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(D"aiirès une aquarelle ir.éditL' de Noiisvi'aiix
nERG.
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des lagunes plus ou moins navigables, disposées parallèlement à la cote, ne communiquant avec la mer que par les interruptions des dunes existant en un petit nombre de points. Dans ces lagunes... viennent se déverser les eaux d'autres lagunes perpendiculaires, pénétrant plus ou moins profondément dans l'intérieur du pays, et recevant toutes les rivières dont aucune, par suite, ne se jette directement à la mer. Tout le pays coupé par ces lagunes est plat et plus ou moins marécageux, malsain et très chaud ; les plages seules sont habitables pour les Européens qui trouvent un peu de remède à la chaleur et à l'insalubrité dans les brises de la mer.
Les premiers villages que l'on rencontre sur la cote des Esclaves, sont les possessions allemandes de Porto-Seguro et de Petit-Popo.
La plage qui entoure ce dernier village, dont l'importance commerciale est assez grande, est nue et sablonneuse; à peine quelques palmiers se voient-ils aux environs du village, dont les cases noirâtres se détachent d'une manière très distincte sur l'horizon.
A Petit-Popo la barre de la plage est très accessible pour les pirogues.
Colonie allemande de Petit-Popo ou principauté de Togo. — La colonie de Petit-Popo, dit M. le lieutenant Tralboux, s'étend sur la côte des Esclaves sur une longueur de 80 kilomètres environ.
Cette colonie n'a été acquise par l'Allemagne qu'en 1884. Des maisons de commerce allemandes y étaient déjà établies avant cette époque. Ce sont elles qui ont facilité la prise de possession par leur gouvernement. Les Allemands, qui cherchaient un prétexte quelconque qui leur permît de s'établir, ont profité de la première occasion qui s'est offerte.
En février 1884, la corvette allemande Sophie, commandant Stubenrauch, mouille devant Petit-Popo. Elle s'empare de deux chefs influents qu'elle embarque et emmène comme otages en Allemagne. Ces deux chefs furent d'ailleurs traités à Berhn en grands seigneurs.
On les promena partout, leur faisant voir tout ce qui était capable de susciter leur admiration. Les journaux illustrés de la capitale publièrent même leur photographie.
Les Allemands voulaient ainsi leur montrer combien grande était leur puissance.
Les deux chefs, revenus dans leur pays, ont en effet et devant des officiers français parlé de leur voyage avec enthousiasme.
Les Allemands cherchaient dès cette époque à planter leur pavillon sur celte côte, mais les chefs indigènes ne leur étaient point favorables.
DEPENDANCES DU SÉNÉGAL
Le roi de Porto-Seguro entre autres, n'arborait jamais au-dessus de sa demeure que le pavillon français. Il avait même sollicité notre protectorat. C'est sur ce point cependant que le drapeau allemand fut hissé tout d'abord par l'équipage d'une corvette.
Cette corvette avait devancé un aviso français de la station du Gabon envoyé à Porto-Seguro pour remplir la même mission.
En janvier 1887, une commission franco-allemande a déterminé les limites de la principauté allemande avec le territoire français.
Le territoire est absolument plat et essentiellement marécageux.
Population. — La population, qui ne doit pas dépasser 30,000 habi-
Fig. 156. — Indigène de Porto Seguro. f Croquis de M. Tralboux).
tants, est composée de tribus différentes ayant chacune leur chef particulier, telles que celles de Togo, de Gridji. Les indigènes, qu'on appelle assez souvent Minas des Popos sont en majeure partie de la race des Achantis; les Dahomiens viennent ensuite.
C'est une population assez intelligente, mais paresseuse, déjà abrutie par l'alcool et se courbant docilement sous le joug germanique. Les indigènes se livrent presque tous à la pêche.
Ils font des canotiers de grand mérite. Leur hardiesse et leur habileté à passer la barre en font des auxiliaires précieux pour le commerce.
Produits. — Les produits de cette colonie sont les mêmes que ceux du reste de la côte des Esclaves. On y trouve en abondance l'huile et les amandes de palme. Les produits d'alimentation des indigènes sont le manioc, le mais, la patate, et enfin le poisson fumé et séché. Ce poisson, mélangé avec de la farine "de manioc et de l'huile de palme, constitue le plat national (le canalou).
