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Cotillon II [microforme]

LC matin du 23 février 1745, une élévunte voiture à la caisse vert clair rechampie gris et aux roues garnies d'argent, emportée au grand trot de quatre vigoureux chevaux percherons, traversait au bruit du claquement sonore et menaçant du fouet des postillons, la petite ville de Boissy-St-Léger.

Sur les portières de la voiture étrit peint un écusson portant d'or au créquier de queules, et sur chaque panneau, des deux côtés de la portière, étaient, en relicf, deux magnifiques paires de défenses de sanglier.

Les chevaux portaient au cou un collier chargé de grelots bruyants. Ils avaient la crinière nattée avec des rubans de soie vert émeraude et la queue nouée et attachée avec un énorme pompon de rubans de même nuance,

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Deux postillons costumés de vestes de velours vert yalonnées d'argent et de tricornes garnis de cocardes de ruban blanc conduisaient le vigoureux attelage. Deux valets de pied en grande livrée, vert et argent, étaient assis sur le siège de derrière.

Dans l’intérieur deux gentilshommes, nonchalamment étendus sur la banquette du fond, contemplaient, en causant, le splendide paysage.

C’est que la voiture suivait cette route attrayante et pittoresque qui, passant entre Gros-Bois et la Grange, descend à Yères, laisse à gauche les Camaldules et côtoie la rive de l’adorable ruisseau constamment ombragé, pour de là descendre à Brunoy ct remonter ensuite à Ja forèt de Sénart.

Cette route, qui n'a qu'un tort pour la majorité des Parisiens qui ne la connaissent pas, c’est d’être trop près de Paris, cette route était jadis d’un parcours admirable. C'est qu'au siècle dernier, avant 89, les environs de Paris étaient couverts de vastes parcs taillés en plein dans les forêts profondes de la vieille Ile de France, ce pays boisé par excellence qui, de la forêt de Compiègne à la forêt de Fontainebleau, était couvert par les bois de Montmorency, d’Enghien, de lIle-Adam, de Satory, de St-Germain, de Meudon, de Rambouillet, de Boulogne, de Sceaux, de Chatenay, de Vincennes, de Sénart, d'Armainvillers et d’autres encore.

Sous Louis XV, le territoire n’était pas découpé, dechiqueté en mille parcelles et planté de ;£iites maison nettes qui semblent des joujoux d'enfant. C’est qu’alors la vie de la noblesse était dans les châteaux, et que le château était pour elle son culte, sa richesse héréditaire, la propriété invendable et inaliénable.

Aussi lorsque le roi voulait aller chasser dans la forêt de Sénart, pouvait-l sy rendre de Versailles et de Marly par la magnifique chaussée qui, du bois de Satory, suivait Verrières, Chatenay, Sceaux et la Croix-

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de-Berny, pour de là atteindre le château de Choisy et la forêt.

Aujourd’hui encore cette promenade favorite de Louis XV est une des plus attrayantes que le touriste intelligent et amateur du véritable pittoresque puisse désirer faire. Et la preuve que ce pays est beau, que la terre est bonne et que l'avenir en était assuré, c’est que tous les riches financiers de l’époque, tous les gros bonnets de fermiers généraux s'en étaient emparés pour y établir leur résidence.

La terre alors était tout dans la hiérarchie: le titre était attaché au fief; aussi Samuel Bernard était-il devenu comte de Rieux, Pâris marquis de Brunoy, Bonuet comte de Montgeron.

Ces réflexions que je transmets ici étaient dans lesprit des deux gentilshommes qu'emportait l'équipage armorié. -

La voiture venait de dépasser Yères et l’on dominait la vallée. De l'autre côté de la rivière on voyait se dessiner les riants coteaux de Montgeron, de Vigneux, de Rouvres. Derrière s'étendaient les bois de la Grange: à gauche se dressaint les bâtiments gothiques de abbaye et en face le panorama magique de la forêt avec ce petit vilage des Beausserons dont les maisonnettes se dessinaient çà et là, au milieu des arbres, comme des nids d'oiseaux juchés dans les branchages.

On était en plein hiver, mais depuis quinze jours, il y avait eu changement de temps. Le soleil s'était levé radieux, le ciel était pur, le froid moins vif: la nature prononçait le vremier mot du printemps.

Les deux voyageurs, vêtus de très élégants costumes de chasse, étaient le duc de Richelieu et le marquis de Créqui.

Il y avait chasse rovale ce jour-là dans la forêt de Sénart, et les deux gentilshommes se rendaient au rendez-vous indiqué par le grand veneur.

Route faisant ils causaient, riaient. échangeant toutes ces sémillantes anecdotes de cour dont le due de Richelieu, surtout, possédait un fonds véritablement inépuisable. Aussi Créqui écoutait-il plus qu'il ne parlait.

La voiture longeait le mur du pare de Brunoy, et le Magnifique chäteau que la folie prodigue du marquis devait, vingt ans plus tard, rendre célèbre, se dressait majestueusement avec ses toitures dorées.

