HOMME D’ARMES
L’esprit chevaleresque qui avait dominé pendant plusieurs siècles dans la plupart des cours de l’Europe s’affaiblissait insensiblement ; cependant les guerres d’Italie , et le caractère des guerriers qui y accouraient pour signaler leur valeur , prolongèrent encore pendant quelque temps l’éclat attaché au titre de chevalier. Les vieilles chroniques , l’histoire des croisades , les conquêtes et les aventures de ces héros normands qui subjuguèrent la Pouillc et la Sicile , les poèmes de l’Arioste et du Tasse, et pour nous Français nos vieilles romances et nos troubadours, prêtent un tel intérêt à cette époque de l’histoire , que le costume des hommes d’armes , tel qu’il existait encore au quinzième siècle, ne sera pas sans utilité.
Les sept premières années de l’enfance d’un jeune gentilhomme avaient été abandonnées à l’éducation des femmes , les sept suivantes étaient employées au service de page , et les sept autres à celui d’écuyer, avant qu’il pût aspirer à la dignité de chevalier. Cependant on dérogea souvent à cette disposition en faveur des princes du sang royal , ou des jeunes gens qu’un tempérament robuste avait mis de bonne heure en état de supporter le poids des armes , et qui , par une valeur précoce , s’étaient rendus dignes de cette faveur.
Je trouverai plus d’une fois l’occasion , en donnant des détails sur les chevaliers , les tournois et les armures des coursiers , de faire quelques digressions sur l’institution et la réception des chevaliers. Le premier qui figure dans ce recueil est extrait des peintures du Pinturicchio , dans l’église de Sainte -Croix -en -Jérusalem à Rome. Il appartient à une époque où l’ordre de la chevalerie était tellement dégénéré, que le plus léger prétexte suffisait pour le conférer sans choix à une multitude d’individus. L’empereur I 5
Frédéric III , en passant sur le pont Saint-Ange à Rome , y créa à la fois soixante-dix chevaliers. On peut voir aussi dans Muratori * avec quelle profusion on prodigua cette faveur dans le quinzième siècle. L’homme d’armes dont je donne ici le costume est entièrement couvert d’une armure d’acier, et dans quelques parties de mailles dorées ; il appuie sa main gauche sur l’épaule d’un jeune page ou varlet qui soutient une riehe épée avec un fourreau bleu. Les fonctions de ces pages étaient les services ordinaires des domestiques auprès de la personne de leur maître ou de leur maîtresse; ils les accompagnaient à la chasse, dans leurs voyages, dans leurs visites ou promenades , faisaient leurs messages , et même les servaient à table et leur versaient à boire **. Le page suivant porte une riche soubreveste de brocart d’or ; le pourpoint est de couleur violette , avec des ouvertures aux épaules et aux coudes qui laissent voir la chemise. Les chausses sont à bandes de couleur rouge et orange. Son poignard est passé dans une ceinture blanche. La chaussure est noire.
La peinture à laquelle j’ai emprunté ces costumes représente l’Invention de la Sainte-Croix, et ce chevalier fait partie de la cour de l’impératrice.
* Murator. , Antiq. ital. , medii ævi, Diss. LUI.
** Sainte-Palaye , Mémoires sur l’ancienne chevalerie.
DES XIIIe, XIXe ET XVe SIÈCLES.
MCCCC. — 1\° 14.