‹ Côte occidentale d'AfriqueChapitre 7 sur 71 · DU MOUILLAGE DE GUET-N'DAR · texte numérisé non relu

DU MOUILLAGE DE GUET-N'DAR

Sous l'acUon incessante des vents du large, l'Océan se creuse en lon"-ues ondulations qui viennent se briser sur sa plage sablonneuse, dont la déclivité vers la haute mer est presque insensible. Ces gigantesques lames (quelques-unes atteignent 40 et 50 pieds de hauteur) sont arrêtées brusquement à leur base par le peu de profondeur du fond, tandis que leur partie supérieure, obéissant à l'impulsion reçue, et continuant sans obstacle leur course furieuse, se roule en énormes volutes qui viennent déferler sur la plage avec un bruit terrible.

Elles forment ainsi, en rebondissant, trois lignes de brisants, à peu près également espacés, et dont la première est à 300 mètres environ du rivage. C'est un spectacle qu'on n'oublie pas dès qu'on l'a une fois contemplé, et si quelque chose peut ajouter à l'impression qu'il cause, c'est de voir l'homme se jouer, dans une frêle embarcation, de ces colères de la nature, et en triompher à force de courage et d'adresse...

Franchissement des brisants par les pirogues. — Quand les noirs veulent passer la barre, dit le même auteur, ils roulent leur pirogue sur le sable jusqu'au bord de l'eau et la font entrer dans la mer par secousses successives profitant chaque fois de l'arrivée de lames qui s'étendent sur la plage en formant une écume bouillonnante.

Enfin, la pirogue est mise à l'eau, et tous les noirs s'embarquent prestement pendant que le féticheur, debout sur le rivage, cherche à calmer le démon de la barre par des gestes et des invocations... Chaque fois qu'ils plongent la palette dans les flots, ils font une profonde aspipiration et, en se relevant, ils expirent bruyamment, et en mesure, en faisant passer l'air entre leurs dents entr'ouvertes, et produisant ainsi un sifflement prolongé ! Dans les moments périlleux ils s'excitent mutuellement en poussant de grands cris.

Le passage de la barre étant toujours dangereux, ils obéissent ponctuellement au moindre signe du pilote. Celui-ci veille l'instant propice pour ne sortir qu'avec les meilleures chances; aussi la pirogue restc-t-elle souvent stalionnaire pendant quelques minutes en dedans de la barre, laissant passer les lames sous sa (juille, à mesure qu'elles se présentent. Puis, tout à coup, à un indice particulier, le pilote, reconnaissant un moment favorable, pousse un cri, et toutes les pagayes frappent violemment les ondes furieuses. Les noirs, animés par leurs exclanialions inarticulées, font des efforts si vigoureux qu'ils paraissent surhumains. Pendant ce temps, le pilote, debout et regardant la haute mer, donne des ordres, en même temps qu'il fait des gestes de la main droite, conmie pour calmer les vagues frémissantes.

Dès que la barre est passée, les noirs lèvent leurs pagayes en l'air, puis se mettent à ramer de la façon tran([uille et cadencée qui leur est habituelle.

SÉNÉGAMBIE

Les difficultés du passage de ]a barre se compliquent par la pré-

Fig. 4. — Signare en négligé (Darondeau).

sence d'innombrables requins qui pullulent et rôdent sans cesse en ces^endroits, prêts à liapper les infortunés qui font naufra-e.

« Ces requins», dit M. l'abbé Bouche dans la Côte des Esclaves 0,

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