TRIBUNAL DES MARCHANDS
Le commerce dont l’heureuse influence porte la vie et la civilisation au sein des nations les plus sauvages , 11e manqua jamais entièrement à l’Italie, même pendant les périodes les plus orageuses du moyen âge. Mais l’industrie de ses habitans avait à lutter contre mille obstacles , et contre un état presque continuel d’anarchie ; elle était entravée par des réglemens et des tributs onéreux , ce qui pendant long-temps la rendit languissante et en arrêta les progrès. Mais dès que le cri de la liberté se fut fait entendre dans une partie des villes de l’Italie , dès que des lois sages et une nouvelle forme de gouvernement eurent commencé à améliorer l’ordre social , l’industrie et le commerce y reçurent avec une rapidité merveilleuse ces développemens qui portent la vie dans le corps politique , et lui sont aussi nécessaires que la circulation du sang l’est au corps humain. Pise , Gênes , Venise et Amalfi , durent de grands avantages à la manie des croisades. Ces villes couvrirent les mers de leurs nombreux vaisseaux , et firent abonder en Italie les riches productions de l’Orient.
Les villes libres étant celles où le commerce trouvait le plus d’appui et de protection , furent aussi celles où s’établirent les meilleurs réglemens. La plupart créèrent des consuls des marchands. On accordait à ces magistrats une autorité fort étendue pour juger ou concilier les différends qui survenaient parmi les marchands , pour punir certains délits et conclure même des traités d’alliance avec les peuples étrangers *. En tête d’un manuscrit des Statuts des marchands ^ conservé dans la bibliothèque de Sienne , une miniature de Sano di Pietro , dont je donne ici une fidèle copie , représente
* Murator., Antiq. Italie, medii ævi. Dissert. XXX.
dans les mêmes proportions le tribunal des marchands. Dans la partie supérieure siègent les consuls ; les scribes ou notaires occupent la partie inférieure , et en dehors de l’enceinte circulent les marchands.
Fig. i. Marchand qui s’est approché pour parlera un des consuls. Il porte un chaperon rouge, et ce qui se voit du reste de ses vêtemens est bleu.
Fig. 2. Consul ou magistrat coiffé d’un chaperon écarlate ; la robe est de la même couleur , son manteau est bleu changeant en violet , et la chaussure est noire.
Fig. 3. Le bonnet est écarlate , le manteau et la robe sont bleus. La robe est bordée d’un liseré blanc. L’habit de dessous est couleur de laque , et la chaussure est noire.
Fig. 4- Le chaperon est écarlate , la robe verdâtre , et la chaussure noire.
Fig. 5 Le chaperon et les manches sont bleus, le manteau couleur de laque , et la chaussure noire.
Fig. 6. Cette figure est coiffée et vêtue d’une étoffe bleue , à l’exception d’une bande blanche qui lui passe sous le menton.
Fig. 7. Le chaperon est noir , le reste des vêtemens couleur de laque , la reliure du livre est verte.
Fig. 8. Le chaperon et les chausses sont verdâtres , l’habit bleu , et le manteau couleur orange.
Fig. 9. Le chaperon est rouge laqueux , le manteau et les chausses verdâtres , l’habit bleu clair changeant en violet , et les bottines noires.
Fig. 10. Le bonnet est bleu, l’habit couleur de plomb , et la reliure du livre est rouge.
Fig. 11. Le bonnet est écarlate, le manteau bleu clair changeant en violet, l’habit verdâtre avec un liseré blanc, et la chaussure noire.
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DES XIIIe, XIVe ET XVe SIÈCLES.
MCCC. — N° 18.
NOBLE ITALIENNE
L a figure suivante est extraite d’un petit tableau conservé dans l’Académie des Beaux-Arts à Sienne. Le nom de l’auteur en est inconnu ; mais à juger de l’exécution et du mérite de cette peinture , il est facile de reconnaître quelle appartient à l’école de Giotto , et par conséquent au quatorzième
siècle.
Les préceptes de galanterie qui formaient en grande partie la base de l’éducation de la jeune noblesse de France et d’Angleterre étaient peu connus et beaucoup moins en usage en Italie ; mais les femmes ne laissaient pas d’y exercer cette influence qui , de tous les temps et chez tous les peuples , a produit les plus nobles actions ou les plus grands désordres.
« Dans l’année iai5, messire Buondelmonte des Buondelmonti , noble
citoyen florentin , avait promis d’épouser une noble demoiselle de la famille des Amidei , honorables citoyens : puis ledit messire Buondelmonte , qui était un cavalier be*m et bien fait , se promenant un jour à cheval dans la ville, fut appelé par madone Gualdrada, femme de messire Forèse Donati. Cette dame lui dit : « Chevalier déshonoré , tu as promis ta main par crainte » des Uberti et des Fifanti; renonce à celle que tu dois épouser , prends » celle-ci, et alors tu seras toujours tenu pour un chevalier honoré. » Et au même instant elle lui fit voir sa fille , qui était d’une beauté séduisante. Buondelmonte ébloui y consentit inconsidére'ment ; et le jour suivant, lorsque les familles étaient réunies , il fut engager sa foi à la fille de Donati, abandonnant à la honte celle d’Amidei qu’il outrageait si cruellement. Les parens de l’épouse délaissée se réunirent enflammés de colère , et délibérant entre eux sur les moyens de se venger , ils donnèrent lieu aux divisions qui déchirèrent Florence ; car plusieurs familles nobles conjurèrent de laver
leur honte dans le sang de messire Buondelmonte. Quelques-uns voulaient qu’on lui donnât des coups de bâton, d’autres qu’on le blessât au visage ; mais messire Mosca des Lamberti leur dit : « Que celui qui pense à le battre ou à » le blesser , s’occupe auparavant à creuser la tombe qui devra lui servir de » refuge ; traitons-le plutôt d’une manière qui prouve que chose faite a un » chef*. » Us convinrent d’exercer leur vengeance dans le lieu même où l’on devait se réunir pour la célébration du mariage. Le matin de Pâques , à l’entrée du Pont-Vieux , lorsque messire Buondelmonte venait sur un palefroi , vêtu d’un pourpoint de soie , avec son manteau et la tête couronnée de fleurs , messire Schiatla des Uberti s’élança sur lui, et d’un coup de masse sur la tête le renversa de cheval ; les autres achevèrent de le tuer. La ville fut en rumeur ; le corps fut déposé sur un brancard , et la jeune épouse fondant en larmes en soutenait la tête sur son sein. On les porta ainsi dans toute la ville , et de ce jour commença la ruine de Florence. Alors prirent origine pour la première fois ces mots affreux , parti Guelfe > parti Gibelin **,
La noble italienne qui figure dans cette planche est coiffée d’un voile blanc orné de broderies d’or et de liserés noirs. La robe est bleue , celle de dessous est couleur de laque. La fourrure au-dessus du coude est brune. La ceinture est noire avec des filets d’or. La chaussure est noire , et les diverses broderies sont en or.
* Cosa fatta capo lia.
** Ricordano Malespini , c. n>4- Cronaca M. S. nell’ archivio délia famiglia Buondelmonti.
mc-ccc. Jff ja.
DES XIII% XIV* ET XVe SIÈCLES.
MCCCC. — ]\° 19.