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CHAPITRE III

LA POPULATION DU MAROC. — Des Berbères. — Arabes. — :\Iaure et :\Iauresse du Maroc. — Intérieur d'une maison juive. — Juive du Maroc en habits de noce. — Le mariasre au Maroc.

La population du Maroc est de race blanche. Elle se compose de Berbères, aborigènes de l'ancienne Mauritanie, et en majeure partie d'Arabes ou de Maures venus en conquérants.

On y voit encore des nègres, mais en petit nombre et pour la plupart originaires du Soudan.

Quelques Européens trafiquent sur les côtes. Aucun d'eux ne réside dans les villes de l'intérieur, à moins qu'il ne fasse partie de l'entourage du sultan.

L'évaluation de la population totale du Maroc varie, selon les voyageurs, de 5 à 10 millions d'habitants.

Des Berbères. — Les populations de race berbère qui habitent certaines parties du Maroc, notamment la région du Sous, ont conservé le caractère indépendant et belliqueux de leur race, sa manière de vivre, son système d'habitation.

Le Berbère est généralement vigoureux, bien découplé, fantassin infatigable, habile au maniement des armes; son teint est moins foncé que celui des habitants de la région au nord de l'Atlas. Les femmes, qui vont toujours à visage découvert, présentent des types réguliers, des formes pures et élanr('es qu'envieraient beaucoup d'Européennes.

Les tribus berbères ne payent point d'impôts réguliers au sultan ; elles ne consentent qu'avec peine à lui verser quelques redevances; et encore est-ce à titre et sous forme de cadeaux. Quant à fournir

des contingents pour le recrutement de ses troupes, elles s'y refusent d'une manière absolue.

Ces tribus sont, de temps en temps, obligées de défendre leur indépendance les armes à la main; et dans maintes circonstances elles ont infligé d'éclatantes défaites aux colonnes impériales en-

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voyées contre elles pour rétablir l'autorité du sultan. Vaincues, elles se réfugient dans les montagnes ou bien se soumettent momentanément. Mais dès que les forces envoyées contre elles ont été retirées ou ne sont plus en nombre suffisant pour les main-

Fig. 234. — Arabe du Maroc en prières. (D'après iino photographie de M. le capitaine I.eguay.)

tenir sous le joug, elles reviennent occuper leur territoire et reprennent leur liberté complète d'action. La lutte leur a coûté quelquesuns des leurs et une partie de leurs biens; si elles ne peuvent rappeler à la vie les braves tombés sur le champ de bataille, elles

savent vite reprendre avec profit aux tribus soumises voisines ce dont la guerre les a dépouillées. Aussi, est-ce seulement chez les

Kig. mii. — Maure et Maurcsse dii Maroc. ^D'après Darondeau.)

Berbères que l'on trouve, même parmi les gens des classes les moins fortunées, une aisance relative, presque du bien-être.

Arabes. — Les Arabes qui habitent le Maroc ont les traits, les mœurs et les mêmes goûts nomades que ceux que l'on rencontre en

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Algérie. Comme ces derniers, ils campent dans les plaines et mènent Fexistence des peuples pasteurs.

Maure et Mauresse du Maroc. — Les Maures du Maroc sont

Fig. 2oC. — Chef marocain d'origine noire, (Photographit' Hell.J

issus du mélange des races ])erbères et arabes avec les Espagnols.. Us habitent en général les villes, où ils disputent aux juifs le commerce indigène.

Il n'y a pas, sur la côte de Barbarie, de musulmans plus fanatiques que les Maures du Maroc, disait le vice-amiral E. Bouët-Willaumez; chaque succès d'Ab-el-Kader était, à leurs yeux, un succès national.

Intérieur d'une maison juive, — Le même officier général, dans une note inédite, écrivait au sujet des juifs du Maroc :

A Moo"ador, comme sur presque tous les points du Maroc, les juifs

Fig. 2o7. — Inlérieur d'une maison juive à Mogador. (D'après une aquarelle de Darondeau.

ont le monopole du commerce, monopole qui doit leur coûter cher, car il n'est sorte d'humiliations, de mauvais traitements dont ils ne soient abreuvés par les fanatiques musulmans de ces contrées. La plupart des

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femmes juives ont ce type de beauté régulière qui s'est conservé presque intact dans la race Israélite.

