CHAPITRE VI
COTE -D'OR. — Établissements français. — Moyens de communication. — La population. — Établissement fondé par le gouverneur Bouët-Willaumez dans la rivière Assinie (Côte-d'Or). — Assinie. — Dabou, Grand-Bassam. — Population de Grand- Bassam. — Établissements anglais. — Axim. — Cap des Trois-Pointes. — Dixcove. — Chama. — Elmina. — Cap-Coast. — Accra. — Population. — ^Moyens de communication. — Armée.
La côte d'Ivoire ou des Dents va du cap Palmas à nos comptoirs de Grand-Bassam, Là, commence, en réalité, la côte dite côte de l'Or ou Côte-d'Or.
Nos établissements de la Côte-d'Or s'étendent à l'est jusqu'aux possessions anglaises d'Apollonia. Nous n'avons avec l'intérieur que des relations de commerce. On peut admettre cependant que notre autorité se fait sentir jusqu'à 35 milles au nord du Grand-Bassam.
Une petite chaîne de collines longe la côte, dans une direction parallèle, à environ 50 kilomètres. Cette chaîne est traversée par les rivières Lahou, Akba, Assinie et Tanda dont la navigation est arrêtée à certains endroits par des rochers et des cataractes. Les montagnes de Kong, situées assez loin dans l'intérieur, sont les plus élevées de toute la côte occidentale d'Afrique. De nombreux cours d'eau en descendent, entre autres plusieurs sources du Niger.
La lagune de Grand-Bassam, large et profonde, est navigable pour les avisos de l'état. C'est ainsi qu'au mois de janvier 1887, le Goëland entra, en lagune et alla bombarder les villages des Ebrié. Mais la barre, qui est parfois fort mauvaise, ne permet pas toujours de pénétrer dans cette rivière.
Cette côte est habitée par différentes tribus qui portent les noms d'Ebriés, de Jack-Jacks, etc.. Presque toutes appartiennent à la race des .\chantis.
Les Jacks-Jacks, qui forment une des tribus les plus importantes, résident sur la côte à l'ouest de Grand-Bassam. Ce sont des traitants qui font un commerce important avec l'intérieur.
Leurs cases en bois sont bien construites, et se distinguent par leur confortable de toutes les autres babitations indigènes.
Les principaux produits de la colonie sont la poudre d'or, l'buile et les amandes de palme, l'ivoire.^
Moyens de communication. — Grand-Bassam et Assinie ne sont desservis par aucune ligne régulière de paquebots. Les vapeurs anglais y mouillent de temps à autre.
Un poste télégraphique de la compagnie anglo-française The west African telegraph company limited est établi à Grand-Bassam. On communique ainsi vers l'ouest avec Sierra-Leone et le Sénégal, vers l'est, avec Accra, Porto-No vo Jvotonou), San-Tliomé et le Gabon.
Dans VEœpansioîi coloniale de la France (F. Alcan, éd.), M. de Lanessan écrit au sujet de la population de cette côte :
La population. — Les indigènes de toute la région placée sous notre protectorat (Grand-Bassam et Assinie) appartiennent au type nègre le plus classique. Leurs formes sont généralement belles; leur corps est robuste ; leurs traits sont beaucoup plus réguliers que ceux d'un grand nombre d'autres races de la côte occidentale de l'Afrique; les femmes ont les fesses saillantes et même douées d'une légère stéatopygie qui n'est pas sans ajouter une grâce à leur tournure.
Les attaches de leurs mains et de leurs pieds sont minces, les mains sont petites, les pieds larges et plats. Les seins sont habituellement piriformes dans la jeunesse, plus tard ils deviennent très flasques, allongés et pendants. Les seins hémisphériques sont rares et considérés comme un signe de beauté.
Dans quelques villages de la lagune de Grand-Bassam, les femmes sont entièrement nues ; dans d'autres villages de la même lagune, elles n'ont pour tout vêtement qu'un petit lambeau d'étoife de la largeur de la main et flottant, fixé à une ficelle ou à la ceinture de perles qui entoure la taille. Partout ailleurs la femme porte comme costume essentiel une bande d'étoffe qui passe entre les cuisses, est fixée en avant aux ceintures de perles, et est enroulée de manière à former une sorte de coussin analogue à la tournure de nos dames. La partie inférieure du tronc et les cuisses sont couvertes d'un lambeau d'étoffe long de un mètre cinquante environ, enroulé autour des reins, par dessus la « tournure » dont nous venons de parler. La partie supérieure du corps est entièrement nue.
DÉPENDANCES DU SÉNÉGAL
\utour du cou, aux bras, aux poignets, au-dessus et au-dessous du genou, aux chevilles, sont des chapelets de verroteries, de perles, ou même de pépites d'or.
J.JJT. in. — Mulâtresses
des établissements .le la Côte-d-Or, par Darondeau.