“Vive Dieu! dit tichelieu en riant, le roi, en emmarquisant le sieur Pâris de Montmartel eût dû lui donner pour armes un champ d'or chargé de sacs!

—Pâris à rendu de grands services, dit Créqui avec une gravité affectée.

—De grands services? répéta Richelieu. Et à qui donc ?

—À lui-même, pardieu!

—Ah! très bien!

—-On effirme, mon cher due, que ce grand trésorier royal a, dans ses caisses particulières, plus de vingt millions de livres.

—On a rai on d'affirmer, marquis, car cela est! Ce banquier de a cour a une influence telle que c’est lui qui nomme les contrôleurs généraux !...”

Richelieu s’interrompit brusquement.

“ Pas par là! pas par là! ” cria-t-il.

Saisissant le cordon de soie appendu près de la glace de devant, il l’agita. La voiture qui allait tourner à droite pour prendre la route de Rouvres où était fixé le rendez-vous de chasse, s'arrêta brusquement. Un valet de pied apparut à la portière, tenant respectueusement son chapeau à la main.

‘A gauche et suivons la route de Soisy!” dit le duc.

Le valet cria l’ordre aux postillons et la voiture, changeant de direction, partit rapidement. pb

“ Mais nous tournons le dos au rendez-vous! dit Cré- stat. qui avec étonnement. CE tt

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—Sans doute, mais nous avons tout Le lemps d'arr:ver, répondit Richelieu. Le rendez-vous ost pour deus beures, n'est-ce pas ?

— Oui, Pinvitation du roi porte deux levures.

—Eh bien! quelle heure est-il?”

Créqui interrogea sa montre.

Dix heures! ditsl

— Nous avons done quatre heures devant nous

Que vous allons occuper? .

A faire une : ro epade charmute d'abord et un excellent déjeuner ensuite.

0 déjeunons-nous ?

—Dans le plus joli petit château que vous puissiez rever.

—-Et qui est habité par?..….

—Une reine de grâce, de beauté et d'amour!

—Diantre, mon cher duc! s'écria Créqui en jouaut avec les dentelles de sa cravate, je ne regrette plus de m'être levé si tôt et d'être parti, selon vo ordres, à jeun!

—Quand je vons avais dit que vous me remerciericz!

—(Ceila commence,

— Et ce n'est pas fini.

— (à! nous allons à Sois ?

—Pas précisément; nous allons à côté d: Soisy, sur ia ligne de la forêt.

—Au château de.

—JY Etioies !

Chez la nièce de Fournehem :

—Précisément. Nous allons, mob cher HIATUIS, SI

toutefois vous Je voulez bien, dej uuer chez la ferme Le Normand d'Etioles, le f

Créqui regarda Richelieu; puis il partit d'un eciat

Ginior gencral

de rire joveux : ef, fui prenant ia main Qu'il sceoua doucement :

ibiuicnts, res cher, dit-1l On ti za assurt

SRE Le es

‘que la petite d'Etules était charmante! Mais pourquoi diable m'emmenezvous la?

-Pour ne pas y alier seul. ”

Créqui ouvrit de grands veux.

“Ni cest une énigme, je ne trouve pas le mot,

—Le ot, c'est jue je ne puis accepter les compliments que vous m'adressez

—Parce que?”

Richelieu ouvrit une merveilleuse tabatière, chefd'oeuvre artistique. 1! v plongea ses doigts arisiocratiques, et, aspirant lentement l'arome du tabac:

"Créqui, dit-il en chassant les grains tombés sur son jabot, connaissez-vous Mme Le Normand d’Etioles !

—De nom... un peu: de réputation... beaucoup: de vu... ‘pas du tour!

Eh Lien mon cher, Mme :: Normand d’Etioles est tent simplement, à cette heure, .ne adorable femme de vingt-quatre ans, pleine de grâce, de beauté piquante, pe de saillie, d° intellige nee et de talents même: car elle joue du luth et du clavecin: elle chante et elle danse aussi bien que les virtuoses de l'Opéra; elle manie fort joliment le crayon, la pointe et le pinces u:; ét enfin, elle déclame à croire qu'on entend Mlle Dumesnil.

— Peste! mais elle est tout simplement parfaite, votre Mme d'Étioles. Il fallait le lire sans tarder, palsemmon cher ami! Je vais en devenir amoureux fou à Her! Belle, gracieuse, spirituelle, danseuse, chanteuse. tragélienne, musicienne.

C'est un morceau de roi. comme le dit sa - ;Ctable mère.

—Morceau... de roi où morceau... du roi?

L'un aujourd'hui et,

Peut-être l'autre demain. Elle est avant la lettre, voila tout !?

Richelieu sourit en regardant finement son compa-

3À vise: LR PER.

onÔôn de route. À

on enici allüt reprendre fa parole,

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