‹ Côte occidentale d'AfriqueChapitre 8 sur 71 · E, Pion, édiU'ur · texte numérisé non relu

E, Pion, édiU'ur

vont chercher leur proie jusque sur le bord. On en a vu s'échouer sur le sable, portés par une vague et regagner la mer à la vague suivante. Aussi^ que d'accidents ! que de victimes! Si une pirogue

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Fig. o. — Signare .quêtant à l'église, d'après Daroudeau.

prête le flanc dans une fausse manœuvre, si elle chavire, si elle prend l'eau, les noirs qui la montaient se sauvent à la nage. Arrivés à terre, ils se comptent; un des leurs manque à l'appel. Ils regardent avec anxiété; ils aperçoivent un objet qui paraît et disparait à

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plusieurs reprises, puis une traînée de sang leur apprend la triste vérité. J'ai assisté à cet affreux spectacle : il est navrant. Quelquefois la victime revient, ou est repêchée, mais dans quel affreux état! Les requins lui ont arraché un ou plusieurs memhres...; les chairs horriblement déchirées pendent de tous cotés..., le sang

jaillit! »

Enfin, si l'on veut éviter les inconvénients que présentent les deux modes de se rendre à Saint-Louis que nous avons signalés cidessus, on continue à suivre la côte pendant encore 90 milles environ; en ce point, comme par enchantement, la redoutable ligne de brisants s'interrompt tout à coup et, dans une échancrure du rivage, apparaît Dakar, le meilleur port de cette côte. Un chemin de fer dit du « Bas-Sénégal » relie cette ville à Saint-Louis.

A Saint-Louis, l'un des spectacles qui nous impressionna le plus étrangement, c'est un bal de Signares, auquel nous assistâmes le soir même de notre arrivée dans la colonie.

Nous allons le décrire sommairement, cela fournira au lecteur l'occasion de faire connaissance avec la partie de la population qui constitue l'aristocratie de la société sénégalaise.

Ux BAL DE SiGXARES A Saixt-Louis. — « Au Sénégal, les métis, désignés par les noirs sous le nom de Signars {seigneurs, maîtres), sont au nombre seulement de deux à trois mille, malgré la date déjà ancienne de notre occupation. Ils forment une colonie intelligente, laborieuse, vivant en harmonie avec l'élément européen. »

Antérieurement à l'abolition de la traite des noirs, chaque famille signare possédait un peuple d'esclaves, qu'elle employait aux divers travaux de la ville et des champs et qui lui procuraient ainsi de forts beaux bénéfices.

Bienheureux temps, où Signars et Européens, narguant l'insalubrité du climat, passaient l'existence dans le luxe et dans les plaisirs! Ce n'étaient alors, à Saint-Louis et à Gorée, que fêtes pleines de gaieté et d'entrain; que somptueux festins copieusement arrosés de ces vins généreux qui, au pays du soleil, acquièrent des qualités d'un prix inestimable pour le gourmet; que bals animés dont l'heure était impatiemment attei^ue!

A tour de rôle, chaque Signare conviait à ces bals l'élite de la

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colonie, et c'était un spectacle h li f.n- r.- . .

formes d'officiers des fnîrlH.- f -i .. i

sii.iiaies, fantaisistes, monumontnles, droit ,,o.,éos

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en forme de pain de sucre sur le front austère des vénérables matrones! Là, toutes les variétés du type signar, avec ses gradations infinies de coloris^ se trouvaient réunies; depuis la svelte jeune fille à la carnation adorable de créole, au regard velouté et dont la gorge transparaissait, frissonnante, sous un léger voile de dentelle, jusqu'à la beauté olivâtre ou plutôt couleur d'ocre, voluptueusement drapée dans un pagne aux éclatantes couleurs.

