Côte-d'Or
Le département de la Cùte-d'Or, l'un des plus étendus en superficie, a été formé en 1790 du nord et du centre de l'ancienne province de Bourgogne. Il a pour chef-lieu Dijon, vieille et belle ville de 61.000 habitants, à qui ses monuments conservent encore un air de capitale. Il doit son nom à la chaîne de hautes collines dont il est traversé du nord au sud et qui, elle-même, a emprunté sa dénomination significative au nombre et à l'excellence de ses vignobles.
Riche en vin (elle l'est moins aujourd'hui, mais elle le redeviendra malgré le phylloxéra) la Côte-d'Or ne l'est pas moins en hommes. Nul département, sauf ht Seine, n'a porté une telle moisson, ou, pour mieux dire, une telle vendange d'illustrations, et ces illustrations, malgré la diversité des conditions, des aptitudes et des œuvres, ont des traits communs soit dans le caractère soit dans l'esprit. Elles sentent leur terroir, elles sont vraiment bourguignonnes.
Le génie bourguignon se reconnaît surtout au sens et à l'amour du réel. 11 tient au sol par de puissantes attaches et ne se perd pas volontiers dans des recherches dont l'utilité ne lui est pas démontrée : c'est ainsi qu'il est resté presque absolument étranger aux spéculations de la haute philosophie. Mais, s'il ne veut pas quitter terre et perdre pied, il n'est en rien asservi à la matière. Il est capable d'élévation comme de gaieté,
de souplesse connue de force, de finesse comme de grandeur. Il embrasse dans l'ampleur de ses facultés tout ce qui est de l'homme; il a la joie et le sérieux: il n'ignore rien de ce qui peut égayer, embellir ou féconder notre vie terrestre. Livré' à lui-même, il s'épanche en irrésistibles saillies : on dirait le gai bouillonnement du vin nouveau. Cultivé et réfléchi, il prend la sève et le bouquet, la chaleur vivifiante du vieux vin. Il est ainsi tour à tour l'épigramme et le noël avec Piron et Lammonoye, l'éloquente expression du Christianisme envisagé surtout comme règle de la vie avec Bossuet, la science avec Buffori et Monge, la guerre avec Carnol, l'art puissant et fougueux avec 15 ude.
Il est encore. lorsqu'il ne se dégage pas de l'anonymat des foules, il est l'esprit de sociabilité, hospitalier et cordial; il est l'amour du travail et des vertus viriles; il est. entin (les défenseurs de Saint-Jean-de- Losne et les combattants de Dijon le prouvent) il est le patriotisme.
Ce serait peut-être ici la place d'une description géographique du pays qui nous ferait connaître, avant les hommes dont nous avons à parler, le berceau de leur enfance ou le théâtre de leur vie. Mais cette description se trouve partout. Nous nous contenterons, pour donner une idée de l'abondance plantureuse de la Bourgogne, de citer une page bien venue d'Aloysius Bertrand, pauvre poète, qui, après quelques années d'un heureux séjour à Dijon, s'en vint à 40 ans mourir phtisique dans un hôpital de Paris. Il nous semble que de ce morceau se détache animée et expressive, l'image familière de la contrée que Miehelet appelle « l'aimable et vineuse Bourgogne, le bon pays où les