‹ Costumes historiques des XIIIe, XIVe et XVe siècles, extraits des monuments les plus authentiques de peinture et de sculpture, dessinés et gravés (volume 2)Chapitre 65 sur 87 · JEUNE DUCHESSE · texte numérisé non relu

JEUNE DUCHESSE

Le costume suivant , si remarquable par sa richesse et son élégance , est extrait d’un tableau du même Luc de Leyde, qui m’a fourni le n° 53.

Luc de Leyde , mort à la fleur de son âge , victime de son ardeur pour le travail, fut célèbre comme peintre et comme graveur. Ami et rival d’Albert Durer , une noble émulation leur fit souvent traiter les mêmes sujets , et l’amitié qui les unissait leur faisait échanger leurs ouvrages. Le tableau auquel j’ai emprunté le costume suivant est un des plus précieux ornemeus de l’académie des beaux-arts de Pise.

La jeune duchesse qui y est représentée porte sur ses cheveux une petite coiffe blanche recouverte d’un bonnet noir brodé en or, surmonté d’une couronne d’or. La chemisette est blanche avec une légère broderie en or, et fermée au cou par un bouton d’or. L’ouverture de la chemisette laisse voir le commencement de la chemise garnie de dentelle. La robe de dessous est noire et ornée de perles autour de la poitrine. Elle porte au cou un petit médaillon suspendu à un cordon rouge. La robe de dessus est de brocart d’or ; l’ouverture latérale est fermée par de riches agrafes , et laisse voir la robe de dessous. La chaîne est d’or. Les manches larges sont d’une étoffe légère jaunâtre changeant en laque , et rattachées à l’épaule par deux petits lacets noirs qui laissent voir la chemise. Les manches de dessous sont étroites , de velours rouge , plus larges sur la main qu’elles recouvrent en partie , et elles ont en outre des ouvertures sur le bras , retenues par deux petits lacets blancs qui laissent voir une autre manche blanche. Une ceinture bleue avec des filets rouges soutient un riche camée qui lui sert d’agrafe. Les souliers sont noirs.

DES XIII% XIV“ ET XV» SIÈCLES

MCCCC. — 78.

FRÉDÉRIC DUC D’URRTN.

Le funeste usage de confier à des troupes mercenaires le soin de faire la guerre s’introduisit en Italie : les citoyens crurent plus avantageux d’épargner le sang national et d’employer leur or pour la défense de leurs droits. Ainsi les peuples perdirent insensiblement cette énergie et cet esprit martial qu’ils avaient hérité de leur mélange avec leurs conquérans du Nord; et de nouveau ils en devinrent partiellement la proie. Pendant le siècle précédent

la peste et les guerres civiles avaient affaibli les états italiens ; dans le quinzième, les compagnies d’aventuriers en complétèrent l’abattement. L’avidité du pillage , la licence effrénée de ces soldats en faisaient sans cesse grossir les bandes ; et bientôt il s’en forma d’italiennes à l’imitation de celles venues d’au-delà les monts, qui rivalisèrent il est vrai de valeur avec elles , mais qui les égalèrent en férocité , et furent toutes également fatales à la malheureuse Italie.

Le costume suivant appartient à cette déplorable époque. Frédéric duc d’Urbin combattit successivement à la solde de presque tous les états italiens, et dans toutes les occasions il fit non seulement admirer sa valeur, mais surtout la rare prudence avec laquelle il sut tirer parti des événemens. Né l’an 1^22 , sa vie se passa dans le tumulte des camps , sans le détourner des études amies de la paix. Il mérita ainsi de joindre au titre de vaillant capitaine celui non moins glorieux de prince instruit , et protecteur des hommes de lettres et des beaux-arts \

Le prince de Palcstrine m’a permis d’extraire le costume suivant du beau portrait peint par André Mantegna qui fait partie de la riche collection de tableaux de son palais à Rome.

* Bern. baldi , Vila di Federigo duca d’Urbino.

Le duc d’Urbin porte un manteau de brocart couleur de laque , garni et doublé d’hermine. Il est décoré de l’ordre de la toison d’or et de celui de la jarretière ; celle-ci est fond bleu avec une boucle d’or, des pierres précieuses , et est terminée par une grosse perle. La maille qui se voit au cou est dorée. L’armure est d’acier avec des clous dorés. La maille audessous du genou a un filet doré. La poignée de l’épée et les glands sont rouge laqueux ; le pommeau et la garde sont dorés. Le fourreau est rouge de cinabre , soutenu par deux cordons de même couleur. La chaise est verte avec des boules et des clous dorés , et enrichie de perles ; les glands sont d’un rouge laqueux. Le casque est d’acier avec clous dorés et un lacet rouge. Le bâton de commandement est de bois jaunâtre. Le livre a la couverture rouge avec des fermoirs dorés. Le pupitre est de bois de noyer , et supporte le bonnet ducal, dont le fond est rouge tout brodé de perles.

Le fils du duc porte un petit bonnet bordé de perles avec un joyau sur le front. Un collier de perles terminé par un autre joyau lui descend sur la poitrine. Sa petite simarre est de brocart d’or garni d’hermine. La ceinture, dont l’extrémité lui pend sur le devant , est de perles. Le sceptre est d’or. Les manches de dessous sont rouges avec une broderie d’or. Les chausses sont blanches et les souliers d’un rouge fonce.

DES XIIIe, XIVe ET XVe SIECLES.

MCCC. — N° 79.

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