Moyens de com.municatiox. — Dos paquebots de Hambourg appartenant à M.- Wœrmann, le promoteur de la politique coloniale allemande, font un service mensuel régulier. Ces paquebots partent le 15 de Hambourg, touchent à Gorée et en plusieurs autres points de la côte d'Afrique. Ils s'arrêtent à Lagos où ils arrivent vers le 20 du mois suivant. Ce sont eux qui transportent les produits des maisons allemandes, importations et exportations, les Allemands ne se servant pas des navires à voiles pour leur commerce.
Les paquebots anglais de Liverpool mouillent quelquefois à Petit-Popo pour y déposer des marchandises anglaises. Petit-Popo ne peut commu-
Fig. ioT. — Indigène de Porto Seguro. (Croquis de M. Tralboux).
niquer par télégraphe que par le point français de Kotonou ou le point anglais de Quitah.
Les Allemands ne possèdent pas encore de troupes proprement dites dans leurs établissements de la côte des Esclaves. Leur force armée se réduit à quelques agents de police et marins européens et indigènes embarqués sur les avisos ou pontons qui stationnent dans ces parages.
Établissements français de la côte des Esclaves. — Après Petit-Popo, commencent les établissements que la France possède sur la côte dos Esclaves.
Ce sont les territoires d'Agoué, de Grand-Popo, de Kotonou et de Porto-Novo.
CÔTE OCCIDENTALE DAI l'.iyLE.
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o()S COTE OCCIDENTALE D'AFRIQUE
Poste d'Agoué. — Asjoué est un village important situé sur les bords de la mer, à Touest de Grand-Popo. Sa distance est de cinq heures de pirogue par la lagune. 11 n'y a pas de factorerie, mais seulement quelques maisons de détail de peu d'importance. Le poste d'Agoué se compose de cinq tirailleurs indigènes avec un servent européen comme chef de poste.
Territoire de Grand-Popo et d'Agoué. — Aspect généra[.. — Le territoire de Grand-Popo et d'Agoué s'étend le long de la mer sur une longueur d'environ 00 kilomètres.
Il est borné à l'ouest par la colonie allemande de Petit-Popo. Une commission franco-allemande a déterminé les limites de la frontière en ianvier 1887. A l'est il touche au royaume du Dahomey. La rivière de Béda peut être considérée comme frontière des deux pays. Au nord, le villaf^e d'Agommé, à 40 kilomèires de la côte, est le dernier où se fait sentir notre autorité.
Ce pays, dont presque tous les villages sont indépendants les uns des autres, n'a aucune histoire. Les indigènes ont réclamé notre protectorat; nous l'avons établi en 1885. Ce sont les deux maisons françaises de Grand-Popo qui nous ont fait connaître des indigènes et par suite ont contrihué à notre étabhssement dans ce pays.
Le pays est complètement plat; on n'y remarque aucun accident de terrain.
Une lagune parallèle à la côte traverse le territoire dans toute sa largeur. C'est la seule voie qui par terre fasse communiquer Grand-Popo avec Agoué et Petit-Popo vers l'ouest et avec Whydah (Dahomey) vers l'est.
La distance entre la plage et la lagune varie entre 5 mètres et 1,500 mètres. Au village de Belfa, lors des fortes marées, la mer tombe dans la lagune en franchissant l'étroite bande de sable qui la sépare de celle-ci. La largeur de la lagune à Grand-Popo est d'environ 100 mètres. Cette lagune communique avec la mer par la Bouche du Roi, à 4 kilomètres à l'est de Grand-Popo. Mais cette ouverture, quoique très large, n'est praticable pour aucune embarcation.
Indépendamment de la barre, très mauvaise en cet endroit, on doit craindre encore le manque de fond.
Population. — La population de Grand-Popo est de 20,000 habitants au maximum.
Les villages sont presque tous situés sur la lagune de Grand-Popo et la rivière d'Agommé. Les habitants sont pécheurs et cultivateurs. Leurs habitations, de forme rectangulaire, sont toutes couvertes en paille; les murs sont également faits en paille ou en argile séchée au soleil.
DEPENDANCES DU SENEGAL
Leur vêtement consiste en nn simple pagne enroulé au-dessus des hanches et tombant jusqu'aux genoux. Un chef n'a généralement qu'un village sous son autorité.
Le pays de Grand-Popo est divisé en un grand nombre de petits territoires souvent en querelle les uns avec les autres.
Les habitants sont des Minas de la partie ouest du golfe de
Fig. 159. — Un coin cIl- Crand-l'opo, d'apr.'S un croqnis do M. Tralbonx.
Bénin ou des gens du Dahomey qui ont voulu se soustraire par la fuite aux exigences et aux cruautés de leur roi.
