‹ Côte occidentale d'AfriqueChapitre 39 sur 71 · AIS SUR LA COTE DE GRAND-BASSAM · texte numérisé non relu

AIS SUR LA COTE DE GRAND-BASSAM

WjMEZ dans la rivière ASSINIE (CÙTE-D'OR).

Populations de Grand-Bassam. — Les peuplades de cette contrée sont belliqueuses, turbulentes, et agressives. A différentes reprises, notamment en 1849 et en 1853, les capitaines de vaisseau Bouët- Willaumez et Baudin durent rétablir l'autorité du pavillon français sur plusieurs points de cette côte où elle avait été violemment méconnue : ils y opérèrent également des descentes à main armée pour détruire les repaires des négriers.

Quarante-deux officiers et marins tués ou blessés, en 1849, dans ces diverses affaires, témoignent de la résistance qui fut faite par les naturels, fort supérieurs en nombre, et aussi bien armés que bien embusqués.

L'un des épisodes de cette dernière expédition a été reproduit par le peintre Horace Vernet, dans un tableau dont nous donnons la reproduction et qui représente la petite troupe de débarquement au moment où elle prend pied à terre. Au premier rang se trouvent les chefs de l'expédition : le commandant Bouët-Willaumez, et auprès de lui l'enseigne Duburquois, qui reçut à ce moment une grave blessure.

L'ouverture du commerce de troque dans les villages de la Côted'Or est toujours Toccasion de réjouissances de la part des indigènes.

Tous les jours, — écrivait un capitaine au long cours, M. Peuchgarie aîné, il y a quelque trente ans, — pendant plus d'un mois, ce ne sont que danses, chants, musiques et promenades en habits de fête; les noirs parcourent le village et s'arrêtent aux maisons des chefs et des traitants, où ils trouvent toujours des cadeaux préparés. C'est devant la maison du roi que se passent chaque jour les scènes les plus grotesques; il préside presque toujours à ces fêtes, assisté de toutes les personnes de sa maison et de toutes ses femmes, et- là où les rigidités de la loi du prophète ne s'exercent {)as sur le sexe, elles se mêlent aux danses des chefs et du peuple.

Toutes ces négresses sont couvertes d'or, de corail, et de verroteries; tout lart de l'oriévrerie de Dagumba s'étale sur leurs personnes. Elles se groupent par rang d'âge et d'influence autour du monarque, et lui chantent, en battant des mains, les dithyrambes les plus llaLteurs.

Si l'on repose la vue sur ces groupes de femmes, qui toutes ont à subir le joug de ce maître absolu, ou la détourne pour jeter un regard plus agréable sur ceux que forment de jeunes fdles adultes ou de petites négresses encore enfants. Dans les premières, ou voit la négresse flat-

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teuse, qui brise son corps à tous les caprices d'un despote dur, sauvage, et qui, dans ce moment, pour chercher à lui plaire, se livre à toutes les contorsions, à tous les gestes, car elle attend de lui quelque récompense ou quelque faveur. On voit parfois cette pauvre créature, adulant ce maître hautain, en être repoussée ou sacrifiée; alors un sentiment de compassion et d'intérêt s'empare de vous. Au contraire, dans les secondes, on trouve la jeune vierge, insouciante de son avenir, jouant, dansant, riant, sans arrière-pensée, ne s'occupant que du plaisir et de sa toilette qu'elle aime par-dessus toutes choses. Aussi, s'y jette-t-elle avec toute la grâce de son âge et la souplesse de son joli corps, le plus souvent à demi-nu, drapé seulement d'un pagne de soie, les jambes découvertes jusqu'aux genoux; ces jeunes filles se livrent avec un charme admirable à leurs danses si animées et si voluptueuses; à leurs chants si cadencés et souvent si mélancoliques; à leurs refrains si d'accord, que les battements de mains pleins d'ensemble accompagnent. Enfin toutes ces couleurs si variées de corail, d'or, de plumes, de tissus et de soie, font de ces groupes de jeunes négresses autant de jolis bouquets embellis plutôt par la nature que par l'art qui les rendrait moins agréables.

