JEÛNE FEMME
La jeune femme qui figure dans la planche suivante tient en main une plume de paon , de ce noble oiseau sur lequel on prononçait des sermens inviolables. Dans les quatorzième et quinzième siècles un paon , un faisan ou un héron étaient pour nos chevaliers le Styx des dieux de la fable. Pour peu qu’on soit curieux des détails de ces sortes de vœux , on en trouvera en grand nombre dans les chroniques françaises de cette époque. On verra dans Froissart un amoureux chevalier se faire fermer un œil par sa maîtresse , et jurer de ne l’ouvrir qu’après avoir mérité de sa dame par quelque haute prouesse. Une reine jurer de ne mettre au jour l’enfant royal quelle porte dans son sein que lorsqu’elle se trouvera sous les tentes anglaises , sur le sol ennemi de la France.
Le jour où l’on devait prendre l’engagement solennel , un paon ou un faisan , quelquefois rôti , mais toujours paré de ses plus belles plumes , était apporté majestueusement par des dames ou des demoiselles dans un grand bassin d’or ou d’argent, au milieu de la nombreuse assemblée de chevaliers convoqués ; on le présentait à chacun , et chacun faisait son vœu sur l’oiseau : ensuite on le reportait sur une table pour être distribué à tous les assistans. L’habileté de celui qui le tranchait consistait à le partager de manière à ce que tous pussent en avoir.
La figure suivante , extraite d’un tableau qui appartient à une école étrangère à lTtalie , sert à faire connaître la grande analogie qui existait entre les costumes de femmes de France et de Hollande , et ceux de lTtalie dans les quatorzième et quinzième siècles. Le tableau auquel j’ai emprunté ce costume de la fin du quinzième siècle , est de Lucas de Leyde , et forme un des plus précieux ornemens de l’académie des beaux-arts de Pise.
Cette jeune femme est coiffée d’une espèce de turban couleur de rose. La bande du milieu est noire , ainsi que le petit bonnet qui lui descend sur l’oreille. La bordure en est d’or , et les broderies d’argent. Un léger voile blanc lui couvre le front , enveloppe une tresse de cheveux sous l’oreille , et repassant sur le turban est noué sur la sommité , et flotte sur les épaules. La chemisette est blanche , et ornée de boutons et de liserés d’or. La robe est d’une étoffe verte et enrichie de broderies et de filets d’or. La manche courte est resserrée par un lacet et des ornemens dorés. La manche de dessous est de velours cramoisi , dont les ouvertures laissent voir la chemise. L’ouverture qui est sous le bras est retenue par deux petits filets noirs. Le manteau est blanc changeant en bleuâtre , et orné d’une broderie d’or. La ceinture est violette , et la chaussure est noire.
DES XIIIe, XIVe ET XVe SIÈCLES.
MCCCC. — No 54.