LA RIVE DROITE DU GABON
En 1842, un traité fut passé avec les chefs Louis et Quaben, de
la rive droite, p(jur racquisition d un terrain et du droit d'établissement.
DÉPENDANCES DU SÉNÉGAL
Le 16 mai 1843, une expédition, dont nous avons déjà fait mention, était organisée par M. le commandant E.Bouët, gouverneur du Sénégal, et partait de Gorée pour aller fonder cet établissement : le
18 juin suivant, elle pénétrait dans l'estuaire; un blockhaus, entouré de fortifications passagères, assura notre prise de possession sur la rive droite.
COTE OCCIDENTALE D'AFRTQL'E
Enfin, en avril 1844, un nouveau traité passé avec tous les chefs principaux des deux rives consacrait définitivement notre souveraineté sur toutes les terres, îles, presqu'îles, etc., que baignent le Gabon et ses affluents. En 1846, nous fondions Libreville sur la rive droite.
Dexys, roi du Gâbox. — Au moment de la création de notre
Fig. 201. — Dony:, roi 1I3 la rive gauche du Gabon. (Aquarelle de Darondeau J
établissement du Gabon, Denys, le roi de la rive gauche de ce fleuve, comprit les avantages immenses qu'il pourrait retirer du séjour des blancs.dans son pays. Aussi facilita-t-il de tout son pouvoir notre établissement sur cette partie de la côte occidentale d'Afrique. 11 prit ensuite une part importante aux négociations
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qai ont amené la cession à la France de la rive droite du Gabon, se montra notre ami dévoué, et se conduisit si bien qu'on le nomma chevalier de la Légion d'honneur.
Pendant ce temps, au moyen des riches présents que lui envoyait le Gouvernement français, le monarque gabonais se montait un»garde-robe des plus luxueuses.
Fig. 205. — Une femme du roi Denys.
D'autres puissances contribuèrent de leur côté à la constituticju de cette garde-robe : ainsi les services que le roi Dcnys rendit à des naufragés anglais, lui firent envoyer par la reine Victoria une énorme couronne d'or et un assortiment varié de brillants uniformes. M. Griffon du Bellay, qui a connu le roi Denys au temps de sa splendeur, écrivait à ce sujet : « Peu de gens peuvent se vanter d'être si bien vêtus. Tout récemment, lorsqu'il s'est agi d'étendre
notre autorité sur les populations du cap Lopez, auprès desquelles sa renommée de prudence et de sagesse lui a donné un grand crédit, c'est lui qui s'est chargé de la négociation du traité, et dans cette occasion solennelle, il a pu, pendant près de six semaines, apparaître à ses sujets émerveillés, chaque jour dans un costume nouveau, et
l'ig. iva. — iJolyiigliu, l'rn-e du roi Denys. (Aquaitlle d'j DaroiidLau.J
chaque jour plus brillant que la veille : aujourd'hui en général français, demain en marquis de Molière, plus tard en amiral anglais. »
Famhj.e de Denys. — Ajoutons que le roi Denys, en bon souverain qu'il était, faisait bénéficier généreusement les membres de
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sa famille, voire même quelques-ims de ses humbles sujets, des splendeurs de sa magnifique garde-robe. C'est dans des accoutrements de ce genre que sont représentés les nobles personnages de la famille royale dont nous donnons les portraits. On jugera du spectacle grotesque que devait offrir, dr.ns les circonstances so-
Fig. ^)1. — Pflit Denys, neveu du roi fienys. (Aquarelle de Daronduau.;
lennelles, l'exhibition générale, sur le dos des princes gabonais, des costumes de toutes les époques et de tous les pays que possédait le roi Denys, et qui faisaient ressembler sa suite à une assemblée cosmopolite de diables parés pour quelque divertissement infernal. D'après les récits des derniers voyageurs qui ont visilé cette partie du continent africain, la splendeur de la cour du roi Denys
a fait place aujourd'hui à une triste décadence. Hélas ! de tous ces somptueux costumes, fruit des libéralités des monarques euro-
Fig. '2(18. — Le fils de Tctit Dcnys, courtii'r fiançais. (Nousveaux,)
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péens, il ne reste plus, paraît-il, qu'un amas d'informes défroques ; c'est parmi ces dernières que les descendants de Denys qui ont conservé le goût des vêtements de parade sont réduits à fouiller d'un
Fiï. 'iil'.l. — Les rommcs de f'cllt Denys. i'Koiisv(iiiix.,
œil morne, lorsqu'en vue de quelque solennité, ils cherchent à se composer un costume qui leur permette de paraître en public avec quelque éclat.