La langue est un mélange de mina et de djedji. Son étude n'offre aucun intérêt, car elle varie souvent d'un village à l'autre.
Les noirs n'ont pas l'esprit guerrier des indigènes du Sénégal. Les blancs sont regardés par eux comme des êtres surnaturels et presque fétiches. Ce respect tend, il est vrai, à diminuera mesure que les Européens deviennent plus nombreux à la côte.
La plupart de ces noirs sont armés du long fusil à pierre que les factoreries leur vendent à très bon compte, ils ne savent pas s'en servir; presque tous tirent sans viser en plaçant la crosse sous
COTE OCCIDENTALE DAFRIQUE
le bras droit. Ils sont généralement intelligents, quoique déjà abrutis par lalcool.
Moyens de communication. — Les seules voies de communications sont la lagune de Grand-Popo et la rivière d'Agommé.
Le bord de la mer est suivi quelquefois par les indigènes et par les Européens qui se font transporter en hamac. Encore ce chemin est-il rendu impraticable du coté est, par l'ouverture de la lagune
FOKT ANGLA,
DEPENDANCES DU SENEGAL
Bouche du Roi dont nous avons déjà parlé. 11 faut remonter assez loin dans l'intérieur pour trouver des sentiers praticables.
La plupart des terrains qui avoisinent Grand-Popo sont recouverts de marais, de vase, et de hautes herbes.
Il n'y a pas de service postal. Les courriers à destination d'Europe sont confiés à des indigènes qui s'acquittent de ce service avec plus ou moins d'exactitude. Ils doivent traverser le Dahomey dans toute sa longueur. De Grand-Popo ils vont à Whydah en pirogue;
'TE-D'ORl
302 COTE OCCIDENTALE DWFRIQUE
de ^\'hydah à Kotonou à pied, et de Kotonou à Porto-Novo. De petits vapeurs dont le service est irrégulier transportent de là le courrier à Lagos où il est pris par les paquebots anglais. Une lettre met quelquefois un mois pour aller de Grand-Popo à Lagos. Les courriers peuvent même être complètement arrêtés. C'est ce qui est arrivé au mois de mai 1887. Le roi du Dahomey ayant fait fermer tous les chemins de son royaume^ les communications ont été interrompues pendant un mois.
Quant aux vapeurs qui passent à Grand-Popo en remontant vers le Sénégal, ils sont fort rares. Les paquebots allemands seuls font un service mensuel régulier. Les paquebots anglais s'y arrêtent quelquefois en venant d'Europe pour déposer des marchandises, mais jamais en remontant la côle.
Entre Grand-Popo et Kotonou se trouve la ville de AYydah qui dépend du Dahomey, royaume encore indépendant, fermé aux Européens, et dont la description fera l'objet d'un chapitre spécial.
Après avoir dépassé le royaume du Dahomey l'on arrive à Porto-Novo, agglomération de villages contenant au total 30,000 habitants environ. Porto-Novo est sous le protectorat français depuis 1869.
Teiu'jtoire de Porto-Novo. — Le territoire de Porto-Novo, qui fut jadis un royaume puissant, a beaucoup diminué d'importance depuis que les Anglais ont pris pied sur la côte, et par suite aussi des excursions du Dahomey. Porto-Novo est situé sur la rive nord de la lagune de même nom. Le pays qui en dépend est limité à l'ouest ])ar le Dahomey, à l'est par la rivière Addo et par la compagnie anglaise de Lagos. Au nord, les limites sont indéterminées.
Nous n'aurions aucun moyen de correspondre avec Porto-Novo si le Dahomey ne nous avait cédé, il y a plusieurs années, le point de Kotonou, avec une bande de terrain s'étendant sur le littoral à 0 milles à l'est et remontant au nord jusqu'au lac de Denham,
Le pays de Porto-Novo est plat et marécageux depuis le bord de la mer jusqu'à la lagune de Porto-Novo.
La rive nord de cette lagune est longée, à faible distance, par une
DEPENDANCES DU SENEGAL
petite colline qui remonte ensuite vers le nord pour suivre la rive du Haut-Ouémé. Cette colline est couverte de forêts de palmiers et de champs de maïs; elle est coupée, de distance en distance, par des marais ou de petites lagunes qui se déversent soit dans la petite lagune de Porto-Novo, soit dans le Ouémé.
