctement expliqué divers usages et costumes de France; malheureusement les plauches qui accompagnent un ouvrage si estimable n’en sont pas dignes.

On a publié en outre un grand nombre d’autres recueils, ou dérivés de ces deux derniers, ou imparfaits, ou inexacts.

PRÉFACE

L’Italie renferme, soit dans ses édifices publics et religieux, soit dans les manuscrits de ses bibliothèques, les monuments les plus authentiques ; elle offre aux recherches de l’érudition des mines aussi riches que celles qu’on a exploitées dans ses musées pour l’explication des antiquités grecques et romaines. En composant le recueil que je présente au public, j’ai choisi de préférence les portraits des personnages illustres pour les faire figurer comme costumes du temps auquel ils appartiennent; et il en est résulté le double avantage de l’authenticité et de l’intérêt historique. J’ai emprunté aux chroniques contemporaines les notices qui m’ont paru les plus utiles pour expliquer les usages de cette époque, et j’ai cru devoir y joindre les épisodes et les anecdotes les plus intéressants, afin de réunir sous une forme variée tout ce qui peut préciser les mœurs, et fournir même des sujets de tableaux aux peintres.

Quoique le public ait accueilli avec indulgence mes premiers essais* je voudrais cependant pouvoir excuser deux défauts trop remarquables pour n’avoir pas été saisis par mes lecteurs. Le premier est, lorsque j’ai dû recueillir dans les diverses parties de l’Italie tout ce que les arts renaissants ont laissé de positif sur les costumes, de n’avoir pas observé un ordre chronologique dans leur distribution, et de ne les avoir pas classés' d’après le rang des personnages auxquels ils appartiennent. L’autre défaut porte sur un point plus essentiel : je n’ai pu préciser partout la nature des étoffes dont se composaient les vêtements.

Du treizième au seizième siècle les costumes n’ont éprouvé en général que des variations momentanées ou peu importantes : j’ai trouve fréquemment, ainsi que j’en produirai plusieurs exemples, des pierres sépulcrales du quinzième siècle avec des figures vêtues de la même manière que dans les deux siècles précédents. Cette grande uniformité, qui pendant deux siècles et demi n’a éprouvé que des modifications légères ne rendait pas une classification rigoureusement indispensable. Une impatience pardonnable de produire un travail qui me promettait pour prix de tant de soins un succès certain, serait peut-être une excuse suffisante pour atténuer ma première faute; mais quant à la seconde, il eût été bien difficile de pouvoir l’éviter. Qui pourrait en effet deviner les étoffes d’après des peintures dont l’exécution laisse tant à désirer, et

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que le temps ou de barbares restaurations ont également mutilées et défigurées? J’ai dù recourir aux livres, unique ressource pour m’éclairer; mais je n’ai obtenu, pour prix de mes recherches, que des notions vagues et insuffisantes, dont j’ai cependant tâché de faire usage le plus à propos qu’il m’a été possible.

L’amitié et la reconnaissance m’imposent le devoir de faire ici une mention particulière de M. Paul Mercurj, jeune peintre romain. Il a été mon collaborateur et mon compagnon dans mes voyages. C’est à la finesse et à la précision avec lesquelles il a dessiné et gravé ces costumes, que je dois principalement attribuer la faveur avec laquelle le public a accueilli cet ouvrage.

Camille Bonnard.

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