La condition des juifs au Maroc ne parait pas beaucoup s'être

Fig. 258. — Juive du Maroc en habits.de noce. (D après une aquarelle de Darondeau.

améliorée depuis 1840, époque de laquelle sont datées les lignes qui précèdent.

En effet, en 188G, un voyag(3ur qui a visité ce pays, M. le D*" A. Marcet, s'exprime ainsi à leur sujet :

CÔTE OCCIDENTALE D'aFRIQUE. BT

Les iuifs au Maroc vivent à Tétat de parias. Un quartier spécial, le Mellali leur est affecté. A dix heures du soir les portes en sont rigoureusement fermées et .sardées; ils n'en peuvent sortir que le lendemain à une heure déterminée. Un costume particulier leur est imposé et les distinc^ue très nettement du reste de la population. Quand ils se risquent dans les autres quartiers de la ville, ce qui est rare, ils sont à la merci du premier passant qui veut les outrager. Un gamin musulman peut, avec impunité, cracher au visage d'un vieillard juif ou s'amuser à lui tirer la barbe. Naguère, ils devaient aller pieds nus dans les rues; ils peuvent maintenant circuler en babouches, mais à la condition absolue de les retirer en passant devant une mosquée.

Juive du Maroc en habits de noce. — On se marie de bonne heure au Maroc, écrit M. Ludovic de Campou, peut-être même de trop bonne heure. J'ai vu à Méquinez deux jeunes mariés juifs qui avaient ensemble quatorze ans et 2°', 20. La petite femme, âgée de six ans, me disait qu'elle serait arrière-grand'mère à vingt-cinq ans, et, me montrant un vieux meuble de la cuisine, elle ajoutait qu'elle serait en peu d'années comme lui.

Dans un ouvrage déjà cité, le Maroc, de M. le D' A. Marcel, nous lisons sur le même sujet :

Celles (les dames juives) qai se présentent à nous sont d'ailleurs fort jolies et nous intéressent, non moins par leur beauté que par la riche élégance de leur costume. Leur teint blanc, leurs beaux yeux noirs, l'ovale régulier de leur visage empruntent un éclat et un attrait particulier, à l'or et à la soie de leurs vêtements... Elles sont au nombre de six, choisies, semble-t-il, parmi les plus belles... Mais il faut bien remarquer qu'ici la femme se marie fort jeune et que dès lors les générations, surtout par les filles, se succèdent avec une très grande rapidité. Ainsi la plus jeune des trois a dix ans à peine. Eh bien! le croirait-on? elle est déjà mariée. Et comment douter de ce qu'on nous affirme? Elle en porte le signe extérieur, c'est-à-dire un foulard serré autour de la tête et dans lequel ses cheveux sont soigneusement emprisonnés! C'est à renverser toutes nos idées! Le cas, il est vrai, est exceptionnel; l'enfant n'est pas encore livrée à son mari; mais dans deux ans, trois ans au plus, elle sera parfaitement en état de remplir ses devoirs d'épouse, et il n'y aura rien d'étonnant à ce qu'à quatorze ans, elle soit mère à son tour.

Le nombre des juifs, au Maroc, doit approcher de 400,000 sur une population de 5 à 8 millions d'habitants. On n'en compte pas moins de 1 -2,000 à Fez et 4/)00 à Mogador.

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Le Mariage au Maroc. — Selon les prescriptions de la loi du Prophète, chaque Marocain peut avoir quatre femmes légitimes et le nombre de concubines que ses ressources lui permettent d'entretenir.

Le sultan du Maroc possède, outre ses quatre femmes légitimes, plusieurs centaines (d'aucuns disent plusieurs milliers) de concubines, et c'est au milieu d'elles qu'il passe la plus grande partie de son temps.

Quand on connaît l'ignorance et les pratiques des femmes musulmanes, en général, et des Marocaines en particulier, on ne peut s'étonner si l'intelligence, la santé et l'énergie s'étiolent vite en leur société. •

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