CHAPITRE PREMIER
DESCRIPTION DE LA COTE DU MAROC. — Tanger. — Mogador. — Vue de Mogador. — Climat de ]Moga(lor. — Vue d'Agadir. — Villes principales.
Le Maroc est trop connu par les récits des voyageurs qui Font parcouru ou qui y ont séjourné, parles tableaux qu'ils ont fait de l'aspect du pays, du caractère et des mœurs des races qui l'habitent, pour que nous jugions utile de nous y arrêter très longuement. Nous renvoyons donc aux descriptions et illustrations contenues dans V Afrique septentrionale, de M. Elisée Reclus, ou dans Le Tour du Monde, ainsi qu'aux ouvrages nombreux et, pour la plupart, pleins d'intérêt, qui ont paru sur cette contrée. Nous nous bornerons : 1" à extraire de ces derniers quelques citations, principalement celles qui ont trait aux points les plus importants de la côte; 2" à donner sur le gouvernement, sur l'armée et sur le commerce du Maroc quelques renseignements empruntés à la Revue militaire de Vétramjer, ou quelques renseignements inédits que nous devons à l'obligeance d'un otïicier distingué qui a eu occasion d'étudier de près les mœurs et les institutions marocaines.
La côte de l'Afrique occidentale commence, en réalité, au cap
Sparîel, qui forme rextrémité nord-ouest du continent africain et de l'empire du Maroc.
Par suite de sa configuration, a dit M. Tissot, dans ses Rechei^ches sur la Géographie comparée de la Mauritanie Tinrjitune. la côte occidentale du Maroc n'a jamais possédé de ports proprement dits : exposée aux vents dominants du nord-ouest et du sud-ouest, elle ne présente aucune
Cap Spartel. [D'après une photographie ilc M. Hell.)
saillie assez considérable, aucune découpure assez profonde pour fournir un mouillage réellement abrité. Tanger, Azila, Dah-el-Beida, Mazaghan, Asfi. Mogador ne sont ou n'ont jamais été que des rades foraines. El-Araisch, Medbia, Sla, Azemmour, situées à l'embouchure de grands cours d'eau, possédaient seules autrefois de véritables refuges formés parles profonds estuaires du Loukkos, du Sbou, de l'Abou-Rakrak et de rOumer-Rbia. Les estuaires toutefois se sont ensablés avec le temps et présentent aujourd'hui ou des barres à peu près infranchissables, comme celles de l'Oumer-Rbia et du Sbou, ou des passes de plus en
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plus difficiles à franchir, comme celles du Loukkos et de l'Abou-Rakrak.
Tanger. — A 5 milles et demi environ à Test du cap Spartel se trouve la ville de Tanger; cette ville s'élève en amphithéâtre
au fond de la baie du même nom dont les deux pointes, hautes et rocailleuses, s'avancent dans la mer en forme de croissant.
Tanger est la ville la plus commorrante du Maroc : elle compte 14,000 âmes, dont 7,000 juifs et 2,000 chrétiens.
La ville de Tanger a été ainsi décrite par M. Le Saulnier de Vanhello :
La ville de Tanger est, dans le fond de la baie, adossée en amphithéâtre à la côte de l'ouest. La vue, prise du large, est à peu près la même que celle d'Alger, qui est plus grande. Cette ville est entourée de murs. Ceux de sa partie supérieure, qui ont des bastions, ne sont pas bien entretenus. Le bas de la ville, c'est-à-dire la partie qui avoisine le port, est défendu par des batteries en bon état. Il existe dans l'ouest de la ville, et, près de la petite rivière Judies, un fort remarquable armé de huit à dix pièces de canon, qui est bien entretenu; on a commencé une batterie entre le fort et la \ille.
Sur la côte de l'est, avant d'arriver à la pointe Malabata, on tro-uve, dans l'est du vieux Tanger, deux batteries en bon état, l'une de six pièces de canon, l'autre de huit à dix. 11 y a aussi un fort, sur la pointe Malabata, qui ne m'a pas paru entretenu, mais qui est susceptible cependant d'être bientôt armé. Telles sont les défenses de la baie de Tanger.
M. Gabriel Charmes, dans son dernier ouvrage : Une Ambassade au Maroc, donne encore de Tanger la description suivante :
Un jour que j'étais monté à la Kasbah, c'est-à-dire à la citadelle qui domine Tanger et d'où l'on aperçoit l'ensemble de la ville étendue sur une colline faiblement inclinée vers la mer, les nuages étant venus subitement à s'écarter pour laisser se produire une courte éclaircie, j'ai compris enfin l'admiration des voyageurs et des artistes qu'il m'avait été jusque-là si difficile de m'expliquer.
