CHAPITRE XII
ILE DU PRINCE. — Aspect général. — Baies de l'île du Prince. — Baie de Saint- Antoine. — Habitants. — Armée.
L'île du Prince est située à environ 110 milles dans le sud-ouest de Fernando-Po. Elle appartient aux Portugais. Quoique plus petite que cette dernière, l'Ile du Prince n'est pas moins remarquable sous le rapport géologique que par les vastes baies qu'elle présente, et par la fertilité de son sol.
Des pics étroits et aigus, qu'on ne pourrait mieux comparer qu'à des aiguilles de granit, s'élancent verticalement de l'intérieur de l'Ile et lui donnent l'apparence d'une masse volcanique sortie de Peau d'un seul jet et encore empreinte de tout le désordre d'une création violente. A leur base sont des monts à pentes rai)ides, couverts de bois, et des flancs desquels s'échappent un grand nombre de ruisseaux.
Bien qu'on aperçoive Pile de fort loin, on est, avant de la voir, prévenu de son voisinage par les cris d'une multitude de mouettes qui s'en écartent à Î5 ou 20 lieues au large, principalement quand le temps est à la pluie.
Dans les mois de mars et avril surtout, il est rare que l'on atterrisse à l'île du Prince, sans éprouver des tornades, orages, etc., enfin tout ce cortège de pluies, de calmes et de sautes de vent qui rendent la navigation du golfe de Biaiïra si pénible pendant l'hivernage. Les pics élevés de l'île du Pi-ince, comme ceux des autres iles
placées dans cette zone brûlante et orageuse, doivent nécessairement contribuer à donner cette grande mobilité à l'état de l'atmosphère qui l'enveloppe.
Les voyageurs qui ont visité l'ile du Prince sont unanimes à vanter la richosse de son sol et la beauté de ses sites. Nous donnerons ci-après quelques-unes de leurs descriptions.
DÉPENDANCES DU SÉNÉGAL
L'île fut autrefois, paraît-il, très prospère; on y comptait un
grand nombre d'usines, desucreries, de plantations bien entretenues et de travailleurs. On reproche au gouvernement portugais d avoir
ifait effectuer l'abandon, vers 17.40, de ces cultures et de ces industries dans le but de favoriser la colonisation brésilienne.
Dans ses Croisières à la côte cV Afrique, M. le vice-amiral Fleuriot de Langle écrit :
II semble que son sol (île du Prince) ait été formé de laves incandescentes subitement refroidies. Rien ne peut rendre son aspect tourmenté; la partie du nord offre quelques plaines, coupées par des ravines profondes, servant de lit aux torrents; par ces torrents roulent à la mer les eaux qui se condensent sur les pics aigus de l'ile et celles qui, pendant l'hiver, arrosent son sol pierreux.
La partie méridionale de l'île est montueuse. Un pic élevé, nommé le Bec-de-Perroquet, s'élève à son centre ; la forme générale de ses contours rappelle la figure d'un 8. Cette configuration, étranglée au centre, donne plusieurs baies bien abritées.
Nous trouvons également dans V Afrique occidentale, de M. H.
Hecquard :
L'île du Prince est d'une fécondité et d'une richesse de végétation admirables; c'est aussi un point de relâche précieux pour les croiseurs de la cote ({ui y trouvent un excellent mouillage, des rafraîchissements, de l'eau exquise et facile à faire. Sorties de l'eau à la suite de quelque convulsion de la nature, ces montagnes élevées, ces pics abrupts et aux formes bizarres donnent à l'Ile du Prince un aspect admirable surtout lorsqu'on la contemple à distance. Puis, quand on pénètre dans l'intérieur, ce sont de magnifî(|ues forêts, entrecoupées de ravins à travers lesquels coulent des torrents et des ruisseaux dont les cours accidentés et sinueux animent les plus pittoresques et les plus riches paysages qui se puissent imaginer.
Baies de l'île du Puixoe. — L'ile du Prince possède deux grandes baies : la baie de l'ouest, qui est très sûre pour les navires; un grand nombre de ruisseaux qui s'y jettent fournissent à ces derniersune eau excellente. La baie de l'est offre de son coteaux navires un bon ancrage, mais ceux-ci y sont battus, pendant l'hivernage, par les tornades, bourrasques qui acquièrent souvent une violence extrême.
Baie de Saint-Axtoixe. — Cette dernière baie est appelée baie
DEPENDANCES DU SENEGAL 415
de Saint-x\ntoine : au fond se trouve située la ville de l'île du Prince qu'on appelle aussi ville de Saint-Antoine.