Autour
des chevilles, les femmes (fuu certain âge portent somen des anneaux en enivre de très grande dimension. ^^^ ';'>«;f^"'^ °^^ tressés chez les jeunes filles en un grand nombre de ^eUtes touffe» , chez
CÔTE OCCIDENTALE d'aM'.IQ'E.
les femmes souvent en une seule touffe conique, très saillante au sommet de la tète. Sous ce costume les jeunes filles ne manquent pas d'une certaine grâce.
Les hommes se font, d'une bande de cotonnade, une ceinture qui passe entre les cuisses après avoir fait le tour des reins et dont les deux extrémités flottent, l'une en avant, l'autre en arrière. Sur les épaules, les plus riches jettent une grande pièce d'étoffe de coton, souvent tissée dans le pays et formée alors de bandes étroites, ajustées, diversement coloriées : ils se drapent très majestueusement dans ce pagne, à la mode romaine.
Établissement fondé par le gouverneur Bouet-AYillau.aiez dans LA RIVIÈRE AssiNiE (Côte-d'Or). — Lgs établissements de Grand - Bassam et d'Assinie sont des possessions françaises de date relativement récente.
A la suite d'un voyage d'exploration qu'il fît vers 1838 avec la canonnière-brick la Malouine, attachée à la station des côtes d'Afrique, le lieutenant de vaisseau E. Bouët, commandant de cette canonnière, fit la proposition de créer, sur plusieurs points du golfe de Guinée, des comptoirs fortifiés, destinés non plus, comme ceux que la France y avait possédés jadis, à servir d'entrepôts à la traite des noirs, mais, au contraire, à devenir des centres et des points d'appui pour le commerce licite qui tendait à se substituer à ce trafic criminel.
Les trois points suivants du golfe de Guinée furent signalés comme propres à la fondation de comptoirs : Garroway, Assinie, le Gabon, et des traités furent passés avec les chefs de ces contrées.
En avril 1843, M. le capitaine de corvette E. Bouët, qui venait d'être appelé au gouvernement du Sénégal, organisait une expédition destinée à aller prendre possession de ces trois points.
Le débarquement sur la côte d'Assinie se fît dans des conditions très émouvantes et mérite d'être rapporté.
On choisit l'endroit de la plage où la mer paraissait déferler avec moins de fureur. Le temps fut à grains pendant plusieurs jours : pirogues du pays, pirogues de Guet-N'Dar (Saint-Louis), embarcations de guerre, tout chavirait.... L'on fit construire alors de petits radeaux que l'on chargea de matériaux et que l'on poussa dans le brisant. Le premier radeau, qui ne contenait que des matériaux, fut démoli par la lame et ne parvint à la côte que pièce à
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pièce. Le second portait M. de Montlouis, le chef du comptoir projeté, un matelot, un mousse, et un obusier de montagne. Arrivé sur la crête de la lame, il se dressa presque verticalement, et l'un des côtés touchant le fond, le radeau fut chaviré en grand de l'arrière à l'avant.
« Je ne peindrai pas, dit un témoin oculaire, tout ce qu'il y eut d'aiïreux dans un pareil spectacle ; la mort des trois personnes paraissait inévitable. Au milieu des débris nous aperçûmes deux tètes : M. de Montlouis se faisait facilement reconnaître; il remonta sur le radeau, chercha des yeux le mousse qui s'était embarqué avec lui ! Ne le voyant pas, il plongea au risque de sa vie et sauva ce malheureux enfant du milieu des pièces de bois qui, se heurtant et se brisant entre elles, devaient causer la mort de l'un et de l'autre. A terre il n'y eut qu'un cri d'horreur : tous se précipitèrent à la naiïe au devant des hommes à sauver. »
AssiNiE. — L'établissement d'Assinie, jeté sur la gorge d'une presqu'île, à six ou sept milles de la mer, commande le fleuve et le passage de la barre. Il a reçu le nom de Fort Joinville.
Dabou, Grand-Bassam. — Successivement deux autres postes français furent installés sur la même cote : l'un à Grand-Bassam, l'autre à Dabou.
Bien peu de régions du globe, écrit encore M. de Lanessan, jouissent d'une végétation plus luxuriante que les territoires de Grand-Bassam et de Dabou. A peine quelques centaines de mètres sur le bord de la mer présentent un sable stérile; en beaucoup de points, mémo entre les embouchures des rivières de Grand-Bassam et d'Assinie, la végétation s'étend jusqu'au niveau des hautes marées. Ce ne sont (ral)or(l que des arbustes de petite taille et des prairies de grandes herbes que peuplent les antilopes; puis, sur les bords des lagunes, les pahdamus et les mangliers forment une barrière inextricable, défendant l'approche de forêts dont les arbres atteignent des dimensions gigantesques.
Dans toute la région basse, les forêts et les prairies dont elles sont entremêlées sont en grande })artie inondées six ou sept mois de l'année.
Dans les forêts, abondent les perro(|uets, les toucans, les pigeons verts, les tourterelles, les ibis, etc.