‹ Costumes historiques des XIIIe, XIVe et XVe siècles, extraits des monuments les plus authentiques de peinture et de sculpture, dessinés et gravés (volume 2)Chapitre 23 sur 87 · SOUVERAIN PONTIFE · texte numérisé non relu

SOUVERAIN PONTIFE

Le pape est ainsi nommé d’un mot grec qui signifie père. Ce nom était commun autrefois à tous les évêques ; mais depuis le huitième ou neuvième siècle il a été uniquement attribué au souverain pontife. Des auteurs prétendent qu’il est formé des premières syllabes de PA ter PAtrum j ou des premières lettres de Petrus Apostolus Potestatem Accipiens.

Le peuple et le sénat romain se laissèrent enlever, l’an 1 142 , le privilège de concourir avec le clergé à l’élection du souverain pontife. Jusqu’au règne de Grégoire X , les cardinaux , devenus seuls maîtres d’un choix si important, se réunissaient chaque matin , s’ils se trouvaient à Rome à l'époque de la mort du pape, soit dans l’église de Saint- Jean-de-Latran , soit dans celle de Saint-Pierre. Si la cour était dans une autre ville , la réunion avait lieu dans l’église cathédrale. Clément IV étant mort à Viterbe le 29 novembre 1268, les dix-huit cardinaux qui composaient sa cour se rassemblèrent suivant l’usage pour élire son successeur ; mais chacun d’eux prétendant pour lui-même à la dignité pontificale , il en résulta que les séances devinrent de jour en jour plus orageuses. La vacance du Saint-Siège dura deux ans et neuf mois : jamais les exhortations ni les prières des plus éminens personnages ne purent fléchir l’orgueilleuse et inflexible opiniâtreté des cardinaux. Ou assure que Jean, cardinal de Porto, les voyant un jour empressés à invoquer avec une apparente ferveur l’intercession du Saint- Esprit , leur dit à haute voix , en présence de tout le peuple , pour leur reprocher leur obstination : « Seigneurs, que ne découvrons-nous le toit de j> ce lieu , peut-être le Saint-Esprit ne veut-il pas arriver jusqu’à nous par » tant de toits. * Enfin , les habitans de Viterbe, poussés à bout , les contraignirent par leurs menaces à faire un choix ; mais par dépit ils le firent

hors de leur collège. Thibaut, vicomte de Plaisance, fut élu pape le 1er septembre 1271. Ce pontife prit le nom de Grégoire X ; et, dans le concile qu’il tint à Lyon Tan 1274, il tâcha de prévenir le retour des désordres qui avaient précédé son élection. Ce fut lui qui fixa les lois sur le conclave qu’on observe encore aujourd’hui pour la création du pape. J’aurai occasion d’en parler par la suite avec quelques détails \

La chasuble , imitée du manteau des anciens qui la nommaient en latin penula ou casula, se portait par-dessus la toge, et couvrait entièrement la personne. Il règne de l’incertitude sur l’époque précise à laquelle la chasuble fut prescrite aux prêtres et aux diacres. Celle dont firent usage les ministres de l’église, les évêques et les souverains pontifes, fut d’abord ronde, ample et longue jusqu’à terre, de manière que pour faire usage des mains il fallait la relever et la replier sur les bras. Dans les siècles suivans , cette sorte de chasuble gênant trop les mouvemens des bras , on commença à en altérer la forme en retranchant une partie sur les côtés], comine'on le voit dans le costume suivant * **.

On attribue à Boniface VIII l’origine des trois couronnes qui ornent la tiare pontificale. On n’en trouve du moins aucun exemple dans les monumens jusqu’au quatorzième siècle.

Ce costume de pape est extrait des miniatures du même manuscrit de la bibliothèque de Sienne, qui m’a fourni le n° 24. Ce souverain pontife porte la tiare d’argent ornée de trois couronnes d’or ; les deux bandelettes qui pendent au trirègne sont blanches et ornées de croix d’or. La chasuble est bleue , ornée de filets d’or et traversée par une croix blanche. L’aube et les gants sont blancs ; la chaussure est rouge.

* B. Platina , annotazioni alla vita di Giegorio X.

** Filip. Bonanni , Gerarchia ecclesiastica.

DES XIIIe, XIVe ET XVe SIÈCLES.

MCCCC. — N° 28.

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