La lagune de Porto-Novo est le cours d'eau le plus important de cette partie de la côte. Elle reçoit les eaux de POuémé et du lac de Denham et les déverse dans la mer à Laiîos. C'est une voie de
Fig. ICI. — Femme de Grand Popo.
communication très suivie. Plusieurs petits vapeurs allemands et portugais font le transport des voyageurs et des marchandises entre Lagos et Porto-Novo. Cette lagune est navigable pour les navires de faible tirant d'eau. Un seul point est dangereux et on ne peut y passer qu'à marée haute.
Ceux qui ont visité ces contrées sont unanimes à vanter la richesse de la végétation, principalement sur la côte. Nous lisons dans VAtlas colonial (Bayle, éd.) :
Bien peu de régions du globe jouissent d'une végétation plus luxuriante que celle des territoires qui bordent les cotes... Ce ne sont d'abord que des arbustes de petite taille et des prairies de grandes herbes que peuplent les antilopes; puis, sur les bords i\e9> lagunes, les pandanus et les mangliers forment une barrière inextricable, défendant l'approche de forêts dont les arbres atteignent des dimensions gigantesfiues.
COTE OCCIDEXTALE D'AFRIQUE
Lac de Denham. — Dans la lagune de Porto-Novo, avons-nous dit plus haut, se déversent les eaux du lac de Denham.
Ce lac, découvert par le major anglais Denham, porte aussi le nom de Nokoué ou grand lac. 11 a une superficie de plus de 20 kilomètres carrés. Il reçoit les eaux de nomhreuses lagunes venant du Dahomey, telles que les lagunes de So, d'Abommé-Calavi et de
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Une factorerie française à l'orto-Novo.
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Godomé. 11 communique avec la mer par le chenal de Kotonou, mais il déverse la plus grande partie de ses eaux dans la lagune de Porto-Novo par les eaux du Lumé et du Toché. Sa profondeur varie peu; elle est comprise entre 2 et 3 mètres.
Habitations suii pilotis. — Une des curiosités du lac de Denham, sont les villages construits sur pilotis que Ton y rencontre, comme ceux d'Awansori et d'Alfotonou. Ces villages, relativement grands, sont constamment dans l'eau. Pour entrer dans une case, on se
CtiTF, OCCIDENTALE D AKRiyUE.
rend en pirogue au pied de l'éclielle grossière qui constitue l'escalier de toutes les habitations. On accède par là sur un palier large de 1 mètre et qui s'étend devant la porte sur toute la longueur de la case.
C'est là un lieu de réunion pour les visiteurs aussi bien que pour la famille. Pour pénétrer dans l'intérieur, il faut se courber d'une façon fort gênante, car la porte n'a pas plus de 0'°,60 de hauteur. Ces édifices, de construction légère, se balancent quelquefois
Fig. lo9. — Cases des bords du lac de Denham.
sous le poids de ceux qui les habitent; on pourrait alors se croire en pleine mer. Les habitants de ces villages sont exclusivement pêcheurs.
PoPLLATioN. — On ne pourrait donner le chiffre exact de la population (lu pi-uteclor.il (1h Porto-Novo. Le chiffre même des villages ne peut être que très ap[)roximaLif. La ville de Porto-Novo compte à elle seule environ 30,000 habitants, se décomposant comme suit : Européens, de 50 à 2.-), dont 15 Fia çais, sans compter la garnison; 8 Allemands; une trentaine de mulâtres portugais et brésiliens; environ 3,000 Alouf as ou noirs musulmans pi'ovenant du Niger; enfin la population indigène projtrenient dit-. Celle-ci s^ compose de Djedis et de Nagos en grande majorité. Ils desccnd<iit tous de la race dahomienne, Porto-Novo ayant fait paitie du rovèiunie de Dahomey. Ils sont laids, paresseux, voleurs et jieu courageux. Ils ne veulent à aucun prix s'expatrier.
La monarchie absolue qui a toujours existé à la côte des Esclaves a donné à ce peuple un caractère d'ignoble servilité. On les voit à chaque
DEPENDANCES DU SÉNÉGAL
instant dans les rues et sur les places se jeter la face contre terre pour saluer leurs chefs. Adonnés à l'ivrognerie et au fétichisme le plus grossier, tout semble contribuer à en faire un peuple médiocrement digne d'intérêt. Les rares indigènes qui travaillent, récoltent l'huile et les amandes de palme', cultivent la terre, ou servent de canotiers aux maisons de commerce.
Les autres sont presque tous pêcheurs.