Etablissements anglais de la Gôte-d'Or. — Après notre établissement d'Assinie, on passe devant le village d'Apollonia, dont les terres basses sont garnies de palmiers. Un fort, aujourd'hui en ruines, avait été construit par les Hollandais sur ce point. Dans cette partie de la côte qui comprend un certain nombre de villages indigènes importants, la barre des brisants est d'ordinaire excessivement forte et difficile à franchir, même par les pirogues.

AxiM. — Puis vient le fort d'Axim qui fut bâti par les Portugais, a appartenu longtemps aux Hollandais, et est aujourd'hui anglais.

Devant Axim, un grand nombre de petites roches, placées en avant du rivage, protègent ce dernier contre la houle du large, de telle sorte que les navires peuvent le plus souvent communiquer avec la terre au moyen de leurs canots.

Le fort est bâti sur un petit monticule, à proximité d'un fourré de verdure : ses murailles blanches se détachent vivement sur Phorizon.

Cai' des Trois-Pointes. — Nous trouvons ensuite le cap des Trois-Pointes, qui est formé par le prolongement de trois collines

assez élevées, abruptes, et terminées par trois petites hauteurs de forme conique.

DixcoYE. — Quand on a doublé le cap des Trois-Pointes, on distinc^ue le fort anglais de Dixcove, reconnaissable également à ses murailles d'une blancheur éclatante.

Le fort a la forme d'un carré; il s'élève sur un petit monticule; deux bastions le flanquent et lui donnent l'aspect d'un château féodal. Des terres boisées, véritables massifs de verdure, et des groupes de cases indigènes entourent le fort de Dixcove.

Un grand dépôt de charbon pour les navires à vapeur qui se dirigent vers le sud de la côte y est établi.

Dans toute cette partie de la côte occidentale d'Afrique (côte d'Or et de Guinée), les villages sont généralement bien bâtis. Beaucoup de cases sont en torchis, peint à la chaux, avec des portes et des fenêtres pleines, les autres sont faites en pétioles de palmier. Toutes sont recouvertes en feuilles de palmier, imbriquées et solidement disposées pour préserver l'habitation contre les pluies torrentielles qui tombent pendant une partie de l'année.

Après Dixcove, la côte continue à présenter le même aspect : les terres sont très boisées et composées d'une chaîne à peu près ininterrompue de monticules, sorte de grandes dunes, reliés entre eux par une pente assez douce.

Chama. — L'on passe ensuite devant l'ancien fort hollandais de Gliama, bâti sur la rive droite du Prah, fleuve assez important, mais dont le cours est interrompu par des cataractes à une quinzaine de lieues de son embouchure.

Chama a une population de 3,000 à 4,000 habitants: il appartient également aux Anglais.

Elmina. — Après Chama vient la ville d'Elmina.

Le fort d'Elmina est le premier établissement fait à la Côte-d'Or par les Portugais. Il passa en 1641 aux mains des Hollandais qui en firent le chef-lieu de leurs possessions sur ce littoral.

Le fort fut construit sur la hauteur voisine, appelée Santiago. 11 est situé sur un monticule haut de 30 mètres au-dessus de la mer;

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il croise ses feux avec un autre fort, le fort Saint-Georges, construit sur une presqu'île basse et rocheuse.

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La ville indigène contient 2,500 habitants environ. La ville

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européenne, dans laquelle on remarque quelques jolies habitations, s'élève au bord d'une large route plantée de beaux arbres qui côtoie le fond de la baie.

Le débarquement peut se faire par les embarcations lorsque la mer est belle, mais il est préférable d'employer les pirogues du pays, qui sont fort grandes, en général faites d'un seul tronc d'arbre, et très habilement maniées par les naturels.