Prise en détail, Tanger n'a rien de remarquable; son. orchitecture, à une exception près, dont je parlerai plus loin, est des plus commune, ses mosquées manquent de caractère; ses petites rues étroites et tortueuses présentent un aspect d'une parfaite monotonie. Mais toutes ses maisons, soigneusement peintes à la chaux, sont à l'extérieur de la plus pure blancheur, et des terrasses, où se tiennent sans cesse quelques Mauresques couvertes de leur voile ou quelques Juives vêtues de costumes multicolores, les surmontent de la manière la plus heureuse. Çà et là de beaux jardins tranchent par leur verdure sur le blanc panorama.
Aux alentours, la campagne est charmante, remplie de figuiers aux larges feuilles, qui grimpent sur les dunes de la mer et qui se mêlent plus loin aux joncs et aux palmiers nains. Cette ville claire, ce paysage égayé forment un spectacle d'une harmonie ravissante.
Le 6 août 1844, à la suite d'un ultimatum adressé à l'empereur
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du Maroc pour le mettre en demeure de donner réparation d'une
Fij;. iSO. — Mauresse de Tanger. (Pholcjgra])hic llell.)
violation do territoire et de prendre ses mesures pour éloigner Abd-el-Kader de 1 Algérie, la ville de Tanger fut bombardée par
une escadre française. Les fortifications de la ville furent en partie détruites.
Le premier port du Maroc, sur la côte ouest d'Afrique, est la
Fig. "210 — li'iniiic de la campa:;no. (Photographie Hcll.)
petite forteresse d'Arzila, qui ne présente rien de particulier, si ce n'est que les défenses et les maisons qui composent la ville tombent en ruines. Population : 5 à 6,000 habitants.
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A 9 milles environ d'Arzila, se trouve Hatîat-el-Béida ou la Falaise blanche; cette falaise remarquable domine la mer de
90 mètres environ ; elle a la forme d'un coin, de quelque côté qu'on la voie, ce qui sert à reconnaître cette partie de la côte.
A environ 8 milles plus loin, est la ville d'El-Araisch ou Larache, dont la population est de 5,000 âmes.
El-Araiscli, dit encore M. G. Charmes, est bàlie sur la rive sud du
Wad- un vaste château fort que l'on voit sur une colline, une haute mosquée, et plusieurs tours donnent à cette ville, du côté de la mer, un aspect imposant, mais qui s'évanouit quand on approche. La ville est environnée de jardins d'où elle a tiré son nom El-Araisch, signifiant jardin de plaisance; mais la campagne est inculte et présente un aspect sauvage.
El-Araisch est pittoresquement située sur la pointe rocheuse qui domine, au sud, l'emhouchure du Loukkos. L'intérieur de la ville a conservé, en grande partie, sa physionomie espagnole, et les défenses de la place sont encore celles qui existaient en 1687, au moment où Moula- Ismaïl s'en empara.
A 60 milles au sud-ouest d'El-Araiscli se trouve la Nouvelle Marmore ou Mehediyah; elle est bâtie sur la partie inférieure d'une colline de cent quarante mètres environ de hauteur, et sur la rive gauche du Wad-Sehou. Cette ville a une enceinte de murailles; à l'angle de la ville, qui fait face à l'entrée de la rivière, est bâti un fort. Population : 4,000 habitants.
A 17 milles environ de Mehediyah sont situées les villes de Sla ou Vieux-Salé et de Rabat qui s'élèvent sur les deux rives de la rivière Abou-Rakrak; ces deux villes, dont la population totale est de 30,000 âmes environ, sont défendues par de nombreuses batteries en assez bon état et armées de canons de gros calibre. Elles sont remarquables par la blancheur de leurs murs et par leurs minarets; le plus élevé, haut de 76 mètres au-dessus de la mer, est la tour d'Hassan qui est bâtie sur une falaise de 21 mètres de hauteur au-dessus du niveau de la mer et peut être distinguée de dessus le pont d'un navire à la distance de 5 à 6 lieues.
Après Rabat, le premier point important que l'on trouve sur la côte est la ville d'Azamar. « Gomme nous approchions de la ville », dit le lieutenant Arlett, « au moment du coucher du soleil, le mirage lui donnait une apparence magnifique, et un tombeau qui est vers le milieu de la ville offrait l'aspect d'une superbe cathédrale ; mais le lendemain nous vîmes que tout cela n'était que des ruines. »
A 8 milles dans l'ouest d'Azamar, est située la petite ville de
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Mazaghan, sur une pointe basse de rochers; la côte entre ces deux villes forme une vaste baie. Un récif part de la pointe de Mazaghan et s'étend à près d'un mille dans le nord-est; il abrite quelque
peu le mouillage des vents de l'ouest, mais on y ressent toujours une forte houle.