La langue parlée à Porto-Xovo est le 7iago ^ mais la vraie langue du
Fig. 160. — Cases des bonis du lac de Denham.
pays est le yoruba : c'est le nom dont se servent les missionnaires pour les livres qu'ils font imprimer : dictionnaire yoruba, grammaire yoruba, etc..
La population est complètement soumise aux autorités du Dahomey,
Fi'. ICI.
PJro"ue de la côte des Esclaves.
à l'exception toutefois des canotiers des factoreries qui sont environ centvingt, et proviennent du pays de Krou et de la Gôte-d'Or.
Commerce. — Les produits d'exportation sont l'huile et les amandes de palme qui font l'objet d'un commerce considérable. Deux maisons françaises de Marseille sont installées à Porlo-Novo depuis longtemps, mais là encore, plusieurs maisons allemandes sont venues leur faire une concurrence préjudiciable.
On y rencontre en outre un assez grand nombre de maisons hré.si-
liennes, portugaises ou autres. Quelques-unes font aussi le commerce des huiles. Les marchandises troquées contre les produits sont les mêmes que sur toute la côte des Esclaves. La monnaie courante est l'argent anglais, et pour les indigènes, les cauris (petits coquillages).
Porto-No vo, écrivait, il y a une quinzaine d'années, M. l'abhé P. Bouche, dans la Côte des Esclaves , possède cinq maisons françaises, quelques commerçants portugais ou brésiliens, des traitants du pays. Les missionnaires catholiques y ont un établissement; il y a aussi des sœurs. Rinn de curieux à visiter dans la ville, si ce n'est la ville même. Elle ne ressemble en rien à l'idéal que nous nous faisons d'une ville.
Pas de rues alignées, pas de beaux édifices, pas de places régulières, pas d'avenues , pas de boulevards, pas même... de la propreté ! A certains endroits la puanteur que répandent certaines ordui^es voussuflbque ; ailleurs, les herbes au milieu desquelles vous passez vous font appréhender la rencontre de quelque serpent; ici, c'est un trou béant de 8 à 10 mètres de profondeur; là, un bouquet où trône un énorme bombax; plus loin, vous êtes tellement entouré de broussailles et de buissons que, si voire guide ne vous disait le contraire, vous vous croiriez en rase campagne. Les rues qui existent sont élroites
im»I(;knes dd i.a côtk de beI
DÉPENDANCES DU SÉNÉGAL
et tortueuses. Çà et là, dans les rues et terrains vagues, on rencontre des
^ vases, des écuelles, des bâ-
tons fichés en terre, des tiiies de fer, des statuettes grossièrement façonnées, tout l'attirail, enfin, de la superstition païenne.
^^- Gellé , lieutenant de vaisseau, signale à notre attention un monument singulier, a Le Temple de la Mort, dit-il, est l'édifice le plus curieux de la ville. Qui dira jamais le nombre de malheureux sacrifiés au génie du mal dans cette enceinte aujourd'hui si paisible, et où une herbe odorante cache aux yeux du voyageur étonné, la terre si souvent rougie par le sang des victimes ? A en juger par l'état des crânes encore enchâssés dans les piliers ou cloués aux murailles, on peut supposer, par l'indifférente tranquillité avec laquelle les noirs passent devant ce lieu, que la fin des sacrifices doit remonter à bien des années. Les derniers souvenirs se reportent à plus de trente ans de nous, et encore, dans les derniers temps de cet usage barbare, no sacrifiait-on (pie des malfaiteurs condamnés à mort eh punition de leurs crimes. » Les observations de M. Gellé, si on les prend au pied de la lettre, tendraient à faire supposer que les sacrifices
Trr**'
aphie flo .M. le colonel I). Dornt.l
pas ams, . .ans doute, le sang humain ne coule plus à flots comme au
COTE OCCIDENTALE DWFRIQUE
Dahomey. Mais les immolations d'hommes, de femmes et d'enfants, criminels, prisonniers de guerre, ou autres n'ont pas cessé ; et ces immolations ne sont plus une coutume pubHque, mais elles sont encore une coutume- Dans la campagne, les'Ahovi ou princes des Mattes, sont un objet de terreur, à cause de leurs exploits sanguinaires. Même dans la ville, j'ai vu des cadavres décapités, attachés à des piquets. Les têtes grimaçaient au haut des pieux. C'était en 1875, à côté du palais du roi, en face de la porte Fétiche. Cette porte est ornée de sculptures grossières représentant quelques divinités locales. Je l'ai toujours vue fermée.