Le pays voisin est accidenté, présente quelques ondulations et surtout est très boisé. On aperçoit çà et là quelques maisons de campagne appartenant aux fonctionnaires ou aux riches négociants. Plusieurs de ces maisons sont très agréablement situées au milieu de bois et de vergers.

Elmina fut le point de départ de la glorieuse et pénible expédition anglaise de 1871, contre les Achantis, dont l'État s'étend au nord de cette partie de la côte. Depuis cette époque, Elmina appartient aux Anglais.

Cap-Coast. — A quelques lieues d'Elmina, sur la côte, se trouve Cap-Coast. Rien n'est plus pittoresque que la vue dont on jouit en regardant la ville de Cap-Goast, en partie cachée par des massifs de verdure et dominée par les tours blanches de ses forts.

L'établissement de Cap-Coast, bâti par les Portugais, passa aux mains des Hollandais, et en 1665 fut pris par les Anglais, auxquels il fut définitivement cédé l'année suivante.

La ville noire, très grande, se trouve dans la plaine et sur le penchant de collines qui paraissent à petite distance du bord de la mer; elle s'étend sur le penchant de ces collines. Des Européens sont établis sur ce point. Ils possèdent des maisons vastes et bien bâties, la plupart entourées de jardins qui donnent, par leur verdure, un aspect agréable à la ville. Sa population est de 8,000 habitants.

Cap-Coast a été longtemps le chef-lieu des possesions de TAngletcrre, mais à la suite de la guerre contre les Achantis, le siège du gouvernement anglais a été porté à Christiansberg.

Après Cap-Coast, on passe devant les ruines d'anciens forts anglais et hollandais, le fort d'Anamaboë, les forts de Cormantine, deTantamquerry, d'Apam.

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Accra. — On distingue enfin la pointe d'Accra : à son extrémité rocheuse est bâti le fort anglais James, élevé seulement de 1 1 mètres au-dessus de la mer. Quelques roches éparses garnissent sa base et le débarcadère se trouve dans une petite anse sablonneuse presque sans abri.

Accra est la capitale de l'ancien royaume d'Accra, d'une population de 10,000 à l-2,000 habitants. Accra a toujours été une possession anglaise.

M. L'abbé Laffitte faisait, il y a une vingtaine d'années, de la ville d'Accra, la description suivante :

On donne à Accra, capitale du royaume de ce nom, le titre de ville, mais c'est là un vrai titre de luxe, consacré cependant par toutes les géographies. La plus misérable de nos bourgades d'Europe a l'air d'une cité de premier ordre, auprès de cette multitude de baraques que l'on a si pompeusement étiquetées.

A part les forteresses anglaises et quelques maisons de négociants, tout le reste n'est qu'une triste agglomération de huttes de nègres, sales, enfumées, qui craquent à chaque coup de vent et menacent de joncher le sol de leurs débris.

Les rues sont tortueuses et si étroites que trois hommes peuvent à peine y passer de front. Les places sont des cloaques et des dépôts d'immondices.

Aujourd'hui Accra est, dit-on, la ville la plus policée de cette côte.

Ce qui rend la position d'Accra importante pour les Européens, c'est que, à quelques lieues de la côte se trouve un massif montueux de quelques centaines de mètres d'altitude, dans lequel on a établi un sanitorium.

D'Accra, dépendent un certain nombre de petites bourgades aujourd'hui en ruines et qui autrefois comptoirs danois sont également aujourd'hui sous la dépendance de l'Angleterre.

Les populations de cette partie de la côte sont remuantes, et les Anglais ont à réprimer de temps à autre quelques insurrections de leur part.

