JEUNE PAGE
Les peintures du Pinturicchio dans la bibliothèque de la cathédrale de Sienne , font toutes allusion à la vie et aux actions du souverain pontife Pie II et à ses relations intimes avec l’empereur Frédéric III. Les sujets de ces peintures , les portraits dont elles sont remplies , ne laissent aucun doute sur l’authenticité des costumes , et présentent des détails précieux sur les cours souveraines de cette époque.
La jeune noblesse se formait dans les cours des princes et des grands seigneurs , dont les soins généreux pour élever ces jeunes gens tournaient à leur propre avantage. Non seulement ils les employaient utilement au service de leur personne , mais encore leurs propres enfans trouvaient en eux des émules pour les exciter à l’amour de leurs devoirs. Les liaisons qu’une longue habitude de vivre ensemble ne pouvaient manquer de former entre les uns et les autres , étant resserrées par le double nœud du bienfait et dé la reconnaissance , devenaient indissolubles. Mais ce qu’il était important d’apprendre au jeune élève , et ce qu’en effet on lui apprenait le mieux , c’était à respecter le caractère auguste de la chevalerie , à révérer dans les chevaliers les vertus qui les avaient élevés à ce rang. Les jeux qui faisaient partie des amusemens des élèves contribuaient encore à leur instruction , et l’émulation , si nécessaire dans tous les âges et dans tous les états , s’accroissait de jour en jour , soit par l’ambition de passer au service de quelque autre seigneur d’une plus éminente dignité, ou d’une plus grande réputation , soit par le désir de s’élever au grade d’écuyer dans la maison de la dame ou du seigneur qu’ils servaient ; car c’était souvent le dernier pas qui conduisait à la chevalerie *.
* Sainte-Palaye, Mémoires sur l’ancienne chevalerie.
Ce costume e Ile suivant sont extraits du tableau dans lequel Enée Silvio Piccolomini reçoit la couronne de la poésie en présence de Frédéric. Au pied du trône de l’empereur se voit ce jeune page dont le costume est à la fois riche et élégant II porte une chlamyde de couleur jaune changeante en bleuâtre dans les ombres ; elle est agrafée sur l’épaule droite. Le pourpoint , dont les manches sont fort larges dans la partie supérieure , est d’un rouge laqueux. Il tient de la main droite une toque écarlate ornée d’un bouton d’or et surmontée d’une plume jaunâtre ; sa main gauche repose sur la poignée dorée d’un riche poignard. Il porte de longues et étroites chausses vertes. Sa ceinture est violette , et ses souliers rouges sont terminés par ces pointes connues dans les quatorzième et quinzième siècles sous le nom de poulaines 3 et dont la longueur devint parfois si choquante, qu’il fallait pour marcher les rattacher aux genoux au moyen de petites chaînes.
DES XIIIe, XIVe ET XV' SIÈCLES.
MCCCC. — N° 20.
COSTUME MILITAIRE
C e costume , extrait du même tableau que le précédent , semble appartenir à un chef des pages ou officier subalterne de la cour de Frédéric III. Dans les cours des princes les jeunes écuyers étaient divisés en plusieurs classes , suivant leur âge et leur ancienneté, sous la direction d’un chef qui les surveillait, et présidait, soit à leurs travaux, soit à leurs jeux. Ce chef avait le droit de les châtier de leurs fautes ; il leur prescrivait ce qu’ils avaient à faire , les exerçait au maniement des armes , et leur apprenait enfin tout ce qui était nécessaire pour devenir un vaillant homme d’armes et un chevalier accompli.
Cet officier est coiffé d’un chapeau noir orné de boutons dorés qui recouvre un bonnet jaunâtre. La chemisette et ses manches sont de toile blanche. Le pourpoint est écarlate ainsi que les bandes qui viennent terminer aux coudes. Il est orné aux épaules d’une bande de velours noir, brodée en or et enrichie d’une frange d’or. Le ceinturon est vert et enrichi de boutons d’or. Les chausses sont couleur de plomb , et , dans la partie supérieure à partir de la ceinture , elles sont ornées de bandes noires richement brodées en or et terminées par des bouffantes blanches entourées d’une bande écarlate. Ce militaire porte enfin au-dessous du genou une jarretière rouge; ses souliers sont noirs , et il s’appuie sur une canne.
Les peintures de la fin du quinzième siècle que j’ai observées à Sienne , à Florence et à Bologne, m’ont présenté de fréquentes répétitions de ce costume dont elles précisent ainsi la date et confirment l’authenticité.
DES XIIIe, XIV0 ET XV0 SIÈCLES.
MCCCC. — 21.