Les indigènes de cette partie de la côte occidentale d'Afrique sont
Fig. 163. — Ustensiles de ménage. (Côte des Esclaves.]
moins beaux que ceux de Grand-Bassam et d'Assinie, mais à peu près aussi doux et non moins paresseux. Ils appartiennent, comme ceux du Dahomey, à une tribu particulière à laquelle on a donné le nom de Djedis. Nous venons de voir que malgré leur douceur, ils sont adonnés aux superstitions les plus grossières et les plus cruelles.
Les femmes et les esclaves sont seuls occupés aux cultures, qui consistent surtout en manioc, en patates douces, et en mil destinés à l'alimentation. Ils commencent aussi à cultiver le palmier à huile pour l'exportation de ce produit, qui constitue la véritable richesse du pays.
Climat. — A Porto-Novo, écrit M. l'abbé Laffitte, dans le Pays des Nègres (Marne, éd.), comme sur toute la côte des Esclaves, le thermomètre ne descend jamais au-dessous de 20" centigrades. Sans les brises régulières qui viennent de la terre pendant la nuit, de la mer pendant le jour, cette température serait insupportable. Le moment des plus grandes soulfi-ances pour les Européens est celui où Tharmattan, vent du désert, souille avec violence. Il apporte dans l'atmosphère une poussière sèche, très Une et tellement dense qu'on dirait un brouillard épais. Cette poussière pénètre partout : hommes et animaux peuvent à peine res-
DEPENDANCES DU SÉNÉGAL
pirer, les feuilles des arbres tombent, les planches des maisons se fendent avec bruit. L'harmattan souffle en décembre et en janvier.
Le Roi de Porto-Noyo. — Le roi actuel de Porto-Novo se nomme Toffa. Gomme les roitelets des autres petits États de la cVtte, Toffa aime à recevoir les Européens, qui accompagnent d'ordinaire leur visite de quelque riche cadeau. Selon la qualité du personnage qu'il reçoit, Tofïa se pare du simple costume national, ou d'un uniforme de marin ou de général.
Nous cédons la plume à M. Gourdiaux, qui donne, dans Les
l'iy. IGl. — Ustensiles de ménage. (Côte des Esclaves.)
Missions cat/ioliq lies, le récit suivant d'une entrevue qu'il eut avec ce noir potentat.
Deux portes principales donnent accès dans l'intérieur du palais. Une petite chaîne fétiche, placée sur le seuil de ces portes, en interdit l'entrée aux mauvais génies.
Les fidèles sujets de Sa Majesté ne manquent jamais, en signe de respect, de se découvrir la tête et l'épaule gauche chaque fois qu'ils passent devant la porte principale.
Franchissons la porte de la maison bâtie par le roi Meci)on. Après avoir parcouru un couloir infect, nous débouchons sur une petite cour intérieure de forme carrée. Un auvent, supporté par des piliers de bois, règne tout autour; dans la partie la plus rapprochée de la cour d'audience, le sol est battu et ciré à la bouse de vache. C'est là que, couchés sur leurs pagnes, les grands dignitaires attendent le moment de l'audience. Le roi les laisse (juelquefois des journées entières sans les recevoir. Les Européens font antichambre dans le même lieu ; mais ils ont
soin de se faire apporter une chaise, car le roi n'a pas toujours un siège à offrir à ses visiteurs.
Un petit temple fétiche s'élève au miUeu de la cour. C'est une hatte de paille entourée d'une palissade en hambou. Aux quatre anales flottent, à rextrémité de longues perches, des oripeaux d'étoffe blanche.
Les pigeons du roi prennent leurs ébats sur vos têtes; vous voyez
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Fif.'. li!o. — Pagayes et haches de la cùte des Esclaves.
passer les poules, les canards et surtout les porcs de Sa Majesté; ceux-ci paraissent jouir d'une liberté absolue de circidation.
Très fréquemment cette cour est remplie de monde. Ce sont les envoyés d'un village qui apportent au roi des présents en nature. Les uns ont un fagot de bois, les autres quelques poules, d'autres un sac de maïs, des ignames, des patates, plus rarement un mouton ou une chèvre,
La cour où se tient le roi est spacieuse et de forme triangulaire; la moitié seulement est entourée d'une vérandah.
