‹ Côte-d'OrChapitre 2 sur 11 · LE PAYS ET LES GENS · texte numérisé non relu

LE PAYS ET LES GENS

villes mettent des pampres dans leurs armes, où tout le monde s'appelle frère et cousin, le pays des bons vivants et des joyeux Noëls. »

« Quel accueil je reçus dans une ferme, à quelques lieues de Dijon, un soir d'octobre que l'averse m'avait assailli, cheminant au hasard vers la plaine, après avoir visité les plateaux boisés el les combes encore certes de Chambœuf. Je heurtai de mon bâton de houx à la porto secourable et une jeune paysanne m'introduisit dans une cuisine enfumée, toute claire, toute pétillante d'un feu de sarments et de chênevottes. Le maître du logis me souhaita une bienvenue simple et cordiale, sa moitié me prépara un chaudeau et l'aïeul me força de prendre sa place au coin du feu, dans le gothique fauteuil de bois de chêne que sa culotte avait poli comme un miroir. De là, tout en me séchant, je me mis à regarder le tableau que j'avais sous les yeux. Le lendemain était jour de marché à la ville : on le voyait de reste à l'air affairé des habitants de la ferme qui hâtaient les préparatifs du départ. La cuisine (Hait encombrée de paniers où les servantes rangeaient des fromages sur la paille. Ici une courge que la bonne Fée aurait choisie pour faire un carrosse à Ccndrillon, là des sacs de pommes et de poires qui embaumaient la chambre d'une douce odeur de fruits mûrs, ou des poulets montrant leur rouge crête par les barreaux de leur prison d'osier... Cependant rentraient d'un pas lourd les valets de charrue secouant leurs bottes jaunes de la glèbe. Ils grondaient contre le temps qui retardait le labourage et les semailles. La pluie, continuait de battre contre les vitres; les chiens de garde pleuraient piteusement dans la cour. Sur le feu que souillait

» OiTE-DOR

l'aïeul avec ce tube de i'er, ustensile obligé de tout foyer rustique, une chaudière se couronnait d'écume et de vapeurs au sifflement plaintif des branches d'étoc qui se tordaient comme des serpents dans les flammes : c'était le souper qui cuisait. La nappe mise, chacun s'assit, maîtres et domestiques, le couteau et la fourchette en main, moi à la place d'honneur, devant un énorme château embastionné de choux et de lard, dont il ne resta pas une miette. Le berger raconta qu'il avait vu le loup. On rit, on gaussa, on goguenarda. Quelles honnêtes figures sous ces bonnets de laine bleue! Quelles robustes santés dans ces savons de toile couleur de terreau!... Je voulus passer la nuit dans la crèche. Rien de pittoresque comme l'aspect de ce lieu qui servait aussi de grange et de pressoir : des bœufs qui ruminaienl leur pitance, des ânes qui secouaientl'oreille, des agneaux qui tétaient leur mère, des chèvres qui traînaient la mamelle, des pâtres qui retournaient la litière à la fourche ; et, quand un trait de lumière enfilait l'ombre des piliers et des voûtes, on apercevait confusément des fenils bourrés de fourrage, des chariots chargés de gerbes, des cuves regorgeant de raisins et une lanterne éteinte pendant à une corde. Jamais je n'ai reposé plus délicieusement. Je m'endormis au dernier chant du grillon, tapi dans ma couche odorante de paille d'orge, et je m'éveillai au premier chant du coq battant de l'aile sur son perchoir. »

Cet agréable tableau de la vie rurale en Bourgogne aux environs de 1830 nous est une transition naturelle pour aborder le premier chapitre de notre galerie biographique, celui qui traite des agriculteurs.

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