A Accra, le débarquement présente de grandes dillicultés à cause des brisants qui bordent le rivage. Quand la mer est agitée, il serait dangereux d'en tenter le passage, même avec les pirogues des indigènes; lorsque la mer est calme, de longues et folles vagues

(D'ajnès une aquarelle, TC\>«

ES PEUPLADES INSURGEES DE GR AND- H ASSA .M. ij-ltribué à Horace Vernct.)

soulevant à peine la surface de l'eau, viennent se briser sur le rivage en un flot d'écume.

Christiansberg. — A portée de canon du fort d'Accra se trouve le fort de Christiansberg; ce fort fut bâti par les Portugais sur une pointe rocheuse, de chaque côté de laquelle le rivage forme une petite baie de sable.

Après avoir changé plusieurs fois de maître, il a été cédé en 1694 aux Danois et est resté longtemps le chef-lieu des établissements danois sur la côte occidentale d'Afrique; puis il est passé à l'Angleterre.

Le fort a l'aspect d'une citadelle féodale imposante, qui atteste l'ancienne splendeur maritime du Danemarck. Il domine la ville qui compte 5,000 à 6,000 habitants.

C'est à Christiansberg que, depuis 1871, a été placé le chef-lieu des possessions anglaises de la Côte-d'Or.

D'après quelques écrivains, la population des territoires de la côte d'Or, placés sous le protectorat de l'Angleterre, serait de 500,000 âmes; et le mouvement commercial des comptoirs anglais de 12 à 14 millions de francs.

Population. — D'après M. le heutenant Tralboux, la population des établissements anglais de la Côte-d'Or, qui était, en 1851, de 400,000 habitants, n'était plus, en 1868, que de 252,000. En 1872, après Tannexion des établissements hollandais, elle remonte de nouveau à 400,000. Bien que ces chiffres soient officiels pour les Anglais, ils peuvent paraître plus ou moins fantaisistes, car il est difficile de faire un recensement exact dans ces régions. Les habitants sont des Achantis. Il y a aussi quelques mulâtres hollandais et portugais. A la côte de Guinée on donne encore le nom de Minas aux indigènes de la Côte-d'Or qui s expatrient par groupes de 20 environ et vont servir de canotiers dans les factoreries du golfe de bénin. Ces gens passent la barre avec une adresse et une intrépidité remarquables, ce sont les meilleurs piroguiers que l'on connaisse.

Les Achantis sont grands, robustes, de physionomie agréable. Ils ont fait i)reuve de bravoure et d'énergie dans leur longue lutte contre les Anglais. Ils sont, eux aussi, adonnés au fétichisme.

La population, comme on le voit par les chilfres cités plus haut, diminue avec rajjîdité. Comme en Calédonie, à la Nouvelle-Zélande, aux Sandwich, aux Hébrides, aux Fidjis, en Tasmanie et en Australie, les

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aborigènes disparaissent à mesure que la civilisation pénètre davantage dans leur pays.

Moyens de communication. — La colonie anglaise de la Côte-d'Or est desservie par une ligne régulière de paquebots partant chaque semaine

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de Liverpool et touchant à Madère, Sierra-Leone, la Cùte-d'Or et Lagos. La traversée est de 21 jours pour Accra; la distance de Londres est de 3869 milles anglais.

Les paquebots allemands de Hambourg touchent aussi à la Côte-d'Or.

Enfin, à Accra, existe un petit poste télégraphique de la Compagnie The west African telegraph company limited et communiquant avec Kotonou à l'est et Grand-Bassam à l'ouest. Un fil télégraphique et une route relient éo'alement les points importants de la côte : Accra, Cap-Goast, Elmina.

Armée. — La garnison de la colonie anglaise de la Gôte-d'Or est constituée par le 2' bataillon du régiment des Indes occidentales dont le recrutement est le même que celui du bataillon de Sierra- Leone.

Des détachements d'artillerie sont en outre affectés à la défense des forts de cette côte.

CÔTE OCCILENTAL'i: DAFP.KHE.

Fig. 153. — Village de Petit-Popo (colonie allemande).

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