A droite en entrant, on passe devant trois énormes tambours qui servent dans les fêtes et dans les grandes circonstances. A quelques pas plus loin, dans un enfoncement pratiqué sous la vérandah, vous voyez un nègre (Hendu sur une natte, couvert d'un pagne de soie, coiffé d'un
DÉPEN DAN-CES DU SÉXÉGAL
bonnet grec et fumant une longue nine • no-t «, m • •• , souverain actuel du royaume de Por^Novo ^' ' ''°' ^°'^"'
famille régnante de Dahome I , ouf de' Z T ' ' ''"'"'" accroupis sont prêts à le servir^u mtdre le ' '"' """^"^^
Si, comme moi, vous avez l'honneur dctre lami du roi, vous pouvez
poignée de ma,n en lui demandant des nouvelles de sa santé Vous vous recule, ensuite un ,,eu et vous vous asseyez. A la fin de râudience
COTE OCCIDENTALE DAFRIQUE. ^^
on TOUS présentera un verre d'eau ou vous êtes libre de ne tremper que vos lèvres, puis, dans un autre verre d'une indescriptible malpropreté, on vous otirira une liqueur d'Europe. Alors seulement, vous pouvez
Fig. ir.7. — Soldy, ancien roi de Porlo-Novo.
demander au roi la permission de vous retirer, on lui donnant une seconde poi|2,née demain.
K(jToxor. — 11 n'existe aucun port proprement dit sur la côte de Porto-Novo. Les quelques navires qui apportent des marchandises
DÉPENDANCES DU SÉNÉGAL
et viennent prendre des chargements pour les maisons françaises,
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illent au large de la plage, devant le village de Kotonou qui
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3AH. (D'apiès une aquarelle itiédile de Nouiveaux.;
est ainsi le véritable port de Porto-Novo. Ce qui donne encore de l'importance à Kotonou c'est le poste télégraphique de la Compagnie franco-anglaise : The West african Telegraph Compagny Limited, qui y est établi.
Les agents sont français. Le câble communique avec San-Thomé et le Gabon d'un autre côté, de l'autre avec Accra, Grand-Bassam, Sierra-Leone, et Saint-Louis.
La population européenne de Kotonou comprend ces employés et 4 commerçants.
Royaume de Dahomey. — Au dire de certains explorateurs, le
Fig. 171. — Type des indigi'iies du Dahomey.
royaume de Dahomey est l'un des plus vastes et des plus puissants de l'Afrique.
Sa fondation ne date que d'une rébellion uu au moins d'une usurpation cruelle, et n'est pas très ancienne. Son origine se retrouve dans la signification même du mot Dahomey qui signijQe Maison sur ventre. Cette origine est curieuse et mérite d'être rapportée; la voici d'après \q?, Annales maritimes de l'année 1845 :
« Le roi du pays qui formait le royaume intact du Dahomey était obsédé depuis longtemps par les instances d'un chef voisin, qui voulait étendre ses possessions sur les siennes. Lui ayant déjà cédé une partie de son territoire, il fît répondre à cet insatiable solliciteur qu'il n'aurait pas d'autre habitation que celle qu'il bâtirait sur son ventre : métaphore assez singulière, par laquelle il lui déclarait
DEPENDANCES DU SENEGAL
que, de son vivant, ce qu'il demandait ne lui serait jamais accordé. Le chef, outré de '-e refus, déclara la guerre au roi, le tua, et sur le lieu même de sa sépulture bâtit une maison qui est devenue la capitale du royaume du nom de Dahomey.
« Il n'y a pas de religion dans le Dahomey. Un fétichisme abrutissant et superstitieux domine ces populations ignorantes et se traduit par des danses obscènes, des offrandes, des statues grossières devant lesquelles les femmes même vont faire des libations et des prières. » 4
Le Dahomey (nom d'homme et de pays à la fois), est un souverain absolu ; la langue française n'a pas de terme pour quaUfier autrement
I"ig. 172. — Soufflet de for°;e au Dahomev,
l'exaltation du despotisme africain. Il dispose sans contestation des biens, des personnes, du sang de ses sujets. Chacun plie devant lui; les plus grands sont ses esclaves; un signe ferait tomber leur tète. Cet orgueil dans rexercice du pouvoir, qui n'a jamais souffert lombre d'une opposition, se déploie avec une variété sinistre à des limites inconnues. Le Dahomey règne sur une des régions les plus peuplées de la côte. Son territoire s'étend de la rive gauche du Yoltas à la lagune de Porto-Novo et nourrit entre 200,000 et 900,000 sujets. A cet égard le chiffre est vague, et sans doute le monarque lui-môme n'en saurait dire le nombre. Abomey, sa résidence, à 130 kilomètres de la mer, est située au centre d'un pays coujjé de marécages et de cours d'eau.
