CHAPITRE II
SIERRA-LEONE. — Free-Town. — Les habitants.
Plantains, etc.
Armée. — Iles Bananes, îles
x\dossée à Tune des pointes que forme l'extrémité du cap de Sierra-Leone, se trouve la ville de Free-ïown.
L'établissement anglais de Sierra-Leone date de 1787. Sa population est de 20 à 55,000 habitants, dont un grand nombre provient d'esclaves trouvés à bord des navires de traite capturés par les croiseurs anglais, et auxquels la liberté a été rendue.
Free-Town. — Après avoir dépassé le Rio-Scarcies, écrit M. A. Burdo dans Niger et Bénué, nous entrons dans la rivière de Sierra-Leone. Sur ses bords, quel riant panorama! De belles montagnes vertes, où s'étalent des villas du plus joyeux aspect, où la végétation est riche à l'excès, et dont les sites sont enchanteurs. On dirait d'un coin de la Suisse baigné par l'Océan.
A l'embouchure de la rivière, un phare de style mauresque, qui domine des bouquets d'arbres au feuillage- varié, semble vous inviter gaiement à pénétrer dans cette baie si libéralement parée par la nature. Hélas! comme la sirène aiiti(|ue, ce brillant décor n'est qu'un appât mortel pour qui se laisse séduire. Sierra-Leone est réputé l'un des points les plus insalubres de la côte, l'un des plus funestes à l'Européen.
Sierra-Leone, dit encore M. de Compiègne dans V Afrique équatoriale, est la capitale des possessions anglaises dans l'Afrique occidentale. C'est une ville vraiment pittoresque, baignée par une baie superbe ; elle s'étale sur des collines, que domine une belle montagne boisée, connue sous le nom de Montagne Ileddel. Au [iremier plan sont bâties des maisons de fort bonne apparence, celles des négociants blancs, puis COTE occidk.ntam; d'akkiql'E 3t
celles des noirs aisés. De là on passe, presque sans transition, à des quantités innombrables de misérables huttes ressemblant en tout point à des ruches à miel, dans lesquelles grouille la population la plus misérable et la plus infecte.
Sur une de ces collines s'élève un vrai palais, celui du Gouverneur général, et sur une autre de très belles casernes destinées au West Indian Régiment. I a population de Sierra-Leone est estimée à 45,000 habitants. Mais ce chiffre me paraît fort exagéré.
Nous lisons encore dans le Dahomey de M.*rabbé Lafitie :
La ville de Free-Town, chef-lieu du gouvernement de Sierra-Leone, est le point le plus important de la Guinée; grâce à son port, le plus beau de toute cette côte, elle est devenue le centre d'un commerce très actif. La population, qui est considérable, est non moins variée : blancs, noirs, cuivrés, mulâtres, vivent sur le même sol, et du mélange de tous ces sangs divers est sortie une variété de couleurs auxquelles on ne sait quel nom donner. Je serais fort en peine aussi s'il me fallait donner un nom à chacun des cultes religieux qui sont en honneur daas cette colonie. Les catholiques y sont en très petit nombre, et la plupart sont venus de Saint-Louis. Un évéque anglican y représente la religion officielle du gouvernement britannique, et compte au nombre de ses adhérents les employés de l'administration, les officiers et les soldats de l'armée. Quelques ministres wesleyens, anabaptistes et autres, cherchent à attirer les nègres autour de leurs chaires, et y réussissent plus ou moins.
Des Habitants. — Il y aurait tout un livre à écrire sur Sierra-Leone, nous dit encore M. A. Burdo, sur sa bizarre population, vraie mosaïque où se heurtent les mœurs, les religions, les types les plus divers.
La population de Sierra-Leone est très bigarrée : formée de 1830 à 1848, elle se composait principalement d'esclaves capturés par les croisières françaises et anglaises que pourchassaient les négriers. Amenés à Sierra-Leone, on les y proclama libres, on leur donna des terres à cultiver.
Go sont eux qui occupent presque exclusivement tous les emplois, qui siègent au tribunal, qui ont en main la presse.
Ridiculement parés d'habits taillés à l'européenne , un parasol à la main pour proléger leur noire tignasse, les affranchis paradent, nonchalamment assis dans de petites voitures d'invalides traînées par un ou deux jeunes nègres, leurs frères, qu'ils regardent avec dédain, et qu'ils traitent, non comme des esclaves, mais comme des bêtes de somme.
Uien de [dus écœurant que ce spectacle !
Une des prétentions lesplus singulières ducitoyen nègre de Free-Town,
DEPENDANCES DU SENEGAL
dit M. le D"" Paul Barret, c'est de vouloir paraître blanc; il imite sans transition notre mode et nos usa.ues, et l'on ne peut voir sans sourire cette métamorphose subite, que le défaut d'habitude fait sembler peutêtre plus flagrante. Une feuille publique de Sierra-Leone expose minutieusement les conditions nécessaires pour devenir un « parfait gentleman. » Si j'en juge d'après les élèves qu'elle forme, cela consiste trop
Kig. 13-2. — Officier du i" n-gimcnt des Indes occidentales.
à porter un lorgnon avec de bons yeux, un shako et une ombrelle, sans qu'une peau noire ait rien à redouter du soleil qui a réchauifé sou premier âge, à changer de vêtements plusieurs fois le jour, à mettre encore une robe de chambre le soir, lorsqu'on étouffe de chaleur. A ces traits du costume joignez un gros livre porté à demeure sous le bras, quelque peu de poudre de riz daris la chevelure, le God save thc Qucen sifllotté entre les dents d'un air entendu, et vous aurez ce modèle du gentleman, que tout nègre élevé à l'Université cherche à atteindre. La contrefaçon, qui part en soumie d'un bon sentiment, est à la rigueur suitporlable cIkîz
les hommes ; mais que dire des falbalas, des rubans, des dentelles ébouriffantes dont se couvre une lady noire, et de ses airs de princesse? La simplicité et le madras aux vives couleurs siéent autrement bien aux négresses, — si elles le savaient.
Population et Commerce. — La population de toute la colonie de Sierra-Leone est de 60,000 habitants, au nombre desquels on compte 260 Européens.