NOBLE ESPAGNOL
Le même manuscrit d’où il m’a été permis d’extraire le costume précédent m’a encore fourni celui de ce noble Espagnol , et l’on y remarquera encore avec les costumes italiens cette analogie dont j’ai déjà eu plus d’une occasion de m’appuyer, pour démontrer que les monumens de la renaissance des arts en Italie peuvent servir également à préciser pendant plusieurs siècles les costumes de presque tous les peuples de la partie occidentale de l’Europe. Les nations du Levant offrent seules des nuances qui leur conservent un caractère bien distinct.
Ce noble Espagnol est coiffé d’un chapeau dont j’ai trouvé de très-fréquentes répétitions dans les peintures du quatorzième siècle. Les fresques de Giotto et d’Orcagna dans le Campo-Santo de Pise en offrent seules plusieurs exemples ; et si on le retrouve un siècle plus tard en Espagne , c’est que non seulement les usages d’Italie ont dû y pénétrer plus lentement , mais encore parce que les modes , soumises alors à moins de caprices , se maintenaient quelquefois pendant la durée de tout un siècle. Le même chapeau se trouve répété dans les peintures du Berna , conservées dans l’Académie des beaux-arts à Sienne, quoique ce peintre appartienne au quinzième siècle.
Ce noble Espagnol porte une espèce de manteau ou simarre sans manches, d’une étoffe bleue. Le pourpoint est couleur de laque. La bourse et la ceinture sont de cuir brun enrichi de dorures. La chaussure est rouge , et le chapeau est vert. La draperie du fauteuil est violette; le coussin sous les pieds est de la même couleur , mais orné de broderies rouges. Le dossier ou baldaquin est en bois de noyer.