MÉDECIN
L’art des médecins et des apothicaires faisait partie des arts principaux dans les villes libres d’Italie. Mais quoique les médecins eussent leur collège, quoiqu’ils allassent de pair avec les chevaliers et les magistrats , portant comme eux les fourrures et l’ccarlate, la médecine languit néanmoins pendant plusieurs siècles dans l’état le plus déplorable. Je citerai ici un fragment de la consultation du collège des médecins de Paris sur l’épidémie de l’an 1 548* On y verra dans quelles ténèbres était encore enveloppé l’art de traiter les maladies , réduit alors à l’astrologie et à de misérables pratiques mises en usage par les Juifs qui professaient aussi la science de guérir, ainsi qu’en font foi diverses nouvelles de F. Sacchetti.
Voici ce que les médecins de Paris et tout leur collège trouvèrent pour remédier à la mortalité.
« Nous, c’est-à-dire le collège des médecins de Paris, après mûre et profonde discussion en conseil sur la cause de la présente mortalité et destruction de la vie , appuyés sur les témoignages de nos anciens sages en médecine , déclarons la cause de cette épidémie le plus clairement possible d’après les règles et les conclusions de l’astrologie et de la science naturelle.
» Il est certain et évident que dans les régions de l’Inde et du grand océan, les étoiles menaçant les rayons du soleil , sa chaleur et celle du feu céleste usèrent leur puissance contre l’eau de ces mers , en la combattant fortement ; de là naquirent d’épaisses vapeurs , qui couvrant le soleil en changèrent la lumière en ténèbres , et ces vapeurs retombèrent fréquemment sur la mer pendant vingt-huit jours. Mais à la fin la puissance du feu et du soleil agirent avec tant de force sur la mer qu’ils en tirèrent à eux comme une partie, et l’eau changée en fumee s’éleva dans l’air. C’est pourquoi dans de
certaines parties les eaux se corrompirent tellement quelles firent mourir et gâtèrent les poissons; et cette eau ainsi corrompue ne put ni être consumée par la chaleur du soleil , ni former de la pluie , ni grêle , ni neige ou rosée ; mais cette vapeur volant dans les airs répandit sur plusieurs parties du monde un voile couleur de verre. Elle couvrit toute l’Arabie , une partie de l’Inde et de l’ile de Crète , les vallées et les plaines de la Macédoine , la Hongrie , l’Albanie et la Sicile ; et si elle s’étend sur la Sardaigne , il n’y restera pas une âme vivante. Tel sera le sort de toutes les îles et contrées voisines où ce vent marin corrompu passera ou sera arrivé pendant que le soleil sera dans le signe du lion. Si les habitans de ces lieux ne font pas usage des remèdes suivans , nous leur annonçons une mort certaine et prompte , à moins du secours divin de Jésus-Christ * » .
La suite contient le régime à observer.
Le costume suivant est extrait d’un tableau d’auteur inconnu conservé dans l’académie des beaux-arts de Siénne. Ce médecin porte un chaperon de velours couleur de laque bordé d’hermine. Le manteau est noir avec doublure blanche ; l’habit est écarlate et la manche de dessous vert foncé. Les boutons et les broderies sont en or. La chaussure est rouge. La boîte et les petites pinces sont en or.
Il y a dans l’église de Saint-Étienne deL Cacco à Rome une pierre sépulcrale du médecin Paul des Célestins, mort l’an 1462, dont le costume conserve encore beaucoup d’analogie avec celui-ci.
* Murator. Script, rer. Italie. Tom. XII , p. 527.
jv:
ÆCCCC .
DES XI1I% XIV’ ET XVe SIÈCLES.
MCCCC. — ]V0 65.