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CHAPITRE II

GOUVERNEMENT. — Des intérêts français au Maroc.

Le gouvernement du Maroc est, en principe, un gouvernement autocratique. Un empereur, pris parmi les Gheurfa Alaouin ou descendants de Ali, le beau-fîls du Prophète, exerce le pouvoir.

Cette définition implique que l'hérédité en ligne directe peut n'être pas toujours complètement observée.

Généralement, le souverain désigne pendant sa vie, comme khalifa, un de ses fils qui n'est pas toujours l'aîné, et c'est ce khalifa qui, habituellement, est appelé à lui succéder. Mais son élévation au pouvoir doit être ratifiée par les grands dignitaires du Maghzen et par les Oulamâ (les savants) de Fez.

Mouley el Hassan, le sultan actuel, accepté par les premiers, a vu ainsi, à son avènement, ses droits contestés pendant quelque temps par les Oulamâ qui ne le reconnurent comme Émir des croyants que lorsqu'il se fût soumis à certaines conditions qu'ils lui imposèrent.

En réalité, au Maroc, le pouvoir est exercé par un premier ministre ou (jrandvizir, secondé par six personnages principaux, tous d'ailleurs à sa dévotion.

Ce sont : un ministre des affaires étrangères; un deuxième ministre des affaires étrangères, résidant à Tanger, et qui sert d'intermédiaire entre le sultan et les représentants des puissances; un

ministre de la justice; un ministre de la guerre; un ministre des finances; et enfin un administrateur des biens de la couronne.

Moins le pouvoir du sultan est effectif, plus les ministres cherchent à lui donner les apparences d'une souveraineté absolue. Il ne se montre jamais qu'entouré du plus grand apparat. Le grandvizir est le premier à lui rendre publiquement hommage et affecte vis-à-vis de lui lapins grande humilité.

Deux fois par jour, le sultan passe quelques heures dans un cabinet à recevoir les communications de ses ministres et des personnages importants. Ceux-ci, en attendant le moment de l'audience, s'installent tant bien que mal, suivant le temps, en plein air, ou sous une sorte de vérandah qui sert d'antichambre et dont le mobilier est des plus rudimentaires.

Un jeune peintre d'avenir, élève de MM. Meissonier et Gérome, M. Bretegnier, qui vient de passer plusieurs années au Maroc pour étudier, sur les lieux mêmes, les scènes de la vie marocaine et ces paysages ensoleillés, ces costumes, ces types qui ont un cachet si caractéristique d'originalité, nous fait assister, dans un tableau remarquable que nous devons à son obligeance de reproduire dans cet ouvrage, au curieux spectacle d'une audience de ce genre. C'est celle d'un j)acha, c'est-à-dire d'un sultan au petit pied : on y voit de hauts dignitaires qui, en attendant le moment d'être introduits, se prélassent sur les banquettes officielles, pêle-mêle avec des soldats et la pouillerie de l'endroit.

Nous ne donnerions pas une idée complète de la cour du sultan si nous ne citions un personnage qui, pour être moins en vue que les ministres, n'en jouit pas moins auprès de lui d'une influence personnelle très grande. Nous voulons parler de son favori : c'est à la fois une sorte d'homme de confiance et de maître des cérémonies qui, seul, possède ses grandes et ses petites entrées, à toute heure, auprès du sultan. Nul ne peut approcher du souverain sans passer par son intermédiaire. Lui seul serait capable d'éclairer le sultan sur la véritable situation de l'empire et, le cas échéant, de tenir en échec l'autorité du grand-vizir. S'il ne le fait point, c'est qu'il craint sans doute de se créer des inimitiés qui pourraient amener pour lui des conséquences redoutables à la mort du maître.

Les grandes puissances européennes et les États-Unis entretien-

MAROC

nent des ministres à Tanger et des agents consulaires dans les principaux ports de la côte marocaine., Néanmoins, la France et l'Espagne sont les deux seuls États qui aient des intérêts politiques bien sérieux au Maroc ; la première, par la proximité de l'Algérie et

Fig. 2ol. — Le cht'rif Abd-Kss-Klam, pniir-gù de la Franco. (Photographie de M. le capitaine Leguay.)

de sa colonie du Sckiégal, la seconde par ses présides, enclavés dans le territoire marocain.

Depuis la victoire d'Isly, remportée sur les troupes du sultan, la France jouit, au Maroc, d'un renom militaire que nos défaites de 1870 n'ont pas affaibli. La conquête récente de la Tunisie, la défaite deBou Améma, la belle apparence des troupes d'Algérie (pii

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frappe les nombreux Marocains qui vont travailler dans la province d'Oran, la fréquence plus grande des relations commerciales qui se sont établies entre les deux nations, concourent à entretenir dans le peuple l'opinion de notre force et de notre prospérité.

C'est au gouvernement français que le sultan s'adressa, en 1877, pour demander qu'une mission militaire composée de deux oJEïiciers et de quatre sous-officiers d'infanterie, d'un officier et d'un sousofficier d'artillerie, fût détachée en permanence au Maroc pour organiser et instruire ses troupes.

C'est là un témoignage bien [manifeste de l'excellence des relations qui existent entre les deux pays et qu"il nous importe à un haut degré de maintenir en vue de nos intérêts.

Nous comptons, au reste, au Maroc de nombreuses et vives sympathies, au premier rang desquelles, il faut placer celle du chérif El hadj Abd-Ess-Élam,laplus haute autorité religieuse de l'empire et qui, comme le sultan, est un descendant du^Prophète.

El hadj Abd-Ess-Élam a reçu, depuis plusieurs années, la quahfication de p?'otégé des Français.

Fig. ■25-2. — Salé, à l'embouchure de l'Abou-Rakrak (r. d.

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