C'est un grand village, peuplé de fétiches et ensanglanté de massacres, une sorte de charnier humain dans le genre de Koumani, pis encore peut-être, au-dessus duquel s'ébattent une nuée de corbeaux au ventre blanc et des vautours innombrables, gardiens de la salubrité de ces régions. Le Lama, vaste marais mouvant d'accès diflicile, en défendant
COTE OCCIDENTALE D AKlilOLE.
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les approches de la capitale, a laissé le Dahomey jusqu'à ce jour dans un isolement favorable à sa politique.
De ce repaire, sans prétexte et sans besoin, le potentat lance son armée à la curée des pays d'alentour, dont il est la terreur. Il entretient plusieurs milliers de guerriers formés à une certaine discipline, et une garde d'honneur, « les amazones noires )>, nerveuses comme des femmes et trempées en héros, qui, maintes fois, dit la chronique, glorieuses de ses faveurs, lui ont fait un rempart de leur corps, et, par leur intrépide acharnement, ont décidé du sort de la bataille et sauvé sa personne.
Ces tigresses manient avec une égale dextérité le lasso et la sagaïe. Le noir du Dahomey est réputé brave, autant que plein de morgue et d'ombrage. Sa vie n'est, pour ainsi dire, pas sa propriété; dans les temps
Fig. 175. — Vue du fort fiançais do W ydah.
les plus calmes, elle ne tient qu'à un caprice. N'ayant nul souci de celle des autres, il renonce sans peine à la sienne, regardant sans doute la mort comme une visiteuse inévitable, qu'il a trop souvent fréquentée pour n'être pas familiarisé avec sa venue. Il a, d'autre part, les traîtrises du léopard : il attaque de préférence par surprise et la nuit, à la clarté de la lune. Déjà il est mieux armé; le commerce de la côte lui fournit de la poudre, des fusils, des armes blanches meilleures que celles qu'il fabrique lui-même, voire des canons, dont il goûte le fracas et prodigue l'honneur à tout venant (').
La ville la plus importante da Dahomey est Wydah.
Wydah compte 20,000 à 25,000 âmes.
Cette ville fut longtemps un des foyers les plus actifs de la traite des noirs.
On trouve encore à Wydah les trois forts aujourd'hui presque en ruines, qui avaient été établis par les Français, par les Anglais, par les Portugais pour protéger les opérations de cette traite.
1. L'Afrique occidcnUile, D' Paul Barret. Challamel, éditeur.
DEPENDANCES DU SENEGAL
La plage de Wydah, dit M. l'abbé Lafïitte dans le Dahomey (Marne, éd.). sauf la manière d'en prendre possession, ressemble à toutes les plages de la côte occidentale d'Afrique.
Sur le bord de la mer, c'est du sable mêlé de coquillages; plus loin, c'est encore du sable ; mais des arbustes épineux au feuillage étiolé se montrent çà et là comme pour attester que la végétation ne s'est pas retirée tout à fait de cette plaine aride.
La nuit tout y est calme : la mer parle seule et sa grande voix se récrie éternellement et en vain contre le grain de sable que Dieu a opposé à sa fureur.
Le jour, la scène change : c'est un va-et-vient de pirogues qui partent, de pirogues qui reviennent, de nègres qui roulent des barriques d'huiles de palme, d'eau-de-vie; les blancs jurent comme des païens, les nègres chantent, crient, pleurent : on ne sait à qui entendre, et ce vacarme recommence tous les matins pour se prolonger jusqu'au coucher du soleil.
Aspect de la ville deAVyd au.
— Gomment donner une idée des rues et des places de la ville de Wydah? Et d'abord, peut -on donner le nom de rues aux sentiers qui coupent en tous sens la grande cité nègre? De toutes les lignes, la ligne droite y est le moins en honneur; si elle règne l'espace de deux à trois mètres, c'est [»our prendre ensuite une tournure à dérouter la main du dessinateur le plus habile. Le labyrinthe de Crète, que je retrouve en mes souvenirs classiques, n'est rien en comparaison du nouveau labyrinthe dahoméen. Le visiteur novice hésite à cha(iue pas
dès son entrée dans la grande Yille nègre. Telle rue qu'il avait d abord nrise de préférence à cause de sa largeur, qui lui donnait un petit air de boulevard, se rétrécit peu à peu, au point qu'il ne peut plus la suivre sans frôler les murailles; sorti de cet étau, il s'engage dans un autre passa-e qui, après bien des détours, le conduit contre un mur; fatigue,