Mazaghan, en arabe Djedida (la Neuve), est une ville de 0 à 7,000 habitants. Elle n'a pas l'aspect pittoresque de Tanger, ni son
cachet si complètement oriental. Les rues sont suffisamment larges, relativement propres, et pas trop mal pavées. A côté des échoppes habituelles des marchands arabes, on y voit des boutiques assez
Fis. -13. — Marocaine de Rabat.
convenables, tenues en partie par des Israélites, indigènes ou étrangers. L'une des faces de la grande place est occupée par une série de petits établissements, où l'on fait le thé et le café, au bruit monotone du chant et de la musique mauresques. Quatre ou cinq réverbères servent à l'éclairage de la ville : c'est un luxe à signaler.
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Mazaghan est entouré de remparts, — héritage des Portugais, — qui sont en bon état de conservation et aussi élevés que les maisons qu'ils enserrent; aussi, du large, ne voit-on que des murailles
Fig. 2U. — Soldat maure de la garnison de Mogador. (D'après Darondeau.)
jaunâtres, dominées par un minaret blanc. De l'intérieur, ils ne laissent aucune échappée, ni sur la mer, ni sur la campagne, et contribuent ainsi à rendre l'aspect de la ville assez triste et son séjour fort peu agréable.
Les maisons de Mazaglian, écrit le D"" A. Marcet, ont, pour la plupart, un étage, jamais plus. Suivant les pratiques du midi de l'Espagne et de tous les pays chauds, les toits sont tranformés en terrasses qui offrent ici cette particularité de communiquer librement les unes avec les autres. Les habitants d'un même quartier peuvent ainsi se rendre visite, sans avoir l'obligation de sortir dans la rue. C'est un moyen commode, et dont on use volontiers, d'entretenir des relations de bon voisinage.
Au sud de Mazaglian l'on trouve la ville de Safi, ou mieux Asafî; c'est une place d'une haute antiquité et d'une grande importance, bâtie sur le penchant d'une colline, et dont la population est réduite aujourd'hui à 8,000 âmes environ, dont 3,000 juifs.
Safi est entourée d'un mur de 9 mètres d'épaisseur et d'un fossé qui est comblé en plusieurs endroits ; le minaret de la mosquée principale a plus de 60 mètres d'élévation au-dessus de la mer. Sur les fortifications qui font face au mouillage, il y a vingtquatre canons de gros calibre en batterie. L'eau est rare, et, dans l'été, on la tire de puits qui sont à une petite distance dans le sud de la ville. La contrée qui avoisine la ville paraît, de la mer, sablonneuse et stérile, mais les voyageurs assurent qu'elle est d'une fertilité remarquable.
MoGADOR. — La ville de Mogador, que Ton rencontre ensuite est, sans contredit, l'une des villes de commerce les plus importantes de r empire marocain.
La population est estimée à 14,000 âmes, au nombre desquelles on compte 8,000 juifs.
Vue de Mogador. — Mo^ador ou Suira date seulement de 1760 : à cette époque, le sultan Mohammed-Ben-Abdallah, attiré sur cette partie de la côte par le naufrage d'un navire européen, jeta les premières fondations de cette ville. Contrairement aux autres villes de son empire, le plan en fut tracé avec quelque régularité par un architecte génois, et l'effet en plut tellement au sultan qu'il lui donna le nom de 'Suira ou le Beau-Tableau. Elle est néanmoins mieux connue des Européens sous le nom plus ancien et moins flatteur de Mogador. Cette ville est assise sur une plage de sable
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environnée par l'eau dans les grandes marées, et tous les terrains qui Tavoisinent sont marécageux.
Les fortifications de Mogador sont toutes en pierres, et disposées avec intelligence. Réunies aux batteries construites sur l'île de Mogador, sorte de chaînon de un kilomètre de longueur et d'une trentaine de mètres d'élévation au-dessus de la mer, qui barre l'entrée du port, ces fortifications constituaient, avant les perfec-
Fig. 215. — Femme marocaine de Mogador.
tionnements considérables apportés dans l'artillerie navale, un bon système de défense.
L'aspect extérieur de la ville est agréable : les maisons et les .mosquées blanches se détachent sur un ciel bleu; les murailles, ainsi que les tours de l'enceinte, lui donnent une certaine apparence de grandeur, mais l'illusion cesse quand on a pénétré dans la ville où les rues sont étroites, sombres et sales.
