‹ Costumes historiques des XIIIe, XIVe et XVe siècles, extraits des monuments les plus authentiques de peinture et de sculpture, dessinés et gravés (volume 2)Chapitre 67 sur 87 · NOBLE FRANÇAIS · texte numérisé non relu

NOBLE FRANÇAIS

Les nobles attachèrent d’abord à leurs armes quelques signes pour faire connaître leur personne, quoique cependant cette marque ne passât pas en héritage dans les familles. Mais les chevaliers s’étant rendus célèbres avec ce signe , leurs descendans en continuèrent l’usage , et ce qui d’abord était arbitraire devint ainsi une distinction de famille dans les combats ou dans les tournois, Bientôt la noblesse ne se contenta plus de les faire figurer dans les armures , on les ajouta aux cottes d’armes et jusqu’aux robes des femmes \ L’extrait suivant d’une nouvelle de Franco Sacchelti servira à faire connaître les usages du temps.

Un gentilhomme de la famille des Bardi à Florence , petit de stature , et non seulement étranger à l’exercice des armes , mais même à celui du cheval, fut élu podestat de Padoue. Apres s’être muni de tout ce qui lui était nécessaire pour sa charge, il pensa à faire choix d’un cimier. Ses compagnons, le voyant d’une si petite taille , pensèrent à suppléer à ce défaut en lui faisant choisir pour cimier un demi -ours rampant avec les pâtes relevées, et pour devise : Ne joue pas avec l’ours, si tu ne veux pas en être mordu. Le nouveau podestat partit pour sa destination , et fit un voyage heureux jusqu a Ferra re , faisant montre sur toute la route de son équipage. Mais dans cette dernière ville, comme il passait avec sa suite sur la place publique , où se trouvait un grand nombre de militaires , un chevalier allemand apercevant le cimier avec l’ours, se leva brusquement de sa place, s’écriant orgueilleusement dans son langage: Qui est- ce qui ose ainsi porter mon cimier? A ces mots il ordonne à son écuyer de lui faire venir son cheval et

* Murator. Antich. It- Diss. LIII.

ses armes pour combattre cet audacieux. Cet Allemand , nommé messire Scindigher, était d’une stature presque gigantesque et avait une grande réputation de valeur. Quelques Italiens et Allemands qui se trouvaient présens, n’ayant pu réussir à le calmer, se rendirent à l’auberge du chevalier florentin pour lui signifier qu’il lui fallait ôter l’ours de son cimier ou le combattre avec messire Scindigher. Celui-ci répondit qu’il n’était pas venu pour se battre à Ferrare , mais pour aller exercer la charge de podestat à Padoue ; qu’il regardait chacun comme son frère, comme son ami. Le terrible Allemand ne s’en emporta que davantage en entendant cette réponse, et envoya un nouveau défi à l’usurpateur de son cimier. Le Florentin à cette nouvelle ambassade s’écria : Je ne consentirai en aucune manière à me battre. Ce cimier est à moi , car je l’ai fait faire par maître Lucchino , peintre à Florence, et je l’ai payé cinq florins; si cet Allemand le veut pour le même prix je le lui céderai volontiers. Messire Scindigher paya sans difficulté les cinq florins, et fit prendre le cimier, plus satisfait que s’il avait conquis une ville. Le podestat s’en procura un autre à Ferrare , y faisant faire quelques changemens pour éviter un nouvel embarras, et continua son voyage vers Padoue , fort content d’avoir évité de se battre, et de plus d’avoir gagné trois florins au change de son cimier *.

Le costume suivant est extrait du même Office de la Sainte Vierge qui m’a fourni le n° 7 1 . Ce noble français porte une soubreveste fond d’argent avec un lion rampant rouge. Le reste de l’armure est d’acier.

Franco Sacchetti , Nov. CL.

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DES XIIP, XIVe ET XVe SIÈCLES

MCCC. — N° 81.

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