‹ Côte-d'OrChapitre 11 sur 11 · ÉDUCATEURS · texte numérisé non relu

ÉDUCATEURS

.lacotot (1770-1840).

Ce savant Dijonnais est une des figures les plus originales de la pédagogie au xix° siècle. Tour à tour capitaine d'artillerie, sous-directeur de l'Ecole polytechnique, professeur de littérature, de mathématiques, delangues orientales et de droit, trois ou quatre, fois docteur, il quitta la France à la Restauration pour cause d'opinions libérales et s'en alla occuper une chaire à l'Université de Louvain. Très capable de faire le cours qui lui était confié, il se heurta néanmoins à une difficulté presque invincible. Ses élèves ne savaient pas sa langue et il ne -avait pas la leur. Il s'avisa de leur mettre en main une traduction hollandaise du Télémaque avec le texte français en regard et leur fit apprendre peu à peu certaines parties de ce texte par cœur. Ces parties ainsi apprises furent, à satiété, récitées ou écrites de mémoire. Après six mois de cet exercice, les écoliers de Jacotot savaient, parait-il, assez bien le français pour comprendre, rédiger et redire ses leçons.

Cette expérience suggéra au professeur cette idée, bientôt devenue système, que l'on peul s'instruire sans maître et qu'un ignorant peut enseigner ce qu il ne sait pas. 11 formula sa doctrine en un certain nombre d'axiomes dont voici les principaux, outre les deux que nous avons rapportés :

« Qui veut. peut. — Toutes les intelligences sont égales. — Il suffit de bien savoir une fois quelque chose pour apprendre seul tout le reste, à condition de rapporter les connaissances à acquérir à la première connaissance acquise. »

Ce système fit merveille aux Pays-Bas, où Jacotot

en dirigea l'application. De là, il passa en France et y passionna l'opinion. On en fit des expériences publiques où les deux partis prétendirent trouver de quoi appuyer leur jugement préconçu.

Le Télêmaque, traduit dans toutes les langues européennes, était le manuel obligatoire des étudiants jacotistes, qui ànonnaient à l'envi sur tous les tons et dans tous les idiomes : « Calypso ne pouvait se consoler du départ d'Ulysse. » La vogue du système dura quelque dix ans de 1830 à 1840 environ, après quoi il n'en fut plus question.

Il est, sinon démontré, au moins très probable, que la métbode Jacotot promettait plus qu'elle ne pouvait tenir; mais il y aurait de l'injustice à la traiter de trop bautet surtout à en dédaigner l'inventeur, dont les intentions, à tout le moins, étaient bonnes.

11 tirait si peu vanité de son savoir encyclopédique, acquis presque sans maître et par sa seule énergie, qu'il croyait chacun de ses semblables capable de la même culture pourvu qu'il fût capable du même effort. D'autre part, comme il voyait dans la science la première condition du bonheur, il voulait lapropager partout et faire le plus grand nombre possible d'heureux.

Il ne nous déplaît pas de terminer notre petit livre par l'expression de ces nobles sentiments, dont le dernier au moins doit être partagé par tous les bons Français

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