La baie de Saint- Antoine s'enfonce profondément dans les terres : au fond de la baie est bâtie la ville ou plutôt la bourgade qui est le chef-lieu de l'Ile. Deux forts, depuis longtemps en très mauvais état, le fort de Ponta-da-Mina et celui de Santa-Anna défendent la baie.
Dans presque toutes les anses de cette baie se trouvent des aiguades d'eau excellente, autour desquelles des bois impénétrables aux rayons du soleil et une végétation magnifique peuvent procurer aux équipages fatigués et aux convalescents de bons lieux de délassement et de promenades, et à l'artiste le sujet de ravissants tableaux.
La ville de Saint-Antoine, dit encore M. le vice-amiral Fleuriot de Langle, est située au fond de cette baie étroite entre deux ruisseaux fangeux; les maisons bâties sur pilotis ont un escalier extérieur, l'air circule au-dessous. Des charpentes mal assurées, des planches qui suppléent les murs ont eu général perdu leur aplomb. J'ai rarement vu une bourgade d'aspect aussi chétif. Sous les maisons qui ont été peintes en rouge au temps jadis, poules, cochons, cabris logent péie-méle comme ils peuvent.
La route qui mène de Saint-Antoine à la Quinta est extrêmement pittoresque; elle est ornée d'arbres séculaires couverts de lianes retombantes. Les dames la parcourent en hamacs suspendus à un bambou que deux noirs portent sur l'épaule. Une longue avenue composée de cannelliers et de dracœnas mène à l'habitation où une vérandah permet de prendre le frais.
Les palombes, les tourterelles et mille espèces de passereaux s'offrent au fusil du chasseur.
HABrr.YNTs. — Terminons par quelques mots sur les habitants de File.
Lorsqu'on la découvrit, l'ile n'était pas habitée; elle n'a pas par suite de population indigène proprement dite : ses habitants étant tous d'origine européenne ou provenaient des captifs achetés sur le continent noir.
Leur habillement, écrit M. H. Hecquard, consiste en une veste, un pantalon et une chemise d'étoffe de coton. Les femmes ont un costume très élégant, alors surtout qu'il est porté par des mulâtresses. Il se com-
pose d'une robe, espèce de peignoir garni de volants de la ceinture jusqu'en bas, serrée au-dessus des hanches par une écharpe de couleur voyante. Leurs manches sont semblables aux manches pagodes que portent aujourd'hui nos dames, mais elles sont attachées à la saignée par un double bouton en or qui laisse le bras nu et libre. Elles ont pour coiÊFure un bandeau formé ordinairement d'un foulard noué autour de leur tète, et dont les coins tombent et flottent sur les tempes, mêlés à de nombreuses tresses de longs cheveux.
Dans nie du Prince croissent en grande quantité des vacoas, arbres de la famille des Pandanus. Nous empruntons leur description d^w Dictionnaire botanique Aq Jussieu :
Leur tronc est arborescent, mais formé d'un tissu peu consistant; de sa portion inférieure, même à une assez grande hauteur du sol, partent des racines assez volumineuses qui ressemblent souvent à de grosses cordes; leurs feuilles allongées, linéaires, lancéolées, embrassantes à leur base, généralement bordées de dents épineuses très piquantes, sont le plus souvent disposées en spirales parfaitement manifestes.
Le fruit consiste dans des drupes fibreuses soudées entre elles par groupes et renfermant, dans un noyaux osseux, uniloculaire, une graine unique, à test membraneux.
Il existe plusieurs sortes de vacoas :
1" Le vaquais odorant^ qui croît aux Indes, dans l'Arabie, en Chine et dans rOcéanie.
2° Le vaquais utile, qui est indigène de Madagascar et de l'île Bourbon. On le cultive communément aussi à l'île de France et aux Antilles, surtout en clôture et pour ses feuilles dont on fait des nasses dans lesquelles on transporte, de ces pays en Europe, le café et la plupart des autres denrées coloniales. Cette espèce forme un arbre qui s'élève de 18 à 20 mètres.
Armée. — La garnison affectée à Pîle du Prince et à l'île voisine de Saint-Thomas, qui appartient également au Portugal, est formée par un bataillon de chasseurs à l'effectif de 15 officiers et de 382 hommes. Cette garnison comprend en outre quelques artilleurs et une compagnie d'infirmiers.
MAROC
CÔTE OCCIDENTALE UAIliinl à.
Fifî. 236. — VuR de Mo^ador.
MAROC