A cette époque, Torgue de Barbarie et sa prétentieuse contrefaçon, le piano mécanique, qui depuis lors ont fait les délices des bals de plus d'un fonctionnaire colonial, était peu ou n'étaient point encore connus à Saint-Louis. On se contentait donc d'y danser au son du tam-tam, que des griots, l'œil lubrique, faisaient vibrer avec rage, et qu'accompagnaient les frénétiques claquements de mains des jeunes négresses. Au son de cette musique infernale, et malgré une température torride, souvent le bal était encore dans tout son entrain que, depuis longtemps, les premières lueurs de l'aube avaient blancbi l'iiorizon !

Au Sénégal, aussi bien d'ailleurs que dans nos autres colonies, ce n'est pas toujours impunément que l'élément féminin indigène sacrifie aux excentricités de la mode, et telle signare vraiment ravissante dans son négligé du matin ou dans son riche costume national, devient un objet de risée, lorsqu'elle veut se parer selon les caprices de l'élégance parisienne. C'est sans doute le portrait de l'une de ces dernières, que le spirituel mais peu galant auteur de Niger et Bénué a voulu dépeindre quand il a écrit ces lignes :

« Type curieux à observer que cette Signare! Lorsque, la taille trop grasse sanglée dans un corset trop étroit, affublée de jupons, de paniers, de tours, de traînes, elle est parvenue à introduire ses pieds récalcitrants dans une bottine Louis XV, au talon pyramidal; que sur sa tignasse crépue elle a juché, en coup de vent, un chapeau W'atteau, Rubens ou Niniche, à la voir marcher on a de la peine à tenir son sérieux, car il est visible que sa chaussure la martyrise, que son corset l'étouffé, que sa traîne l'embarrasse, et que vainement elle s'efforce de la retrousser avec grâce.... »

Nous Favons dit, ce portrait ne s'applique qu'à un petit nombre d'exceptions parmi les Signares; mais comme il convient à merveille à certaines négresses de pur sang, dédaigneuses du madras

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(le la mulâtresse et du pagne de Tindigène! Leur corps sert d'étalage à tout ce que nos modes imaginent de plus extravagant et de plus ridicule. En outre, ces aimables créatures affectionnent d'une manière particulière les parfums aux senteurs pénétrantes, et, parmi ces derniers, leur bon goût les porte à faire choix du musc et du patchoidy , dont elles consomment d'effrayantes quantités pour le malheur de ceux qui les approchent.

Mais laissons ce produit exotique à ses falbalas et à ses parfums et revenons à des tableaux plus gracieux.

Sous le ciel des tropiques, la vie de la femme est, à la surface, calme et sédentaire; celle de la Signare se passe ainsi dans le désœuvrement. Munie de son sotchio (mince baguette de bois vert), dont elle se frotte sans cesse les dents, ce qui donne à leur émail un si vif et si pur éclat, la belle indolente passe son temps à errer, inactive, dans ses appartements; quelquefois, mollement étendue sur des taras, sorte de divans des plus primitifs, elle préside aux jeux des négrillons qui composent sa domesticité, et qui, demi-nus, se roulent sur le sol de la case; ou bien elle écoute les douces flatteries ou les attendrissantes paroles de la jeune négresse, dont elle a fait sa confidente, et qu'elle chérit à l'égale d'une sœur.

Les Signares ne laissent pas échapper une occasion do rompre la triste monotonie de cette existence. Anciennement, elles s'adonnaient aux fêtes et aux divertissements mondains; aujourd'hui, ce sont les pompes de l'église qui les attirent de préférence. Là, modeste et (Vun bon ton, ainsi que la qualifie l'abbé Boilat, dans ses Esquisses sénégalaises, la Signare se fait remarquer par un édifiant recueillement : ses anciennes esclaves, les Ouoloves, qu'elle a converties à la foi chrétienne, l'y accompagnent et chantent des cantiques composés par les missionnaires et adaptés aux airs mêmes des noirs. Rien n'est alors plus original que de voir la pudique sif/?ia?'r tendre la bourse de quêteuse à la foule bigarrée des fidèles et circuler dans les dédales de cette forêt de pains de sucre formée par les caractéristiques madras qui fournissent à ce tableau un cadre des plus pittoresques.

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