Ce goût pour les magnifiques uniformes est au reste général en Afrique, parmi les chefs indigènes; ainsi, il n'est pas rare de rencontrer l'un de ces roitelets nègres se pavaner avec grâce dans le costume suivant : une paire de bottes à l'écuyère, un chapeau haut de forme ou un képi de général et un habit chamarré d'or; pour le reste, le simple vêtement de notre premier père.
Voici le portrait que nous donne de l'un d'eux, M. Paul Branda :
C'était un puissant monarque, à en juger par son costume : chapeau gibus à ressorts détraqués, habit galonné avec un lion d'Angleterre brodé dans le dos, extrait de quelque vieille tapisserie, épauleltes, aiguillettes effilochées, collier de fausses perles, pagne suffisant pour couvrir la nudité, dents de tigres aux chevilles; à la ceinture un couteau avec fourreau orné d'une mâchoire humaine, parapluie multicolore.
Le portrait ci-après se rapporte également à l'un des rois des tribus du Gabon.
Les voyageurs attendirent quelque temps, dans une case assez misérable, que le roi voulût bien les honorer de sa visite. 11 lui fallait un certain temps pour revêtir son habit de cérémonie. C'était un uniforme ayant appartenu à on ne sait quelle armée, orné d'épaule ttes de laine jaune, à graines d'épinard, de passementerie de même couleur, de galons de caporal et de boutons portant en relief trois canons superposés avec celte devise : Ubique, devise cfui, selon la remarque de M. Du Bellay, ne fut jamais mieux justifiée. Qui sait quelles phases avait traversées cet habit de caporal, avant de venir au fond de ce lac inconnu, servir de vêtement d'apparat à un vieux roi nègre ? Si cet habit pouvait passer pour riche, en revanche, le reste du costume, un pagne en lambeaux et un vieux chapeau de paille, donnaient une idée médiocre de la fortune d« ce roi pontife et de la ferveur des fidèles du pays.
Pendant les premières années qui suivirent notre établissement au Gabon, le commerce avec l'intérieur était tout entier entre les mains des indigènes, qui réalisaient par ce moyen de gros bénéfices. Tout Européen débarquant au Gabon se voyait ainsi obligé d'avoir recours à l'intciMnédiaire de ces Gabonais, qui avaient pris, au reste, carrément, le «titre de courtiers.
A cette époque, dit le marquis de Conq)iègnc, dans un ouvrage que nous avons déjà plusieurs fois cité, la i)lu[)art avaient fait clouer sur la porto de leurs cases des pancartes annonçant leur profession : Jacques, lui bon courtier, lui cousin à roi Demjs. Ces enseignes étaient presque
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toujours rédigées par les matelots; ceux-ci s'amusaient souvent aux dépens des noirs, naturellement incapables de lire ce qu'ils écrivaient; c'est ainsi qu'un voyageur a vu affiché sur une case : Njogou, grand fripon, gros imbécile., et sur une autre : Renzoux, courtier voleur et ivrogne. Aujourd'liui, la profession de courtier n'existe plus, les blancs ayant, à leur immense avantage, pénétré fort loin dans l'intérieur et établi des relations directes avec les habitants.
Cette manie que possédait tout Gabonais de s^affubler, pour chercher à achalander sa boutique, du titre pompeux de cousin du roi, et d'afficher, en même temps que ses hautes capacités commerciales, son grand amour pour les Français, a été signalée par différents voyageurs. Voici ce qu'écrivait l'un d'eux, dans le Macjasin pittoresque , au début de notre occupation du Gabon :
Dans les villages du Gabon, sur la case de tout personnage un peu important, on voit une inscription tracée par un matelot ou un soldat de marine sous la dictée même da propriétaire, et conçue à peu près ainsi :
PRINCE BAMANI