A propos d'une visite qu'il fit vers 1840 à Mogador, M. le viceamiral Bouët-^\'illaumez écrit:
L'empereur du Maroc entretient à sa solde des troupes, dites régulières, dans les principales villes. On m'avait fait accompagner par l'un de ces soldats, moins pour me guider que pour me suivre et m'observer attentivement pendant que je parcourais la ville; ce compagnon me gênait
Fig. 246. — Chef d'ouvriers marocains de Mogador.
fort; je réussis à mettre sa surveillance en défaut en l'enivrant d'opium, liqueur dont les Marocains, trop bons musulmans pour boire du vin, usent et abusent d'une manière incroyable.
Le 15 août 184 i, quelques jours après le bombardement de
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Tanger, la ville de Mogador fut bombardée à son tour par l'escadre française : le même jour, un petit corps de débarquement, composé de matelots et de troupes de la marine, opéra une descente sur l'îlot
Fig. 217. — Habitant du Sous. (D'après une photographie de M. le capitaine Lcguay.)
qui commande l'entrée du port et s'y établit malgré une vive résistance de l'ennemi. Nos pertes furent de 14 tués et de 64 blessés.
En recevant à l'Hôtel des Invalides les six drapeaux marocains pris à Mogador, M. le général Petit s'exprima en ces termes : « Je
CÔTE OCCIDENTALE DAFRIQLE. 55
reçois avec reconnaissance, et comme un dépôt sacré, ce nouveau témoignage de la valeur de notre brave marine, digne émule de notre armée de terre, et toutes deux héritières de notre vieille gloire. »
Les batteries qui garnissaient Tîlot de Mogador n'ont pas été reconstruites depuis le bombardement de 1844.
Climat de Mogador. — La température, à Mogador, est très douce et agréable; en été, les vents du nord-est purifient l'atmosphère, neutralisent les effets de l'évaporation des immondices entassés dans les rues, et maintiennent une fraîcheur constante et saine.
A partir de Mogador, en allant vers le Sud, la côte du Maroc devient encore moins accessible et plus dangereuse, et c'est à juste titre qu'on lui a donné le nom de Côte de Fer : abrupte la plupart du temps, elle s'élève à pic ou forme des talus rapides. Au-dessus des falaises s'étend une plaine peu profonde limitée par un premier plan de collines. Derrière ces premières collines s'élèvent d'autres hauteurs, puis çà et là, dans l'intérieur, le tout est terminé par des montagnes, dernier échelon de l'Atlas méridional.
A Santa-Cruz ou Agadir, le dernier port du Maroc, la côte présente le caractère particulier qui vient d'être décrit : toutefois, la rade, vaste et sûre, semble être la seule, sur toute cette côte, où l'on puisse essayer de fonder un établissement naval de quelque importance.
Vue d'Agadir. — On distingue à l'horizon les montagnes d'Idanténan, d'une hauteur de 1,342 mètres, et qui dominent cette partie de la côte. La ville, située dans la baie de ce nom, à l'embouchure de rOued-Sous, est elle-même bâtie sur une colline de 180 mètres de hauteur.
Agadir est une ville très ancienne. En 1500, les Portugais y établirent une pêcherie et des fortifications; les Marocains s'en emparèrent en 1536.
Il reste aujourd'hui peu de chose à Agadir de son ancienne splendeur et de son riche commerce, depuis que l'empereur Sidi-
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Mohammed a transporté à Mogador le plus grand nombre de ses habitants.
La côte qui, à partir d'Agadir, reçoit quelquefois le nom de Côte du Sous, conserve la même difficulté d'accès jusqu'à la rivière du
*^3^K^'<mA. ^AÏ-iS^"^
Fis. 'il**. — Arabe du Maroc. (D'apiùs iiiic photoj;rai)hii'.)
Wad-Drah, située à 5 milles du cap Noun, limite do l'empire du Maroc.
L'aspect de la vallée dans laquelle coule le Wad-Drah, sorte d'échancrure que la rivière de ce nom, le plus important cours d'eau du Maroc, a creusée dans la falaise, ne manque pas de pittoresque.
A mi-distance entre Agadir et le cap Noun se trouve une petite crique, la crique d'Ifini, que le Maroc a cédée à l'Espagne, en 1883, en remplacement d'un petit fort situé sur la même côte, Santa- Gruz de Pequena, et dont l'occupation était en litige.
Au delà nous trouvons la côte du Sahara ou côte du désert, aride, sans autre végétation que quelques broussailles sèches éparses çà et là et sans autres accidents que quelques dunes aplaties dont on aperçoit à peine le sommet de trois milles de distance.